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Une série d’attentats a visé ce mercredi 10 novembre plusieurs domiciles de chrétiens à Bagdad faisant trois morts et plus de vingt blaissés. Ces nouvelles attaques interviennent dix jours seulement après le carnage (46 civils tués) revendiqué par Al-Qaida dans une cathédrale au centre de Bagdad.

Les réactions des dirigeants et intellectuels arabes suites à ces attaques sont très rares (et concernent comme d’habitude « la condamnation de la violence ») et le soutien des chrétiens d’Irak est complétement inexistant. Où sont ceux qui crient à l’islamophobie et qui condamnent perpétuellement l’Occident pour ses comportements envers les musulmans ? Pourquoi ils ne manifestent pas contre Al-Qaida et ne revendiquent-ils pas l’arret immédiat des attaques qui visent les chrétiens d’Irak ? Pourquoi ne disent-ils pas nous sommes tous des chrétiens d’Irak et nous n’acceptons pas ce qui arrive à nos frères ? 

Comme l’écrit Aziz Al-Hajj dans Elaph (ci-dessous le texte), la réponse à ces questions est assez simple : le silence des élites arabes intervient dans la suite logique des discriminations que subissent les membres de la communauté chrétienne (graphique ci-dessus) dans toute la région. Un silence asourdissant qui ne peut plus durer : nous avons l’obligation de soutenir une communauté aussi arabe que tous les musulmans de la régions !

 

Les chrétiens dans la ligne de mire

Par : Aziz AL-HAJJ

 

Al-Qaida a déclaré que c’était bien une église qu’elle visait le 31 octobre à Bagdad. Quoi d’étonnant à cela ! Depuis la chute de Saddam Hussein, l’organisation est le meilleur allié de l’Armée du Mahdi [milice chiite de Moqtada Al-Sadr] pour chasser et tuer les membres des minorités religieuses. Le sort des chrétiens d’Irak ressemble à celui de leurs coreligionnaires dans l’ensemble du Moyen-Orient : discriminations, hostilité, déni de droits, pressions pour les forcer à s’exiler. En Irak, leur nombre est passé de 1,8 million à 400 000. Cinquante et une églises ont été détruites, un évêque et trois prêtres ont été enlevés et tués. Quant aux simples croyants, on compte 800 victimes parmi eux. Ceux qui résistent à l’appel à l’exode sont soumis à de nombreuses pressions, les femmes sont contraintes de porter le voile et tous deviennent des citoyens de seconde zone. A Bethléem et Beit Jala [jadis villes chrétiennes, en Cisjordanie], les musulmans sont désormais majoritaires. Seule la bourgade de Beit Sahour reste à majorité chrétienne. Quant aux coptes d’Egypte, les pressions qu’ils subissent sont légion.

Des notables, intellectuels, religieux et associations musulmanes poussent des cris d’orfraie pour dénoncer l’“islamophobie” dans les démocraties occidentales. Un livre à charge contre l’immigration en Allemagne, la menace d’un pasteur de brûler le Coran ou la déclaration d’un homme politique raciste jouant sur la peur des immigrés, notamment musulmans : à chaque fois, on veut y voir la preuve de cette islamophobie occidentale. Pendant ce temps, dans les pays musulmans, des slogans hostiles aux chrétiens sont lancés en toute impunité, à travers des milliers de mosquées, sans que personne ne défende l’idée d’égalité entre musulmans et non musulmans.

Beaucoup cherchent à contourner le problème en disant que tout le monde, chrétiens comme musulmans, souffre de la même manière. “Malgré des spécificités, les problèmes que connaissent les chrétiens et les musulmans sont pour l’essentiel les mêmes : menaces pour leur sécurité et détérioration du climat politique”, peut-on lire sous la plume d’un éditorialiste d’Al-Hayat. Dans le même journal, un autre commentateur estime que les chrétiens comme les musulmans sont victimes d’Israël et de son “judaïsme d’Etat”. Un autre encore affirme que la situation du Moyen-Orient a changé et que les chrétiens ne sont pas les seuls à souffrir de l’absence de droits à la différence. Ces réactions arabes sont autant de dénis d’une réalité qui crève pourtant les yeux. La progression de la bigoterie musulmane et la conviction croissante que l’islam est la seule vraie religion réduisent les non musulmans au statut de dhimmi [membres d’un groupe minoritaire]. Cela n’est pas sans conséquences. En plus des agressions quasi quotidiennes contre des églises ou des prêtres, combien d’arrestations pour accusation de prosélytisme chrétien ? Pendant ce temps, le prosélytisme musulman s’exerce en toute publicité dans les pays occidentaux. Dans la plupart des pays du Golfe [en fait, en Arabie Saoudite], les chrétiens en sont réduits à faire leur prière dans les résidences diplomatiques ou dans quelque salle de conférence d’un grand hôtel, à leurs risques et périls.

Oui, les chrétiens d’Orient dépérissent alors que ce sont eux qui sont la population d’origine de leurs pays. Malgré leur contribution à l’éducation, à la science, à la littérature, à la politique et à l’économie, et avec toutes les preuves de bonté et de loyauté patriotique qu’ils ont données, ils sont pourtant les victimes des gouvernements, des parlements, des hommes de religion et de la plupart des intellectuels. Même les pays occidentaux refusent de prendre clairement position pour réagir, que ce soit pour des raisons politiques ou commerciales, ou les deux à la fois. Le moment est venu pour les intellectuels musulmans de monter en première ligne pour prendre leur défense, pour dénoncer les violations de leurs droits et pour revendiquer l’égalité et la liberté religieuse.