vendredi 20 novembre 2009
Révolution au Maroc (2) : L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle

La culpabilité [provoquée par la perte de la virginité] est entretenue par une inquiétude sous-jacente, celle de ne pas trouver le mari suffisamment ouvert d’esprit pour épouser une non-vierge. Il est vrai que beaucoup d’hommes, mêmes parmi ceux qui se disent « modernes », préfèrent convoler avec une pucelle. En réalité, le regard que portent les Marocains sur les filles déflorées comporte un curieux paradoxe.
Selon l’impératif de virginité, beaucoup affichent une incontestable ouverture d’esprit. De plus en plus d’hommes admettent qu’il est injuste de demander aux filles de rester vierges, alors que la réciproque ne s’applique pas à eux. Mais ceux-là sont encore loin de constituer la majorité.
Faute de statistiques précises, l’âge des premiers rapports est difficile à estimer, et se situerait dans une fourchette de 18 à 25 ans pour les garçons. En outre, près de 40 % d’entre eux ont perdu leur pucelage auprès d’une professionnelle, la prostitution étant l’un des modes privilégié d’initiation à la sexualité. Pour les jeunes gens issus de milieux favorisés, les choses sont simples puisque, possédant voiture et argent tout en étant grands consommateurs de loisirs, ils peuvent multiplier les expériences. Mais la grande majorité des Marocains vit dans la frustration. Pouvant difficilement aller au-delà du flirt, leur vie sexuelle se limite le plus souvent aux plaisirs solitaires ou à la sexualité virtuelle par internet.
Pour les filles, c’est encore plus compliqué… La famille, évidemment, reste le premier
frein à une sexualité féminine préconjugale épanouie. Rares sont celles qui osent vivre seules, même si elles sont financièrement autonomes. La pression de la famille et du « qu’en-dira-t-on » demeure forte, tous milieux sociaux confondus et quel que soit l’âge de la jeune femme. Reste qu’il est indéniable que les comportements sont en train d’évoluer en profondeur, car la nouvelle génération subit la modernité de plein fouet : l’évolution des mœurs fait que celles qui attendent le mariage pour passer à l’acte sont de moins en moins nombreuses. D’un point de vue sociologique, les raisons sont simples : montée du célibat et recul de l’âge du mariage (28 ans en moyenne pour les femmes, 31 ans pour les hommes), mixité inévitable à l’université, au travail, ou dans les lieux publics.
Dès lors pour les jeunes femmes des classes moyennes urbaines, la virginité n’est plus seulement une tradition « dépassée », elle est désormais perçue comme difficilement compatible avec la nouvelle réalité sociale. Non pas que les filles « couchent » plus facilement, parce qu’elles ont pris conscience de leur droit à une vie sexuelle aussi libre que celle des hommes, mais l’impératif traditionnel de virginité (préserver sa « pureté » pour le futur mari) est d’autant moins justifié qu’elles n’ont plus besoin d’un époux pour s’affranchir de leurs parents et devenir autonomes. Elles se sont émancipées, travaillent, gagnent leur vie, dans ces conditions, rien ne presse pour se marier.
L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle (encore relative) qui encourage les Marocaines à oser exprimer leurs désirs et à revendiquer le droit au plaisir. Pour Selma, la perte de virginité à été un choix totalement assumé, motivé par l’envie de vivre pleinement sa sexualité. « On se fréquentait depuis plusieurs années. Notre relation était sérieuse. La chose s’est faite naturellement », explique-t-elle. Meryem, l’amie d’enfance de Selma, aborde pour sa part la sexualité avec beaucoup moins de sérénité : âgée de 30 ans, elle est célibataire et encore vierge. « Je fais un blocage vis-à-vis de l’acte sexuel, et j’en souffre car je n’arrive pas à le dépasser. Mes copines me prennent pour une extraterrestre ! », précise-t-elle.
Un changement d’attitude qui soulève la perplexité chez les hommes. Certains s’en trouvent même totalement déboussolés. « Ma copine m’a plaqué parce que, soi-disant, j’étais égoïste au lit et ne recherchais que mon propre plaisir », avoue avec dépit Nasser, la trentaine. Dans les lieux branchés de Casablanca, Marrakech ou Tanger, la gent masculine ne s’étonne plus d’être ouvertement abordée par des jeunes filles très délurées. Amine, un casablancais de 36 ans, a lui aussi essuyé quelques affronts : « Un soir, une fille m’a dragué en discothèque puis invité à boire un verre chez elle. Aussitôt après avoir pris son pied, elle m’a carrément mis à la porte sans ménagement. Etre libérée, c’est bien, mais là, elle l’était un peu trop ! » Des filles « qui couchent », il en a vu, mais aucune n’avait assumé sa sexualité avec si peu d’inhibition.
Affirmer pour autant que les jeunes filles d’aujourd’hui sont sexuellement beaucoup
plus libres serait bien sur une généralisation abusive. Le phénomène touche une catégorie bien spécifique : ce sont des jeunes femmes qui vivent en milieu urbain, qui sont actives et relativement aisées. Soit une infime minorité des quelques 15 millions de femmes que compte le Royaume, et dont la mentalité autant que le mode de vie se situe aux antipodes du Maroc profond.
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
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Lire aussi sur Islamiqua :
►Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
dimanche 15 novembre 2009
Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
« 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage ». Ce chiffre révélé par une enquête de l’Economiste il y a quelques mois a fait l’effet d’une bombe au Maroc et permet a certains d’affirmer que le Royaume Chérifien se dirige à grands pas vers… la fin de la virginité.
Islamiqua ouvre à nouveau le dossier des rapports sexuels avant le mariage avec un état des lieux sur la question au Maroc.
Le Mythe de virginité
« Ca veut dire quoi, la virginité ? Si ça signifie n’avoir jamais couché avec un homme, alors aucune Marocaine n’est vierge », s’insurge Sophia, 27 ans, cadre supérieur à Rabat. Car on peut avoir une vie sexuelle des plus débridées sans perdre pour autant sa virginité. En effet, derrière ce paradoxe apparent, se dissimulent des pratiques permettant de préserver l’hymen. Nombreuses sont les jeunes Marocaines qui offrent à leur corps tous les plaisirs… Tout est envisageable, pourvu que le sacro-saint hymen soit préservé.
« Le corps peut-être vierge, mais l’âme, elle, est irréversiblement déflorée ! »,
affirme Hind, 25 ans, sur un forum de discussion Internet. Selon elle, « une fille qui n’est plus vierge et qui assume cet état de fait vaut bien mieux qu’une fille qui a déjà eu des rapports sexuels tout en prétendant être chaste ». Certes, mais il faut un sacré courage pour parvenir à s’extraire des carcans culturels et religieux, dépasser les conservatismes et s’affranchir de l’hypocrisie qui règne au sein de la société marocaine, toutes générations et tous milieux confondus.
La jeunesse marocaine est soumise à des influences contradictoires –occidentales et orientales- et nage donc en pleine confusion identitaire. Si les mœurs sont devenues moins rigides, le poids des traditions est néanmoins bien vivace et la sexualité reste à bien des égards un sujet tabou. On constate un hiatus entre les comportements de transgression d’un interdit et un discours qui demeure conservateur.
Selon une enquête de l’Economiste, 62 % des jeunes Marocaines considèrent « compliqué » d’avoir un flirt, jugeant que les principaux obstacles sont la famille (43 %) et le voisinage (23 %). Compliqué, mais pas impossible. Le faire, donc, mais discrètement. Selon la même enquête, 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, alors qu’une proportion voisine de filles affirme… le contraire ! Ces chiffres sont révélateurs du malaise qui règne au sein de la société.
Une écrasante majorité de Marocains, les deux sexes confondus, estime que la virginité jusqu’au mariage est une règle à respecter. Chez les musulmans, comme chez les chrétiens et les juifs, les rapports sexuels hors mariage sont traditionnellement proscrits, mais l’attachement à la chasteté est beaucoup plus fort en Islam que dans les autres religions monothéistes.
Cet attachement est conforté par l’idée que la membrane intacte est un gage de piété et que, une fois au paradis, les hommes musulmans, seront récompensés selon une tradition qui leur promet à chacun 99 pucelles dont l’hymen se reconstitue après chaque rapport. Ar ailleurs, penser que leur femme n’a jamais été possédée par un autre flatte tout simplement l’orgueil mâle. Portant, les hommes ne sont pas les seuls à blâmer. Car les femmes, qui ont parfaitement intériorisé le modèle traditionnel, sont les premières à entretenir le mythe de la virginité. Même celles qui ont enfreint cette règle, feignent en général de la respecter.
Contraintes de dissimuler leur passé sexuel à leur partenaire, elles trouvent des artifices pour faire croire que l’hymen est resté intact : de la goutte de sang prélevé sur un doigt, jusqu’au foie d’un oiseau dissimulé dans une petite bourse, en passant par l’hyménoplastie ou les certificats de virginité complaisamment délivrés par des médecins, l’éventail des subterfuges est vaste.
D’une génération à l’autre, les mères commencent à transmettre à leurs filles la liste des devoirs et des interdits dès la puberté. Conditionnées très jeunes par le discours maternel, enjointes à tout prix de garder intact leur hymen jusqu’au jour du mariage, l’impératif de virginité s’impose comme allant de soi.
En revanche, jamais une mère n’exigera une telle chose de son fils. Constat d’évidence : il existe une inégalité de traitement entre garçons et filles car, bien que la virginité jusqu’au mariage est théoriquement obligatoire pour les deux sexes, elle ne s’impose en réalité qu’au sexe dit « faible » dans les pays arabo-musulmans. Dans l’inconscient collectif, la femme déflorée est considérée comme une dévergondée, tandis que l’homme, lui, est valorisé à l’aune de son activité sexuelle. Par contre, celui qui n’a pas d’expérience dans ce domaine voit peser sur lui le soupçon d’homosexualité ou d’impuissance. Certaines jeunes femmes assument meur vie sexuelle sans complexe, tandis que d’autres se débattent avec leur culpabilité. Celles qui franchissent le pas gardent généralement un souvenir marquant de « la première fois ». C’est le cas de Rita, publicitaire de 27 ans. « J’ai été traumatisée. Je n’arrivais pas à dépasser mon angoisse par rapport à l’éducation que j’ai reçue ».
A suivre …
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
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Lire aussi sur Islamiqua :
lundi 19 octobre 2009
Les tunisiens prêts à donner plus de droits aux femmes
D’après un sondage Islamiqua effectué entre septembre et octobre 2009, les tunisiens seraient disposés à accorder beaucoup plus de droits aux femmes. En effet, pour ce sondage, nous avons reposés la question qui a été posée au Marocains il y a quelques semaines pour un sondage Le Monde Telquel.
D’après les chiffres publiés par Le Monde, 16 % des marocains considèrent que la Moudawana (code de la famille) « doit évoluer pour donner encore plus de droits aux femmes » alors qu’ils sont … 76 % à souhaiter que le Code du statut personnel tunisien accorde plus de droits aux femmes.
Avis aux candidats aux prochaines élections présidentielle et législative en Tunisie.
Ci-dessous les résultats complets des deux sondages qui ne donnent évidemment qu’une idée sur les tendances existantes dans les deux pays du Maghreb.

mercredi 9 septembre 2009
Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?
Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.
Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.
Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.
En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.
Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »
Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.
Demain : menaces sur le CSP tunisien ?
lundi 7 septembre 2009
Abdelaziz Rabbah : « la politique doit être séparée de la prédication religieuse »

Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».
Extraits…
Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?
Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...
Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?
D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.
Aucune arrière-pensée politique ?
Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.
Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?
C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.
Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?
Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…
Quel était votre favori en Iran ?
Mir Hossein Moussavi.
Avez-vous un modèle?
Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »
Que pensez-vous de la laïcité ?
Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.
Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?
Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.
Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.
samedi 30 mai 2009
Abdelamjid Charfi, Nietzsche du monde musulman !
Abdelmajid Charfi (sa personne comme sa pensée) aura droit de la part de Talbi à tout un chapitre –le moins que l’on puisse dire- pamphlétaire, intitulé « Abdelmajid Charfi et la théorisation systématique de la dé-islamisation voilée », où l’auteur tentera d’une part de déconstruire (ou détruire) l’ensemble des idées du penseur tunisien et d’autre part de le faire sortir de la communauté des croyants.
Ainsi, le chapitre commence par une réfutation de l’auteur de voir le qualificatif de « penseur musulman » accordé à Abdelmajid Charfi, suivra une critique des positions de Charfi sur le Coran et le Prophète et une riposte rigoureuse aux théories du penseur sur les pratiques et obligations religieuses en islam.
Charfi, Nietzsche de l’islam
Ma plus grande surprise à la lecture de l’ouvrage du professeur Talbi fut la découverte du nombre de jugements subjectifs que l’auteur réserve à Abdelmajid Charfi « qu’on ne peut considérer comme penseur musulman… car il n’est pas du tout penseur musulman au sens Coranique du terme…Il sait très bien [A. Charfi] qu’il ne fait pas partie de ceux décrits par Allah comme croyants et musulmans » (p. 43-44)
[ " ... لا مناص لنا من أن نعتبره [ع.م.الشرفي] منظر الفكر الإنسلاخسلامي، لا مفكرا مسلما، كما يقدم نفسه وهما أو توهيما، ويقدمه المغربي رشيد بن زين ... فهو إطلاقا ليس مفكرا مسلما بالمفهوم القرآني للعبارة ... فهو يعلم جيدا أنه لا يدخل ضمن من يصفهم الله بالإيمان والإسلام..."(ص 43- 44 ) ]
Tout au long du chapitre qui lui est réservé, (A) Charfi est traité de tout : dé-islamisé, non-croyant, apostat, et même… ennemi de la religion.
Voici comment Talbi le qualifie dans certains passages de son livre :
●« Celui qui ne prie pas et dénigre la prière et qu’on ne voit pas dans nos rangs sur ‘‘le droit chemin’’ [expression coranique] n’est point des nôtres… Il est libre et respecté dans tout ce qu’il dit, mais il n’a pas à apprendre aux pratiquants leur religion et il ferait mieux au moins de ne pas revendiquer le titre de penseur musulman même s’il occupe la chaire de la pensée islamique [à l’université de Tunis I]. » (p.45)
[ " أما الذي لا يصلي وينكر الصلاة، ولا نشاهده في صفوفنا على "الصراط المستقيم"، ليس منا ولسنا منه ... فهو حر محترم في كل أقواله وأفعاله، غير أنه ليس له أن يعلّم المصلين دينهم، والأفضل على الأقل ألا يدعي أنه مفكّر مسلم، وإن شغل كرسي الفكر الإسلامي. " (ص 45) ]
● « Aucune place n’est réservée dans le livre de (A). Charfi [‘‘L’islam entre le message et l’histoire’’] à l’au-delà : l’islam auquel il appelle est un islam sans au-delà. L’au-delà est absent de son livre … et cela suffit pour faire sortir l’auteur du cercle islamique. » (p.70)
[ " ولا حديث في كتاب ع.م.الشرفي عن الآخرة : الإسلام الدي ينظر إليه، إسلام بدون آخرة. الآخرة غائبة في كتابه، لا لها ولا عليها، وهذا يكفي ليخرجه من الدائرة الإسلامية " (ص 70) ]
● « Nietzsche (1844-1900) a tué le dieu du christianisme est a grand ouvert la porte au détachement de sa pratique. De même (A) Charfi a visé l’assassinat théorique du dieu de l’islam. Il a voulu être en toute conscience le Nietzsche de l’islam… » (p.84)
[ " لقد قتل نيتش (1844-1900) إله المسيحية وفتح واسعا باب الإنسلاخ عنها فتحا منهجيا. وكذلك ع.م.الشرفي استهدف قتل إله الإسلام قتلا تنظيريا حسبه حاسما ومنهجيا, فهو عن قصد أراد أن يكون Nietzsche الإسلام، وما أحسبه إلا أنه بهدا التشبيه مبتهج وفخور، ليصالح، بنفس الأسلوب، من يسميه مسلما تدليسا، مع العصر والحداثة جدريا لا تنميقا، عن طريق التنظير المنهجي للإنسلاخ من الإسلام، وبهذا الإنسلاخ يندمج الإنسلاخسلامي مع أبناء جنسه، في كنف الحرية الذاتية، والمسؤولية الفردية، والتضامن الخلاق بدون تقيد بأيّ دين مهما كان نوعه. " (ص 84) ]
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Après ce dénigrement systématique de Charfi, M. Talbi inflige le même jugement à tous ceux qui « se retrouvent » dans le musulman décrit par Charfi. Ainsi, « ceux qui s’y retrouvent dans le livre ‘‘L’islam entre le Message et l’histoire’’ ne font pas partie des croyants… » (p.93)
[ " إن اللذين يجدون أنفسهم في كتاب "الإسلام بين الرسالة والتاريخ" ليسوا من المؤمنين : فهم لا يؤمنون بيوم الدين، ولا ينتظرونه ولا يخشونه، ولا يؤمنون بملك يوم الدين ولايترقبون لقاءه، وحسابه وجزاءه وعقابه، ولا يولّون وجوههم الى الذي إياه نعبد وإياه نستعين. " (ص 93) ]
Avec Talbi, tout le monde a pour son grade : de Abdelmajid Charfi jusqu’au pauvre musulman lecteur des ouvrages de ce dernier et qui s’y serait retrouvé dans les explications et les arguments du professeur !
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Après tout cela, on est tous tenté de savoir la raison qui se cache derrière toute cette haine ?
Je pèse bien mes mots, ce qui se dégage des innombrables insultes à M. (A) Charfi n’est autre que haine. Et même si je suis très heureux de constater que M. Charfi n’a pas choisi d’intenter un procès en diffamation contre M. Talbi, cela n’empêche de dire que ce que ce dernier a écrit dépasse largement le cadre de l’analyse scientifique et de la confrontation des arguments.
Que reproche au juste M. Talbi à son collègue tunisien ?
Les reproches qui lui sont faites tournent autour de trois axes : ses points de vue sur le Coran et le Prophète, ses ‘‘amitiés’’ avec les orientalistes et son accord avec leurs prises de positions, ainsi que ses positions sur les obligations (pratiques) religieuses comme la prière ou le jeûne.
Talbi nous révèle que « ce qui l’oblige » à écrire ce livre n’est autre que le devoir de « démasquer » les dé-islamisés et à leur tête (A) Charfi qui ne fait que suivre les conclusions de ses maitres orientalistes, pour lequel l’islam n’est pas unique mais multiple, pour lequel le Coran est une simple compilation de principes et de valeurs remplie d’histoires mythiques écrites au temps des compagnons du prophète (et influencées par ces derniers) et qu’il faudrait en fin de compte abandonner parce que l’homme qui est arrivé à l’âge adulte avec ‘‘le sceau de la prophétie’’ n’a plus besoin de préceptes écrits il y a plus de 1400 ans pour le guider dans sa vie et ses actions, pour lequel le Prophète n’est autre qu’une personne influencée par la sorcellerie et les histoires mythiques de son époque et qui est venue annoncer à l’humanité son entrée définitive et irrévocable dans l’âge adulte où elle n’a plus besoin de guide ou de règles célestes et partant l’homme n’est plus dans l’obligation d’observer les pratiques religieuses qui n’auraient plus de sens aujourd’hui.
C’est ainsi que Mohammed Talbi présente l’ensemble des thèses défendues par Abdelmajid Charfi. De manière caricaturale et déformée souvent, de façon juste et équilibrée quelques fois, Talbi –par les insultes et les injures auxquelles il a recourt- n’arrive pas à nous convaincre de l’exactitude des reproches qu’il fait à son homologue tunisien. Il parvient juste à nous faire regretter les dérives qu’un savant comme lui peut commettre malgré toute son érudition.
A suivre ...
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* Traduction personnelle de l’arabe au français.
** C’est nous qui soulignions.
Sur ce même sujet lire aussi sur Islamiqua :
- La définition du musulman et du dé-islamisé selon Mohammed Talbi
- Lecture dans le « testament » de Mohammed Talbi
- Talbi, libre penseur de l’islam
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)
vendredi 15 mai 2009
Réformes dans le Monde Arabe: Anthropologie de la peur
Certains arabes sont contre les réformes imposées de l’extérieur. Ils ont peur !
Paradoxalement, c’est la religion et la culture, dont les finalités sont la solidarité est la fraternité entre tous les hommes, qui se trouvent mobilisées et instrumentalisées au service de ce refus. Ces intellectuels arborent certains particularismes ethniques et culturels pour légitimer leur réticence vis à vis de toute tentative de rénovation et ainsi pour éterniser le statu quo. En réalité ce narcissisme des petites différences traduit leur peur du changement, leur angoisse d’être englouti par l’inconnu, par l’Autre qui risque de mettre en péril notre religion, notre morale, notre famille, notre ordre éternel des choses. La résistance au changement, le refus des réformes proviennent des pulsions archaïques, de l'instinct de survie dans sa forme élémentaire, l'instinct de durer éternellement, de demeurer tel, de ne pas changer, de ne pas vieillir, de ne pas mourir.
La propagande actuelle qui sévit aussi bien en Orient qu’en Occident et qui ‘‘satanise’’ l 'Autre procure une légitimité a ces pulsions inconscientes. Elle renie le réel dans sa totalité et dans son ambiguïté et le réduit à une confrontation Orient / Occident ou Nord /Sud. C’est en brandissant la haine de l’Autre que certains refusent des réformes politiques et sociales qui cristallisent pourtant les vœux les plus chers d’une partie non négligeable de leurs compatriotes. En effet, les thèses islamistes et nationalistes, ainsi que leurs discours mobilisateurs incantatoires, envoûtants de défense de l’identité, de préservation de la culture et de la religion, certes, séduisent, actuellement, les foules mais installent les peuples dans l’illusion de la certitude et non dans la véritable quête du savoir. Objectivement, leur véritable finalité est de raffermir les pouvoirs en places, de neutraliser le doute intérieur et de leur faire bénéficier du consensus. L’Histoire nous enseigne que tous les régimes oligarchiques recourent aux mêmes mythifications qui consistent à propager l’idée que sans l’action de nos ennemis traditionnels, l’impérialisme mondial et le sionisme international et leurs alliés qui complotent sans cesse contre nous, nous connaîtrions depuis longtemps l’âge d’or !
Dans ces conditions accepter des plans de réformes internationaux c’est reconnaître nos égarements passés, nos erreurs historiques, notre impuissance à réaliser des changements politiques et sociaux qui s’imposaient depuis longtemps. C’est admettre que nous sommes seuls responsables de notre léthargie et sans excuses. Cela brisera certainement plusieurs illusions.
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Actuellement, cet occident mécréant est aujourd’hui l’ennemi rêvé. Dans la morosité de notre vie idéologique, il constitue un ferment des plus féconds. Ses thèses nous sont une source intarissable d’inspiration, elles deviennent le moteur de notre vie intellectuelle. En terre arabe, la vie de l’esprit se résume souvent à un vaste parasitisme idéologique qui tire sa nourriture de corps de ses ennemis extérieurs et intérieurs. En effet, excepté ces batailles intellectuelles contre «les ingérences étrangères» qui veulent nous imposer «leurs» réformes, «leurs» démocratie et «leurs»» droits de l’homme, à tous les niveaux règne le meilleur des mondes. Dans chaque pays arabe domine la parole unique. Chaque jour, des voix monotones, à la radio et à la télévision, déferlent, sans trêves, les chiffres de la production, les pourcentages, des statistiques expliquant les performances réalisées. On nous explique systématiquement que la production des pommes de terre progresse, qu’il y a des fruits dans les marchés, qu’on construit des routes, qu’on bâtit des maisons, que les enfants vont à l’école. Comme si dans le monde actuel, à l’aube du troisième millénaire, cela tenait au miracle. Comme s’il fallait pour ce la bénir chaque matin notre bonne étoile qui nous a permis d’être citoyen de ce pays arabe. Comme si on veut nous donner l’impression que ce bien être n’a commencé qu’avec l’avènement des pouvoirs en place ! En outre, en terre arabe, et comme l’a déjà remarqué le penseur Guy Debord, règne le spectaculaire concentré. On rassemble, à l’extrême, sur un seul homme, tout l’admirable étatiquement garanti, indiscutable, qu’il s’agit d’applaudir et de consommer passivement. Là où le sous-développement du marché mondial ne permet pas l’abondance et la réalisation de soi par le consumérisme, on ramène la consommation au pur regard. L’image du pouvoir, dans lequel ce regard doit trouver tout son bonheur, est omniprésente. Elle remplit les aéroports et les salles de classes, les villes et les campagnes! Le leader cristallise toutes les qualités socialement reconnues. Il est penseur, philosophe, athlète, génial conducteur des peuples! Ses discours sont disséqués durant des mois dans la presse locale qui y puise des originalités insoupçonnables. Sa pensé est conceptualisé par des intellectuels dans des livres et des encyclopédies.
Une armée de courtisans, de «fonctionnaires de la Vérité», peine sans répit à consolider cette parole unique. Un arsenal de surveillance, de quadrillage traque toute parole dissidente, autonome, non autorisée. On contrôle les informations, on filtre les journaux étrangers, on masque les sites électroniques. La moindre allusion est suspecte. Cela peut nous étonner et nous paraître excessif. Néanmoins, en terre arabe, nous sommes les seuls à savoir à quel point cela porte à conséquence !
Les plans occidentaux de réforme visent à mettre un terme à cette confiscation de la parole. Leur objectif est l’instauration de la liberté de pensée et d’expression.
Les adversaires de réformes le savent précisément. Peuvent-ils faire le deuil de cette parole unique et autoriser un partage citoyen de la parole ? Rien n’est moins sûr ! Un partage démocratique qui vise à prendre en compte la parole émise par chaque citoyen et qui fera le socle de la justice et de la démocratie sapera leurs privilèges symboliques et matériels. Dans ces conditions, un appui étranger s’avère indispensable pour l’accélération de l’Histoire.
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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
samedi 7 février 2009
Ridha Keffi : « Il faut traiter la question du voile avec moins de crispation »
Le journaliste tunisien Ridha Keffi, ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’expression, était très attendu au colloque avec une communication intitulé « voile islamique : soumission ou libération ? ».
Plusieurs participants sont venus spécialement afin d’écouter Ridha Keffi. Mais, contrairement à ce que le titre de sa communication aurait pu faire croire, M. Keffi ne répondra pas à la question : « Ce n’est pas ma mission » nous expliquera-il plus tard avant de poursuivre « mon travail de journaliste consiste à exposer les faits afin de susciter le débat et non de prendre part ou de soutenir une position contre une autre».
Avec une impeccable neutralité, M. Keffi a exposé la question en rappelant le retour cyclique du port du voile. « Ce retour est-il le signe du retour de l’islamisme politique ?», peut être oui et peut être non, mais dans l’absence d’étude scientifiques sur le sujet, la présomption d’innocence doit primer sur toute autre considération.
Rappelant qu’aujourd’hui « le voile est ‘‘un voile de séduction’’ : un moyen de mettre en valeur la beauté de la femme », « un voile qui montre plus qu’il ne cache », M. Keffi invite l’auditoire à traiter la question avec moins de crispation et plus d’objectivité soutenant que « le port du voile ne constitue pas nécessairement un handicap pour l’émancipation des femmes » et exprimant son désaccord avec l’idée selon laquelle une femme voilée est toujours « une femme endoctrinée et manipulée par les islamistes ».
Comme on s’y attendait, les propos de Ridha Keffi ont suscités plusieurs interventions dont celle de la professeure Mounia Ben Jmia, féministe tunisienne, qui exprimera son désaccord avec M. Keffi en affirmant que pour elle « le port du voile n’est pas une liberté individuelle » mais que c’est le signe de l’islamisation de la société, une société qui exerce une véritable « pression sociale sur les femmes pour qu’elles portent le voile » et ce à travers les chaînes religieuses où les porteurs du discours extrémiste règnent en maitres alors que « nos penseurs qui écrivent et expliquent depuis plusieurs dizaines d’années qu’on peut être musulman et moderne sont interdis de publication dans plusieurs pays arabes ».
Le débat est ouvert…
jeudi 5 février 2009
Les difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman
Au cours de la 3ème séance du colloque « le libéralisme et les nouvelles contraintes de l’action politique », le professeur Hatem M’rad, président du Département de Droit Public et de Science Politique et organisateur de l’événement, a retenu l’attention de l’auditoire avec les explications qu’il a avancé pour les difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman.
Quels sont les obstacles ?
4 obstacles majeurs sont à l’origine des difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman :
1- Un pouvoir historiquement omniprésent :
Ainsi, en remontant aux premiers moments de l’Etat islamique, M. M’rad considère que le pouvoir dans le monde arabo-musulman a connu trois temps : le premier, celui du Prophète et des 4 califes Bien guidés était caractérisé par la combinaison du religieux et du séculier. Une situation à laquelle il sera mis fin avec l’avènement de la dynastie Omeyade : désormais on passe à une monarchie et le pouvoir devient exclusivement séculier mais continu d’avoir un rôle omniprésent dans la société.
A ce deuxième temps se succédera un troisième qui verra le jour avec les vagues de décolonisations. Après l’indépendance, les pays arabo-musulmans mettront en place des régimes « néo-patrimoniaux » : même si l’Etat n’est plus le propriétaire du pays et de ses habitants, les titulaires du pouvoir continuent de disposer de vastes réseaux leur permettant de pénétrer aux sphères individuelles et publiques et de garder ainsi un pouvoir omniprésent.
2- La présence massive de l’islam :
M. M’rad considère que, dans le monde arabo-musulman, le temporel est toujours sous la tutelle du spirituel et même ceux qui appellent à la séparation de l’Etat et de la religion ne le font qu’à demi mot. En effet, ce modernisme dont parlent certains comme Abdallah Al Aroui, Hichem Djait ou Mohamed Abed Al Jebri, reconnaît un rôle important à la religion. Ces penseurs ‘‘libéraux’’ utilisent toujours des Sourates afin d’avancer leurs thèses. Chose que le professeur M’rad considère contradictoire avec les principes du libéralisme, d’où sa conclusion selon laquelle « ces penseurs ne peuvent être considérés réellement comme des libéraux. »
Evoquant à cet égard les réformes libérales du président Bourguiba (en particulier l’interdiction de la polygamie, l’interdiction de la répudiation, l’instauration du divorce devant le tribunal, la réforme de l’université religieuse de Zitouna …), M. M’rad considère que « Bourguiba était un vrai libéral car il a osé s’attaquer à des principes auxquels on n’a jamais osé s’attaquer ».
Nous avons à cet égard interpellé le professeur M’rad pour lui rappeler que Bourguiba a son tour utilisait des textes religieux afin d’expliquer certaines de ses réformes et que, partant de ce constat, on pourrait aussi dire que ‘‘le combattant suprême’’ n’était pas non plus libéral. M. M’rad nous a fait savoir que selon lui, Bourguiba -président à l’époque d’une nation a majorité analphabète- ne pouvait que recourir aux textes religieux -intelligibles et acceptables par ces concitoyens- afin de réaliser ses réformes. Ce recours n’avait pas de but religieux mais plutôt des impératifs sociopolitiques.
3- La morale du groupe et non celle de l’individu :
Comme troisième obstacle à l’enracinement du libéralisme dans les sociétés arabo-musulmanes, M. M’rad évoque le fait que ces sociétés ne reconnaissent pas l’individu. L’individu ne peut exister qu’à l’intérieur d’un groupe qui lui dicte ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire. Et ce groupe (la société) est guidé par les teneurs du discours religieux qui sont appuyés par les innombrables chaînes religieuses qui diffusent à longueur de journées « une interprétation militante et populaire de l’islam » au point que les défenseurs du religieux et en particulier du Wahhabisme sont devenus aujourd’hui de véritables stars de télévisions.
Ainsi, l’individu se trouve face à une censure religieuse qui s’ajoute à celle politique et qui fait de lui un simple imitateur de la morale du groupe.
4- L’absence d’une bourgeoisie autonome :
L’absence d’une bourgeoisie autonome du pouvoir politique dans les pays arabo-musulmans (contrairement au cas en Occident) et l’existence d’une connivence et même d’une alliance entre la bourgeoisie et le pouvoir est selon M. M’rad le 4ème obstacle qui explique la difficulté d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman.
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Le journaliste tunisien Ridha Keffi était présent aussi au colloque et son intervention sur le « Voile islamique : soumission ou libération » a suscité plusieurs interrogations.
A suivre dans la prochaine partie de notre dossier.
lundi 2 février 2009
Le libéralisme dans le monde arabe : « Le libéralisme a une mauvaise réputation dans les pays du Maghreb »
La Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis vient d’accueillir durant deux jours (le 30 et 31 janvier) un colloque intitulé « Le libéralisme et les nouvelles contraintes de l’action politique ». Au cours de ce colloque où plus de 18 professeurs et intellectuels tunisiens et étrangers ont intervenus, il était question entre autres sujets des « perspectives générales du libéralisme » et du « libéralisme et diversité culturelle et religieuse ».
Islamiqua a suivi les débats.
Le libéralisme, c’est quoi ?
Au cours de son rapport introductif, le professeur Marc Sadoun à rappeler que le libéralisme est fondé sur les principes d’égalité et de liberté et que le libéral se définit par 4 traits :
1- Le libéral ne s’intéresse pas au passé : ce qui l’intéresse c’est le présent et le futur.
2- Le libéral divise et sépare : il sépare le publique du privé, l’individu du groupe, l’Etat de la religion…
3- Le libéral a une conception particulière de l’individu : l’individu se définit par lui même, par ce qu’il est et non par son appartenance à un groupe.
4- Le libéral à une conception de la science : il ne croit que ce qu’il voit.
A cette présentation, le professeur Mounir Kchaou viendra ajouter la distinction entre société libérale (ou individualiste) où l’individu est la source de la morale : il est la source du bien et du mal. Et la société non libérale (ou holiste) où l’individu ne se reconnaît qu’à partir du groupe.
Le libéralisme dans le Monde arabe
Appliquant son analyse aux pays arabe, M. Kchaou nous révèle que « le libéralisme a une mauvaise réputation en Tunisie et dans certains pays du Maghreb comme en Algérie, alors qu’au Moyen Orient et en particulier au Liban, en Egypte et en Irak, il a de plus en plus une bonne presse et s’oppose au panarabisme d’une part et aux politiques menées par les partis religieux d’autre part ».
A notre question sur les raisons de cette mauvaise réputation du libéralisme dans les pays du Maghreb et sa bonne presse dans les pays du Machrek (alors même que les premiers sont connus pour être moins religieux que les seconds), M. Kchaou attribuera la responsabilité aux forces politiques des pays du Maghreb qui, selon lui, « dénigrent souvent le libéralisme ».
Cette analyse sera par contre contestée par le professeur Philippe Délvit qui ne voit pas du tout un épanouissement du libéralisme dans les pays du Machrek où les forces libérales n’obtiennent que des scores très réduits lors des élections et où les forces religieuses exercent une influence remarquable (exemple les partis religieux en Irak).
Qu’il ait une bonne réputation au Maghreb et une mauvaise réputation au Machrek ou pas, force est de constater que le libéralisme rencontre plusieurs difficultés dans l’ensemble du Monde arabe. Assimilé souvent au laïcisme et même à l’athéisme, les tenants du discours libéral font souvent l’objet de compagnes de dénigrement et se trouvent marginalisés.
Quelles sont les raisons des difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabe ?
C’est à cette question que nous répondrons dans la suite de ce dossier.




