Tous_contre_la_polygamie_en_Tunisie

La Tunisie vient de connaître un mini scandale qui a fait beaucoup de bruit … sur internet.

En effet, participant à un colloque organisé à l’occasion de la journée nationale de la femme, le 13 août dernier, Mme Dalanda Sahbi a lancé un appel inattendu en faveur de la polygamie qui saurait le seul recours face à « l’augmentation du nombre de femmes non mariées et en état de dégénérescence morale et de libertinage excessif » :

« Nous devons autoriser la polygamie parce que nous ne nous en sortons pas mieux que les autres pays arabe ». « Plus important encore, selon Mme Dalanda, l'Islam le permet et le Prophète Mahomet nous en fournit un bon exemple. »

 

La question de la polygamie ne s’était plus posée en Tunisie depuis très longtemps, et la pratique a été interdite en 1957 avec le Code du Statut Personnel tunisien considérait à l’époque « révolutionnaire » par ce qu’il accordait comme droits aux femmes.

D’ailleurs, selon Roda Al Saibi, membre du bureau politique du Parti-social libéral (organisateur du séminaire) « Cet appel isolé n'a reçu aucun soutien des participants à ce colloque ».

Malgré cela, l’appel a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère tunisienne et sur Facebook ou plusieurs groupes « Tous contre Dalanda Sahbi » ou « Tous unis contre la Polygamie en Tunisie » ont été crées et comptent déjà quelques milliers de membres.

Mais au-delà du débat sur la polygamie qui restera sans doute sans lendemain, la véritable question qui se pose est relative aux CSP tunisien. Comment se fait-il que plus de 50 ans après sa promulgation, des questions continuent à se poser sur des avancés considérées irréversibles ?

Ce constat ne cache-il pas une non-intériorisation des acquis du CSP (pour ne pas dire un refus) de la part d’une bonne partie de la population tunisienne ? Surtout que rien n’est fait dans le but de faire connaître, expliquer, diffuser ou promouvoir ses dispositions.

Contrairement au Maroc, la Tunisie ne dispose pas de statistiques sur le degré d’acceptation par les tunisiens des dispositions du CSP mais il semblerait qu’il soit contesté dans certains milieux tunisiens (par ignorance de ses dispositions ou par conviction). Un échantillon de ces cas est rapporté par l’hebdomadaire Jeune Afrique selon lequel « dans les zones rurales, les femmes vivent sous la coupe de leurs maris, qui bien souvent ignorent ou se moquent du code instituant l’égalité des sexes et les droits de l’épouse. Quant celle-ci se plaint au poste de gendarmerie du village, le mari indélicat est certes arrêté. Mais l’épouse rebelle subit aussitôt la pression de ses propres enfants. Elle retire alors la plainte et tout repart comme avant. La loi du male est ici plus forte que celle de l’Etat. Rencontrée dans un village, près de Kassrine, à 250 km au sud-ouest de Tunis, une jeune fille de 17 ans raconte, en pleurant, les malheurs de sa mère et la tyrannie de son père, un commerçant de détail. « Il ne veut plus que j’aille à l’école pour poursuivre mes études. Il exige que je travaille été comme hiver comme ‘‘bonne’’ (femme de ménage) à Tunis et que je lui envoie  une partie de mon maigre salaire (200 dinars par mois). Si je ne le fais pas, il fera des misères à ma mère. » Jusqu’à présent, elle ne travaillait que pendant les deux mois d’été pour aider la famille et payer ses fournitures scolaires. Elle n’est par sure de retourner au lycée le 22 septembre prochain, date de la rentrée scolaire. Que son père puisse échapper aux lois du pays est la preuve que beaucoup reste à faire pour que les droits de la femme et de l’enfant deviennent une réalité dans la Tunisie profonde ».

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