vendredi 20 novembre 2009
Révolution au Maroc (2) : L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle

La culpabilité [provoquée par la perte de la virginité] est entretenue par une inquiétude sous-jacente, celle de ne pas trouver le mari suffisamment ouvert d’esprit pour épouser une non-vierge. Il est vrai que beaucoup d’hommes, mêmes parmi ceux qui se disent « modernes », préfèrent convoler avec une pucelle. En réalité, le regard que portent les Marocains sur les filles déflorées comporte un curieux paradoxe.
Selon l’impératif de virginité, beaucoup affichent une incontestable ouverture d’esprit. De plus en plus d’hommes admettent qu’il est injuste de demander aux filles de rester vierges, alors que la réciproque ne s’applique pas à eux. Mais ceux-là sont encore loin de constituer la majorité.
Faute de statistiques précises, l’âge des premiers rapports est difficile à estimer, et se situerait dans une fourchette de 18 à 25 ans pour les garçons. En outre, près de 40 % d’entre eux ont perdu leur pucelage auprès d’une professionnelle, la prostitution étant l’un des modes privilégié d’initiation à la sexualité. Pour les jeunes gens issus de milieux favorisés, les choses sont simples puisque, possédant voiture et argent tout en étant grands consommateurs de loisirs, ils peuvent multiplier les expériences. Mais la grande majorité des Marocains vit dans la frustration. Pouvant difficilement aller au-delà du flirt, leur vie sexuelle se limite le plus souvent aux plaisirs solitaires ou à la sexualité virtuelle par internet.
Pour les filles, c’est encore plus compliqué… La famille, évidemment, reste le premier
frein à une sexualité féminine préconjugale épanouie. Rares sont celles qui osent vivre seules, même si elles sont financièrement autonomes. La pression de la famille et du « qu’en-dira-t-on » demeure forte, tous milieux sociaux confondus et quel que soit l’âge de la jeune femme. Reste qu’il est indéniable que les comportements sont en train d’évoluer en profondeur, car la nouvelle génération subit la modernité de plein fouet : l’évolution des mœurs fait que celles qui attendent le mariage pour passer à l’acte sont de moins en moins nombreuses. D’un point de vue sociologique, les raisons sont simples : montée du célibat et recul de l’âge du mariage (28 ans en moyenne pour les femmes, 31 ans pour les hommes), mixité inévitable à l’université, au travail, ou dans les lieux publics.
Dès lors pour les jeunes femmes des classes moyennes urbaines, la virginité n’est plus seulement une tradition « dépassée », elle est désormais perçue comme difficilement compatible avec la nouvelle réalité sociale. Non pas que les filles « couchent » plus facilement, parce qu’elles ont pris conscience de leur droit à une vie sexuelle aussi libre que celle des hommes, mais l’impératif traditionnel de virginité (préserver sa « pureté » pour le futur mari) est d’autant moins justifié qu’elles n’ont plus besoin d’un époux pour s’affranchir de leurs parents et devenir autonomes. Elles se sont émancipées, travaillent, gagnent leur vie, dans ces conditions, rien ne presse pour se marier.
L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle (encore relative) qui encourage les Marocaines à oser exprimer leurs désirs et à revendiquer le droit au plaisir. Pour Selma, la perte de virginité à été un choix totalement assumé, motivé par l’envie de vivre pleinement sa sexualité. « On se fréquentait depuis plusieurs années. Notre relation était sérieuse. La chose s’est faite naturellement », explique-t-elle. Meryem, l’amie d’enfance de Selma, aborde pour sa part la sexualité avec beaucoup moins de sérénité : âgée de 30 ans, elle est célibataire et encore vierge. « Je fais un blocage vis-à-vis de l’acte sexuel, et j’en souffre car je n’arrive pas à le dépasser. Mes copines me prennent pour une extraterrestre ! », précise-t-elle.
Un changement d’attitude qui soulève la perplexité chez les hommes. Certains s’en trouvent même totalement déboussolés. « Ma copine m’a plaqué parce que, soi-disant, j’étais égoïste au lit et ne recherchais que mon propre plaisir », avoue avec dépit Nasser, la trentaine. Dans les lieux branchés de Casablanca, Marrakech ou Tanger, la gent masculine ne s’étonne plus d’être ouvertement abordée par des jeunes filles très délurées. Amine, un casablancais de 36 ans, a lui aussi essuyé quelques affronts : « Un soir, une fille m’a dragué en discothèque puis invité à boire un verre chez elle. Aussitôt après avoir pris son pied, elle m’a carrément mis à la porte sans ménagement. Etre libérée, c’est bien, mais là, elle l’était un peu trop ! » Des filles « qui couchent », il en a vu, mais aucune n’avait assumé sa sexualité avec si peu d’inhibition.
Affirmer pour autant que les jeunes filles d’aujourd’hui sont sexuellement beaucoup
plus libres serait bien sur une généralisation abusive. Le phénomène touche une catégorie bien spécifique : ce sont des jeunes femmes qui vivent en milieu urbain, qui sont actives et relativement aisées. Soit une infime minorité des quelques 15 millions de femmes que compte le Royaume, et dont la mentalité autant que le mode de vie se situe aux antipodes du Maroc profond.
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
___________________________________
Lire aussi sur Islamiqua :
►Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
dimanche 15 novembre 2009
Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
« 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage ». Ce chiffre révélé par une enquête de l’Economiste il y a quelques mois a fait l’effet d’une bombe au Maroc et permet a certains d’affirmer que le Royaume Chérifien se dirige à grands pas vers… la fin de la virginité.
Islamiqua ouvre à nouveau le dossier des rapports sexuels avant le mariage avec un état des lieux sur la question au Maroc.
Le Mythe de virginité
« Ca veut dire quoi, la virginité ? Si ça signifie n’avoir jamais couché avec un homme, alors aucune Marocaine n’est vierge », s’insurge Sophia, 27 ans, cadre supérieur à Rabat. Car on peut avoir une vie sexuelle des plus débridées sans perdre pour autant sa virginité. En effet, derrière ce paradoxe apparent, se dissimulent des pratiques permettant de préserver l’hymen. Nombreuses sont les jeunes Marocaines qui offrent à leur corps tous les plaisirs… Tout est envisageable, pourvu que le sacro-saint hymen soit préservé.
« Le corps peut-être vierge, mais l’âme, elle, est irréversiblement déflorée ! »,
affirme Hind, 25 ans, sur un forum de discussion Internet. Selon elle, « une fille qui n’est plus vierge et qui assume cet état de fait vaut bien mieux qu’une fille qui a déjà eu des rapports sexuels tout en prétendant être chaste ». Certes, mais il faut un sacré courage pour parvenir à s’extraire des carcans culturels et religieux, dépasser les conservatismes et s’affranchir de l’hypocrisie qui règne au sein de la société marocaine, toutes générations et tous milieux confondus.
La jeunesse marocaine est soumise à des influences contradictoires –occidentales et orientales- et nage donc en pleine confusion identitaire. Si les mœurs sont devenues moins rigides, le poids des traditions est néanmoins bien vivace et la sexualité reste à bien des égards un sujet tabou. On constate un hiatus entre les comportements de transgression d’un interdit et un discours qui demeure conservateur.
Selon une enquête de l’Economiste, 62 % des jeunes Marocaines considèrent « compliqué » d’avoir un flirt, jugeant que les principaux obstacles sont la famille (43 %) et le voisinage (23 %). Compliqué, mais pas impossible. Le faire, donc, mais discrètement. Selon la même enquête, 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, alors qu’une proportion voisine de filles affirme… le contraire ! Ces chiffres sont révélateurs du malaise qui règne au sein de la société.
Une écrasante majorité de Marocains, les deux sexes confondus, estime que la virginité jusqu’au mariage est une règle à respecter. Chez les musulmans, comme chez les chrétiens et les juifs, les rapports sexuels hors mariage sont traditionnellement proscrits, mais l’attachement à la chasteté est beaucoup plus fort en Islam que dans les autres religions monothéistes.
Cet attachement est conforté par l’idée que la membrane intacte est un gage de piété et que, une fois au paradis, les hommes musulmans, seront récompensés selon une tradition qui leur promet à chacun 99 pucelles dont l’hymen se reconstitue après chaque rapport. Ar ailleurs, penser que leur femme n’a jamais été possédée par un autre flatte tout simplement l’orgueil mâle. Portant, les hommes ne sont pas les seuls à blâmer. Car les femmes, qui ont parfaitement intériorisé le modèle traditionnel, sont les premières à entretenir le mythe de la virginité. Même celles qui ont enfreint cette règle, feignent en général de la respecter.
Contraintes de dissimuler leur passé sexuel à leur partenaire, elles trouvent des artifices pour faire croire que l’hymen est resté intact : de la goutte de sang prélevé sur un doigt, jusqu’au foie d’un oiseau dissimulé dans une petite bourse, en passant par l’hyménoplastie ou les certificats de virginité complaisamment délivrés par des médecins, l’éventail des subterfuges est vaste.
D’une génération à l’autre, les mères commencent à transmettre à leurs filles la liste des devoirs et des interdits dès la puberté. Conditionnées très jeunes par le discours maternel, enjointes à tout prix de garder intact leur hymen jusqu’au jour du mariage, l’impératif de virginité s’impose comme allant de soi.
En revanche, jamais une mère n’exigera une telle chose de son fils. Constat d’évidence : il existe une inégalité de traitement entre garçons et filles car, bien que la virginité jusqu’au mariage est théoriquement obligatoire pour les deux sexes, elle ne s’impose en réalité qu’au sexe dit « faible » dans les pays arabo-musulmans. Dans l’inconscient collectif, la femme déflorée est considérée comme une dévergondée, tandis que l’homme, lui, est valorisé à l’aune de son activité sexuelle. Par contre, celui qui n’a pas d’expérience dans ce domaine voit peser sur lui le soupçon d’homosexualité ou d’impuissance. Certaines jeunes femmes assument meur vie sexuelle sans complexe, tandis que d’autres se débattent avec leur culpabilité. Celles qui franchissent le pas gardent généralement un souvenir marquant de « la première fois ». C’est le cas de Rita, publicitaire de 27 ans. « J’ai été traumatisée. Je n’arrivais pas à dépasser mon angoisse par rapport à l’éducation que j’ai reçue ».
A suivre …
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
___________________________________
Lire aussi sur Islamiqua :
mercredi 9 septembre 2009
Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?
Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.
Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.
Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.
En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.
Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »
Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.
Demain : menaces sur le CSP tunisien ?
lundi 8 juin 2009
Obama : « Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »
Dans un discours jugé historique par certains, le président américain Barack Obama s’est adressé pour la deuxième fois en l’espace de quelques semaines au monde (arabo) musulman. Après son premier discours prononcé en Turquie est adressé à l’ensemble des musulmans, Obama a choisi l’université du Caire pour un discours dirigé plus spécifiquement aux arabes.
Voici les extraits les plus importants du discours du président américain décrypté par Islamiqua.
« Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »
Je suis fier de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : "Salam aleïkoum."
Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier -tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. (...) Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d'une minorité de musulmans qui, pour être réduite, n'en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l'islam inévitablement hostile non seulement à l'Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l'homme. (...) C'est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.
Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.
Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance et, dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. (...)
Comme le dit le saint Coran : "Crains Dieu et dis toujours la vérité." C'est ce que je vais essayer de faire aujourd'hui -de dire la vérité de mon mieux. (...) Je suis chrétien, mais mon père était issu d'une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j'ai passé plusieurs années en Indonésie où j'ai entendu l'appel à la prière (azan) à l'aube et au crépuscule. Jeune homme, j'ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j'ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.
Féru d'histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l'islam. (...) Je sais aussi que l'islam a de tout temps fait partie de l'histoire de l'Amérique. (...) Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les Etats-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servis le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique.
J'ai donc connu l'islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l'Amérique et l'islam doit se fonder sur ce qu'est l'islam, et non sur ce qu'il n'est pas, et j'estime qu'il est de mon devoir de président des Etats-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent.
Or ce même principe doit s'appliquer à la façon dont l'Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l'Amérique n'est pas le stéréotype grossier d'un empire qui n'a d'autre intérêt que le sien. (...) Qu'un Américain d'origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d'encre. Mais mon parcours n'est pas unique.
(...)
Dans cet esprit, permettez-moi de m'exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble.
La première est celle de l'extrémisme violent sous toutes ses formes. A Ankara, j'ai fait clairement savoir que l'Amérique n'est pas -et ne sera jamais- en guerre contre l'islam. En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Et il m'incombe d'abord, en tant que président, de protéger le peuple américain.
La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l'Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. (...) Nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu'au dernier, si nous avions l'assurance que l'Afghanistan et maintenant le Pakistan n'abritaient pas d'éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d'Américains. Mais ce n'est pas encore le cas. (...) Aucun d'entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. (...) Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème -il constitue une partie importante de la marche vers la paix.
(...)
Je voudrais aussi aborder le dossier de l'Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d'un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. (...) Aujourd'hui, l'Amérique possède une double responsabilité : aider l'Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l'Irak aux Irakiens. (...) C'est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni.
(...)
La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.
Les liens solides qui unissent l'Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. (...) A travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l'antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. (...) Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. (...)
Cela dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. (...) Ils subissent au quotidien les humiliations -grandes et petites -qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un Etat à lui.
(...) La seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux Etats, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C'est dans l'intérêt d'Israël, dans l'intérêt de la Palestine, dans l'intérêt de l'Amérique, dans l'intérêt du monde. C'est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties -et que nous tous- se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.
Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n'aboutira pas. (...) Ce n'est pas de cette manière que l'on revendique l'autorité morale ; c'est ainsi qu'on l'abdique.
Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu'ils peuvent bâtir. L'Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaître ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l'existence d'Israël.
En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l'existence d'Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les Etats-Unis n'acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d'Israël, l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. (...)
Enfin, les Etats arabes doivent reconnaître que l'initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. (...) Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais (...) le moment est venu de prendre une initiative sur ce que tous savent être vrai.
La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l'égard des droits et des responsabilités des Etats concernant les armes nucléaires.
Cette question a constitué une source de tension entre les Etats-Unis et la République islamique d'Iran. (...) Il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n'est pas simplement dans l'intérêt des Etats-Unis, c'est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d'entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse.
Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d'autres ne possèdent pas. Aucun Etat ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C'est pourquoi je réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires. Et chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.
Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (...) Je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.
Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. (...) J'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'Etat de droit et l'application équitable de la justice. (...) Les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. (...) Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques -à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations (...) les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.
Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.
L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. (...) Parmi les musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les maronites au Liban ou les coptes en Egypte. Et pour être franc, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.
La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. (...) Il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.
(...)
La sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.
Je sais que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (...) Les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.
(...)
Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un Etat qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.
Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant.
Traduit par le Département d'Etat américain.
lundi 1 juin 2009
Menaces sur des intellectuels tunisiens

On peut tout reprocher à la Tunisie sauf le fait de persécuter la pensée libre et d’imposer, comme vérité d’Etat, des opinions ou des dogmes religieux. Et pourtant depuis quelques années et avec une accélération ces dernières semaines, une campagne de dénigrement et d’appel au meurtre est lancée, surtout via la Toile et quelques journaux arabes, contre des intellectuels tunisiens pour “crime” de “lèse-religion”. La dernière en date est une liste noire de vingt-trois intellectuels tunisiens accusés d’hérésie (“zandaqa”). Le texte, de quelques lignes, appelle explicitement à la liquidation physique de ces “hérétiques” qui combattent Dieu, son Prophète et les gens pieux.
Faut-il accorder de l’importance à ce torchon numérique ? La sagesse voudrait que non, mais le principe de précaution nous ordonne de prendre cette menace au sérieux, d’autant plus qu’on est loin de l’acte isolé et que les antécédents, certes moins dangereux, nous incitent à plus de prudence.
▪▪▪
Si l’on excepte quelques pages sombres de l’extermination des derniers Ismaéliens (Fatimides) en Tunisie au XIème siècle, la Tunisie a été toujours une terre de tolérance en matière religieuse. Notre pays a refusé l’extrémiste wahhabite au début du XVIIIème siècle (voir l’excellent ouvrage, richement documenté, de Hamadi Redissi et Asma Maala, “De la réfutation du Wahhabisme” (en langue arabe).
Le pays a ouvert ses bras au chantre du réformisme musulman au début du XXème siècle, Mohamed Abdoh. Même Tahar Haddad, pourtant rejeté par l’institution religieuse, n’a pas fait l’objet d’une véritable inquisition et n’a pas été inquiété, outre mesure, ni dans sa liberté, ni dans son intégrité physique.
Plusieurs facteurs ont fait que notre pays soit le réceptacle, dans les milieux académiques et intellectuels, d’une pensée critique qui s’est développée dans les études islamiques. Il y a là une véritable Ecole tunisienne qui compte à l’heure actuelle plusieurs dizaines (on peut même dire quelques centaines) d’essayistes et de chercheurs. Notre pays peut s’enorgueillir de compter parmi ses élites des sommités mondiales et arabes dans les études islamiques tels que Hichem Djaït, Abdelwaheb Bouhdiba, Mohamed Talbi (quoi que l’on pense de ses deux dernies ouvrages). On peut citer plus d’une trentaine de noms dont les ouvrages et recherches représentent une véritable avancée dans les études islamiques. Et si le monde de l’édition était plus soutenu en Tunisie, le nombre des ouvrages de référence serait encore plus imposant. Mondialisation oblige, les milieux intégristes et fondamentalistes en Tunisie et dans le Monde arabe ont réagi violemment à cette production intellectuelle, souvent en se basant seulement sur des racontars et des oui-dire comme ce journal du Golfe qui impute à l’intellectuelle et essayiste tunisienne Olfa Youssef des propos, qu’elle n’a jamais tenus, sur le Prophète et ses épouses, allant jusqu’à la comparer à un Salman Rushdie. On ne compte plus les attaques et les diatribes, souvent très basses, qui vilipendent, sur le Web, les intellectuelles tunisiennes à l’instar d’Olfa Youssef (dont le dernier livre Hayratou Muslima (Les inquiétudes d’une musulmane) est à sa cinquième édition (ce qui est un record absolu en Tunisie pour un essai), Amel Grami, Raja Ben Slama, Neïla Sellimi, Saloua Charfi et d’autres. Seulement la black-liste des 23 a une spécificité : elle ne touche que les professeurs Abdelmajid Charfi et les universitaires supposés être ses disciples. Il s’agit de Moncef Abdeljelil, Neïla Sellini, Raja Ben Slama, Wahid Essaafi, Nader Hammami, Mohamed Chakroun, Zahia Jouirou, Abdelbacet Gammoudi, Hela Ouertani, Bassam Jmel, Mongi Lassoued, Sihem Missaoui, Abdellah Khleïfi, Amel Grami, Néjia Ourimi Bouagila, Mohamed Bouhlel, Abderrahim Bouhaha, Belkis Rézigui, Mohamed Bettaïeb, Mohamed Hamza, Jihène Ameur, Touhami Abdouli et bien sûr Abdelmajid Charfi. Il est à remarquer que si quelques-uns de cette liste sont des auteurs confirmés, d’autres sont au tout début de leur carrière académique. Leur seul “crime” est d’avoir été encadrés, ou supposés l’être comme dans le cas de Raja Ben Slama, par le professeur Charfi. Cela touche en clair les modules d’islamologie dans les différents départements d’arabe des Universités tunisiennes. Il est à craindre que cette liste ne s’allonge quand ses macabres auteurs s’intéresseront à d’autres disciplines académiques.
Que faut-il faire pour éviter dans notre pays l’irréparable ?
Premièrement que les forces de police et les autorités judiciaires ne prennent pas à la légère cet appel au meurtre, ce texte dit clairement qu’assassiner ces “hérétiques” est un acte pieux.
Deuxièmement qu’on reconnaisse, enfin, dans notre pays le mérite des gens qui travaillent non pas en les honorant et en les surprotégeant mais en leur offrant les moyens de communiquer avec le reste des citoyens. Est-il normal qu’un pays qui regorge d’autant de talents voie ses médias de masse, et surtout la télévision, bouder des Abdelmajid Charfi, Yadh Ben Achour, Sadok Belaïd, Neïla Sellini, Youssef Seddik, Hamadi Rédissi, Abou Yareb Marzouki, Slim Laghmani, Fethi Ben Slama et la liste est encore longue !
Un pays qui a investi dans les ressources humaines et l’économie du savoir ne peut pas marginaliser, même par inadvertance, autant de matière grise. Cela, malheureusement, ne protégera pas ces personnes contre la folie fanatique, mais cela immunisera certainement notre jeunesse contre l’obscurantisme et les fléaux de l’ignorance. Il n’est nullement besoin, pour cela, d’instituer une immunité intellectuelle pour la pensée libre. Une pensée critique doit pouvoir être critiquée. Seulement ce débat, combien salutaire pour notre pays, doit se faire dans le respect des personnes et de la liberté intellectuelle de chacun.
Le fanatisme et l’ignorance ne se nourrissent que de l’ignorance. Encadrer ce débat, voilà une belle mission pour les grands médias tunisiens
Le temps est grave.
Il ne faut plus perdre de temps.
Quant à nous à Réalités nous assumerons pleinement nos responsabilités dans la lutte contre ce nihilisme destructeur assoiffé de sang et ennemi de la liberté.
Source : Réalités du 21 mai 2009.
jeudi 21 mai 2009
Élections législatives au Koweït : 4 femmes au Parlement et une défaite historique pour les islamistes

Malgré toutes les critiques formulées contre l’expérience démocratique Koweïtienne (un émir qui règne et gouverne le pays avec les membres de sa famille en présence d’un parlement démocratiquement élu et d’un gouvernement présidé par un membre de la famille royale dans un Etat fortement ethnique), il est incontestable que ce que vient de connaître ce petit (mais riche) émirat du golfe est simplement historique. En effet, deux événements majeurs donnent aux élections législatives koweïtiennes du dimanche 17 mai un aspect exceptionnel :
I- Pour la première fois dans l’histoire de cet émirat (qui s’est doté depuis 1963 d’un parlement mais n’a autorisé les femmes à voter et a être éligibles qu’en 2005), 4 femmes de tendance libérale sont élues dans un pays connu fortement pour son conservatisme.
II- Pour la première fois dans l’histoire, non seulement de l’émirat mais aussi et surtout de tout le monde arabe, les deux tendances islamistes (salafistes et frères musulmans) perdent du terrain avec un recul de plus de 50 % (de 7 sièges elles n’ont gardés que 3).
▪▪▪
Le deuxième événement est à mon sens le plus important mais n’a pas été assez analysé par les différents médias et en particulier ceux arabes (qui pourtant avaient consacrés de larges développements et une couverture spéciale aux élections koweitienne en focalisent leur intérêt sur l’entrée des femmes au Parlement).
Or, au delà de porté symbolique de l’accès de la femme au parlement au Koweït, la défaite inattendue des islamistes mérite qu’on lui accorde un peu plus d’attention surtout qu’il semblerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un recul à imputer à certaines difficultés passagères du camp islamiste mais bien au contraire d’une défaite causée par un dysfonctionnement structurel de la machine islamiste. Plusieurs arguments peuvent être cités à cet égard :
1- les deux tendances islamistes ont connu la défaite :
*Les Frères musulmans passent de 3 députés à un seul.
*Les salafistes passent de quatre députés à deux seulement.
Ce qui pourrait indiquer un mécontentement de la population non envers une entité particulière mais plutôt envers un courant d’idée, à savoir celui islamiste.
2 - Pensant avoir toujours le poids qui été le leur il y a quelques mois -et dans la crainte de voir la femme accéder au Parlement-, les salafistes avaient émis quelques jours seulement avant les élections une fatwa dans laquelle ils interdisaient aux électeurs de voter pour les femmes (car la présence des femmes dans le parlement serait contraire aux préceptes de la sharia). Or les électeurs ont fortement sanctionnés cette prise de position en votant non pour une seule femme mais pour quatre candidates (sur un total de 15).
3- Parmi les quartes gagnantes, certaines ont même remportés les élections faces à des personnalités islamistes très célèbres dans le pays !
4- Craignant la perte des élections, plusieurs candidats islamistes se sont portés comme candidats indépendants (sans étiquette) alors même qu’ils font partie des groupes salafistes ou des Frères musulmans. Cette stratégie inédite n’a pourtant pas réussie à leur garantir la victoire.
▪▪▪
Tout cela, nous pousse à voir dans ce qui vient de se passer au Koweït (malgré la petite taille de son électorat avec ses 400 milles électeurs), les prémices d’un changement en cours qui s’il réussit dans ce pays pourra avoir une influence remarquable sur le reste du monde arabe. D’où la responsabilité qui pèse sur ce nouveau parlement Koweitien et en particulier sur ses membres libéraux, indépendants ainsi que sur les 4 femmes qui doivent tout faire afin de ne pas décevoir et afin de montrer que dans le monde arabe les affaires de l’Etat et des citoyens sont mieux gérées lorsqu’elles sont éloignées des influences religieuses.
vendredi 15 mai 2009
Réformes dans le Monde Arabe: Anthropologie de la peur
Certains arabes sont contre les réformes imposées de l’extérieur. Ils ont peur !
Paradoxalement, c’est la religion et la culture, dont les finalités sont la solidarité est la fraternité entre tous les hommes, qui se trouvent mobilisées et instrumentalisées au service de ce refus. Ces intellectuels arborent certains particularismes ethniques et culturels pour légitimer leur réticence vis à vis de toute tentative de rénovation et ainsi pour éterniser le statu quo. En réalité ce narcissisme des petites différences traduit leur peur du changement, leur angoisse d’être englouti par l’inconnu, par l’Autre qui risque de mettre en péril notre religion, notre morale, notre famille, notre ordre éternel des choses. La résistance au changement, le refus des réformes proviennent des pulsions archaïques, de l'instinct de survie dans sa forme élémentaire, l'instinct de durer éternellement, de demeurer tel, de ne pas changer, de ne pas vieillir, de ne pas mourir.
La propagande actuelle qui sévit aussi bien en Orient qu’en Occident et qui ‘‘satanise’’ l 'Autre procure une légitimité a ces pulsions inconscientes. Elle renie le réel dans sa totalité et dans son ambiguïté et le réduit à une confrontation Orient / Occident ou Nord /Sud. C’est en brandissant la haine de l’Autre que certains refusent des réformes politiques et sociales qui cristallisent pourtant les vœux les plus chers d’une partie non négligeable de leurs compatriotes. En effet, les thèses islamistes et nationalistes, ainsi que leurs discours mobilisateurs incantatoires, envoûtants de défense de l’identité, de préservation de la culture et de la religion, certes, séduisent, actuellement, les foules mais installent les peuples dans l’illusion de la certitude et non dans la véritable quête du savoir. Objectivement, leur véritable finalité est de raffermir les pouvoirs en places, de neutraliser le doute intérieur et de leur faire bénéficier du consensus. L’Histoire nous enseigne que tous les régimes oligarchiques recourent aux mêmes mythifications qui consistent à propager l’idée que sans l’action de nos ennemis traditionnels, l’impérialisme mondial et le sionisme international et leurs alliés qui complotent sans cesse contre nous, nous connaîtrions depuis longtemps l’âge d’or !
Dans ces conditions accepter des plans de réformes internationaux c’est reconnaître nos égarements passés, nos erreurs historiques, notre impuissance à réaliser des changements politiques et sociaux qui s’imposaient depuis longtemps. C’est admettre que nous sommes seuls responsables de notre léthargie et sans excuses. Cela brisera certainement plusieurs illusions.
▪▪▪
Actuellement, cet occident mécréant est aujourd’hui l’ennemi rêvé. Dans la morosité de notre vie idéologique, il constitue un ferment des plus féconds. Ses thèses nous sont une source intarissable d’inspiration, elles deviennent le moteur de notre vie intellectuelle. En terre arabe, la vie de l’esprit se résume souvent à un vaste parasitisme idéologique qui tire sa nourriture de corps de ses ennemis extérieurs et intérieurs. En effet, excepté ces batailles intellectuelles contre «les ingérences étrangères» qui veulent nous imposer «leurs» réformes, «leurs» démocratie et «leurs»» droits de l’homme, à tous les niveaux règne le meilleur des mondes. Dans chaque pays arabe domine la parole unique. Chaque jour, des voix monotones, à la radio et à la télévision, déferlent, sans trêves, les chiffres de la production, les pourcentages, des statistiques expliquant les performances réalisées. On nous explique systématiquement que la production des pommes de terre progresse, qu’il y a des fruits dans les marchés, qu’on construit des routes, qu’on bâtit des maisons, que les enfants vont à l’école. Comme si dans le monde actuel, à l’aube du troisième millénaire, cela tenait au miracle. Comme s’il fallait pour ce la bénir chaque matin notre bonne étoile qui nous a permis d’être citoyen de ce pays arabe. Comme si on veut nous donner l’impression que ce bien être n’a commencé qu’avec l’avènement des pouvoirs en place ! En outre, en terre arabe, et comme l’a déjà remarqué le penseur Guy Debord, règne le spectaculaire concentré. On rassemble, à l’extrême, sur un seul homme, tout l’admirable étatiquement garanti, indiscutable, qu’il s’agit d’applaudir et de consommer passivement. Là où le sous-développement du marché mondial ne permet pas l’abondance et la réalisation de soi par le consumérisme, on ramène la consommation au pur regard. L’image du pouvoir, dans lequel ce regard doit trouver tout son bonheur, est omniprésente. Elle remplit les aéroports et les salles de classes, les villes et les campagnes! Le leader cristallise toutes les qualités socialement reconnues. Il est penseur, philosophe, athlète, génial conducteur des peuples! Ses discours sont disséqués durant des mois dans la presse locale qui y puise des originalités insoupçonnables. Sa pensé est conceptualisé par des intellectuels dans des livres et des encyclopédies.
Une armée de courtisans, de «fonctionnaires de la Vérité», peine sans répit à consolider cette parole unique. Un arsenal de surveillance, de quadrillage traque toute parole dissidente, autonome, non autorisée. On contrôle les informations, on filtre les journaux étrangers, on masque les sites électroniques. La moindre allusion est suspecte. Cela peut nous étonner et nous paraître excessif. Néanmoins, en terre arabe, nous sommes les seuls à savoir à quel point cela porte à conséquence !
Les plans occidentaux de réforme visent à mettre un terme à cette confiscation de la parole. Leur objectif est l’instauration de la liberté de pensée et d’expression.
Les adversaires de réformes le savent précisément. Peuvent-ils faire le deuil de cette parole unique et autoriser un partage citoyen de la parole ? Rien n’est moins sûr ! Un partage démocratique qui vise à prendre en compte la parole émise par chaque citoyen et qui fera le socle de la justice et de la démocratie sapera leurs privilèges symboliques et matériels. Dans ces conditions, un appui étranger s’avère indispensable pour l’accélération de l’Histoire.
_______________
* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
jeudi 19 mars 2009
L’autre extrémisme

Mon troisième et dernier post relatif au colloque « droit, pouvoir et religion » ne sera pas consacré aux différentes communications présentées dans cette rencontre mais plutôt aux débats parallèles que j’ai pu avoir avec beaucoup de mes amis étudiants (en majorité étudiantes et étudiants de la faculté des Sciences juridiques, politiques et Sociales de Tunis) et qui m’ont permis d’apprendre beaucoup de choses et surtout de découvrir de plus près certaines tendances que je considérais minoritaires, mais qui semblent avoir plus d’importance que ce que je pensais.
Au cours des différents repas et du diner qui nous ont été offerts par les organisateurs du colloque, j’ai eu le plaisir de participer à de passionnants débats sur des questions en relation plus ou moins directe avec le sujet du colloque. Ainsi, on a discuté des rapports hommes-femmes dans les sociétés arabo-musulmanes (et plus précisément en Tunisie), de la place de la religion dans l’Etat, des droits des femmes (en réactions à la fameuse affaire de rupture du mariage en France pour « erreur sur les qualités essentielle de la mariée » a savoir le fait qu’elle n’était pas vierge au moment du mariage), du port du voile… et ce qui a attiré mon attention au cours de ces discussions fut le degré d’intolérance que j’ai pu relever. Intolérance pas dans le sens qu’on croit tous mais bien au contraire ; la majorité de ceux avec qui j’ai eu le plaisir de discuter avaient des positions très fermes sur la religion. J’ai senti de leur part une véritable suspicion (pour ne pas dire haine) de la religion. Ainsi, aucun poids n’est accordé a cette dernière, tout ce qu’elle peut représenter n’est autre qu’un ensemble de « traditions culturelles ». Aucune différence n’est faite entre les islamistes et « les autres ». Pire, il y avait certains qui témoignaient d’un refus catégorique de toute discussion avec des gens qui utiliseraient un discours religieux !
Ce genre de prise de position est dangereux. Je le dis parce qu’il me semble qu’on est face à un extrémisme qui ne dit pas son nom. Il n’y a pas que les tenants du discours islamistes qui peuvent avoir un comportement et des envies d’exclusions pour tous ceux qui ne sont pas d’accords avec eux, il y a aussi ce courant là. Or, le malheur c’est qu’une société ne peut pas continuer à vivre dans la paix si jamais ces deux courants deviennent majoritaires. Nous avons besoin de plus d’objectivité, de moins de crispation, d’accepter l’autre avec ses différences, de ne pas permettre que l’on nous viole nos droits mais de ne pas encourager qu’on viole les droits des autres.
Je pensais que ceux qui n’avaient pas qu’une culture exclusivement religieuse étaient beaucoup plus tolérants. Je continue à le penser (ou du moins à l’espérer) et à souhaiter que l’intolérance que j’ai cru apercevoir dans ces différentes discussions ne soit que trop minoritaire dans nos sociétés. Nous avons déjà un extrémisme à combattre : c’est celui islamiste. Et pour le moment nous n’avons ni les forces ni l’envie de combattre un autre extrémisme. Mais on doit au moins avoir le courage de dire que cet extrémisme existe et que nous refusons toute sorte d’extrémistes.
Sur ce sujet, voir aussi :
lundi 16 mars 2009
C'est quoi une religion ?
A cette question, notre Doyen donnera la réponse suivante : une religion c’est l’addition d’un ensemble d’éléments : une communauté + un dogme + une transcendance + un rituel + une finalité (l’au-delà).
Mais selon Mr Belaid, ce qui importe ce n’est pas la religion telle qu’il définit mais la relation de cette dernière avec le droit et le pouvoir. Dans ce sens, en supposant l’existence de liens entre ces trois entités, la religion se transforme en une idéologie de pouvoir.
La religion telle que nous la connaissons aujourd’hui est elle à l’état pure (sans aucune relation avec le pouvoir ou le droit) ou bien s’est elle effectivement transformée en un phénomène politique à partir du moment où elle est entrée en concurrence avec le droit et le pouvoir afin d’asseoir sa notoriété ?
C’est cette question, en d’autres termes, qui fut posée par la professeure Sana Ben Achour lors des débats au cours du colloque. En se limitant à l’exemple de l’islam, Mme Ben Achour avait posé une question sur le moment historique de ce qu’elle a appelé la crispation entre droit, pouvoir et religion : quant est ce que ces trois entités sont elles devenues concurrentes ou même antagoniques ?
Nous trouverons les réponses à toutes ces questions dans la brillante communication du professeur Mohamed Haddad qui nous a présenté -entre autres choses- sous le titre « Pour une critique de la raison juridique dans la pensée islamique » l’évolution du rôle des fouquahas en islam qui se trouverait à l’origine de la création de cette crispation entre religion, pouvoir et droit et qui a fait que l’islam pur a laissé sa place à un islam idéologie de pouvoir.
Selon Mr Haddad, au départ, le travail du Faqih se limitait à l’explication du texte (coranique) et la grammaire du discours. Mais à partir de la constitution des cités dans l’empire islamique, le pouvoir en place avait besoin de personnes pour juger les problèmes sociaux : ce fut alors la création de l’institution de khada (justice) qui sera très vite laissée aux fouquaha qui n’appliqueront dans leurs jugements que ce qu’ils connaissent par cœur : le texte coranique. Se posera très rapidement alors le problème des questions qui ne trouvent pas de réponses dans le Coran. La solution qui sera proposée s’appelle « le raisonnement par analogie » qui n’admet pas la rupture et qui considère qu’il existe toujours un cas auquel il faut se référer. Or, ce raisonnement qui ne permet pas de distinguer le moderne de l’ancien et qui n’accepte aucune évolution est selon Mr Haddad la cause de la crispation entre religion, pouvoir et droit.
Cette crispation sera développé au fur et à mesure du développement et de l’extension du religieux et ce jusqu’à nos jours où les fouquahas continuent à vouloir voir la religion s’appliquer à tous les aspects de la vie du croyant. Un but qu’ils poursuivent depuis les mosquées où ils prêchent hebdomadairement devant des millions de croyants jusqu’aux chaînes de télévisions religieuses inspirées des évangélistes.
Que faut-il faire alors ?
Deux solutions sont proposées ; l’une par le professeur Haddad et l’autre par le professeur Hamadi Redissi. Pour ce qui est de Mr Haddad, il demande aux juristes de réagir face aux imams de toute part et ce en travaillant sur la vulgarisation des termes juridiques et en se réappropriant le Droit confisqué par ces cheikhs (Une entreprise qui s’avère difficile selon les dires même du professeur car si un juriste fait une conférence pour quelques dizaines d’intéressés, des milliers d’imams font des milliers de prêches hebdomadaire pour des millions de croyants…).
La deuxième solution est un peu plus radicale et elle est proposée par le professeur Hamadi Redissi qui ne trouve d’issue que dans la sécularisation de la société, considérant que « la sécularisation est une décontamination de ce qui a été contaminé par le sacré ».
Voir aussi sur ce sujet : droit, pouvoir et religion
vendredi 13 mars 2009
Droit, pouvoir et religion

J’ai eu le grand plaisir d'assister au colloque « Droit, pouvoir et religion » organisé à Gammarth par l’association tunisienne de droit constitutionnel. Durant 3 jours, du 5 au 7 mars dernier, j’ai beaucoup appris non seulement des différentes communications présentées par d’imminents spécialistes mais aussi des rencontres parallèles faites à l’occasion de ce colloque avec plusieurs personnes et en particulier plusieurs étudiants tunisiens.
« Dire que l’islam est une religion qui régit toute la vie du musulman est une idée moderne »
Parmi les premières communications qui ont retenu mon attention, il y avait celle de M. Zied Krichen, rédacteur en chef de la revue Réalités, connu pour son opposition farouche (sur les colonnes de son journal) aux mouvances islamistes et qui, sous le titre « Le fondement du pouvoir dans le discours de l’islam, approche historique » nous a présenté une description des deux thèses existantes actuellement en terre d’islam : celle qui s’oppose à toute séparation entre la religion et l’Etat et qui milite pour que le spirituel gouverne le temporel, tout le temporel. Et la deuxième, nettement minoritaire, développée par Ali Abd Razek et qui proclame que le temporel et le religieux sont deux choses totalement séparées. Mais ce n’est pas cette description de la séparation qui est intéressante dans les propos de M. Krichen mais plutôt le fait qu’il considère la première thèse (celle de la séparation) comme une idée moderne dans le sens ou elle n’existait pas du temps du Prophète. Pour le conférencier « dire que l’islam est une religion qui régit toute la vie est une idée moderne ». Afin de prouver cette thèse, il nous rappelle que la compilation du Coran, qui n’est intervenue que très longtemps après la mort de Mohammed, a radicalement changé la perception des musulmans d’eux-mêmes : l’islam « primitif » (celui du Prophète) n’a rien à voir avec l’islam du IIème et IIIème siècle après l’Hégire. Avant ces dates, l’islam ne prétendait pas régir toute la vie des musulmans, il n’y avait que des fragments d’islam ici et la et tout le monde ne connaissait pas le Coran. Mais la donne changera dès que la politique se saisira de la question : compilation du Coran, reconnaissance d’une seule version du Coran, compilation de la Sunna, sacralisation de la Sunna … Ainsi l’islam primitif a disparu laissant la place à un islam moderne conçu en grande partie par les fouquahas.
Conclusion : l’islam auquel les islamistes d’aujourd’hui nous invitent à revenir n’est pas l’islam du Prophète mais celui que les fouquahas ont élaborés des siècles après la mort de ce dernier ; un islam qui réglemente toute la vie du musulman de A jusqu’à Z et ne lui laisse aucun libre choix et aucun arbitrage à faire.




