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vendredi 3 juillet 2009

Iran : volonté de changement ou manipulations extérieures ?

Iran_cartoon

Pour le régime iranien, les contestations seraient conduites de l’étranger par la CIA qui financerait plusieurs des participants aux manifestations.

 Cette prise de position vous semble elle réaliste ?

 Est-ce vrai -selon vous- que les Etats-Unis se trouvent derrières toutes les perturbations que connaît l’Iran depuis les élections du 12 juin ?

 Ou bien il s’agit de l’éternel recours à la « théorie du complot » d’un régime en perte de légitimité ?

Pour répondre à ces questions, merci de laisser vos commentaires et / ou de participer au sondage ci-dessous : 

Posté par Hamza Belloumi à 23:50 - Iran: 30 ans de révolution islamique - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 29 juin 2009

Nejad a gagné mais… la révolution est en danger

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En découvrant le taux de participation historique (85 %) aux élections présidentielles du 12 juin, on s’attendait à un vote massif en faveur du candidat (le moins conservateur) Mir Hussein Moussavi, soutenu par les réformateurs et tous ceux qui étaient contre la politique de Ahmedinejad. Soutenant l_Iranl’idée que les électeurs ne se déplacent massivement que pour changer un gouvernement, nombreux sont ceux qui ont émis cette idée et ont criés –bien avant la proclamation des résultats- aux fraudes massives, et parmi eux Moussavi en personne qui avait tiré la sonnette d’alarme dès les premières heures de l’ouverture des bureaux de vote.   

Malgré cela et en dépit de l’auto-proclamation de sa victoire dans les élections, Moussavi aurait perdu –selon les résultats officiels- avec plus de 11 millions de voix de différence et n’aurait ainsi recueilli que 34 % des voix des électeurs, très loin derrière le président sortant.

Les arguments de fraudes ont été nombreux, plusieurs sont réalistes et d’autres pas du tout mais je pense que le Guide de la révolution n’a pas tort lorsqu’il déclare qu’on ne peut pas frauder 11 millions de voix. Il est donc (presque) sur que Ahmedinejad a remporté les élections, mais comment ?

Car, si on est d’accord pour dire que le président sortant n’a pas pu inventer de toute pièce 11 millions d’électeurs, il est incontestable que ce président populiste n’a pas eu seulement le soutien massif des classes les plus pauvres et des ruraux (33% de la population) mais surtout celui du Guide et des Gardiens de la révolution.

Pour ce qui est du Guide, l’Ayatollah Ali Khamenei, il a déclaré deux semaines avant les élections qu’il soutiendra le candidat qui affronte les grandes puissances, mène un train de vie modeste et n’a peur de rien. Autrement dit, Ahmedinejad.

Cette déclaration, ainsi que plusieurs autres signes de soutien à Nejad seront d’une importance capitale dans l’orientation du vote des iraniens. Car, il ne faut pas l’oublier, que la parole du Guide dans l’Iran de Wilayat al faqih (« le gouvernement des doctes ») est sacrée et que des millions de fidèles la suivent à la lettre. Ainsi, si le Guide soutient un candidat donné, cela veut dire des millions de voix supplémentaires pour ce candidat.

elections_presidentielle_iranienneConcernant les Gardes de la révolution, dont le nombre de toutes les fractions confondus serait au alentour d’un million et qui -par le biais de leur contrôle d’un bonne partie de l’économie de l’Etat (un tiers selon certains)- exercent une influence considérable sur des millions d’iraniens, ils ne pouvaient admettre la victoire d’un ‘‘réformiste’’ qui pourra mettre un terme à leur ambitions militaires (le nucléaire) et stratégiques (l’exportation de la révolution et le soutien du Hezbollah et du Hamas) en les privant de la manne financière secrète dont ils bénéficient (selon le rapport 2009 de l’office national chargé des audits, 1 milliard de dollars des revenus du pétrole a disparu. Les principaux bénéficières ne sont autres que les gardiens de la révolution dont le financement n’est connu que par quelques personnalités iraniennes dont le Guide de la révolution).

Ainsi, à travers le soutient de ceux qui se retrouvent dans ce personnage populiste, auquel s’ajoute le soutien du Guide, des gardiens de la révolution et de leurs partisans, Ahmedinejed est certainement parvenu a remporté les élections présidentielle du 12 juin dernier.

Mais qu’en est-il de l’avenir de la république islamique ?

En voulant préserver -à tout prix- l’institution de la présidence sous la tutelle des ultraconservateurs, le régime ne met-il pas en danger l’ensemble des institutions de la république islamique ?

Ramine Kamrane et Fréderic Tellier ont écrit dans un livre intitulé « Iran : les coulisses d’un totalitarisme » une idée « en apparence paradoxale » selon laquelle « Les crises générées par Téhéran protègent plus qu’elles n’exposent le régime islamique tant que la communauté internationale les appréhende au coup par coup, indifférente au dessein qui les relie. Elles détournent de la question du régime. » (p.21) Car, aux yeux des auteurs, tout ce qui se fait en Iran depuis la révolution de 1979 n’est autre qu’une mise en scène qui ne vise que la protection du régime islamique.

Et cela semble bien réussir jusqu’aux élections de 2005 : « Cette faculté de l’événement à occulter la question du régime est illustrée une nouvelle fois avec l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadi Nejad, nouveau président de la république islamique d’Iran depuis juin 2005. tant que le monde croit à un tournant majeur de la vie politique iranienne, tant qu’il voit dans l’avènement de cet ultra dont il prend systématiquement soin de souligner sa fidélité aux idéaux de la révolution – comme si cette fidélité ne concernait que lui et quelques proches, comme si elle était en soi une exception au sein du personnel de la république islamique, la source de tous les problèmes rencontrés par la communauté internationale avec Téhéran-, alors toute la vigilance porte sur un homme plutôt que de porter sur un système, elle se concentre sur ce qu’elle juge être une politique individuelle au détriment de la logique collective de la république islamique. » (p.22)

Cette analyse des auteurs était très pertinente à partir du moment où jusqu’aux élections de 2005 « le sommet de l’Etat iranien n’était menacé par aucune surprise venue des urnes. Les ‘‘surprises’’ iraniennes ne peuvent en théorie concerner que le personnage –secondaire dans l’édifice institutionnel iranien- du président de la République. »(p.33) 

Mais avec les événements que connaît l’Iran depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles, c’est désormais le régime dans sa totalité qui est menacé.

l_organisation_du_pouvoir_en_iranCar, la division que connaît (pour la première fois de son histoire) la république islamique après ces élections témoigne de l’existence d’une menace réelle pour le régime islamique. En effet, depuis sa naissance en 1979, jamais la révolution iranienne n’a connu une division aussi flagrante : Pour la première fois de son histoire les manifestants défient non seulement le pouvoir exécutif mais aussi le guide de la révolution. Pour la première fois, des religieux iraniens s’opposent ouvertement aux injonctions du guide Ali Khamenei, et pour la première fois on s’interroge sérieusement sur l’avenir de l’institution du Guide suprême. 

Ce tremblement qui risque de toucher les fondements même de la république islamique ne provient pas seulement des manifestations face aux résultats des dernières élections, mais d’un certains nombre d’éléments déclenchés par ces manifestations :

1-  L’opposition entre le Guide Ali Khamenei et un grand nombre de personnalités influentes du régime islamique :

L’histoire remonte à 1989, date de la mort de l’Ayatollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. A l’époque, sa succession n’avait pas été envisagée surtout que son dauphin présumé l’Ayatollah Ali Montadiri est tombé en disgrâce -quelques mois seulement avant la mort du Guide- pour avoir ouvertement critiqué l’assassinat de milliers d’opposants politiques dans les prisons iraniennes. Une prise de position qui provoquera les foudres du Guide pour lequel Montadiri est un « naïf » qui « n’est pas un homme d’Etat capable de diriger un pays ».

C’est ainsi que le choix du guide après la mort de Khomeiny revenait à l’Assemblée des experts présidée par Hachemi Rafsandjani qui fera tout pour faire élire Khamenei au poste du Guide alors même qu’à l’époque ce dernier n’était pas considéré comme la plus haute personnalité religieuse de l’Etat. Dans une déclaration à Newsweek, un témoin de l’époque jure que « sans le soutien de Rafsandjani, jamais M. Khamenei n’aurait accédé au poste de Guide suprême. J’ai vu comment il a travaillé jour et nuit afin de convaincre les membres de l’Assemblée des experts et les grands Ayatollah de soutenir Khamenei. Et malgré que M. Khamenei n’avait pas les compétences religieuses requises pour le poste, les mollahs ont donnés raison à Rafsandjani parce qu’ils lui faisaient confiance. Il est incontestable donc que M. Khamenei doit son poste à Rafsandjani. »

Or la relation entre les deux hommes va se dégrader très vite et Rafsandjani qui s’attendait à un petit geste de reconnaissance pour ce qu’il a fait, découvre avec stupeur -à l’occasion de sa candidature aux élections présidentielles de 2005-, que  le Guide –avec lequel il est désormais en désaccord sur plusieurs sujets- a choisi de soutenir le maire de Téhéran, le populiste Ahmedinejad.

Rafsandjani n’a jamais pardonné au Guide ce soutien et a critiqué durant les 4 dernières années les politiques de Nejad. Il ira même jusqu’à soutenir les réformateurs et leurs candidats. Désormais ce qu’il vise c’est la chute de Nejad et après lui (probablement) celle de … Khamenei. Car, a en croire certains, Rafsandjani aurait pensé durant les premières journées des manifestations à destituer le Guide (à travers l’Assemblée des experts). Mais il aurait renoncé à le faire, sachant qu’une telle décision conduirait à la chute de l’ensemble des institutions de la république islamique.

Rafsandjani est certes le personnage le plus influent qui critique désormais ouvertement les prises de positions du Guide, mais il n’est pas le seul. Plusieurs religieux n’hésitent plus à le faire profitant des erreurs du Guide dans la gestion de la crise et surtout de son manque de charisme. 

2- L’absence de charisme du Guide de la révolution :

Comme le souligne Christopher Dicky dans Newsweek, pour ceux qui ont connus le fondateur de la République islamique, l’Ayatollah Khomeiny, le guide actuel de la révolution n’est qu’un faible successeur du formidable orateur que fut Khomeiny. L’homme qui ne possède aucun charisme a été considéré au départ un ‘‘Guide de passage’’ qui n’occupera les fonctions que jusqu'à ce qu’une personne plus compétente le remplace. Mais il a su durant deux décennies garder sa position à travers l’instauration d’un équilibre entre les différentes institutions et en se montrant au-dessus des mêlées. Seulement, avec son soutien explicite à Ahmadinejad, le Guide a transgressé les règles qu’il s’était imposé donnant à ses adversaires les arguments pour le critiquer et contester ses injonctions. Le signe le plus important de cette révolte est sans doute ce qui s’est passé dans la prière du vendredi 19 juin. Ali Khamenei a ‘‘ordonné’’ à tous les candidats (y compris Nejad et Moussavi) d’assister à la prière sous sa conduite et a invité pour l’occasion les médias étrangers afin de montrer l’unité de la classe politico-religieuse iranienne derrière son guide suprême. Peine perdue, car Moussavi et Karoubi n’ont pas donné suite à l’invitation du guide montrant au grand jour non seulement leur opposition à la victoire de Nejad mais aussi leur refus de la prise de position du Guide.

Ainsi, nous voyons comment, alors même que l’institution de la présidence de la République n’est que secondaire dans l’organisation du pouvoir iranien, la volonté des ultraconservateurs de la garder sous leur influence les a conduits à truquer des élections qu’ils auraient de toute façon gagnées. Faisant entré le pays dans une crise de laquelle la République islamique ne sortira pas indemne.

A lire aussi sur ce sujet :

Le dossier Islamiqua sur l’Iran

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Posté par Hamza Belloumi à 20:45 - Je le dis comme je le pense - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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dimanche 21 juin 2009

Iran : Bain de sang en perspective ?

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Dans la crise qui oppose le pouvoir aux contestataires des résultats des dernières élections présidentielles,  ‘‘Les gardiens de la Révolution’’  se sont illustrés par leur violence (tuant plusieurs personnes dès les premières heures de protestations) amplifiant ainsi la colère de milliers d’iraniens qui continuent de descendre dans les rues malgré tous les avertissements du pouvoir.

Les Bassidjis, membre des gardes révolutionnaires sont un groupe d’autodéfense progouvernemental composé par une multitude d’entités dont certaines sont officielles comme l’Ansar Hezbollah et d’autres contrôlées par des religieux iraniens.

Personne ne connaît réellement le nombre exact des effectifs des Bassidjis mais certains le chiffre à plus d’un million.

Violence aveugle. Les pratiques des Bassidjis face aux manifestants sont très contestées par l’opposition : absence d’uniformes (ils sont souvent « en civil »), utilisation de tuyaux, de bars de fer, de matraques et parfois même d’armes à feu dans la répression des protestataires sont des pratiques courantes. Dernier exemple en date de cette violence aveugle des gardiens de la Révolution : le 20 juin et alors que les forces de sécurité régulières ont reculés par moments devant les manifestants leur demandant de rentrer chez eux afin d’éviter un carnage, plusieurs témoins affirmaient que les Bassidjis continuaient à repriser les protestataires à coup de matraques et de gaz lacrymogène.

Témoignant des événements du 20 juin, dans un pays ou la presse est interdite de rendre compte des manifestations anti-gouvernementales, une étudiante de l’Université de Téhéran affirme que « les bassidjis empêchaient les gens d'avancer. (...) De temps en temps, quelqu'un provoquait la foule et du coup les bassidjis se ruaient vers les manifestants en donnant des coups de matraque sans se soucier de savoir si c'était une femme ou un enfant qui les recevait... (...) Nous nous sommes avancées vers la place Vali Asr où les bassidjis nous attendaient en nombre. »

Feu vert. Contrairement à sa condamnation vendredi 19 juin des manifestations, le Guide suprême n’a rien dit sur les méthodes utilisées par les Bassidji face aux milliers de manifestants. Certains considèrent même que cette absence de condamnation est un feu vert donné par l’Ayatollah Khamenei pour réprimer les contestataires.

Mais au-delà du fait d’être considéré comme des forces pro-gouvernementales, certains pensent que la réalité du pouvoir et la pérennité de la république islamique en Iran se trouve entre les mains des gardiens de la révolution qui sont devenus –avec leur organisation- des intouchables.

Ainsi, malgré sa très grande considération pour leur rôle et son immense respect de l’organisation, le président iranien Ahmadinajad a échoué en 2005, à cause du refus des gardiens de la révolution, à intégrer leur organisation dans un organe officiel avec un budget officiel.

Avec le pouvoir qu’ils détiennent, leur nombre impressionnant et leur recours massif et aveugle à la violence, les Bassidjis pourraient provoquer un bain de sang si les manifestants continuent de montrer leur opposition aux résultats des élections présidentielles.  

© Islamiqua avec The New York Times et Le Monde

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mardi 16 juin 2009

Iran : scènes de révolution dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale

Dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale depuis la révolution islamique de 1979, aux cris de " Mort au dictateur" plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahis lundi 15 juin les rues de Téhéran afin de contester les résultats de l’élection présidentielle iranienne selon lesquelles le président sortant Ahmadinejad aurait gagné avec plus de 63 % des voix. 

Malgré l’interdiction officielle de toute manifestation par le ministère de l’intérieur iranien qui avait signalé qu’il fera porter la responsabilité de tout débordement à Moussavi en personne, ce dernier et ses supporters n’ont pas hésités à descendre, pacifiquement, par dizaines de milliers dans les rues de la capitale Téhéran. Pourtant, le calme ne durera pas longtemps puisque les forces de la milice islamique du Bassidj aurait fait feu contre les manifestants faisant un mort et plusieurs blaisés selon des photographes.

Mir Hossein Moussavi, qui conteste la victoire d'Ahmadinejad, a participé à la manifestation. Juché sur le toit d'une voiture, il a appelé à l’annulation des résultats des dernières élections et s'est dit "prêt à participer de nouveau à une élection présidentielle". L'ancien premier ministre continue d'affirmer que le scrutin était truqué et a déposé un recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution dimanche pour obtenir l'annulation des résultats.

La colère des iraniens en images :

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Moussavi_demande_l_annulation_des_resultats_et_l_organisation_de_nouvelles_presidentielles

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plus_d_un_million_est_demi_de_manifestants_dans_les_rues_de_Teheran

Affrontements_entre_manifestants_et_forces_de_l_ordre

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Un_mort_est_signale_dans_la_manifestation

Scene_de_revolution_a_Teheran

Plus_d_un_million_et_demi_de_manifestants

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lundi 8 juin 2009

Obama : « Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »

islamiqua_decryptageDans un discours jugé historique par certains, le président américain Barack Obama s’est adressé pour la deuxième fois en l’espace de quelques semaines au monde (arabo) musulman. Après son premier discours prononcé en Turquie est adressé à l’ensemble des musulmans, Obama a choisi l’université du Caire pour un discours dirigé plus spécifiquement aux arabes.

Voici les extraits les plus importants du discours du président américain décrypté par Islamiqua.

« Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »

Je suis fier de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : "Salam aleïkoum."

Obama_au_CaireNotre rencontre survient à un moment de grande tension entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier -tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. (...) Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d'une minorité de musulmans qui, pour être réduite, n'en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l'islam inévitablement hostile non seulement à l'Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l'homme. (...) C'est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.

Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance et, dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. (...)

Comme le dit le saint Coran : "Crains Dieu et dis toujours la vérité." C'est ce que je vais essayer de faire aujourd'hui -de dire la vérité de mon mieux. (...) Je suis chrétien, mais mon père était issu d'une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j'ai passé plusieurs années en Indonésie où j'ai entendu l'appel à la prière (azan) à l'aube et au crépuscule. Jeune homme, j'ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j'ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.

Féru d'histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l'islam. (...) Je sais aussi que l'islam a de tout temps fait partie de l'histoire de l'Amérique. (...) Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les Etats-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servis le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique.

J'ai donc connu l'islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l'Amérique et l'islam doit se fonder sur ce qu'est l'islam, et non sur ce qu'il n'est pas, et j'estime qu'il est de mon devoir de président des Etats-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent.

Or ce même principe doit s'appliquer à la façon dont l'Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l'Amérique n'est pas le stéréotype grossier d'un empire qui n'a d'autre intérêt que le sien. (...) Qu'un Américain d'origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d'encre. Mais mon parcours n'est pas unique.

(...)

Dans cet esprit, permettez-moi de m'exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble.

La première est celle de l'extrémisme violent sous toutes ses formes. A Ankara, j'ai fait clairement savoir que l'Amérique n'est pas -et ne sera jamais- en guerre contre l'islam. En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Et il m'incombe d'abord, en tant que président, de protéger le peuple américain.

La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l'Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. (...) Nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu'au dernier, si nous avions l'assurance que l'Afghanistan et maintenant le Pakistan n'abritaient pas d'éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d'Américains. Mais ce n'est pas encore le cas. (...) Aucun d'entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. (...) Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème -il constitue une partie importante de la marche vers la paix.

(...)

Je voudrais aussi aborder le dossier de l'Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d'un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. (...) Aujourd'hui, l'Amérique possède une double responsabilité : aider l'Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l'Irak aux Irakiens. (...) C'est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni.

(...)

La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.

Les liens solides qui unissent l'Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. (...) A travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l'antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. (...) Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. (...)

Cela dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. (...) Ils subissent au quotidien les humiliations -grandes et petites -qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un Etat à lui.

(...) La seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux Etats, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C'est dans l'intérêt d'Israël, dans l'intérêt de la Palestine, dans l'intérêt de l'Amérique, dans l'intérêt du monde. C'est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties -et que nous tous- se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.

Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n'aboutira pas. (...) Ce n'est pas de cette manière que l'on revendique l'autorité morale ; c'est ainsi qu'on l'abdique.

Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu'ils peuvent bâtir. L'Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaître ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l'existence d'Israël.

En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l'existence d'Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les Etats-Unis n'acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d'Israël, l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. (...)

Enfin, les Etats arabes doivent reconnaître que l'initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. (...) Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais (...) le moment est venu de prendre une initiative sur ce que tous savent être vrai.

La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l'égard des droits et des responsabilités des Etats concernant les armes nucléaires.

Cette question a constitué une source de tension entre les Etats-Unis et la République islamique d'Iran. (...) Il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n'est pas simplement dans l'intérêt des Etats-Unis, c'est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d'entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse.

Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d'autres ne possèdent pas. Aucun Etat ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C'est pourquoi je réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires. Et chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.

Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (...) Je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.

Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. (...) J'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'Etat de droit et l'application équitable de la justice. (...) Les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. (...) Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques -à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations (...) les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.

Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.

L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. (...) Parmi les musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les maronites au Liban ou les coptes en Egypte. Et pour être franc, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.

La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. (...) Il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.

(...)

La sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.

Je sais que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (...) Les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.

(...)

Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un Etat qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.

Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant.

Traduit par le Département d'Etat américain.

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lundi 1 juin 2009

Menaces sur des intellectuels tunisiens

Zyed_Krichen

On peut tout reprocher à la Tunisie sauf le fait de persécuter la pensée libre et d’imposer, comme vérité d’Etat, des opinions ou des dogmes religieux. Et pourtant depuis quelques années et avec une accélération ces dernières semaines, une campagne de dénigrement et d’appel au meurtre est lancée, surtout via la Toile et quelques journaux arabes, contre des intellectuels tunisiens pour “crime” de “lèse-religion”. La dernière en date est une liste noire de vingt-trois intellectuels tunisiens accusés d’hérésie (“zandaqa”). Le texte, de quelques lignes, appelle explicitement à la liquidation physique de ces “hérétiques” qui combattent Dieu, son Prophète et les gens pieux.


Faut-il accorder de l’importance à ce torchon numérique ? La sagesse voudrait que non, mais le principe de précaution nous ordonne de prendre cette menace au sérieux, d’autant plus qu’on est loin de l’acte isolé et que les antécédents, certes moins dangereux, nous incitent à plus de prudence.


▪▪▪

Si l’on excepte quelques pages sombres de l’extermination des derniers Ismaéliens (Fatimides) en Tunisie au XIème siècle, la Tunisie a été toujours une terre de tolérance en matière religieuse. Notre pays a refusé l’extrémiste wahhabite au début du XVIIIème siècle (voir l’excellent ouvrage, richement documenté, de Hamadi Redissi et Asma Maala, “De la réfutation du Wahhabisme” (en langue arabe).
Le pays a ouvert ses bras au chantre du réformisme musulman au début du XXème siècle, Mohamed Abdoh. Même Tahar Haddad, pourtant rejeté par l’institution religieuse, n’a pas fait l’objet d’une véritable inquisition et n’a pas été inquiété, outre mesure, ni dans sa liberté, ni dans son intégrité physique.


Plusieurs facteurs ont fait que notre pays soit le réceptacle, dans les milieux académiques et intellectuels, d’une pensée critique qui s’est développée dans les études islamiques. Il y a là une véritable Ecole tunisienne qui compte à l’heure actuelle plusieurs dizaines (on peut même dire quelques centaines) d’essayistes et de chercheurs. Notre pays peut s’enorgueillir de compter parmi ses élites des sommités mondiales et arabes dans les études islamiques tels que Hichem Djaït, Abdelwaheb Bouhdiba, Mohamed Talbi (quoi que l’on pense de ses deux dernies ouvrages). On peut citer plus d’une trentaine de noms dont les ouvrages et recherches représentent une véritable avancée dans les études islamiques. Et si le monde de l’édition était plus soutenu en Tunisie, le nombre des ouvrages de référence serait encore plus imposant. Mondialisation oblige, les milieux intégristes et fondamentalistes en Tunisie et dans le Monde arabe ont réagi violemment à cette production intellectuelle, souvent en se basant seulement sur des racontars et des oui-dire comme ce journal du Golfe qui impute à l’intellectuelle et essayiste tunisienne Olfa Youssef des propos, qu’elle n’a jamais tenus, sur le Prophète et ses épouses, allant jusqu’à la comparer à un Salman Rushdie. On ne compte plus les attaques et les diatribes, souvent très basses, qui vilipendent, sur le Web, les intellectuelles tunisiennes à l’instar d’Olfa Youssef (dont le dernier livre Hayratou Muslima (Les inquiétudes d’une musulmane) est à sa cinquième édition (ce qui est un record absolu en Tunisie pour un essai), Amel Grami, Raja Ben Slama, Neïla Sellimi, Saloua Charfi et d’autres. Seulement la black-liste des 23 a une spécificité : elle ne touche que les professeurs Abdelmajid Charfi et les universitaires supposés être ses disciples. Il s’agit de Moncef Abdeljelil, Neïla Sellini, Raja Ben Slama, Wahid Essaafi, Nader Hammami, Mohamed Chakroun, Zahia Jouirou, Abdelbacet Gammoudi, Hela Ouertani, Bassam Jmel, Mongi Lassoued, Sihem Missaoui, Abdellah Khleïfi, Amel Grami, Néjia Ourimi Bouagila, Mohamed Bouhlel, Abderrahim Bouhaha, Belkis Rézigui, Mohamed Bettaïeb, Mohamed Hamza, Jihène Ameur, Touhami Abdouli et bien sûr Abdelmajid Charfi. Il est à remarquer que si quelques-uns de cette liste sont des auteurs confirmés, d’autres sont au tout début de leur carrière académique. Leur seul “crime” est d’avoir été encadrés, ou supposés l’être comme dans le cas de Raja Ben Slama, par le professeur Charfi. Cela touche en clair les modules d’islamologie dans les différents départements d’arabe des Universités tunisiennes. Il est à craindre que cette liste ne s’allonge quand ses macabres auteurs s’intéresseront à d’autres disciplines académiques.

Que faut-il faire pour éviter dans notre pays l’irréparable ?


Premièrement que les forces de police et les autorités judiciaires ne prennent pas à la légère cet appel au meurtre, ce texte dit clairement qu’assassiner ces “hérétiques” est un acte pieux.


Deuxièmement qu’on reconnaisse, enfin, dans notre pays le mérite des gens qui travaillent non pas en les honorant et en les surprotégeant mais en leur offrant les moyens de communiquer avec le reste des citoyens. Est-il normal qu’un pays qui regorge d’autant de talents voie ses médias de masse, et surtout la télévision, bouder des Abdelmajid Charfi, Yadh Ben Achour, Sadok Belaïd, Neïla Sellini, Youssef Seddik, Hamadi Rédissi, Abou Yareb Marzouki, Slim Laghmani, Fethi Ben Slama et la liste est encore longue !


Un pays qui a investi dans les ressources humaines et l’économie du savoir ne peut pas marginaliser, même par inadvertance, autant de matière grise. Cela, malheureusement, ne protégera pas ces personnes contre la folie fanatique, mais cela immunisera certainement notre jeunesse contre l’obscurantisme et les fléaux de l’ignorance. Il n’est nullement besoin, pour cela, d’instituer une immunité intellectuelle pour la pensée libre. Une pensée critique doit pouvoir être critiquée. Seulement ce débat, combien salutaire pour notre pays, doit se faire dans le respect des personnes et de la liberté intellectuelle de chacun.


Le fanatisme et l’ignorance ne se nourrissent que de l’ignorance. Encadrer ce débat, voilà une belle mission pour les grands médias tunisiens
Le temps est grave.

Il ne faut plus perdre de temps.

Quant à nous à Réalités nous assumerons pleinement nos responsabilités dans la lutte contre ce nihilisme destructeur assoiffé de sang et ennemi de la liberté.

Source : Réalités du 21 mai 2009.

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samedi 30 mai 2009

Abdelamjid Charfi, Nietzsche du monde musulman !

Abdelmajid_CharfiAbdelmajid Charfi (sa personne comme sa pensée) aura droit de la part de Talbi à tout un chapitre –le moins que l’on puisse dire- pamphlétaire, intitulé « Abdelmajid Charfi et la théorisation systématique de la dé-islamisation voilée », où l’auteur tentera d’une part de déconstruire (ou détruire) l’ensemble des idées du penseur tunisien et d’autre part de le faire sortir de la communauté des croyants.

Ainsi, le chapitre commence par une réfutation de l’auteur de voir le qualificatif de « penseur musulman » accordé à Abdelmajid Charfi, suivra une critique des positions de Charfi sur le Coran et le Prophète et une riposte rigoureuse aux théories du penseur sur les pratiques et obligations religieuses en islam.   

Charfi, Nietzsche de l’islam

Ma plus grande surprise à la lecture de l’ouvrage du professeur Talbi fut la découverte du nombre de jugements subjectifs que l’auteur réserve à Abdelmajid Charfi « qu’on ne peut considérer comme penseur musulman… car il n’est pas du tout penseur musulman au sens Coranique du terme…Il sait très bien [A. Charfi] qu’il ne fait pas partie de ceux décrits par Allah comme croyants et musulmans » (p. 43-44)

[ " ... لا مناص لنا من أن نعتبره [ع.م.الشرفي] منظر الفكر الإنسلاخسلامي، لا مفكرا مسلما، كما يقدم نفسه وهما أو توهيما، ويقدمه المغربي رشيد بن زين ... فهو إطلاقا ليس مفكرا مسلما بالمفهوم القرآني للعبارة ... فهو يعلم جيدا أنه لا يدخل ضمن من يصفهم الله بالإيمان والإسلام..."(ص 43- 44 ) ] 

Tout au long du chapitre qui lui est réservé, (A) Charfi est traité de tout : dé-islamisé, non-croyant, apostat, et même… ennemi de la religion.

Voici comment Talbi le qualifie dans certains passages de son livre :    

« Celui qui ne prie pas et dénigre la prière et qu’on ne voit pas dans nos rangs sur ‘‘le droit chemin’’ [expression coranique] n’est point des nôtres… Il est libre et respecté dans tout ce qu’il dit, mais il n’a pas à apprendre aux pratiquants leur religion et il ferait mieux au moins de ne pas revendiquer le titre de penseur musulman même s’il occupe la chaire de la pensée islamique [à l’université de Tunis I]. » (p.45)

[ " أما الذي لا يصلي وينكر الصلاة، ولا نشاهده في صفوفنا على "الصراط المستقيم"، ليس منا ولسنا منه ... فهو حر محترم في كل أقواله وأفعاله، غير أنه ليس له أن يعلّم المصلين دينهم، والأفضل على الأقل ألا يدعي أنه مفكّر مسلم، وإن شغل كرسي الفكر الإسلامي. " (ص 45) ] 

« Aucune place n’est réservée dans le livre de (A). Charfi [‘‘L’islam entre le message et l’histoire’’] à l’au-delà : l’islam auquel il appelle est un islam sans au-delà. L’au-delà est absent de son livre … et cela suffit pour faire sortir l’auteur du cercle islamique. » (p.70)  

[ " ولا حديث في كتاب ع.م.الشرفي عن الآخرة : الإسلام الدي ينظر إليه، إسلام بدون آخرة. الآخرة غائبة في كتابه، لا لها ولا عليها، وهذا يكفي ليخرجه من الدائرة الإسلامية " (ص 70) ] 

« Nietzsche (1844-1900) a tué le dieu du christianisme est a grand ouvert la porte au détachement de sa pratique. De même (A) Charfi a visé l’assassinat théorique du dieu de l’islam. Il a voulu être en toute conscience le Nietzsche de l’islam… » (p.84)

[ " لقد قتل نيتش (1844-1900) إله المسيحية وفتح واسعا باب الإنسلاخ عنها فتحا منهجيا. وكذلك ع.م.الشرفي استهدف قتل إله الإسلام قتلا تنظيريا حسبه حاسما ومنهجيا, فهو عن قصد أراد أن يكون Nietzsche الإسلام، وما أحسبه إلا أنه بهدا التشبيه مبتهج وفخور، ليصالح، بنفس الأسلوب، من يسميه مسلما تدليسا، مع العصر والحداثة جدريا لا تنميقا، عن طريق التنظير المنهجي للإنسلاخ من الإسلام، وبهذا الإنسلاخ يندمج الإنسلاخسلامي مع أبناء جنسه، في كنف الحرية الذاتية، والمسؤولية الفردية، والتضامن الخلاق بدون تقيد بأيّ دين مهما كان نوعه. " (ص 84) ] 

▪▪▪ 

Après ce dénigrement systématique de Charfi, M. Talbi inflige le même jugement à tous ceux qui « se retrouvent » dans le musulman décrit par Charfi. Ainsi, « ceux qui s’y retrouvent dans le livre ‘‘L’islam entre le Message et l’histoire’’ ne font pas partie des  croyants… » (p.93)

[ " إن اللذين يجدون أنفسهم في كتاب "الإسلام بين الرسالة والتاريخ" ليسوا من المؤمنين : فهم لا يؤمنون بيوم الدين، ولا ينتظرونه ولا يخشونه، ولا يؤمنون بملك يوم الدين ولايترقبون لقاءه، وحسابه وجزاءه وعقابه، ولا يولّون وجوههم الى الذي إياه نعبد وإياه نستعين. " (ص 93) ] 

Avec Talbi, tout le monde a pour son grade : de Abdelmajid Charfi jusqu’au pauvre musulman lecteur des ouvrages de ce dernier et qui s’y serait retrouvé dans les explications et les arguments du professeur !

▪▪▪ 

Après tout cela, on est tous tenté de savoir la raison qui se cache derrière toute cette haine ?

Je pèse bien mes mots, ce qui se dégage des innombrables insultes à M. (A) Charfi n’est autre que haine. Et même si je suis très heureux de constater que M. Charfi n’a pas choisi d’intenter un procès en diffamation contre M. Talbi, cela n’empêche de dire que ce que ce dernier a écrit dépasse largement le cadre de l’analyse scientifique et de la confrontation des arguments.

Que reproche au juste M. Talbi à son collègue tunisien ?

Les reproches qui lui sont faites tournent autour de trois axes : ses points de vue sur le Coran et le Prophète, ses ‘‘amitiés’’ avec les orientalistes et son accord avec leurs prises de positions, ainsi que ses positions sur les obligations (pratiques) religieuses comme la prière ou le jeûne.

Talbi nous révèle que « ce qui l’oblige » à écrire ce livre n’est autre que le devoir de « démasquer » les dé-islamisés et à leur tête (A) Charfi qui ne fait que suivre les conclusions de ses maitres orientalistes, pour lequel l’islam n’est pas unique mais multiple, pour lequel le Coran est une simple compilation de principes et de valeurs remplie d’histoires mythiques écrites au temps des compagnons du prophète (et influencées par ces derniers) et qu’il faudrait en fin de compte abandonner parce que l’homme qui est arrivé à l’âge adulte avec ‘‘le sceau de la prophétie’’ n’a plus besoin de préceptes écrits il y a plus de 1400 ans pour le guider dans sa vie et ses actions, pour lequel le Prophète n’est autre qu’une personne influencée par la sorcellerie et les histoires mythiques de son époque et qui est venue annoncer à l’humanité son entrée définitive et irrévocable dans l’âge adulte où elle n’a plus besoin de guide ou de règles célestes et partant l’homme n’est plus dans l’obligation d’observer les pratiques religieuses qui n’auraient plus de sens aujourd’hui. 

C’est ainsi que Mohammed Talbi présente l’ensemble des thèses défendues par Abdelmajid Charfi. De manière caricaturale et déformée souvent, de façon juste et équilibrée quelques fois, Talbi –par les insultes et les injures auxquelles il a recourt- n’arrive pas à nous convaincre de l’exactitude des reproches qu’il fait à son homologue tunisien. Il parvient juste à nous faire regretter les dérives qu’un savant comme lui peut commettre malgré toute son érudition.    

A suivre ...

________________________________

* Traduction personnelle de l’arabe au français.

** C’est nous qui soulignions.  

Sur ce même sujet lire aussi sur Islamiqua :

- La définition du musulman et du dé-islamisé selon Mohammed Talbi

- Lecture dans le « testament » de Mohammed Talbi

- Talbi, libre penseur de l’islam

- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)

- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)

   

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jeudi 21 mai 2009

Élections législatives au Koweït : 4 femmes au Parlement et une défaite historique pour les islamistes

Les_Kuweit_entre_2_assemblees

Malgré toutes les critiques formulées contre l’expérience démocratique Koweïtienne (un émir qui règne et gouverne le pays avec les membres de sa famille en présence d’un parlement démocratiquement élu et d’un gouvernement présidé par un membre de la famille royale dans un Etat fortement ethnique), il est incontestable que ce que vient de connaître ce petit (mais riche) émirat du golfe est simplement historique. En effet, deux événements majeurs donnent aux élections législatives koweïtiennes du dimanche 17 mai un aspect exceptionnel :

I- Pour la première fois dans l’histoire de cet émirat (qui s’est doté depuis 1963 d’un parlement mais n’a autorisé les femmes à voter et a être éligibles qu’en 2005), 4 femmes de tendance libérale sont élues dans un pays connu fortement pour son conservatisme.

II- Pour la première fois dans l’histoire, non seulement de l’émirat mais aussi et surtout de tout le monde arabe, les deux tendances islamistes (salafistes et frères musulmans) perdent du terrain avec un recul de plus de 50 % (de 7 sièges elles n’ont gardés que 3). 

▪▪▪ 

Le deuxième événement est à mon sens le plus important mais n’a pas été assez analysé par les différents médias et en particulier ceux arabes (qui pourtant avaient consacrés de larges développements et une couverture spéciale aux élections koweitienne en focalisent leur intérêt sur l’entrée des femmes au Parlement).

Or, au delà de porté symbolique de l’accès de la femme au parlement au Koweït, la défaite inattendue des islamistes mérite qu’on lui accorde un peu plus d’attention surtout qu’il semblerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un recul à imputer à certaines difficultés passagères du camp islamiste mais bien au contraire d’une défaite causée par un dysfonctionnement structurel de la machine islamiste. Plusieurs arguments peuvent être cités à cet égard :

1- les deux tendances islamistes ont connu la défaite :

*Les Frères musulmans passent de 3 députés à un seul.

*Les salafistes passent de quatre députés à deux seulement.

Ce qui pourrait indiquer un mécontentement de la population non envers une entité particulière mais plutôt envers un courant d’idée, à savoir celui islamiste.

2 - Pensant avoir toujours le poids qui été le leur il y a quelques mois -et dans la crainte de voir la femme accéder au Parlement-, les salafistes avaient émis quelques jours seulement avant les élections une fatwa dans laquelle ils interdisaient aux électeurs de voter pour les femmes (car la présence des femmes dans le parlement serait contraire aux préceptes de la sharia). Or les électeurs ont fortement sanctionnés cette prise de position en votant non pour une seule femme mais pour quatre candidates (sur un total de 15).

3- Parmi les quartes gagnantes, certaines ont même remportés les élections faces à des personnalités islamistes très célèbres dans le pays !   

4- Craignant la perte des élections, plusieurs candidats islamistes se sont portés comme candidats indépendants (sans étiquette) alors même qu’ils font partie des groupes salafistes ou des Frères musulmans. Cette stratégie inédite n’a pourtant pas réussie à leur garantir la victoire.

▪▪▪ 

Tout cela, nous pousse à voir dans ce qui vient de se passer au Koweït (malgré la petite taille de son électorat avec ses 400 milles électeurs), les prémices d’un changement en cours qui s’il réussit dans ce pays pourra avoir une influence remarquable sur le reste du monde arabe. D’où la responsabilité qui pèse sur ce nouveau parlement Koweitien et en particulier sur ses membres libéraux, indépendants ainsi que sur les 4 femmes qui doivent tout faire afin de ne pas décevoir et afin de montrer que dans le monde arabe les affaires de l’Etat et des citoyens sont mieux gérées lorsqu’elles sont éloignées des influences religieuses.

   

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lundi 18 mai 2009

La définition du musulman et du dé-islamisé selon Mohammed Talbi

livre_TalbiSous le titre « Le dogme des dé-islamisés : l’islam est la maladie des cœurs, son abondant est leurs médecine et le chemin de la modernité » Mohammed Talbi présente et définit son ennemi sur le plan interne (à l’intérieur de l’islam). Il s’agit du dé-islamisé ainsi que sa doctrine (la dé-islamisation) qui voudrait fonder la modernité sur le détachement de l’islam. A cet ennemi l’auteur reproche plusieurs tares dont la plus importante est celle de ne pas prier, et fait découler deux graves conséquences à ce non respect de la pratique religieuse :

      1-     Il exclut les non pratiquants de la communauté des musulmans.

2- Il refuse de prendre en considération les idées que ces « dés-islamisés non pratiquants » peuvent formuler. (p. 33)

[ " إن كل من يرفض أن يوجه وجهه نحو القبلة ليس من أمتنا، وليس له أن يملي علينا كيف نضطلع بالحداثة، وكيف نمارسها ونتعامل معها " (ص 33) ]

Cette prise de position peu commune d’un universitaire comme Mohammed Talbi est extrêmement critiquable à partir du moment où l’auteur avoue sans aucune réserve que ce qui détermine l’importance qu’il accorde aux paroles de certains auteurs, penseurs, intellectuels… n’est ni leur objectivité, ni la véracité historique de leurs propos , ni leur force d’argumentation… mais c’est d’abord leur croyance et surtout leur observation de la pratique religieuse ! Ainsi Talbi fait de la pratique religieuse (et en particulier la prière) la première des conditions pour l’acceptation de toute observation sur l’islam.

Avec cette condition et les conséquences que l’auteur fait découler de son observation (ou non observation) nous voyons très clairement que Mohammed Talbi s’oppose farouchement à ce que les auteurs appellent « le musulman culturel » (généralement non pratiquant) qui ne serait aux yeux de notre auteur qu’un non musulman car pour lui tout musulman est par définition pratiquant. 

Talbi reproche à ces dé-islamisés le fait de vouloir transformé l’islam en une « identité historique ».

[ " الإنسلاخسلاميون يقلبون الإسلام من دين حر الى هوية تاريخية مفروضة، وهم صنفان: صريح ومقنع. كلا الصنفين لا يعتبران الإسلام دينا (...) كلا الصنفين يعتبران القرآن عملا بشريا، يجب أن ترفع عنه القداسة (...) كلا الصنفين يعتبران الإسلام هوية تاريخية, يعتبرانه إرثا تاريخيا، لا اختيار لهم فيه (...) كلا الصنفين لا يلتزمان الفرائض؛ ولا يتجنبان المحرمات. " (ص 35 ) ]

Mais tout de même, Talbi fait la différence entre 2 types de musulmans culturels, l’un peut être (non accepté mais au moins) respecté pour ses convictions à partir du moment où il est libre de pratiquer sa religion ou pas, mais l’autre n’a même pas le droit au respect à partir du moment où il a usé de son droit à la différence pour diffuser la doctrine dé-islamisée : ainsi l’auteur opère une distinction entre le dé-islamisé militant (qu’il faut combattre) et le dé-obéissant passif -mais toujours croyant- qui éprouve des remords causés par sa observation des pratiques religieuses et qui peut par conséquence se repentir et revenir à Dieu .

[ " العصاة يحتفظون بضمير تأنيبي. أولائك يقسم بهم الله، لأن الإيمان لم يغادر قلوبهم، بل بقي حيا بها، يبقى حظهم متوفرا، كاملا يوم القيامة. يقول الله في شأنهم في سورة القيامة : " لأقسم بيوم القيامة ؛ ولأقسم بالنفس اللوّامة ". العصاة نفوسهم لوامة، يرجون التوبة والرجوع الى الله، وباب التوبة مفتوح، والله تواب غفور رؤوف رحيم حليم. العصاة من الأمة، والشفاعة إنما جعلت إليهم وتشملهم.

الإنسلاخسلاميون نفوسهم ليست لوامة. فهم يرفضون الفرائض وتجنب المحرمات، رفضا مقصودا واعيا، بحكم انسلاخهم عن الإسلام انسلاخ رفض كل اعتقاد مهما كان نوعه. فهم نفاتيون، ينفون الإيمان أصلا وتفصيلا، وكدلك كل أنواع الإعتقادات. فهم لايختلفون عن غيرهم من النفاتيين غير المعتقدين، الا بإرثهم الإسلامي التاريخي، اللاصق بجلدتهم التصاقا خارجا عن ارادتهم، لا يستطيعون التملص منه."  (ص 35- 36 ) ]

C’est donc le dé-islamisé militant qui sera l’objet de la croisade de Talbi, qui considère même que sa guerre est un devoir imposé à tout musulman. (p. 37)

Et c’est d’ailleurs pour combattre cet ennemi que Talbi a décidé d’écrire ce livre étant donné que ce dé-islamisé userait des mensonges en essayant de convaincre les gens de sa thèse (selon laquelle l’islam ne serait autre qu’une identité culturelle démunie de toute obligation) et par voie de conséquence de les conduire à l’abime. Ainsi nous relevons Le (premier) reproche que l’auteur fait au dé-islamisé : c’est le fait d’exprimer ses convictions et d’essayer de convaincre les gens de la véracité de ses prises de positions.

Voilà donc comment en l’espace de quelques pages Talbi définit le but principal de son livre : à savoir combattre ceux qui se définissent comme musulmans non pratiquants et qui -en même temps- essayent de rallier le plus grand nombre des musulmans (pratiquants) à leur cause.

Parmi ces dé-islamisés « qui ne méritent pas notre respect » (p. 37), l’auteur cite Salman Rushdie et « ses semblables » qui -sous prétexte de liberté de pensé et de culte- ont porté atteintes à l’islam et irrespect aux musulmans.

Ces dé-islamisés ne peuvent prétendre à être musulmans car ils ne correspondent pas à la définition donnée par Dieu au musulman dans le Coran : « Voici le livre par excellence, sans nul doute, direction pour ceux qui craignent Dieu, qui croient au monde invisible, s’acquittent de la prière et qui dépensent en aumônes une partie des biens que nous leur accordons, qui croient en la Révélation qui t’est faite, comme en celles qui l’on précédée, et sont convaincu de la vie future, Ceux la sont dans la voie de Dieu : eux seuls seront les bienheureux. »  (La Vache, 2 : 1-5) 

Et l’auteur de nous dire que celui sur lequel ne s’applique pas cette définition divine ne peut être considéré comme un musulman et d’affirmer que ce jugement est celui de Dieu et non le sien (!) avant de se contredire quelques lignes plus loin lorsqu’il soutiendra que nul n’a le droit de faire entrer ou sortir les gens de l’islam et par conséquent, nul n’a le droit de juger leurs ‘‘islamité’’ ou leurs apostasie. (p .39)

[ " آلم. دلك الكتاب لا ريب فيه هدى للمتقين. الدين يؤمنون بالغيب، ويقيمون الصلاة، ومما رزقناهم ينفقون. والدين يؤمنون بما أنزل إليك، وما أنزل من قبلك، وبالآخرة هم يوقنون. أولائك على هدى من ربهم، وأولائك هم المفلحون" (البقرة، 2 : 1 – 5)

إن من لآ ينطبق عليه قول الله هدا، ليس بمسلم، مهما تقنع ودلس، والقول قول الله، لا قولنا، فلا مراء فيه ولا جدال (...) ليس طبعا الحق لأي إنسان أن يٌدخل في الإسلام أو أن يٌخرج منه ؛ ليس له الحق في الحكم بإسلام هدا وتكفير داك. فالله بمفرده له الحق في أن يقول من المسلم. وحيث أن هدا الحق حق الله ، فنحن قد أوردنا قوله، وقوله الفصل لآ معقب عليه." (ص 38 – 39) ]

Mohammed Talbi veut donc nous faire croire que le fait de qualifier certains de dé-islamisés et de non musulmans, n’est point un jugement personnel de sa part mais plutôt un jugement divin qui ne souffre aucune contestation, et ce parce que ces derniers ne correspondraient pas à la définition du musulman donnée par Allah.

Talbi ne serait il pas entrain de nous dire qu’il serait le porte parole de la volonté divine et que –par voie de conséquence- ses jugements ne peuvent être contestés ?

Je n’ose pas affirmer tout de suite cette hypothèse car une telle affirmation vaudrait dire que Mr Talbi a définitivement laissé tomber son statut de libre penseur, d’historien et d’islamologue pour épouser celui de religieux rigoriste pour ne pas dire… autoritaire.  Car comment peut on qualifié quelqu’un qui prétend détenir la vérité selon la volonté divine ? 

▪▪▪

Ainsi, le Talbi qui se dégage des premières pages de ce livre est tout à fait méconnaissable : Lui, l’historien qui ne juge que par les éléments tangibles et qui connaît ce dont les hommes ont fait à la réalité historique, le voila qu’il refuse d’entendre les arguments non seulement des non musulmans mais aussi des musulmans qu’il qualifie de dé-islamisé, et ce pour l’unique raison de la probable non observation par ces derniers des pratiques religieuses (et en premier lieu de la prière), faisant ainsi de l’accomplissement de la prière l’une des conditions scientifiques de la validité des paroles de toute personne !

Lui, le libre penseur, qui connaît ce dont les réformistes et autres contestataires dans l’espace arabo-musulman souffrent, le voilà qu’il déclare ceux qui veulent se présentés comme des musulmans d’identité ou de culture comme des dé-islamisés, des non musulmans qui ne mériteraient aucun respect. L’auteur sait-il seulement (et je suis persuadé qu’il le sait) ce que de telles propos peuvent engendrer à l’encontre de ces « dé-islamisés » ?

▪▪▪

Une fois ses ennemis définis, voilà que Talbi est prêt à lancer sa croisade contre les tenants de « la doctrine dé-islamisée », et il n’épargnera surtout pas Abdelmajid Charfi, qu’il considère chef de file de ce mouvement, et qui aura droit à tout un chapitre (d’une soixantaine de pages) pamphlétaire. 

A suivre…

A lire aussi sur Islamiqua :

- Lecture dans le « testament » de Mohammed Talbi

- Talbi, libre penseur de l’islam

- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)

- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)

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vendredi 15 mai 2009

Réformes dans le Monde Arabe: Anthropologie de la peur

ikbel_al_gharbi

Certains arabes  sont contre les réformes imposées de l’extérieur. Ils ont peur !

Paradoxalement, c’est la religion et la culture, dont les finalités sont  la solidarité est la fraternité entre tous les hommes,  qui se trouvent mobilisées et instrumentalisées au service de ce refus. Ces intellectuels arborent  certains particularismes ethniques et culturels pour légitimer leur réticence vis à vis de toute tentative de rénovation et ainsi pour éterniser le statu quo. En réalité ce narcissisme des petites différences traduit leur  peur du changement, leur angoisse d’être englouti par l’inconnu, par l’Autre qui risque de mettre en péril notre religion, notre morale, notre famille, notre ordre éternel des choses. La résistance au changement, le refus des réformes proviennent des pulsions archaïques, de l'instinct  de survie dans sa forme élémentaire,  l'instinct de durer  éternellement, de demeurer tel,  de ne pas changer, de ne pas vieillir, de ne pas mourir.   

La propagande actuelle qui sévit aussi bien en Orient qu’en Occident et qui ‘‘satanise’’ l 'Autre   procure une légitimité a ces pulsions inconscientes. Elle renie le réel dans sa totalité et dans son ambiguïté et le réduit à une confrontation Orient / Occident ou Nord /Sud. C’est en brandissant la haine de l’Autre que certains refusent des réformes politiques et sociales qui cristallisent pourtant les vœux les plus chers d’une  partie non négligeable de leurs compatriotes. En effet, les thèses islamistes et nationalistes, ainsi que leurs  discours mobilisateurs  incantatoires, envoûtants de défense de l’identité, de préservation de la culture et de la religion, certes, séduisent, actuellement, les foules mais installent les peuples dans l’illusion de la certitude et non dans la véritable quête du savoir. Objectivement, leur véritable finalité est de raffermir les pouvoirs en places, de neutraliser le doute intérieur et de leur faire bénéficier du consensus. L’Histoire nous enseigne que tous les régimes oligarchiques recourent aux mêmes mythifications qui consistent à propager l’idée que sans l’action de nos ennemis traditionnels, l’impérialisme  mondial et le sionisme international et leurs alliés qui complotent sans cesse contre nous, nous connaîtrions depuis longtemps l’âge d’or !

Dans ces conditions accepter des plans de réformes internationaux  c’est reconnaître nos égarements passés, nos erreurs historiques, notre impuissance à réaliser des changements  politiques et sociaux qui s’imposaient depuis longtemps. C’est admettre que nous sommes seuls responsables de notre léthargie et sans excuses. Cela brisera  certainement plusieurs illusions.

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Actuellement, cet occident mécréant est aujourd’hui l’ennemi rêvé. Dans la morosité de notre vie idéologique, il constitue un ferment des plus féconds. Ses thèses nous sont une source intarissable d’inspiration, elles deviennent le moteur de notre vie intellectuelle. En terre arabe, la vie de l’esprit se résume souvent à un vaste parasitisme idéologique qui tire sa nourriture de corps de ses ennemis extérieurs et intérieurs. En effet, excepté ces batailles intellectuelles contre «les ingérences étrangères» qui veulent nous imposer «leurs» réformes, «leurs» démocratie et «leurs»» droits de l’homme, à tous les niveaux règne le meilleur des mondes. Dans chaque pays arabe domine la parole unique. Chaque jour, des voix monotones, à la radio et à la télévision, déferlent, sans trêves, les chiffres de la production, les pourcentages, des statistiques expliquant les performances réalisées. On nous explique systématiquement que la production  des pommes de terre progresse, qu’il y a des fruits dans les marchés, qu’on construit des routes, qu’on bâtit des maisons, que les enfants vont à l’école. Comme si dans le monde actuel, à l’aube du troisième millénaire, cela tenait au miracle. Comme s’il fallait pour ce la bénir chaque matin notre bonne étoile qui nous a permis d’être citoyen de ce pays arabe. Comme si on veut nous donner l’impression que ce bien être n’a commencé qu’avec l’avènement des pouvoirs en place ! En  outre, en terre arabe, et comme l’a déjà remarqué le penseur Guy Debord, règne le spectaculaire concentré. On rassemble, à l’extrême, sur un seul homme, tout l’admirable étatiquement garanti, indiscutable, qu’il s’agit d’applaudir et de consommer passivement. Là où le sous-développement du marché mondial ne permet pas l’abondance et la réalisation de soi par le consumérisme, on ramène la consommation au pur regard. L’image du pouvoir, dans lequel ce regard doit trouver tout son bonheur, est omniprésente. Elle remplit les aéroports et les salles de classes, les villes et les campagnes! Le leader cristallise toutes les qualités socialement reconnues. Il est penseur, philosophe, athlète, génial conducteur des peuples! Ses discours sont disséqués durant des mois dans la presse locale qui y puise des originalités insoupçonnables. Sa pensé est conceptualisé par des intellectuels dans des livres et des encyclopédies.

Une armée de courtisans, de «fonctionnaires de la Vérité», peine sans répit à consolider cette parole unique. Un arsenal de surveillance, de quadrillage  traque toute parole dissidente, autonome, non autorisée. On contrôle les informations, on filtre les journaux étrangers, on masque les sites électroniques. La moindre allusion est suspecte. Cela peut nous étonner et nous paraître excessif. Néanmoins, en terre arabe, nous sommes les seuls à savoir à quel point cela porte à conséquence ! 

Les plans occidentaux de réforme visent à mettre un terme à cette confiscation de la parole. Leur objectif est l’instauration de la liberté  de pensée et d’expression.

Les adversaires de réformes le savent précisément.  Peuvent-ils  faire le deuil de cette parole unique et autoriser un partage citoyen de la parole ? Rien n’est moins sûr ! Un partage démocratique qui vise à prendre en compte la parole émise par chaque citoyen et qui fera le socle de la justice et de la démocratie sapera leurs privilèges symboliques et matériels. Dans ces conditions, un appui étranger s’avère indispensable pour l’accélération de l’Histoire.

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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.

ahikbal@yahoo.fr

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Posté par Hamza Belloumi à 08:00 - Ils ont la parole - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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