vendredi 13 novembre 2009
Décisions historiques de la Cour constitutionnelle koweitienne
Le Koweït a fêté avant hier le 47ème anniversaire de sa Constitution adoptée le 11 novembre 1962. La commémoration de cet anniversaire requiert cette année une importance capitale vue les débats (de plus en plus alimentés) et les prises de positions (de plus en plus fermes) « pour » ou « contre » la constitution surtout suite aux dernières décisions de la Cour constitutionnelle koweitienne.
En effet, la scène juridique au Koweït vient de connaître des développements d’une importance capitale qui auront des répercussions au-delà des frontières de ce petit émirat.
La relation entre Constitution et Coran, loi et Charia, ordre humain et ordre divin… a été au cœur d’un débat juridique qui a donné lieu aux décisions suivantes de la cour constitutionnelle :
1ère décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi relative à la nationalité. La loi koweitienne sur la nationalité stipule que la femme ne peut avoir un passeport sans l’autorisation de son mari. Non seulement la cour a déclaré l’inconstitutionnalité d’une telle exigence mais en plus elle a expliqué que cette autorisation n’est autre qu’ « une négligence de la volonté de la femme et une agression à son humanité ».
2ème décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi électorale. La décision relative à la loi électorale est plus importante, avec un raisonnement juridique plus développé.
En effet, la loi électoral conditionne le vote et/ou la candidature des femmes (aux élections) à leur respect (et même leur observation) des règles imposées par la charia islamique. Sur la base de cette loi, plusieurs islamistes avaient exigés le port du voile par toutes les femmes membres du gouvernement ou du parlement. Or, au cours de son examen de la loi, la cour va déclarer son inconstitutionnalité et n’hésitera pas à évoquer la contradiction entre les principes de la charia et la constitution (donnant la primauté à cette dernière) : « la loi ne peux contredire les textes de la constitution koweitienne qui représentent des principes généraux tels que les libertés individuelles et la liberté de culte ».
Ainsi, pour la cour constitutionnelle koweitienne, aucune loi -même inspirée de la charia- ne peut méconnaitre des droits garantis par la Constitution.
Le Koweït serait-il entrain de mener une révolution juridique contre la charia ?
Affaire à suivre…
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dimanche 11 octobre 2009
Al Azhar interdit le niqab dans certains cours

L'université d'Al-Azhar, au Caire, a annoncé jeudi 8 octobre avoir interdit le port du niqab, ou voile intégral, dans les cours auxquels n'assistent que les femmes ainsi que dans la résidence universitaire de cette prestigieuse institution islamique sunnite.
La presse égyptienne avait rapporté la semaine dernière que l'imam d'Al-Azhar, cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, avait l'intention d'interdire le port du niqab, qui ne laisse voir que les yeux à travers une mince fente, dans les établissements dépendant d'Al-Azhar.
"Le Conseil suprême d'Al-Azhar a décidé d'interdire aux étudiantes et enseignantes de porter le niqab dans les cours fréquentés par les femmes et qui sont donnés par elles uniquement", indique Al-Azhar dans un communiqué.
Le texte indique que l'interdiction s'applique aussi aux résidences universitaires et lycées affiliés à l'université.
Controverse
Le communiqué laisse à penser que les étudiantes peuvent continuer de porter le niqab dans les cours fréquentés par la gent masculine.
Selon le communiqué, Al-Azhar ne s'oppose pas au niqab mais au fait qu'il "soit gravé dans les mentalités des filles".
Les déclarations la semaine dernière de l'imam Tantaoui sont intervenues après une décision controversée, appliquée depuis le début de l'année universitaire, interdisant l'accès des résidences de l'Université du Caire aux étudiantes portant le niqab.
Le niqab de plus en plus porté
L'université et le ministère de l'Enseignement supérieur démentent avoir pris un décret anti-niqab, mais le fait est que des étudiantes portant le voile intégral ont été arrêtées par des gardes lorsqu'elles ont tenté de gagner leur chambre.
Les Frères musulmans, principale force d'opposition, se sont élevés mercredi contre les propos de l'imam Tantaoui, l'appelant à démissionner.
Une grande majorité des Egyptiennes musulmanes porte le hijab, un foulard cachant les cheveux et le cou, mais le nombre de femmes portant le niqab est en augmentation depuis quelques années.
Les réactions continuent à se multiplier en Egypte mais aussi dans le monde arabo-musulman contre la décision du conseil supérieur d’al Azhar d’interdire le niqab, voile intégral, dans certaines écoles. Islamistes mais aussi beaucoup de musulmans pratiquants s’élèvent contre ce qu’ils considèrent comme une atteinte à leur liberté religieuse.
Si la décision provoque autant de réactions, c’est à cause de sa dimension symbolique. Al-Azhar est en effet considéré comme une des plus grandes autorités de l’islam sunnite.
Le grand imam, le cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, est la cible de toutes les attaques. C’est lui qui, Il y a quelques jours, en visite dans un lycée, avait demandé à une lycéenne de retirer son niqab, estimant que ce voile relevait de la tradition et non de la religion. Ses propos ont été jugés « honteux » par un député salafiste koweïtien. Cet acte a provoqué la colère des Frères musulmans qui ont exigé au Parlement la démission du cheikh d’al-Azhar.
Une nouvelle bataille autour du niqab, devenu le symbole de la lutte entre islamistes et musulmans modérés.
© Islamiqua d'après : Jeune Afrique, RFI, Le Monde
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dimanche 20 septembre 2009
Gaza sous le règne du Hamas (2)
En lançant une campagne pour traquer les femmes “pas assez voilées” et punir les “comportements immoraux”, le mouvement islamiste supprime les dernières libertés. Une tendance scandaleuse, estime un intellectuel syrien.
Le Hamas donne le coup de grâce à Gaza
Une guerre larvée agite la bande de Gaza. Elle concerne le voile, imposé aux femmes tantôt par la contrainte pure et simple, tantôt plus subtilement par ce que les islamistes appellent l’“exhortation au bien”. Le gouvernement du Hamas se garde bien de passer par la loi, mais il fait le nécessaire pour décourager ceux qui voudraient s’y soustraire. En juin, le ministre des Affaires religieuses du gouvernement du Hamas a lancé une campagne de sensibilisation sous le mot d’ordre “Oui à la vertu”. Alors que Gaza continue d’être assiégée et de souffrir, qu’il n’y a toujours ni eau ni électricité, le Hamas n’a rien trouvé de mieux à faire que de remarquer la “propagation de certains comportements immoraux”. Pour savoir ce que le Hamas considère comme immoral, il suffit de lire le télégramme envoyé par le ministère de l’Intérieur au Premier ministre pour lui demander de tout faire pour assurer un “été propre”. Des fragments de ce télégramme ont été publiés sur le site Islam Online, proche des Frères musulmans. L’immoralité, c’est la “corruption des moeurs qui se répand dans l’espace public”, à savoir “les soirées mixtes, les cafés où l’on peut consulter Internet sans surveillance, la mixité à l’université, des comportements excessifs en pleine rue”.
“GAZA DIRA TOUJOURS OUI À LA VERTU”
Dans le cadre de cette campagne, le ministre des Affaires religieuses a fait imprimer des centaines de milliers d’affiches pour les apposer dans les administrations, les universités et les écoles. Il paraît qu’elles ont été imprimées en Egypte et importées à Gaza en contrebande. Elles comportent des versets coraniques et des paroles du Prophète incitant à la vertu. Elles abordent différents sujets, tels que le tabagisme, les drogues dures, les sites Internet pornographiques et ce qui est présenté comme “les détestables chaînes de télévision qui corrompent la famille et les générations futures”, allant jusqu’à énumérer les “chaînes recommandables”. L’affiche qui en dit le plus long sur la nature de cette campagne est celle qui concerne le voile. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle ne vise pas les femmes non voilées, car il n’y en a quasiment plus à Gaza, à la suite d’énormes pressions politiques et sociales ; elle vise plutôt les femmes voilées d’une manière qui ne correspond pas aux normes du Hamas. On y voit des diables rouges face à des femmes dont le péché n’est pas d’avoir laissé échapper une mèche, aussi petite soit-elle, ni d’avoir laissé apparaître leur nuque ou leur cou, mais seulement de porter un pantalon. En dessous, ces mots : “La dernière mode du voile, fabrication 100 % diabolique”. On y voit aussi un dessin avec une femme portant le voile “islamiquement correct”, avec cette phrase : “Le vrai voile, ton chemin vers le paradis”.
Ce qui est amusant et affligeant à la fois, c’est la phobie que certains responsables ont développée à l’égard de mannequins en plastique dans les magasins de vêtements féminins. Des prédicateurs et des barbus ont en effet demandé aux commerçants de les enlever et de ne pas exposer de sous-vêtements. Youssef Farhat, un des directeurs de la prédication et de la bonne guidance au ministère des Affaires religieuses, avait clairement annoncé, selon IslamOnline, que la campagne “Oui à la vertu” comporterait des visites sur le terrain, y compris dans les magasins de vêtements, avec distribution de brochures expliquant comment se mettre en conformité avec les règles. Il voulait ainsi en finir avec le spectacle “indécent de mannequins et de photos de femmes nues”.
Youssef Farhat s’est dit optimiste quant au succès de la campagne, expliquant que Gaza était “une ville conservatrice” qui ne connaissait pas “la nudité et les cheveux au vent”. “Gaza dit toujours oui à la vertu”, a-t-il estimé. “Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à éliminer tout ce qui entache sa pureté”, a-t-il conclu. Le comble du ridicule, ce sont toutefois ces mannequins sans tête qui ont fait leur apparition. C’est le représentant du ministère des Affaires religieuses, Abdullah Abou Jarbou, qui a dévoilé leur secret dans une déclaration à l’Agence France- Presse. “Nous faisons appel aux propriétaires pour qu’ils retirent ces figures féminines. Ou au moins pour qu’ils leur ôtent la tête. Ainsi, ce ne sont plus des représentations d’êtres vivants, interdites par notre Prophète”, a-t-il expliqué. La phobie des intégristes à l’égard du corps féminin ne s’arrête donc pas aux personnes en chair et en os et ne se justifie pas par le souci de préserver la dignité humaine. Elle touche également le plastique sans âme ni chair pécheresse, dont le seul “crime” est de leur rappeler la frayeur qu’ils éprouvent face au corps de l’autre sexe.
UN TEST POUR LES LIBERTÉS ET LE PLURALISME DES MODES DE VIE
Pendant que le Hamas passe ainsi son temps et qu’il lutte contre le Fatah de Cisjordanie pour remplir les prisons et violer les droits de l’homme, Israël continue à grignoter du terrain, à construire des colonies [en Cisjordanie], à semer la division parmi les Palestiniens et à creuser le fossé qui sépare Gaza de la Cisjordanie. Usant du même raisonnement sophiste avec lequel il discute de l’âme des mannequins, le Hamas justifie sa décision d’imposer aux avocates le voile et un long manteau de couleur sombre. C’est ce qui ressort de la décision du président du Haut Conseil de la justice, Abderraouf Al-Halabi, le 9 juillet. Il se perd en arguties, expliquant que sa décision n’obéit pas à un objectif idéologique puisque le mot “hidjab” n’apparaît pas dans le Coran. Il prétend qu’il est simplement parti du constat selon lequel 95 % des avocates s’habillent déjà ainsi et qu’il doit donc assurer l’homogénéité de leur tenue. Quant au ministre de la Justice, Mohammed Faraj Al-Ghoul, il a trouvé des arguments encore plus originaux. Il a comparé le voile à la perruque des juges britanniques, qui leur confère “de la dignité et marque leur statut particulier pendant le procès”.
Face à cette situation surréaliste, certaines réactions ne sont pas faites pour arranger les choses. Voilà que l’homme blanc colonisateur, qui n’hésite pas à tuer des femmes et des enfants au cours de “frappes chirurgicales”, se met à pleurer sur le triste sort de la femme musulmane. Ainsi, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a déclaré devant des généraux du Conseil de la sécurité nationale qu’il y avait “une lutte de civilisation dans la région, entre les fondamentalistes d’un côté, les progressistes de l’autre”. Il a également expliqué que le Hamas était sur le point de tomber. “Ce sont les Palestiniens eux-mêmes qui vont s’en débarrasser, parce qu’ils ne supportent plus sa politique répressive.” La preuve en serait que le Hamas choisit d’“imposer le voile par la force, à la manière des talibans”. Nétanyahou, qui interdit la livraison de produits alimentaires et de matériaux de construction dans les Territoires occupés et qui em - pêche les Palestiniens de circuler librement, n’a pu résister à son penchant crâneur. “L’islam radical va finir par s’incliner devant la libre circulation des idées, la révolution scientifique mondiale et les progrès de la technologie”, a-t-il affirmé. La réponse à ces mesquineries est venue du porte-parole du Hamas, Sami Abou Zuhri. Et, comme il fallait s’y attendre, celui-ci a fait exactement ce que le Premier ministre israélien attendait de lui. Il s’en est pris au Fatah. “Les déclarations de Nétanyahou prouvent une nouvelle fois la complicité entre le Fatah et l’occupant sioniste face au peuple palestinien et à la résistance. Si l’occupant tient à la culture de la nudité, la première chose à faire pour nous est de préserver une culture vestimentaire conforme à nos traditions et à notre histoire”, a-t-il déclaré. Que répondre à cela ? Nos pères et grands-pères n’ont-ils pas combattu le colonialisme ? Ne se sont-ils pas dressés contre le mépris dans lequel était tenue notre culture ? Est-ce que cela les a empêchés pour autant d’adopter les valeurs de la modernité, de s’ouvrir au monde et d’aller de l’avant dans la libération de la femme ? La libération nationale n’est pas incompatible avec les libertés individuelles. Au contraire, ces libertés font partie intégrante de la lutte nationale, voire en constituent la condition indispensable, puisqu’elles permettent à la société de déployer son énergie et d’inventer les moyens de faire face à l’occupation. Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza est un véritable test concernant la manière dont les islamistes gèrent non seulement la mode vestimentaire des femmes, mais plus généralement les libertés, les droits des minorités et le pluralisme des modes de vie. C’est un scandale d’utiliser la cause palestinienne pour restreindre les libertés publiques et individuelles. Le mot Palestine a toujours été assimilé au désir de liberté. Ce serait dommage qu’il en arrive à désigner son tombeau.
Ali Al-Atassi
Source : Courrier International n°983
mardi 8 septembre 2009
Le fisc estime la fortune d’un évêque, fondateur de « l’Eglise universelle du royaume de Dieu» à plus de… 2 milliards de dollars

Présente dans 172 pays, l’ l’Eglise universelle du royaume de Dieu est une véritable multinationale avec ses 24 chaînes de télévisions, ses 42 stations de radio, ses 2 quotidiens, ses 2 maisons d’édition, son agence de tourisme, son agence immobilière, sa compagnie d’assurances, son entreprise de taxi aérien et ses … 600 véhicules de tous genres. Voici un exemple effrayant d’une escroquerie religieuse pratiquée par une Eglise évangéliste … au nom de Dieu ! ▪▪▪ Un diplôme. Un beau diplôme doré portant la signature du «Seigneur Jésus-Christ ». C’est tout ce qui reste à Edson Luiz de Melo, après treize ans d’appartenance à l’Eglise universelle du royaume de Dieu, la plus puissante église évangélique du Brésil. La citation qui orne le parchemin s’ouvre sur un verset biblique, judicieusement choisi, du Livre de Malachie : «Apportez intégralement la dîme au trésor, pour qu’il y ait de la nourriture chez moi. Et mettez-moi à l’épreuve pour voir si je n’ouvrirai pas en votre faveur les écluses du ciel et ne répandrai pas en votre faveur la bénédiction en surabondance.» Béni, Edson l’a été, surabondamment, par les pasteurs de «l’Universelle ». Mais il n’a jamais vu s’ouvrir pour lui les écluses du ciel. Que de dîmes a-t-il pourtant apportées au trésor de Dieu ! Sans cesse, de plus en plus, et sous toutes les formes : l’essentiel de son salaire – et jusqu’au treizième mois, des chèques antidatés, des Ticket Restaurant, des titres de transport, le produit de la vente d’un terrain. Cette folle prodigalité n’a pas suffi pour que l’Eglise, comme elle l’avait promis, le guérisse de la dépression qui le rongeait de longue date. Aujourd’hui jeune retraité–à 45 ans –, Edson se retrouve, dit-il, «avec [son] angoisse et [sa] tristesse » et «beaucoup de dettes». Il a tout de même un motif de satisfaction: un tribunal de Belo Horizonte, la capitale de l’Etat du Minas Gerais, où il vit avec sa mère, a condamné l’Eglise à le dédommager partiellement. La protection divine abandonnerait elle enfin les pasteurs affairistes de «l’Universelle» qui s’enrichissent depuis longtemps sur le dos de millions de fidèles à l’âme crédule, souvent pauvres et peu éduqués, malades ou vulnérables, qui ont la faiblesse de les prendre pour des faiseurs de miracles ? Car, pour la première fois, les foudres de la justice des hommes viennent de frapper les chefs de ce culte trop prospère. Le 11 août, le parquet de l’Etat de Sao Paulo a inculpé le fondateur et patron de l’Eglise, l’«évêque» Edir Macedo, 64 ans, et neuf autres dirigeants, dont trois «évêques». Ils sont accusés d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’argent. Dans le sud du pays, Macedo devra répondre de plusieurs autres crimes: tromperie idéologique, usage de faux documents, recours à des hommes de paille, qu’on appelle joliment au Brésil des «oranges ». Les chefs de «l’Universelle» avaient instauré un mécanisme assez simple. Les dons de ses ouailles étaient envoyés vers les comptes de sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux. De là, l’argent revenait, blanchi, au Brésil, sous forme de prêts accordés à des amis d’Edir Macedo. Ce pactole ne quittait pas les mains de l’Eglise tout en échappant au fisc. La Constitution brésilienne, très protectrice de la liberté de religion, exempte les Eglises de tout impôt, à condition que l’argent reçu finance des activités non lucratives: entretien et construction des lieux de culte, dépenses de fonctionnement, propagation des œuvres sociales. «L’Universelle» agit sur une tout autre échelle. Exploitant avec cynisme, et souvent cruauté, la ferveur naïve des fidèles, ses animateurs ont édifié un véritable empire de la foi présent dans 172 pays. Avant de fonder son Eglise, en 1977, puis de s’auto consacrer «évêque», Edir Macedo travaillait à la loterie de l’Etat de Rio. Aujourd’hui, ce statisticien de formation a des allures de banquier: crâne dégarni, lunettes austères et gros boutons de manchette. Entre-temps, son talent de prédicateur, son sens de l’organisation et son génie, douteux mais indéniable, de la finance l’ont aidé à construire sa multinationale du culte. Sur une photo de 1995, on l’aperçoit, visage enjoué, brasser une poignée de dollars, après une cérémonie au Madison Square Garden de New York. Il n’en est plus là. Le fisc estime sa fortune à 2 milliards de dollars. Il possède notamment près de Sao Paulo une immense maison, style chalet alpin – 18 suites sur 4000 m2 – et deux luxueux appartements à Miami. Il détient 90% du capital de la chaîne de télévision Record, bastion des tribuns évangélistes, et sa femme les 10%restants. On n’en finirait pas d’inventorier les biens de son Eglise: 24 chaînes de TV, 42 stations de radio, 2 quotidiens, 2 maisons d’édition, une agence de tourisme, une agence immobilière, une compagnie d’assurances, une entreprise de taxi aérien et plus de 600 véhicules en tous genres. «L’Universelle» dispose de 4748 temples au Brésil, où prient 8 millions de fidèles. Des lieux de culte confortables et modernes, souvent gigantesques, qu’abritent parfois de majestueuses façades néogothiques. Edir Macado rejette les accusations de la justice. Dans un texte distribué à ses ouailles, il les exhorte à «former un front des affligés» pour «prier, jeûner et mériter les promesses de Dieu». Dans l’un des plus grands temples de Sao Paulo, l’autre semaine, l’«évêque»Wagner Negrao appelait les fidèles à riposter au «diable désespéré qui nous persécute et crie parce que nous piétinons sa tête» en exprimant, «avec rage », leur générosité, «au nom de Jésus». A la fin de l’office, ce jour-là, la quête fut particulièrement fructueuse. Source : Le Monde du 3 septembre 2009
lundi 7 septembre 2009
Abdelaziz Rabbah : « la politique doit être séparée de la prédication religieuse »

Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».
Extraits…
Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?
Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...
Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?
D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.
Aucune arrière-pensée politique ?
Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.
Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?
C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.
Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?
Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…
Quel était votre favori en Iran ?
Mir Hossein Moussavi.
Avez-vous un modèle?
Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »
Que pensez-vous de la laïcité ?
Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.
Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?
Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.
Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.
samedi 25 juillet 2009
Il n’y a plus d’avenir pour l’Etat religieux ?
Tous ceux qui suivent l’évolution de l’islam politique et s’intéressent à la question du rapport entre religion et pouvoir sont interpellés par ce qui se passe en Iran. Les manifestations de masse et leur violente répression soulèvent des interrogations fondamentales. Quelle est la réalité d’une démocratie sous la coupe d’un système religieux qui concentre tous les pouvoirs ? Une démocratie religieuse peut-elle assurer l’égalité de tous les membres de la société quelle que soit leur appartenance confessionnelle ?
Peut-elle tolérer l’opposition populaire ? Et que se passe-t-il si ce régime a mené le pays à un fiasco économique et dilapidé ses richesses ? Par le passé, les théoriciens de l’Etat islamique avaient pour mot d’ordre : “l’islam est la solution”. Ils prenaient pour prétexte que les puissances occidentales les empêchaient d’accéder au pouvoir et que les régimes arabes les jetaient en prison et pratiquaient la torture.
Cela leur permettait de justifier leur violence et leur discours agressif. Beaucoup d’éditorialistes sympathisants disaient qu’on ne pouvait juger de leurs qualités tant qu’on ne les avait pas soumis à l’épreuve du pouvoir. Les librairies du monde arabe étaient remplies de livres sur leurs théories du pouvoir, que ce soit en version sunnite, en mettant en avant le concept du califat [le successeur de Mahomet doit régner sur le monde musulman], ou en version chiite, avec comme fondement le concept du velayat-e faqih [la prédominance du religieux sur le politique].
Dans l’ouvrage du penseur éclairé chiite Tawfiq Al-Saif “La démocratie en pays musulman”, on trouve des choses magnifiques : “[…] Tous les membres de la société sont égaux en droits, qu’ils soient chiites ou sunnites, docteurs ès sciences religieuses ou pas. […] La volonté du peuple est la seule source de légitimité politique et toute décision prise en dehors du peuple est nulle et non avenue. Les préceptes de la loi religieuse […] sont appliqués une fois votés par l’organe législatif […]. L’Etat gère les ressources publiques en tant que représentant du peuple. Il est issu du suffrage universel. Aucun responsable ne détient le pouvoir absolu et ne peut se soustraire au contrôle du peuple.”
Comment ne pas être séduit par un tel modèle ? Hélas, les expériences concrètes de l’islam politique de ces trente dernières années sont totalement contraires à cette belle théorie. Qu’il s’agisse des régimes iranien ou soudanais, des quasi-Etats des talibans en Afghanistan, des mouvements islamistes de Somalie, du Hezbollah au Liban ou du Hamas à Gaza, ou encore de groupes tels que les Frères musulmans en Egypte, de l’armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr en Irak, des houthistes au Yémen ou des islamistes au Pakistan, toutes ces expériences se sont soldées par des échecs flagrants en termes de démocratie et de respect de la volonté populaire. Tous ces groupes ont violemment réprimé leurs opposants, parfois même les membres appartenant à la même mouvance, dès lors que ceux-ci s’opposaient au guide ou au chef de parti. Ils ont pratiqué la diffamation et ont accusé leurs adversaires d’être des traîtres et des agents de l’étranger, exactement comme l’ont fait les régimes autoritaires arabes qui ont pris le pouvoir dans les années 1960. La seule différence est que les uns torturent et exécutent au nom du peuple, alors que les autres le font au nom de Dieu. Sur le plan économique, l’Iran, pays que Dieu a si richement doté en ressources naturelles et humaines, connaît une situation difficile. Au bout de trente ans, le régime religieux n’a pas réussi à tenir ses promesses. L’inflation est galopante, le chômage frappe durement la jeunesse et beaucoup de citoyens sont obligés de rejoindre la diaspora [dans les pétromonarchies arabes] du Golfe, en Europe ou aux Etats-Unis afin de trouver de quoi vivre. Pendant ce temps, les richesses du pays sont dilapidées pour financer des partis alliés à l’étranger [le Hezbollah et le Hamas], pour acheter des armes ou enrichir l’uranium. Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience islamique iranienne ? On peut déjà affirmer qu’il n’y a pas d’avenir pour l’Etat religieux. Il fige la société, empêche l’innovation et tue toute joie de vivre. C’est un totalitarisme. Il porte en lui les germes de son propre échec, car il est contraire à l’air du temps, qui tend à supprimer les barrières entre les hommes.
Par : Abdelhamid Al-Ansari
Source : Courrier International d’après Al Jardia (Kuweit)
dimanche 12 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (3)
Téhéran en crise, ou le retour aux sources de
la révolution de 1979
Par : Slavoj Zizek*
Quand un régime autoritaire approche de sa crise finale, sa dissolution suit en général deux étapes.
Avant son effondrement, une mystérieuse rupture se produit : les gens réalisent tout d'un coup que la partie est terminée, et ils cessent d'avoir peur. Non seulement le régime perd sa légitimité, mais l'exercice du pouvoir est perçu comme une réaction de panique impuissante.
Nous connaissons tous la scène classique des dessins animés dans laquelle le chat se trouve au-dessus d'un précipice mais continue de marcher sans tenir compte de l'absence de sol sous ses pattes ; il commence à tomber lorsqu'il baisse les yeux et aperçoit le gouffre. Lorsqu'il perd son autorité, le régime est comme un chat suspendu au-dessus du précipice.
Dans Le Shah (éd. 10-18, 1994), une description classique de la révolution de Khomeyni, Ryszard Kapuscinski situait le moment précis de cette rupture : un manifestant qui se trouvait à un carrefour de Téhéran refusa de bouger lorsqu'un policier lui ordonna de partir, et le policier embarrassé s'en alla ; en quelques heures, tout Téhéran avait entendu parler de cet incident et, bien que les combats de rue se soient poursuivis pendant des semaines, tout le monde savait d'une certaine façon que la partie était terminée. Assistons-nous à quelque chose de similaire ?
Les interprétations de ce qui se passe aujourd'hui en Iran sont multiples. Pour certains, c'est le point d'orgue du "mouvement réformiste" pro-occidental dans le droit-fil des révolutions "orange" en Ukraine, en Géorgie, c'est-à-dire une réaction laïque à la révolution de Khomeyni. Ils soutiennent les protestations car ils les considèrent comme le premier pas vers un nouvel Iran démocratique libéral et laïque, libéré du fondamentalisme musulman.
Pour les sceptiques, au contraire, Ahmadinejad a remporté les élections : il est la voix de la majorité, alors que Moussavi est soutenu par les classes moyennes et leur jeunesse dorée. En bref : abandonnons les illusions et reconnaissons que l'Iran a, en la personne d'Ahmadinejad, le président qu'il mérite. Il y a ensuite ceux qui ne voient en Moussavi qu'un membre de l'autorité cléricale, ne présentant que des différences de pure forme avec Ahmadinejad, décidé lui aussi à poursuivre le programme nucléaire et opposé à la reconnaissance d'Israël ; il a par ailleurs joui du soutien de Khomeyni lorsqu'il était premier ministre durant la guerre contre l'Irak.
Finalement, les plus tristes de tous sont les sympathisants de gauche d'Ahmadinejad : ce qui est en jeu pour eux est l'indépendance iranienne. Ahmadinejad a gagné parce qu'il a défendu l'indépendance du pays, dénoncé la corruption au sein de l'élite et utilisé les richesses provenant du pétrole pour augmenter les revenus de la majorité défavorisée. Il s'agit là, nous dit-on, du véritable Ahmadinejad, derrière l'image véhiculée par les médias occidentaux d'un fanatique négationniste. Ce qui se déroule en Iran ne serait donc qu'une répétition du renversement de Mossadegh en 1953 : un coup d'Etat financé par l'Occident contre le président légitime.
Bien que divergentes, toutes ces versions interprètent les protestations iraniennes selon l'axe de l'opposition entre extrémistes islamistes et réformistes libéraux pro-occidentaux, ce pourquoi il leur est si difficile de déterminer la position de Moussavi : est-il un réformateur soutenu par l'Occident qui veut renforcer la liberté individuelle et l'économie de marché, ou bien un membre de l'autorité cléricale dont la victoire ultime n'aurait aucune répercussion sérieuse sur la nature du régime ? De telles oscillations prouvent qu'ils passent tous à côté de la vraie nature des protestations.
La couleur verte adoptée par les partisans de Moussavi, les cris "Allah akbar" qui retentissent depuis les toits de Téhéran le soir montrent qu'ils voient leur activité comme la répétition de la révolution de Khomeyni, en 1979, comme un retour à ses sources, l'effacement de la corruption ultérieure de la révolution. Ce retour aux sources n'est pas seulement programmatique ; il se rapporte davantage au mode d'activité des foules : l'unité incontestable du peuple, la solidarité générale, l'auto-organisation ingénieuse, l'improvisation de moyens pour exprimer la protestation, le mélange singulier de spontanéité et de discipline, comme la marche menaçante de milliers de personnes dans le silence. Nous avons affaire à un soulèvement populaire authentique des partisans déçus de la révolution.
Nous devons tirer de cet aperçu plusieurs conséquences déterminantes. Premièrement, Ahmadinejad n'est pas le héros des islamistes défavorisés, mais un vrai populiste islamo-fasciste corrompu, une sorte de Berlusconi iranien dont le mélange de rodomontades clownesques et de politique de coercition impitoyable cause un malaise jusqu'au sein de la majorité des ayatollahs. Sa distribution démagogique de miettes aux pauvres ne devrait pas nous induire en erreur : derrière lui se trouvent non seulement les organes de la répression policière et un appareil de communication très occidentalisé, mais aussi une nouvelle classe riche et puissante, fruit de la corruption du régime - les Gardiens de la révolution en Iran ne sont pas une milice populaire, mais une entreprise géante, le plus puissant centre de la richesse du pays.
Deuxièmement, nous devrions établir une claire différence entre les deux principaux candidats opposés à Ahmadinejad, Mehdi Karroubi et Moussavi. Karroubi est un réformiste qui propose en substance une version iranienne de la politique communautariste, en promettant d'octroyer des faveurs à tous les groupes particuliers. Moussavi incarne quelque chose de différent : son nom représente la véritable réanimation du rêve populaire qui soutenait la révolution de Khomeyni, même si ce rêve était une utopie.
Cela signifie que nous ne saurions réduire la révolution de 1979 à une prise de pouvoir des extrémistes islamistes : elle représentait bien plus que cela. Il est temps aujourd'hui de rappeler l'incroyable effervescence de la première année qui suivit la révolution, avec l'explosion époustouflante de créativité politique et sociale, les expériences organisationnelles et les débats parmi les étudiants et la population. Le fait même que cette explosion ait fait l'objet d'une répression démontre que la révolution de Khomeyni était un événement politique authentique, une ouverture momentanée qui libéra les forces inédites de la transformation sociale, un moment où "tout semblait possible".
Suivit alors une fermeture progressive à travers la prise du pouvoir politique par les autorités islamistes. Pour le dire en termes freudiens, le mouvement de protestation auquel nous assistons est le "retour du refoulé" de la révolution de Khomeyni. Enfin et surtout, cela signifie que l'islam renferme un véritable potentiel libérateur : pour trouver un "bon islam", nul besoin de remonter au Xe siècle ; nous l'avons ici, sous nos yeux.
L'avenir est incertain. Très probablement, les détenteurs du pouvoir endigueront l'explosion populaire, et le chat, au lieu de tomber dans le précipice, regagnera la terre ferme. Le régime, loin d'être le même qu'avant, sera juste un gouvernement autoritaire et corrompu parmi d'autres. Quelle que soit l'issue, il est important de garder à l'esprit que nous assistons à un grand événement émancipateur qui excède le cadre de la lutte entre les libéraux pro-occidentaux et les intégristes anti-occidentaux. Si notre pragmatisme cynique devait nous faire perdre la capacité de reconnaître cette dimension émancipatrice, alors nous, Occidentaux, serions en train d'entrer dans une ère post-démocratique, nous préparant à accueillir nos propres Ahmadinejad. Les Italiens connaissent déjà son nom : Berlusconi. D'autres attendent leur tour.
*Slavoj Zizek est philosophe
Source : Le Monde
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jeudi 9 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (2)
La République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales
Par : Mahdi Mohammadi
Mir Hossein Moussavi a perdu avec une différence de 12 millions de voix une élection dont il affirmait
pourtant avec beaucoup d’aplomb, vingt-quatre heures avant la tenue du scrutin, qu’il était le grand gagnant. Après la proclamation des résultats, face à une majorité de journalistes étrangers, il a immédiatement déclaré que ces élections étaient truquées et qu’il était donc le véritable président de la République iranienne, appelant dans la foulée ses partisans à descendre dans la rue. Comment une personne qui disposait de 40 000 observateurs postés dans tous les bureaux de vote peut-elle prétendre qu’une fraude portant sur des millions de voix a pu avoir lieu, sans produire ensuite le moindre document pour étayer cette thèse ?! Dans un communiqué, M. Moussavi expliquait ainsi que ces élections n’étaient pas valables, parce que M. Ahmadinejad réalisait depuis quatre ans des visites en province, où il rendait justice aux citoyens des classes les plus défavorisées en effectuant des distributions, et qu’en plus il avait osé critiquer des parvenus lors des débats télévisés préélectoraux !
Il y a quelques jours, M. Moussavi a été invité par le Conseil des gardiens de la Constitution [instance qui valide le scrutin] à venir présenter ses arguments et à fournir des éléments de preuve, mais il ne l’a pas fait et a préféré demander à ses partisans de descendre dans la rue. Comment expliquer une telle attitude ? Il déclare qu’il ne fait pas confiance au Conseil des gardiens. Mais alors, s’il n’a pas confiance dans cette institution ni dans le ministère de l’Intérieur, pourquoi donc a-t-il présenté sa candidature à cette élection ? Que doit-on penser d’une personne qui n’a aucun argument tangible mais qui pour autant s’obstine à porter des accusations inadmissibles à l’encontre du régime et continue à exciter les casseurs ? M. Moussavi n’a même pas accepté la proposition du Conseil des gardiens de procéder à un recomptage de 10 % des urnes choisies au hasard. Ce qui se passe ces jours-ci àTéhéran est un mouvement parfaitement orchestré qui n’a rien d’une mobilisation populaire et spontanée, contrairement à ce qu’affirment M. Moussavi et les médias étrangers, qui parlent d’une seule et même voix.
Qualifier ce mouvement de “populaire” est d’ailleurs une insulte pour la population, dont la seule revendication aujourd’hui est qu’on s’en prenne aux casseurs et que la sécurité revienne dans les rues de la ville. Les quelques dizaines de milliers de manifestants qui sont sortis dans la rue lundi 15 juin, croyant que M. Moussavi allait leur fournir des preuves de ses accusations, ont vite compris que ce dernier n’avait rien à dire et que ce rassemblement était juste une bonne occasion de défoulement pour les casseurs au fil du temps. Dès ce moment là, ce mouvement a commencé à s’effriter. Le jeudi 18 juin, il n’y avait déjà plus àTéhéran que quelques milliers de personnes autour de M. Moussavi. Samedi 20 juin, enfin, cette mobilisation se limitait à quelques centaines de vandales, dont la plupart sont aujourd’hui arrêtés. C’est ainsi qu’une grande partie des gens qui ont voté pour M. Moussavi ont, contrairement à ce dernier, pris leurs distances avec ces vandales et s’inquiètent ouvertement de l’attitude d’un personnage qui, avant les élections, en appelait au respect d’une loi qu’il ne reconnaît plus aujourd’hui.
M. Moussavi, qui ne cesse de faire allusion à l’imam Khomeyni et à la révolution dans ses communiqués, devrait nous expliquer pourquoi nos ennemis l’apprécient tellement. Que dirait l’imam s’il était là aujourd’hui et qu’il voyait le peu de cas que M. Moussavi fait du respect de la loi ? Les provocations orchestrées par M. Moussavi ne sont-elle pas exactement ce que veut l’ennemi ? Les violences ne se sont-elles pas produites à la suite de ses rassemblements ? Tous les communiqués appelant au calme que M. Moussavi a pu diffuser ne diminuent en rien sa responsabilité dans ces débordements. S’il ne veut pas que son cas s’aggrave, il a intérêt à retrouver le plus vite possible la voie de la raison, car la République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales.
Source : Courrier International d'après Kayhan.
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lundi 6 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (1)
Nombreux sont les commentaires et analyses sur la situation en Iran depuis les évènements que connaît la République islamique suite à la proclamation des résultats des élections présidentielles du 12 juin. Nous avons choisi de vous présenter une petite sélection de ce qui a été écrit. Et afin de vous permettre de vous faire votre propre opinion sur ce qui se passe en Iran et les répercussions que cela peut avoir (à moyen et à court terme) sur la Révolution islamique d’une part et la région entière d’autre part, nous avons choisi de vous donner aussi une idée sur ce que les conservateurs et les supporters du régime iranien pensent. Ainsi, sous le titre « La République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales », nous vous présenterons le point de vue du quotidien iranien ultra conservateur Kayhan pour lequel les manifestants et leur chef Moussavi ne sont autres qu’ « une bandes de vandales » qui menacent les institutions de la République islamique. (2ème partie du dossier)
Moins enflammé et plus objectif sera le point de vue du philosophe Slovaj Zizek qui pense qu’ « il est important de garder à l'esprit que nous assistons à un grand événement émancipateur qui excède le cadre de la lutte entre les libéraux pro-occidentaux et les intégristes anti-occidentaux. » (3ème partie du dossier)
Mais pour commencer ce dossier, je vous suggère la lecture de l’article de l’écrivaine iranienne Fariba Hachtroudi. L’auteure revient sur les conditions des intellectuels-opposants au régime et montre qu’en Iran, tout le monde n’est pas partisan de la République islamique. (1ère partie du dossier)
Bonne lecture
H.B
Quand les dignitaires du clergé s'inquiètent au nom de l'islam
Par : Farida Hachtroudi*
"Vous ne regrettez pas d'avoir présenté une théocratie qui pratique les lois de la charia dont la
lapidation ?" Je pose cette question à un haut fonctionnaire démissionnaire du ministère des affaires étrangères de la République islamique qui a quitté sa retraite provinciale pour "voler à mon secours", selon ses dires !
Nous sommes à Téhéran à la fin du mois d'avril. C'est le troisième voyage légal que j'effectue dans mon pays natal, après trente ans d'exil. La troisième fois donc que je prends le risque de rentrer au pays sans garantie de pouvoir ressortir. Et la première fois que, aussitôt passé la douane, un lebass chakhssi(agent de renseignement en civil) du bureau de la présidence a confisqué mon passeport.
Lors de mon premier voyage, en décembre 2006, j'avais eu droit aux interrogatoires, assez courtois, émaillés de tactiques d'intimidation et d'opérations de charme censés me faire comprendre qu'un "témoignage objectif"(entendre par là un livre en faveur de la République islamique !) faciliterait mes séjours ultérieurs au pays..."
En 2008, sort mon témoignage sur l'état des lieux et le paysage plutôt sombre qui constituent le quotidien des Iraniens. Paupérisation et fléaux sociaux (chômage, prostitution, suicide, drogue, etc.). Je dénonce - comme auparavant - la société du mépris qu'imposent les dirigeants à leur peuple. Je réitère mes prises de positions irréversibles en faveur de la laïcité, de l'abrogation de toutes les lois de la charia, seul moyen de pouvoir accéder au statut égalitaire entre l'homme et la femme, du respect des droits de l'homme - qui pour moi ne sauraient être plus islamiques que chrétiens ou juifs ; je salue la jeunesse devenue les acteurs majeurs du dynamisme fabuleux de la société civile, je persiste et signe en affirmant que le régime des mollahs a beau se targuer de son succès géopolitique régional et international, il ne pourrait survivre au mécontentement populaire grandissant et au ras le bol de la jeunesse.
Je reconnais enfin que la fraction du régime dite des "réformateurs modérés" est consciente du danger que font courir à leur République les jusqu'au-boutistes de Mahmoud Ahmadinejad. Donc, quoi de plus naturel qu'aux yeux du "barbu" de l'aéroport, je reste "cette ennemie de Dieu"non repentie, avec un passif d'ex-militante du Conseil national de la résistance dirigé par les "terroristes" des Moudjahidins du peuple. "Quant à moi, j'essaie de faire entendre à ceux qui veulent vous donner la leçon de votre vie que ce n'est peut-être pas une bonne idée et surtout pas le bon moment !" me dit le haut fonctionnaire, et d'ajouter "retenir ou emprisonner une écrivaine franco-iranienne, alors qu'ils ne savent déjà plus que faire de la journaliste irano-américaine à la veille de l'élection présidentielle, serait contre-productif". Il dénonce avec un étonnant franc-parler l'esprit et l'idéologie arachnéenne des réseaux liés à Ahmadinejad, qui risque de mener le pays au bord du chaos et conclut qu'il s'active jour et nuit pour la campagne de Mir Hossein Moussavi.
D'autres supporteurs du candidat, très introduit dans les cénacles de la ville sainte de Qom me parlent des convictions messianiques d'Ahmadinejad, lequel, selon eux, aspire à une confrontation ouverte avec l'Occident tant il est convaincu que, grâce à l'aide providentiel du Douzième Imam (le retour du messie), l'islam sortirait vainqueur de toute guerre éventuelle contre l'hérésie. Ne diabolisent-ils pas tous Ahmadinejad ? Non, me dit un de ces grands ayatollahs que je rencontre peu après.
L'homme, qui avait un poste de première importance au début de la révolution auprès de l'ayatollah Khomeyni, connaît mon passé, mes écrits et mon problème de passeport confisqué ! Il m'explique : "La toile de fond de la guerre actuelle est faite du conflit entre les partisans d'une République islamique et ceux d'un gouvernement islamique."
Traduction : dans un gouvernement islamique, la seule source de légitimité est la charia et le seul décisionnaire est le "Guide" (en l'occurrence Ali Khamenei). Dans une République islamique, c'est la volonté populaire par le biais des institutions républicaines qui devrait primer. Ces institutions sont par ailleurs tenues de respecter la Constitution qui n'est pas discriminatoire envers les autres religions ou ethnies du pays. Les hauts dignitaires du clergé critiquent de plus en plus ouvertement le règne du jurisconsulte (ou l'autorité d'un seul homme - le "Guide" suprême) au-dessus des institutions. C'est au nom de l'islam et pour la sauvegarde de celui-ci que nombre d'entre eux s'inquiètent.
Au chapitre de la liberté d'expression, je lui demande si un écrivain publie un roman dans lequel le Douzième Imam serait une femme, cette oeuvre imaginaire pourrait-elle être considérée comme une insulte au Douzième Saint chiite et, si oui, quelle serait la peine de l'infortuné ? Si l'ayatollah n'est pas d'accord avec moi sur l'appellation de roman, pour désigner une oeuvre s'inspirant de la réalité il m'assure que, pour lui, à un écrit, fût-il supposé blasphématoire, l'on se doit de répondre et de débattre au moyen d'un autre écrit. Et qu'il est, lui, opposé à la proclamation d'une fatwa de mort à l'encontre des gens de plumes. "D'après le Coran, seule l'insulte au Prophète mériterait le châtiment suprême à condition que l'on en puisse prouver le caractère blasphématoire... Mais, selon les lois édictées par ces messieurs - entendre par là ses propres congénères dans le saint des saints du pouvoir - la peine de mort est étendue aux cas d'injures prononcés contre les Douze Imam. Et pourquoi serait-ce une injure que de stipuler qu'une femme puisse être le messie attendu ? N'injurie-t-on pas la moitié de l'humanité dans ce cas ?" L'ayatollah me répond que pour le Coran, homme et femme sont égaux devant Dieu !
Pour qui votera-t-il le 12 juin ? Pour Moussavi ! Est-ce pour reprendre sa carrière politique avortée avec les conservateurs ? "Non madame, c'est pour contribuer à faire sortir le pays de l'impasse !"
Cet avis est partagé par les artistes, poètes, écrivains, scientifiques et intellectuels, dont nombreux anciens étudiants et proches de mon père, mobilisés pour le vote du 12 juin : "Avec Moussavi, il y a un espoir. Les dirigeants ne peuvent plus être à la traîne d'un peuple jeune, fier de sa culture et qui se réclament de l'iranité autant sinon plus que de l'islam."
Le vieux professeur R., 70 ans, croyant et pratiquant, ancien élève de mon père, est aussi un haut responsable d'une université scientifique du pays. Quand j'évoque les chances que certains accordent à Ahmadinejad, il rétorque "raison de plus pour mobiliser les étudiants, comme il mobilise ses miliciens fanatiques". Et de réciter avec émotion le testament moral de feu le professeur Hachtroudi, prononcé à l'université de Téhéran deux ans avant la révolution. "Je félicite la vaillante jeunesse, porte-drapeau du savoir en Iran, au service duquel nous fûmes (...). Si les conventions le permettaient, je souhaiterais que ma dépouille soit enterrée dans l'enceinte de l'université pour être à jamais le réceptacle de la terre soulevée par la marche de la jeunesse."
Aujourd'hui, on massacre, une fois de plus, cette jeunesse qui n'aspire qu'à la dignité et on emprisonne ceux qui osent la défendre. J'appelle, humblement, le corps enseignant français et les Prix Nobel de physique à soutenir leurs collègues en Iran qui, au risque de leur vie, sont mobilisés derrière la jeunesse iranienne.
* Fariba Hachtroudi est écrivaine
Source : Le Monde
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
vendredi 3 juillet 2009
Iran : volonté de changement ou manipulations extérieures ?

Pour le régime iranien, les contestations seraient conduites de l’étranger par la CIA qui financerait plusieurs des participants aux manifestations.
► Cette prise de position vous semble elle réaliste ?
► Est-ce vrai -selon vous- que les Etats-Unis se trouvent derrières toutes les perturbations que connaît l’Iran depuis les élections du 12 juin ?
► Ou bien il s’agit de l’éternel recours à la « théorie du complot » d’un régime en perte de légitimité ?
Pour répondre à ces questions, merci de laisser vos commentaires et / ou de participer au sondage ci-dessous :





