jeudi 3 décembre 2009
Le point sur... la campagne anti-minarets en Suisse

mardi 1 décembre 2009
Le point sur... les musulmans en Suisse

dimanche 29 novembre 2009
Le point sur… l’interdiction de la construction des minarets en Suisse (1)

lundi 5 octobre 2009
Islamophobie(s) en France
Alain Gresh est parmi les rares journalistes français à oser naviguer contre le courant. Ainsi, lorsqu’on ne fait -dans les medias français- qu’une critique subjective et superficielle des comportements du Hamas à Gaza, lui, il n’oublie pas qu’on parle avant tout d’un peuple opprimé, d’une population sous l’occupation et d’une Nation qui à tous les droits de mener sa lutte pour la libération.
Gresh est aussi parmi les rares intellectuels français à oser parler de l’islamophobie. Contrairement à ceux qui essayent de nous faire croire que l’islamophobie n’est que le fruit de l’imagination de ses inventeurs, lui -preuves à l’appui- démontre que non seulement elle existe, mais qu’en plus elle se décline en « islamophobie savante » et « islamophobie politique ». La seconde est la moins dangereuse puisqu’elle est opportuniste (dans la mesure où elle provient des politiciens qui surfent sur les tendances qui leur rapportent le plus de voix.)
C’est la première –à savoir, l’islamophobie savante- qui cause problème.
Pourquoi ?
Lisez ci-dessous l’article de Alain Gresh
Islamophobie savante, islamophobie politique
Nous vivons les temps de l’islamophobie. Chaque jour apporte sa pierre à l’édification d’une machine de guerre d’autant plus efficace qu’elle ne relève d’aucun complot et qu’elle enrôle sous sa bannière des responsables de gauche et de droite, des intellectuels de gauche et de droite, des « savants » de gauche et de droite. Burqa, affaire Vincent Geisser – que j’ai eu tort de ne pas évoquer avant sur ce blog –, femmes afghanes, pratique du ramadan, etc, tout est bon, non pour critiquer l’islam (« Peut-on critiquer l’islam ? »), mais pour stigmatiser les musulmans et, surtout, créer une atmosphère de troisième guerre mondiale.
C’est en mars 2006 que Charlie-Hebdo publie « Le manifeste des douze : ensemble contre le nouveau totalitarisme », L’Express, 2 mars 2006, où l’on retrouve les incontournables Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Philippe Val, Antoine Sfeir :
« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous. »Nous restons dans cette atmosphère malsaine.
La publication par Le Seuil du livre « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, » de Sylvain Gouguenheim avait suscité, au début 2008, une puissante polémique. (« Un historien au service de l’islamophobie » 7 mai 2008). Sous la direction de Max Lejbowicz,L’islam médiéval en terres chrétiennes (Presses universitaires Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2009), sous-titré « Science et idéologie », avait constitué une première riposte des « savants ». Le livre publié chez Fayard sous la direction de Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, est une nouvelle charge contre les impostures.
Les coordinateurs écrivent dans leur préface :
« Aristote au Mont-Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne, celui du “long manteau de l’Eglise” jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de l’“oeuvre positive” de la colonisation – puisque la science est, par essence, européenne ; (3) volonté de “liquider” définitivement Mai 68. Et l’on se trouve confronté à ce paradoxe, typique de notre temps, où l’auteur le plus en phase avec la doxa des idéologues officiels – on songe à celui qui, aux premiers jours de la Restauration (26 juillet 2007), composa l’inoubliable discours de Dakar – est décrit comme un parangon d’indépendance et de courage par diverses crécelles médiatiques. (...)
Les Arabes sont des Arabes, dit l’islamophobie savante, de peur qu’eux aussi ne soient grecs, comme nous le soutiendrons. Cela ne se dit qu’à la troisième personne : “eux les Arabes”, ceux qu’on désigne de loin, des banlieues aux universités, sur tout le trajet de l’islamophobie savante. Qui aujourd’hui peut dire : “Nous les Arabes” sans s’attirer les pires soupçons ? Raison de plus, aujourd’hui, pour que nous le fassions. Les Grecs, les Arabes. Et nous ? Nous les Grecs, bien sûr. Nous les Arabes pas moins. Mais nous les Latins, aussi bien que nous les juifs, nous tous les absents de la nouvelle Restauration, nous tous les autres, nous qui n’entrons pas dans les “synthèses”, “hélléno-chrétiennes” ou celles qu’on voudra, nous les composites. »
N’allez surtout pas dire aux membres de la mission d’information sur la burqa que nous sommes composites. Ils en tomberaient de leur fauteuil, eux comme les invités soigneusement triés. Prenez le temps de lire les témoignages et les réactions des députés, ils reflètent, malheureusement, l’état d’une opinion désinformée. Le 9 septembre, la mission a auditionné Mme Sihem Habchi, présidente de l’association Ni putes ni soumises et Mme Élisabeth Badinter, philosophe.
Rappelons que l’association Ni putes ni soumises est largement financée par les pouvoirs publics et les pouvoirs locaux, toutes tendances confondues. Et elle reçoit des aides d’autant plus importantes qu’elle ne dispose d’aucune base militante et qu’elle est absente de ces banlieues dont elle prétend vouloir défendre les jeunes filles. Sa présence dans les médias lui donne une légitimité que son audience sur le terrain ne lui permet guère.
Qu’explique sa présidente ? que « l’inconscience politique a, au bout du bout, permis les pires des exactions contre les femmes. J’ai encore devant les yeux le portrait de Sohane, brûlée vive dans un local à poubelles pour avoir dit non. Je me rappelle de Samira Bellil, qui a été victime de nombreux viols collectifs et nous a quittés il y a cinq ans. Me reviennent également en mémoire Erim, Malika et tant d’autres qui ont été victimes de mariages forcés, Diaryatou Bah qui a été victime d’excision qui l’a contrainte à faire trois fausses couches, Myriam qui, pour avoir simplement effleuré le bras d’un garçon a décidé d’en finir avec l’oppression familiale et s’est défenestrée en juin dernier. Si certaines ne sont plus parmi nous, d’autres restent debout pour faire en sorte que leurs sœurs ne soient pas mortes pour rien ». Ainsi, la violence contre les femmes qui, en France tue une demi-douzaine de personnes par mois, serait le fait des seuls musulmans ? Pourquoi ne dit-elle rien sur la violence faite, aussi, aux femmes françaises « de souche » ? Pourquoi ne dénonce-t-elle pas l’attitude des médias : quand un homme français de souche tue sa compagne, il s’agit d’un crime passionnel, quand il s’agit d’un musulman, il s’agit d’une violence religieuse ou ethnique, on ne sait pas très bien.
En fait, ce que son discours sous-entend, ou même affirme clairement, comme celui de Mme Badinter c’est que nous pouvons parler des souffrances des femmes et même nous réclamer du féminisme – terme qui fut longtemps proscrit, mal vu, y compris à gauche (et le reste quand il s’agit de dénoncer les féministes américaines) – à condition de parler des femmes musulmanes. Dénoncer leur sort nous permet de dire que « nous » ne sommes pas comme « eux », nous ne sommes pas des arabes ou des musulmans, nous sommes les descendants de la civilisation grecque.
Il y a un moment fortement comique dans cette déposition, quand Mme Habchi affirme, sans rire, que « le chemin le plus court pour l’Asemblée nationale n’est ni le voile ni la burqa ». Cette dame sait-elle que, dans cette assemblée, il n’y a pas 15% de femmes députées ? Le fait qu’elles ne portent pas de foulard ne semble pas leur ouvrir les portes du pouvoir. (Rappelons que, jusque dans les années 1960, il y a eu des députés prêtres qui venaient en tenue au parlement ; le dernier, à ma connaissance, fut le chanoine Kir, maire de Dijon ; la République était pourtant laïque, mais, il est vrai, qu’elle n’était pas menacée par l’islam).
Je ne reviendrai pas longuement sur les déclarations de Mme Badinter, mais un principe sous-tend son intervention : « ils », les musulmans, doivent se conformer aux lois du pays dans lequel ils s’installent. Le seul problème c’est qu’ils ne s’installent pas, « ils » sont là, ils sont français et "ils" vont rester et faire la France. A moins qu’on ne veuille les déchoir de la nationalité, comme le pouvoir de Vichy l’a fait avec les juifs. Tout le monde s’est réjouit que l’on ait refusé la nationalité française à une femme musulmane qui portait la burqa. Fallait-il, dans les années 1930, refuser la nationalité à des juifs loubavitch qui ne s’habillaient pas comme tout le monde et avaient de drôle de papillotes ?
Source : Le blog d’Alain Gresh
mardi 29 septembre 2009
Tariq Ramadan ou… comment cataloguer pour mieux juger ?

Je viens de vivre l’amère expérience d’un débat stérile (parce que non fructueux) avec quelques unes des personnes qui ont visionnés l’intervention de Tariq Ramadan chez Ruquier samedi 26 septembre sur France 2.
Tariq Ramadan (pour ceux qui ne le connaissent pas) est un islamologue suisse d’origine égyptienne... Il est souvent présenté dans les médias (surtout français) comme un homme intelligent et rusé, à double discours, adepte des frères musulmans… Un cliché qu’on a fini par admettre en considérant Ramadan définitivement comme un manipulateur, un démagogue et un « salafiste de charme ».
Chaque fois où on lui donne l’occasion de s’exprimer à la télé (et c’est très rare) l’homme se trouve toujours dans l’obligation de se justifier et de répondre à ce « qu’on pense » qu’il a dit. Ainsi, lorsqu’il déclare que –faute d’une société arabo-islamique prête à renoncer à ce qu’elle considère sacré et en attendant de déconstruire et reconstruire le discours religieux sur les châtiments corporels- il faut un moratoire sur leur application, tout le monde crie au scandale : « Ramadan n’est pas pour l’interdiction des lapidations, il ne propose qu’un moratoire, c’est un double discours ».
J’ai voulu alors profiter de l’occasion de son passage chez Ruquier pour faire le point sur les idées développées par ce « dangereux islamiste ».
Qu’en est-il ?
Je découvre un religieux, qui ne part dans ses analyses que des textes sacrés (qu’il dit prendre très au sérieux) mais qui arrive à des conclusions intéressantes… pour un religieux. Il nous dit qu’il est (à terme) contre les châtiments corporels, contre le mariage forcé, contre l’application de la Chariaa telle qu’elle est…
Certes, il a des positions qu’on ne partage pas, comme une reconnaissance (implicite) du caractère obligatoire du voile en islam…
Malgré cela, je pense que pour un religieux, ce qu’il fait – un travail de déconstruction / reconstruction de l’intérieur de l’islam- est très intéressant et qu’il mérite notre considération.
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Pour avoir dit cela, on m’a qualifié -au cours de cette discussion- « d’islamiste », « d’agressif », « d’adeptes des frères musulmans » …
Evidement, je n’accorde à ces jugements passionnels et passionnés que très peu d’intérêt comme je fais d’ailleurs pour les jugements « d’apostasie » et « d’hérésie ».
Tariq Ramadan n’est certainement pas un saint mais de la à lui faire un procès d’intention (« oui, il a dit ça mais… ») …c’est un pas que je ne franchirai pas.
Maintenant, au delà de Ramadan, si j’en parle aujourd’hui c’est pour dénoncer l’idée que ces personnes ont de « la vie en commun ». Quelle société ils nous proposent ? Une société où les uns exclus les autres ? Une société ou vous êtes « avec ou contre moi » (comme l’a dit un tristement célèbre président) ? Une société où on doit impérativement être catalogué ? …
J’avais signalé dans un précédent post la dangerosité de « l’autre extrémisme », celui de ceux qui ne pensent qu’à condamner, dénoncer, attaquer… le discours religieux, tout discours religieux.
Or, il faut se rendre à l’évidence : nous vivons dans des sociétés imbibées de religion. Même si nous pensons que la religion ne devrait pas dépasser la sphère de la vie privée, il y a des gens qui ne le pensent pas et qui souhaitent (et même militent) pour la voir régir toute notre vie.
Pour arriver à des solutions il faut dialoguer avec ces gens là (du moins ceux d’entre eux qui acceptent l’échange). Il faut les écouter puis exposer ses points de vue et enfin essayer de les convaincre. L’exclusion n’a jamais été une solution.
Si on a le courage de dire cela, on peut être catalogué par les extrémistes de toute part et être condamné par les uns comme par les autres. Ce n’est point le plus important… mais c’est dangereux. Car si ײles élitesײ des deux tendances (les religieux et les non religieux pour faire simple) n’apprennent à leurs disciples que la haine de l’autre et l’art de l’exclure, alors on ne peut s’attendre qu’au pire et… adieu la vie en commun.






