l_Eglise_Universelle_du_regne_de_Dieu

Présente dans 172 pays, l’ l’Eglise universelle du royaume de Dieu est une véritable multinationale avec ses 24 chaînes de télévisions, ses 42 stations de radio, ses 2 quotidiens, ses 2 maisons d’édition, son agence de tourisme, son agence immobilière, sa compagnie d’assurances, son entreprise de taxi aérien et ses … 600 véhicules de tous genres.

Voici un exemple effrayant d’une escroquerie religieuse pratiquée par une Eglise évangéliste … au nom de Dieu !

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Un diplôme. Un beau diplôme doré portant la signature du «Seigneur Jésus-Christ ». C’est tout ce qui reste à Edson Luiz de Melo, après treize ans d’appartenance à l’Eglise universelle du royaume de Dieu, la plus puissante église évangélique du Brésil. La citation qui orne le parchemin s’ouvre sur un verset biblique, judicieusement choisi, du Livre de Malachie : «Apportez intégralement la dîme au trésor, pour qu’il y ait de la nourriture chez moi. Et mettez-moi à l’épreuve pour voir si je n’ouvrirai pas en votre faveur les écluses du ciel et ne répandrai pas en votre faveur la bénédiction en surabondance.»

Béni, Edson l’a été, surabondamment, par les pasteurs de «l’Universelle ». Mais il n’a jamais vu s’ouvrir pour lui les écluses du ciel. Que de dîmes a-t-il pourtant apportées au trésor de Dieu ! Sans cesse, de plus en plus, et sous toutes les formes : l’essentiel de son salaire – et jusqu’au treizième mois, des chèques antidatés, des Ticket Restaurant, des titres de transport, le produit de la vente d’un terrain.

Cette folle prodigalité n’a pas suffi pour que l’Eglise, comme elle l’avait promis, le guérisse de la dépression qui le rongeait de longue date. Aujourd’hui jeune retraité–à 45 ans –, Edson se retrouve, dit-il, «avec [son] angoisse et [sa] tristesse » et «beaucoup de dettes». Il a tout de même un motif de satisfaction: un tribunal de Belo Horizonte, la capitale de l’Etat du Minas Gerais, où il vit avec sa mère, a condamné l’Eglise à le dédommager partiellement. La protection divine abandonnerait elle enfin les pasteurs affairistes de «l’Universelle» qui s’enrichissent depuis longtemps sur le dos de millions de fidèles à l’âme crédule, souvent pauvres et peu éduqués, malades ou vulnérables, qui ont la faiblesse de les prendre pour des faiseurs de miracles ? Car, pour la première fois, les foudres de la justice des hommes viennent de frapper les chefs de ce culte trop prospère. Le 11 août, le parquet de l’Etat de Sao Paulo a inculpé le fondateur et patron de l’Eglise, l’«évêque» Edir Macedo, 64 ans, et neuf autres dirigeants, dont trois «évêques».

Ils sont accusés d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’argent. Dans le sud du pays, Macedo devra répondre de plusieurs autres crimes: tromperie idéologique, usage de faux documents, recours à des hommes de paille, qu’on appelle joliment au Brésil des «oranges ». Les chefs de «l’Universelle» avaient instauré un mécanisme assez simple. Les dons de ses ouailles étaient envoyés vers les comptes de sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux. De là, l’argent revenait, blanchi, au Brésil, sous forme de prêts accordés à des amis d’Edir Macedo. Ce pactole ne quittait pas les mains de l’Eglise tout en échappant au fisc.

La Constitution brésilienne, très protectrice de la liberté de religion, exempte les Eglises de tout impôt, à condition que l’argent reçu finance des activités non lucratives: entretien et construction des lieux de culte, dépenses de fonctionnement, propagation des œuvres sociales. «L’Universelle» agit sur une tout autre échelle. Exploitant avec cynisme, et souvent cruauté, la ferveur naïve des fidèles, ses animateurs ont édifié un véritable empire de la foi présent dans 172 pays.

Avant de fonder son Eglise, en 1977, puis de s’auto consacrer «évêque», Edir Macedo travaillait à la loterie de l’Etat de Rio. Aujourd’hui, ce statisticien de formation a des allures de banquier: crâne dégarni, lunettes austères et gros boutons de manchette. Entre-temps, son talent de prédicateur, son sens de l’organisation et son génie, douteux mais indéniable, de la finance l’ont aidé à construire sa multinationale du culte. Sur une photo de 1995, on l’aperçoit, visage enjoué, brasser une poignée de dollars, après une cérémonie au Madison Square Garden de New York. Il n’en est plus là. Le fisc estime sa fortune à 2 milliards de dollars. Il possède notamment près de Sao Paulo une immense maison, style chalet alpin – 18 suites sur 4000 m2 – et deux luxueux appartements à Miami. Il détient 90% du capital de la chaîne de télévision Record, bastion des tribuns évangélistes, et sa femme les 10%restants.

On n’en finirait pas d’inventorier les biens de son Eglise: 24 chaînes de TV, 42 stations de radio, 2 quotidiens, 2 maisons d’édition, une agence de tourisme, une agence immobilière, une compagnie d’assurances, une entreprise de taxi aérien et plus de 600 véhicules en tous genres. «L’Universelle» dispose de 4748 temples au Brésil, où prient 8 millions de fidèles. Des lieux de culte confortables et modernes, souvent gigantesques, qu’abritent parfois de majestueuses façades néogothiques.

Edir Macado rejette les accusations de la justice. Dans un texte distribué à ses ouailles, il les exhorte à «former un front des affligés» pour «prier, jeûner et mériter les promesses de Dieu». Dans l’un des plus grands temples de Sao Paulo, l’autre semaine, l’«évêque»Wagner Negrao appelait les fidèles à riposter au «diable désespéré qui nous persécute et crie parce que nous piétinons sa tête» en exprimant, «avec rage », leur générosité, «au nom de Jésus». A la fin de l’office, ce jour-là, la quête fut particulièrement fructueuse.

Source : Le Monde du 3 septembre 2009