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Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».

Extraits

Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?

Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...

Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?

D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.

Aucune arrière-pensée politique ?

Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.

Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?

C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.

Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?

Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…

Quel était votre favori en Iran ?

Mir Hossein Moussavi.

Avez-vous un modèle?

Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit: « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »

Que pensez-vous de la laïcité ?

Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.

Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?

Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.

Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.