samedi 3 octobre 2009
Que pensez-vous du Code du Statut Personnel (CSP) tunisien ?

Pionnière dans le domaine des droits des femmes dans le monde arabe, la Tunisie a depuis 1956 (date de promulgation du CSP) révolutionné le Statut personnel de la femme musulmane.
Seulement, en dehors du plan juridique, peut de chose ont été faites sur les autres plans, et surtout sur celui de la promotion des « acquis » du CSP tunisien. Une situation qui a conduit à un début de contestation -de la part de certains- des dispositions du CSP.
A défaut d’avoir des statistiques officielles, Islamiqua souhaite savoir ce que vous pensez du Code du Statut Personnel Tunisien :
► Est-il toujours ce code « révolutionnaire » qu’il fut il y a 50 ans ?
► A-t-il besoin d’être renforcé vers d’avantage de droits pour la femme, l’enfant et la famille ?
► Ou bien vous pensez que les tunisiennes ont acquis suffisamment (voir même trop) de droits ?
N’hésitez pas à participer à notre sondage ci-dessous et à laisser vos commentaires.
jeudi 1 octobre 2009
Ivan à Islamiqua : «Voulez-vous reformer la société sur des bases rationnelles ou bien avec une optique démocratie chrétienne ?»
Nous continuons le débat lancé par nos lecteurs sur la position du blog à propos du réformisme en Islam. Dans le commentaire que nous publions aujourd’hui, Ivan pose la question la démarche du blog en matière de réformisme.
Ci-dessous l’intégralité de son commentaire…
« Lorsqu’il tente de réformer une religion, le croyant devrait se baser sur les éléments même de sa religion. »
En Europe, l’on en est arrivé soit à évacuer complètement la religion du débat, soit à la cantonner à une sorte de morale imprécise d’inspiration chrétienne, au travers du courant politique de la démocratie chrétienne. Pour les plus sincères d’entre eux (et dans le jeu politique de luttes pour le pouvoir, ils sont rares), la morale se situe comme un plan intermédiaire, une charnière entre la foi et la politique. Cependant en Europe la suspicion change de camps : ce sont les religieux qui -s’ils interviennent- sont conspués et soupçonnés des plus noires intentions.
Tariq Ramadan a pour sa part une attitude claire, cohérente et globale, à travers laquelle il considère que la source de sa démarche politique, qui se veut démocratique et sociale, doit se trouver dans la foi à travers une lecture renouvelée des textes sacrés. C’est un choix, discutable certes, mais franc et clair. Les conséquences de cette attitude on été vivement critiquées, et je relève parmi les études critiques intéressantes (dont j’évacue les outrancières, style « croisade laïcarde » et autres islamophobes) celle de Sadri Khiari, « La pensée politique de Tariq Ramadan, Ramadan critiqué sur ce qu’il dit vraiment »
Une autre approche, qui me paraît décidément incontournable, est celle du Professeur AL-JABRI « La raison politique en Islam ». Cette étude politique et historique très fouillée montre que l’Islam s’il a vécu diverses expériences politiques contradictoires (de la politique du fait établi à la contestation de celui-ci), n’a jamais statué sur le régime de l’Etat. Il ouvre ainsi la porte à un renouveau de la pensé politique qui puisse se baser à la fois sur la critique rationnelle et sur la religion. Je m’étonne de n’avoir vu aucun écho de cet ouvrage sur Islamiqua (Il est vrai qu’il n’est pas tunisien).
Une autre démarche enfin est de sortir complètement du discours religieux, bâtir une réforme sans plus aucune référence à l'islam (à la Turque par exemple), sans présumer aucunement de la foi ou de l'absence de foi de ceux qui s'avancent dans cette voie. Elle me paraît hautement improbable dans les conditions historiques actuelles.
Quid d’Islamiqua ? A voir la virulence de l’attaque portée contre le Blog, je me suis mis à le relire, afin de voir si je n’avais pas été distrait.
Revenons donc aux textes du blog et à leur sens. Je relève dans le projet déclaré: « Islamiqua est venue pour essayer de faire la part des choses ; Dire qu’il est injuste d’assimiler l’islam au terrorisme. Et c’est plus exactement à I…I (certaines lectures de l’islam n’ont rien à voir ni avec la paix ni avec l’amour) que ce blog s’attaque en premier lieu : Oui l’islam –par certaines de ses interprétations, de ses lectures et de ses oulémas- peut renvoyer à la violence et au terrorisme. Et nous serons les premiers à dénoncer cette situation. »
Ensuite : « Car malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, la pensée de ses réformistes n’est ni extrêmement diffusée ni extrêmement défendu parce que mal ou peu comprise. »
Je constate que la suite du Blog suit bien son programme (la première partie surtout) ? Cependant il est vrai, comme dit Bader, que les critiques des égarements islamistes ne reprennent jamais les causes économiques, politiques et sociales de cette crise. Je ne nie pas la nécessité d’une critique idéologique de la religion, mais il faudrait la relativiser par le contexte et la replacer dans un contexte global. De plus, la critique de Bader me paraît également justifiée en ce sens que lorsque l’on tente de réformer une religion, quelle qu’elle soit, il me semble que le croyant devrait se baser, pour ce faire, sur les éléments même de sa religion.
Par exemple, si l’on veut aboutir à une vision démocratique, la justifier par une autre lecture du Coran que celle qu’en font ceux qui veulent contraindre les citoyens dans une multitude de règles coercitives. Je viens de citer l’analyse du Pr. Al-JARBI, qui va dans ce sens.
Et il est vrai qu’Islamiqua est à mille lieues de cette attitude.
Est-ce par principe ? Voulez-vous juste reformer la société sur des bases rationnelles, ou idéologiques (de type « droit de l’homme ») ce qui est une opinion défendable, ou encore voulez-vous réformer la société avec une optique du genre « démocratie chrétienne » ou démocratie musulmane ? Et sans qui j’y mette, pour ma part, aucune suspicion, je ne vois effectivement pas grand-chose de très clair à cet égard.
Commentaire adressé par Ivan à Islamiqua
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A lire aussi sur ce sujet :
Bader à Islamiqua : « votre projet n'est pas de rectifier l'Islam…mais de produire un autre Islam »
mardi 29 septembre 2009
Tariq Ramadan ou… comment cataloguer pour mieux juger ?

Je viens de vivre l’amère expérience d’un débat stérile (parce que non fructueux) avec quelques unes des personnes qui ont visionnés l’intervention de Tariq Ramadan chez Ruquier samedi 26 septembre sur France 2.
Tariq Ramadan (pour ceux qui ne le connaissent pas) est un islamologue suisse d’origine égyptienne... Il est souvent présenté dans les médias (surtout français) comme un homme intelligent et rusé, à double discours, adepte des frères musulmans… Un cliché qu’on a fini par admettre en considérant Ramadan définitivement comme un manipulateur, un démagogue et un « salafiste de charme ».
Chaque fois où on lui donne l’occasion de s’exprimer à la télé (et c’est très rare) l’homme se trouve toujours dans l’obligation de se justifier et de répondre à ce « qu’on pense » qu’il a dit. Ainsi, lorsqu’il déclare que –faute d’une société arabo-islamique prête à renoncer à ce qu’elle considère sacré et en attendant de déconstruire et reconstruire le discours religieux sur les châtiments corporels- il faut un moratoire sur leur application, tout le monde crie au scandale : « Ramadan n’est pas pour l’interdiction des lapidations, il ne propose qu’un moratoire, c’est un double discours ».
J’ai voulu alors profiter de l’occasion de son passage chez Ruquier pour faire le point sur les idées développées par ce « dangereux islamiste ».
Qu’en est-il ?
Je découvre un religieux, qui ne part dans ses analyses que des textes sacrés (qu’il dit prendre très au sérieux) mais qui arrive à des conclusions intéressantes… pour un religieux. Il nous dit qu’il est (à terme) contre les châtiments corporels, contre le mariage forcé, contre l’application de la Chariaa telle qu’elle est…
Certes, il a des positions qu’on ne partage pas, comme une reconnaissance (implicite) du caractère obligatoire du voile en islam…
Malgré cela, je pense que pour un religieux, ce qu’il fait – un travail de déconstruction / reconstruction de l’intérieur de l’islam- est très intéressant et qu’il mérite notre considération.
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Pour avoir dit cela, on m’a qualifié -au cours de cette discussion- « d’islamiste », « d’agressif », « d’adeptes des frères musulmans » …
Evidement, je n’accorde à ces jugements passionnels et passionnés que très peu d’intérêt comme je fais d’ailleurs pour les jugements « d’apostasie » et « d’hérésie ».
Tariq Ramadan n’est certainement pas un saint mais de la à lui faire un procès d’intention (« oui, il a dit ça mais… ») …c’est un pas que je ne franchirai pas.
Maintenant, au delà de Ramadan, si j’en parle aujourd’hui c’est pour dénoncer l’idée que ces personnes ont de « la vie en commun ». Quelle société ils nous proposent ? Une société où les uns exclus les autres ? Une société ou vous êtes « avec ou contre moi » (comme l’a dit un tristement célèbre président) ? Une société où on doit impérativement être catalogué ? …
J’avais signalé dans un précédent post la dangerosité de « l’autre extrémisme », celui de ceux qui ne pensent qu’à condamner, dénoncer, attaquer… le discours religieux, tout discours religieux.
Or, il faut se rendre à l’évidence : nous vivons dans des sociétés imbibées de religion. Même si nous pensons que la religion ne devrait pas dépasser la sphère de la vie privée, il y a des gens qui ne le pensent pas et qui souhaitent (et même militent) pour la voir régir toute notre vie.
Pour arriver à des solutions il faut dialoguer avec ces gens là (du moins ceux d’entre eux qui acceptent l’échange). Il faut les écouter puis exposer ses points de vue et enfin essayer de les convaincre. L’exclusion n’a jamais été une solution.
Si on a le courage de dire cela, on peut être catalogué par les extrémistes de toute part et être condamné par les uns comme par les autres. Ce n’est point le plus important… mais c’est dangereux. Car si ײles élitesײ des deux tendances (les religieux et les non religieux pour faire simple) n’apprennent à leurs disciples que la haine de l’autre et l’art de l’exclure, alors on ne peut s’attendre qu’au pire et… adieu la vie en commun.
dimanche 20 septembre 2009
Gaza sous le règne du Hamas (2)
En lançant une campagne pour traquer les femmes “pas assez voilées” et punir les “comportements immoraux”, le mouvement islamiste supprime les dernières libertés. Une tendance scandaleuse, estime un intellectuel syrien.
Le Hamas donne le coup de grâce à Gaza
Une guerre larvée agite la bande de Gaza. Elle concerne le voile, imposé aux femmes tantôt par la contrainte pure et simple, tantôt plus subtilement par ce que les islamistes appellent l’“exhortation au bien”. Le gouvernement du Hamas se garde bien de passer par la loi, mais il fait le nécessaire pour décourager ceux qui voudraient s’y soustraire. En juin, le ministre des Affaires religieuses du gouvernement du Hamas a lancé une campagne de sensibilisation sous le mot d’ordre “Oui à la vertu”. Alors que Gaza continue d’être assiégée et de souffrir, qu’il n’y a toujours ni eau ni électricité, le Hamas n’a rien trouvé de mieux à faire que de remarquer la “propagation de certains comportements immoraux”. Pour savoir ce que le Hamas considère comme immoral, il suffit de lire le télégramme envoyé par le ministère de l’Intérieur au Premier ministre pour lui demander de tout faire pour assurer un “été propre”. Des fragments de ce télégramme ont été publiés sur le site Islam Online, proche des Frères musulmans. L’immoralité, c’est la “corruption des moeurs qui se répand dans l’espace public”, à savoir “les soirées mixtes, les cafés où l’on peut consulter Internet sans surveillance, la mixité à l’université, des comportements excessifs en pleine rue”.
“GAZA DIRA TOUJOURS OUI À LA VERTU”
Dans le cadre de cette campagne, le ministre des Affaires religieuses a fait imprimer des centaines de milliers d’affiches pour les apposer dans les administrations, les universités et les écoles. Il paraît qu’elles ont été imprimées en Egypte et importées à Gaza en contrebande. Elles comportent des versets coraniques et des paroles du Prophète incitant à la vertu. Elles abordent différents sujets, tels que le tabagisme, les drogues dures, les sites Internet pornographiques et ce qui est présenté comme “les détestables chaînes de télévision qui corrompent la famille et les générations futures”, allant jusqu’à énumérer les “chaînes recommandables”. L’affiche qui en dit le plus long sur la nature de cette campagne est celle qui concerne le voile. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle ne vise pas les femmes non voilées, car il n’y en a quasiment plus à Gaza, à la suite d’énormes pressions politiques et sociales ; elle vise plutôt les femmes voilées d’une manière qui ne correspond pas aux normes du Hamas. On y voit des diables rouges face à des femmes dont le péché n’est pas d’avoir laissé échapper une mèche, aussi petite soit-elle, ni d’avoir laissé apparaître leur nuque ou leur cou, mais seulement de porter un pantalon. En dessous, ces mots : “La dernière mode du voile, fabrication 100 % diabolique”. On y voit aussi un dessin avec une femme portant le voile “islamiquement correct”, avec cette phrase : “Le vrai voile, ton chemin vers le paradis”.
Ce qui est amusant et affligeant à la fois, c’est la phobie que certains responsables ont développée à l’égard de mannequins en plastique dans les magasins de vêtements féminins. Des prédicateurs et des barbus ont en effet demandé aux commerçants de les enlever et de ne pas exposer de sous-vêtements. Youssef Farhat, un des directeurs de la prédication et de la bonne guidance au ministère des Affaires religieuses, avait clairement annoncé, selon IslamOnline, que la campagne “Oui à la vertu” comporterait des visites sur le terrain, y compris dans les magasins de vêtements, avec distribution de brochures expliquant comment se mettre en conformité avec les règles. Il voulait ainsi en finir avec le spectacle “indécent de mannequins et de photos de femmes nues”.
Youssef Farhat s’est dit optimiste quant au succès de la campagne, expliquant que Gaza était “une ville conservatrice” qui ne connaissait pas “la nudité et les cheveux au vent”. “Gaza dit toujours oui à la vertu”, a-t-il estimé. “Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à éliminer tout ce qui entache sa pureté”, a-t-il conclu. Le comble du ridicule, ce sont toutefois ces mannequins sans tête qui ont fait leur apparition. C’est le représentant du ministère des Affaires religieuses, Abdullah Abou Jarbou, qui a dévoilé leur secret dans une déclaration à l’Agence France- Presse. “Nous faisons appel aux propriétaires pour qu’ils retirent ces figures féminines. Ou au moins pour qu’ils leur ôtent la tête. Ainsi, ce ne sont plus des représentations d’êtres vivants, interdites par notre Prophète”, a-t-il expliqué. La phobie des intégristes à l’égard du corps féminin ne s’arrête donc pas aux personnes en chair et en os et ne se justifie pas par le souci de préserver la dignité humaine. Elle touche également le plastique sans âme ni chair pécheresse, dont le seul “crime” est de leur rappeler la frayeur qu’ils éprouvent face au corps de l’autre sexe.
UN TEST POUR LES LIBERTÉS ET LE PLURALISME DES MODES DE VIE
Pendant que le Hamas passe ainsi son temps et qu’il lutte contre le Fatah de Cisjordanie pour remplir les prisons et violer les droits de l’homme, Israël continue à grignoter du terrain, à construire des colonies [en Cisjordanie], à semer la division parmi les Palestiniens et à creuser le fossé qui sépare Gaza de la Cisjordanie. Usant du même raisonnement sophiste avec lequel il discute de l’âme des mannequins, le Hamas justifie sa décision d’imposer aux avocates le voile et un long manteau de couleur sombre. C’est ce qui ressort de la décision du président du Haut Conseil de la justice, Abderraouf Al-Halabi, le 9 juillet. Il se perd en arguties, expliquant que sa décision n’obéit pas à un objectif idéologique puisque le mot “hidjab” n’apparaît pas dans le Coran. Il prétend qu’il est simplement parti du constat selon lequel 95 % des avocates s’habillent déjà ainsi et qu’il doit donc assurer l’homogénéité de leur tenue. Quant au ministre de la Justice, Mohammed Faraj Al-Ghoul, il a trouvé des arguments encore plus originaux. Il a comparé le voile à la perruque des juges britanniques, qui leur confère “de la dignité et marque leur statut particulier pendant le procès”.
Face à cette situation surréaliste, certaines réactions ne sont pas faites pour arranger les choses. Voilà que l’homme blanc colonisateur, qui n’hésite pas à tuer des femmes et des enfants au cours de “frappes chirurgicales”, se met à pleurer sur le triste sort de la femme musulmane. Ainsi, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a déclaré devant des généraux du Conseil de la sécurité nationale qu’il y avait “une lutte de civilisation dans la région, entre les fondamentalistes d’un côté, les progressistes de l’autre”. Il a également expliqué que le Hamas était sur le point de tomber. “Ce sont les Palestiniens eux-mêmes qui vont s’en débarrasser, parce qu’ils ne supportent plus sa politique répressive.” La preuve en serait que le Hamas choisit d’“imposer le voile par la force, à la manière des talibans”. Nétanyahou, qui interdit la livraison de produits alimentaires et de matériaux de construction dans les Territoires occupés et qui em - pêche les Palestiniens de circuler librement, n’a pu résister à son penchant crâneur. “L’islam radical va finir par s’incliner devant la libre circulation des idées, la révolution scientifique mondiale et les progrès de la technologie”, a-t-il affirmé. La réponse à ces mesquineries est venue du porte-parole du Hamas, Sami Abou Zuhri. Et, comme il fallait s’y attendre, celui-ci a fait exactement ce que le Premier ministre israélien attendait de lui. Il s’en est pris au Fatah. “Les déclarations de Nétanyahou prouvent une nouvelle fois la complicité entre le Fatah et l’occupant sioniste face au peuple palestinien et à la résistance. Si l’occupant tient à la culture de la nudité, la première chose à faire pour nous est de préserver une culture vestimentaire conforme à nos traditions et à notre histoire”, a-t-il déclaré. Que répondre à cela ? Nos pères et grands-pères n’ont-ils pas combattu le colonialisme ? Ne se sont-ils pas dressés contre le mépris dans lequel était tenue notre culture ? Est-ce que cela les a empêchés pour autant d’adopter les valeurs de la modernité, de s’ouvrir au monde et d’aller de l’avant dans la libération de la femme ? La libération nationale n’est pas incompatible avec les libertés individuelles. Au contraire, ces libertés font partie intégrante de la lutte nationale, voire en constituent la condition indispensable, puisqu’elles permettent à la société de déployer son énergie et d’inventer les moyens de faire face à l’occupation. Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza est un véritable test concernant la manière dont les islamistes gèrent non seulement la mode vestimentaire des femmes, mais plus généralement les libertés, les droits des minorités et le pluralisme des modes de vie. C’est un scandale d’utiliser la cause palestinienne pour restreindre les libertés publiques et individuelles. Le mot Palestine a toujours été assimilé au désir de liberté. Ce serait dommage qu’il en arrive à désigner son tombeau.
Ali Al-Atassi
Source : Courrier International n°983
lundi 14 septembre 2009
L’homme ne vit pas seulement de pain.

« L’homme ne vit pas seulement de pain » est le titre d’un livre que j’ai parcouru au temps du Lycée. C’était un vieux bouquin trouvé par hasard dans la bibliothèque familiale. Son auteur, un dissident de l’ex bloc soviétique, dont j’ai oublié le nom, s’élevait contre le totalitarisme régnant dans les pays de l’Est et faisait l’éloge des libertés individuelles : liberté de penser, d’écrire, de créer, de lire des romans , d’aimer la poésie, de peindre des tableaux etc.…. A cette époque, ces attaques me rebutaient. Je me demandais : comment pouvait-on être si narcissique, si égoïste ? Comment préférer les libertés individuelles, petites bourgeoises donc formelles aux bienfaits du socialisme, à son égalitarisme, à sa justice sociale ? J’étais perplexe et même écœurée !! Pour moi, à cette période, cela ne pouvait –être que de la propagande anticommuniste primaire.
En ce temps des rêves, les idéologies dominantes prônaient la dictature des damnés de la terre, qui en fait n’était qu’une association d’individus, qui avait le droit d’anéantir les libertés individuelles sous couvert de références « transcendantes », lesquelles, souvent, n’avaient d’autres fonctions que de légitimer des intérêts particulièrement triviaux.
Au lieu d’instaurer une démocratie basée sur les citoyens et la délibération publique, ces pouvoirs anéantissaient les individus au nom d’un processus de l'histoire qui les dépasse et de l’édification d’une nation qui les annihilait. La vie des individus ne comptait guères, encore moins ce qu'ils pouvaient sentir, penser, désirer ou rêver. Seule comptait la marche solennelle de l’histoire, du progrès qui les devance, les broies, éliminant les inaptes, les inutiles et les incapables qui freinent sa progression. C’est de ce peu de foi en l’individu et en la liberté, et d’un intérêt pathologique à opprimer l’Autre, que résulte la vanité prométhéenne de toutes les dictatures du monde.
Aujourd’hui, et dans nos contrées arabes, cet hymne à la liberté individuelle apparaît d’une brûlante actualité. Est-ce l’héritage intellectuel des Lumières qui nous rend aussi sensible aux droits fondamentaux et aux principes de liberté de pensée et d’expression.
Certes c’est l'idéal de la Renaissance et des Lumières qui nous a permis de nous défaire des diktats de l'autorité religieuse et politique, de la peur de penser dans laquelle vivait l'homme du Moyen Âge. Il aura fallu quelques siècles de luttes, celle en particulier des philosophes arabes et judéo-chrétiens, pour donner toutes ses lettres de noblesse à la Raison naturelle, à la libre-pensée.
Il suffit de se remémorer les martyrs de la libre pensée et ils sont nombreux .Le philosophe et libre penseur musulman Al Jâad qui fut égorgé publiquement en l’an 737, le jour de la fête de l’Aid el Idha par le despote Khaled el Aksi qui a la fin du prêche intima l’ordre aux fidèles de faire don de leurs sacrifices et déclara que lui-même allait sacrifier et égorger Al Jâad pour sa contestation. Ce qu’il fit séance tenante devant toute l’assistance !
Giordano BRUNO, torturé et brûlé vif, par l’inquisition catholique, à Rome le 16 février 1600, sur le Campo dei Fiori, pour avoir refusé d’abjurer ses idées. On lui refusera l’étranglement avant le bûcher, il brûlera vivant... mais on ne l’entendra répliquer à ses juges du haut du bûcher« Vous avez plus peur que moi ! ».
Nous pouvons aussi citer le martyr de l’idée, Mahmoud Mohamed Taha, le soufi soudanais pendu le 18 janvier 1985 à l’âge de 76 ans, qui dans une démarche qui n’est pas sans analogie avec la théologie chrétienne de la libération, a affirmé que la foi véritable est celle qui reconnaît que « l’être humain a été créé à l’image de Dieu » et que par conséquent, sa dignité et ses droits sont inviolables. Nous rendons hommage à Samir Kasir, Daif Ghazal et…Leur existence atteste la force indestructible de l’Esprit. Leur souvenir obsédant nous rappelle que la fonction première de l’intellectuel est de porter haut l’étendard des libertés ! Sa mission n’est pas de soutenir les projets matérialistes et pragmatiques. Il est le seul qui prétend trouver dans sa propre pensée des raisons de vivre, de ne pas se compromettre et de tenir tête à l’oppression et à la terreur.
C’est pour cette raison que les discours triomphalistes nous laissent de marbre, Quand nous entendons pour la énième fois les statistiques délirantes, les versions officielles célébrant les acquis historiques, les œuvres gigantesques accomplies et les vertiges du succès en plein désastre, lors des réunions, des colloques, des séminaires, des fêtes de fin d’année nous demeurons impassible et apathiques !
Heureusement et grâce à un long entraînement, nous avons développé la capacité de ne rien entendre, de ne rien voir, de ne rien percevoir et de se projeter dans nos pensées personnelles : établir mentalement le menu de la semaine, planifier l’anniversaire du petit, faire l’esquisse d’un prochain article, se mémoriser les dernières vacances. Cela s’appelle la technique de l’imagerie mentale qui nous permet de nous évader et d’échapper au médiocre matraquage ambiant.
En terre arabe, les discours dominants ne suscitent plus aucun intérêt, aucune réaction, aucune interrogation. Tout au plus on les contourne comme un monument sans vie, comme un vestige ennuyeux !
Les pouvoirs arabes, décrits par les experts comme des « trous noirs » réduisent leur environnement à un ensemble statique où rien ne bouge et duquel rien ne peut échapper. Cette atmosphère étouffante où règne l’indifférence généralisée transforme l’intelligentsia en « une diaspora arabe en terre arabe ». L’exécutif au centre de ce « trou noir » empêche les institutions de fonctionner et de protéger les droits des citoyens.
En effet, en terre arabe, des organisations inconnues dotées de dispositifs humains et techniques avancés traquent, découvrent et châtient toute hérésie, c'est-à-dire toute parole et même toute pensée qui dévie de la Vérité Officielle et qui tenterait, ne serait ce que craintivement et timidement de parvenir à une certaine autonomie, à une certaine originalité. C’est que les tenants de la Vérité Officielle supposent, d’ailleurs à juste titre, que toute pensée qui s’éloigne de la norme peut devenir nuisible et se tournera tôt ou tard contre le dogme.
Ces organisations invisible mais agissantes nous hantent et quadrillent notre quotidien. Elles infiltrent les cafés, les salles de classes, les marchés, les administrations. Elles imposent leur censure à la pensée en exerçant un contrôle des sources de la connaissance, de sa production et de sa diffusion. Chaque jour elles nous enseignent ce qu’il sied de savoir, de penser, de croire. Elles aspirent non seulement à anesthésier, à pervertir la pensée mais aussi à obstruer la vision du réel et à tétaniser la faculté de perception elle-même.
Leurs actions sont tatillonnes, bureaucratiques, robotisées, mécaniques et codifiées. Leurs finalités leurs échappent et leurs sont transcendantes. Elles sont imperméables à toute communication humaine à toute production de l’esprit : La raison et la culture ne peuvent cautionner la négation des droits et la répression de la pensée.
Elles s’acharnent sur leurs victimes pour donner l’exemple, pour informer que la force du pouvoir est irrésistible et ainsi exercer leur terreur sur les populations.
Aujourd’hui nos pensées cheminent vers les martyrs du Verbe, vers ceux qui ont péri à cause de leurs idées pendant que d’autres accumulaient les privilèges et bâtissaient des carrières sur leurs souffrances.
Nos cœurs vibrent pour eux.
Nos sens captent leurs appels et leurs plaintes encloses.
Nos prières leur sont dédiées.
Nos recueillements leur sont consacrés.
Notre considération, notre estime leur sont acquis.
Nos écrits commémorent leur noblesse et leur courage …
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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
jeudi 10 septembre 2009
Un appel pour le retour de la polygamie en Tunisie !

La Tunisie vient de connaître un mini scandale qui a fait beaucoup de bruit … sur internet.
En effet, participant à un colloque organisé à l’occasion de la journée nationale de la femme, le 13 août dernier, Mme Dalanda Sahbi a lancé un appel inattendu en faveur de la polygamie qui saurait le seul recours face à « l’augmentation du nombre de femmes non mariées et en état de dégénérescence morale et de libertinage excessif » :
« Nous devons autoriser la polygamie parce que nous ne nous en sortons pas mieux que les autres pays arabe ». « Plus important encore, selon Mme Dalanda, l'Islam le permet et le Prophète Mahomet nous en fournit un bon exemple. »
La question de la polygamie ne s’était plus posée en Tunisie depuis très longtemps, et la pratique a été interdite en 1957 avec le Code du Statut Personnel tunisien considérait à l’époque « révolutionnaire » par ce qu’il accordait comme droits aux femmes.
D’ailleurs, selon Roda Al Saibi, membre du bureau politique du Parti-social libéral (organisateur du séminaire) « Cet appel isolé n'a reçu aucun soutien des participants à ce colloque ».
Malgré cela, l’appel a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère tunisienne et sur Facebook ou plusieurs groupes « Tous contre Dalanda Sahbi » ou « Tous unis contre la Polygamie en Tunisie » ont été crées et comptent déjà quelques milliers de membres.
Mais au-delà du débat sur la polygamie qui restera sans doute sans lendemain, la véritable question qui se pose est relative aux CSP tunisien. Comment se fait-il que plus de 50 ans après sa promulgation, des questions continuent à se poser sur des avancés considérées irréversibles ?
Ce constat ne cache-il pas une non-intériorisation des acquis du CSP (pour ne pas dire un refus) de la part d’une bonne partie de la population tunisienne ? Surtout que rien n’est fait dans le but de faire connaître, expliquer, diffuser ou promouvoir ses dispositions.
Contrairement au Maroc, la Tunisie ne dispose pas de statistiques sur le degré d’acceptation par les tunisiens des dispositions du CSP mais il semblerait qu’il soit contesté dans certains milieux tunisiens (par ignorance de ses dispositions ou par conviction). Un échantillon de ces cas est rapporté par l’hebdomadaire Jeune Afrique selon lequel « dans les zones rurales, les femmes vivent sous la coupe de leurs maris, qui bien souvent ignorent ou se moquent du code instituant l’égalité des sexes et les droits de l’épouse. Quant celle-ci se plaint au poste de gendarmerie du village, le mari indélicat est certes arrêté. Mais l’épouse rebelle subit aussitôt la pression de ses propres enfants. Elle retire alors la plainte et tout repart comme avant. La loi du male est ici plus forte que celle de l’Etat. Rencontrée dans un village, près de Kassrine, à 250 km au sud-ouest de Tunis, une jeune fille de 17 ans raconte, en pleurant, les malheurs de sa mère et la tyrannie de son père, un commerçant de détail. « Il ne veut plus que j’aille à l’école pour poursuivre mes études. Il exige que je travaille été comme hiver comme ‘‘bonne’’ (femme de ménage) à Tunis et que je lui envoie une partie de mon maigre salaire (200 dinars par mois). Si je ne le fais pas, il fera des misères à ma mère. » Jusqu’à présent, elle ne travaillait que pendant les deux mois d’été pour aider la famille et payer ses fournitures scolaires. Elle n’est par sure de retourner au lycée le 22 septembre prochain, date de la rentrée scolaire. Que son père puisse échapper aux lois du pays est la preuve que beaucoup reste à faire pour que les droits de la femme et de l’enfant deviennent une réalité dans la Tunisie profonde ».
mercredi 9 septembre 2009
Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?
Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.
Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.
Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.
En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.
Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »
Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.
Demain : menaces sur le CSP tunisien ?
lundi 7 septembre 2009
Abdelaziz Rabbah : « la politique doit être séparée de la prédication religieuse »

Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».
Extraits…
Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?
Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...
Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?
D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.
Aucune arrière-pensée politique ?
Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.
Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?
C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.
Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?
Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…
Quel était votre favori en Iran ?
Mir Hossein Moussavi.
Avez-vous un modèle?
Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »
Que pensez-vous de la laïcité ?
Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.
Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?
Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.
Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.
lundi 17 août 2009
Le port du niqab doit être interdit

La burqa ou le nikab, cet habit qui couvre l’intégralité du corps de certaines musulmanes ainsi que la majorité de leur visage, fait l’objet depuis quelques semaines d’une vague de commentaires et de prises de positions assez importantes en France et ce suite à la proposition du député communiste André Gerin de créer une commission d’enquête sur le sujet.
Très vite, des dizaines de députés vont rejoindre la proposition de leur collègue et la majorité des hommes (et des femmes) politiques à commencer par le premier d’entre eux, le président Nicolas Sarkozy, se prononcera sur le sujet. Certains sont même allés jusqu’à parler d’une loi qui devrait réglementer (pour ne pas dire interdire) le port de la burqa, cet habit non grata en France. Quant au président, et même s’il n’a pas parlé d’une interdiction formelle de son port, il a affirmé le 22 juin dernier dans son allocation à Versailles que « Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté et de dignité de la femme. C’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement. Je veux le dire solennellement : la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française. »
Avant d’aller plus loin, nous devons commencer par dire qu’incontestablement le sujet a pris une ampleur beaucoup plus importante que sa taille réelle et cela ne s’est pas fait sans arrières pensées.
Simplement, je suis d’accord pour dire qu’un texte interdisant le port du niqab serait souhaitable. En effet, partant même du point de vue des oulémas, le niqab n’est pas « chariaiquement » obligatoire. Seulement, certaines musulmanes qui veulent (ou sont obligées) de faire toujours plus que les autres, de prendre tout le temps le coté extrémistes des choses … essayent de nous imposer une vision de l’islam ou la femme doit être cloitrée, isolée et doit ressembler à un corbeau. Cette vision, encouragée par la Charia (à travers l’interprétation d’un certain nombre de hadiths du prophète), n’a pas de place dans nos sociétés.
Que celles qui veulent porter le niqab aillent habiter seule dans les montagnes. N’est ce pas ce qu’elles veulent ? Elles souhaitent s’extirper des regards des hommes, elles ne veulent qu’aucun « male » ne les approche, elles s’interdisent de tendre la main ou même de parler à n’importe quel étranger… Quelle vision de la société ces personnes possèdent ? Sans doute aucune. Tout ce qui les intéresse c’est leur propre personne. Et bien, tant que la vie dans la société ne les intéresse pas, elles feraient mieux d’aller vivre hors de cette société et non d’agresser en permanence tout le monde avec un habit qui témoigne d’un refus obstiné de la personne à entrer en contact avec quiconque. Car, par cet habit, ces femmes disent aux autres membres de la société qu’elles ne sont intéressées par aucun signe de vie en société. Et puis elles se demandent pourquoi on ne les intègre pas ? Pourquoi elles se trouvent en marge de la société ? Pourquoi on les regarde avec suspicion ? … Et bien elles ne peuvent faire porter la responsabilité qu’a-elles mêmes.
Ces femmes qui prennent la misère comme idéal ne peuvent prétendre représenter l’islam. Elles
représentent peut être la Charia, mais de l’islam elles n’ont rien retenu. Comme l’a dit Mohammed Talbi « je me demande comment la Charia a-t-elle pu exalter la rudimentarité et la laideur. Des femmes comme des corbeaux, et des ascètes pouilleux, est-ce pour cela qu’Allah s’est donné tant de peine, pour faire de notre Planète terre l’un des plus beaux joyaux de l’Univers ? La Charia me révolte. Elle a fait de nous des miséreux, parce que nous nous sommes donné la misère comme idéal. »
Allah aurait donc créé cette terre pour la voir habitée par des cordeaux ! N’est ce pas ridicule ?
Cette position contre le niqab ne vient pas seulement du fait que nous pensons que cet habit ne représente pas l’islam, mais en plus parce que nous sommes persuadés qu’il est dangereux pour la société. D’abord -et sans avoir à le démontrer- le niqab cache la personne avec laquelle on a à faire. Pour cette raison, il est impensable de le voir dans nos administrations ou nos établissements publics (et privés). Ensuite, il est devenu aujourd’hui une arme entre les mains de criminels. Ainsi, je viens d’apprendre qu’en Jordanie il est désormais utilisé par les fugitifs et les cambrioleurs qui ont trouvé dans le niqab le meilleur moyen pour réaliser leurs crimes en toute tranquillité.
Enfin, je pense qu’un texte devrait interdire son port même chez nous en Tunisie car je ne suis pas d’accord avec la logique de certaines femmes qui -ayant vu que désormais le port du hijab ne pose plus (beaucoup) de problèmes- passent à la phase suivante, à savoir le port du niqab.
Cette provocation permanente et la volonté d’entrer en conflits avec toute la société reste énigmatique. Je n’arrive pas à saisir sa signification mais je ne suis pas du tout d’accord pour dire qu’il s’agit d’un énième signe du « retour du religieux ». C’est pour cela que je ne souhaite pas voir mon pays se transformé en une Egypte où il existe désormais une surenchère dans le port des « habits islamiques », où la mode n’est plus au voile mais au niqab. Comme l’a dit le président français concernant son pays, pour nous aussi, la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République.
Nous avons été sur ce blog parmi ceux qui ont défendu le droit de porter le voile par celles qui en sont convaincues par son caractère religieux (car nous considérons toujours que le voile n’est pas synonyme d’agression de la société). Mais de là à ce que cette même croyance soit utilisée aujourd’hui pour nous faire admettre un droit au port du niqab, il y a un pas que je ne franchirai pas.
samedi 25 juillet 2009
Il n’y a plus d’avenir pour l’Etat religieux ?
Tous ceux qui suivent l’évolution de l’islam politique et s’intéressent à la question du rapport entre religion et pouvoir sont interpellés par ce qui se passe en Iran. Les manifestations de masse et leur violente répression soulèvent des interrogations fondamentales. Quelle est la réalité d’une démocratie sous la coupe d’un système religieux qui concentre tous les pouvoirs ? Une démocratie religieuse peut-elle assurer l’égalité de tous les membres de la société quelle que soit leur appartenance confessionnelle ?
Peut-elle tolérer l’opposition populaire ? Et que se passe-t-il si ce régime a mené le pays à un fiasco économique et dilapidé ses richesses ? Par le passé, les théoriciens de l’Etat islamique avaient pour mot d’ordre : “l’islam est la solution”. Ils prenaient pour prétexte que les puissances occidentales les empêchaient d’accéder au pouvoir et que les régimes arabes les jetaient en prison et pratiquaient la torture.
Cela leur permettait de justifier leur violence et leur discours agressif. Beaucoup d’éditorialistes sympathisants disaient qu’on ne pouvait juger de leurs qualités tant qu’on ne les avait pas soumis à l’épreuve du pouvoir. Les librairies du monde arabe étaient remplies de livres sur leurs théories du pouvoir, que ce soit en version sunnite, en mettant en avant le concept du califat [le successeur de Mahomet doit régner sur le monde musulman], ou en version chiite, avec comme fondement le concept du velayat-e faqih [la prédominance du religieux sur le politique].
Dans l’ouvrage du penseur éclairé chiite Tawfiq Al-Saif “La démocratie en pays musulman”, on trouve des choses magnifiques : “[…] Tous les membres de la société sont égaux en droits, qu’ils soient chiites ou sunnites, docteurs ès sciences religieuses ou pas. […] La volonté du peuple est la seule source de légitimité politique et toute décision prise en dehors du peuple est nulle et non avenue. Les préceptes de la loi religieuse […] sont appliqués une fois votés par l’organe législatif […]. L’Etat gère les ressources publiques en tant que représentant du peuple. Il est issu du suffrage universel. Aucun responsable ne détient le pouvoir absolu et ne peut se soustraire au contrôle du peuple.”
Comment ne pas être séduit par un tel modèle ? Hélas, les expériences concrètes de l’islam politique de ces trente dernières années sont totalement contraires à cette belle théorie. Qu’il s’agisse des régimes iranien ou soudanais, des quasi-Etats des talibans en Afghanistan, des mouvements islamistes de Somalie, du Hezbollah au Liban ou du Hamas à Gaza, ou encore de groupes tels que les Frères musulmans en Egypte, de l’armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr en Irak, des houthistes au Yémen ou des islamistes au Pakistan, toutes ces expériences se sont soldées par des échecs flagrants en termes de démocratie et de respect de la volonté populaire. Tous ces groupes ont violemment réprimé leurs opposants, parfois même les membres appartenant à la même mouvance, dès lors que ceux-ci s’opposaient au guide ou au chef de parti. Ils ont pratiqué la diffamation et ont accusé leurs adversaires d’être des traîtres et des agents de l’étranger, exactement comme l’ont fait les régimes autoritaires arabes qui ont pris le pouvoir dans les années 1960. La seule différence est que les uns torturent et exécutent au nom du peuple, alors que les autres le font au nom de Dieu. Sur le plan économique, l’Iran, pays que Dieu a si richement doté en ressources naturelles et humaines, connaît une situation difficile. Au bout de trente ans, le régime religieux n’a pas réussi à tenir ses promesses. L’inflation est galopante, le chômage frappe durement la jeunesse et beaucoup de citoyens sont obligés de rejoindre la diaspora [dans les pétromonarchies arabes] du Golfe, en Europe ou aux Etats-Unis afin de trouver de quoi vivre. Pendant ce temps, les richesses du pays sont dilapidées pour financer des partis alliés à l’étranger [le Hezbollah et le Hamas], pour acheter des armes ou enrichir l’uranium. Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience islamique iranienne ? On peut déjà affirmer qu’il n’y a pas d’avenir pour l’Etat religieux. Il fige la société, empêche l’innovation et tue toute joie de vivre. C’est un totalitarisme. Il porte en lui les germes de son propre échec, car il est contraire à l’air du temps, qui tend à supprimer les barrières entre les hommes.
Par : Abdelhamid Al-Ansari
Source : Courrier International d’après Al Jardia (Kuweit)






