Islamiqua | Blog-journal du réformisme

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dimanche 15 novembre 2009

Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)

 

les_marocains_et_al_virginit_« 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage ». Ce chiffre révélé par une enquête de l’Economiste il y a quelques mois a fait l’effet d’une bombe au Maroc et permet a certains d’affirmer que le Royaume Chérifien se dirige à grands pas vers… la fin de la virginité.

Islamiqua ouvre à nouveau le dossier des rapports sexuels avant le mariage avec un état des lieux sur la question au Maroc.

 

Le Mythe de virginité

 

« Ca veut dire quoi, la virginité ? Si ça signifie n’avoir jamais couché avec un homme, alors aucune Marocaine n’est vierge », s’insurge Sophia, 27 ans, cadre supérieur à Rabat. Car on peut avoir une vie sexuelle des plus débridées sans perdre pour autant sa virginité. En effet, derrière ce paradoxe apparent, se dissimulent des pratiques permettant de préserver l’hymen. Nombreuses sont les jeunes Marocaines qui offrent à leur corps tous les plaisirs… Tout est envisageable, pourvu que le sacro-saint hymen soit préservé.

« Le corps peut-être vierge, mais l’âme, elle, est irréversiblement déflorée ! »,virginite_maroc_1affirme Hind, 25 ans, sur un forum de discussion Internet. Selon elle, « une fille qui n’est plus vierge et qui assume cet état de fait vaut bien mieux qu’une fille qui a déjà eu des rapports sexuels tout en prétendant être chaste ». Certes, mais il faut un sacré courage pour parvenir à s’extraire des carcans culturels et religieux, dépasser les conservatismes et s’affranchir de l’hypocrisie qui règne au sein de la société marocaine, toutes générations et tous milieux confondus.

La jeunesse marocaine est soumise à des influences contradictoires –occidentales et orientales- et nage donc en pleine confusion identitaire. Si les mœurs sont devenues moins rigides, le poids des traditions est néanmoins bien vivace et la sexualité reste à bien des égards un sujet tabou. On constate un hiatus entre les comportements de transgression d’un interdit et un discours qui demeure conservateur.  

Selon une enquête de l’Economiste, 62 % des jeunes Marocaines considèrent « compliqué » d’avoir un flirt, jugeant que les principaux obstacles sont la famille (43 %) et le voisinage (23 %). Compliqué, mais pas impossible. Le faire, donc, mais discrètement. Selon la même enquête, 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, alors qu’une proportion voisine de filles affirme… le contraire ! Ces chiffres sont révélateurs du malaise qui règne au sein de la société.

 

virginite_au_Maroc_3Une écrasante majorité de Marocains, les deux sexes confondus, estime que la virginité jusqu’au mariage est une règle à respecter. Chez les musulmans, comme chez les chrétiens et les juifs, les rapports sexuels hors mariage sont traditionnellement proscrits, mais l’attachement à la chasteté est beaucoup plus fort en Islam que dans les autres religions monothéistes.

Cet attachement est conforté par l’idée que la membrane intacte est un gage de piété et que, une fois au paradis, les hommes musulmans, seront récompensés selon une tradition qui leur promet à chacun 99 pucelles dont l’hymen se reconstitue après chaque rapport. Ar ailleurs, penser que leur femme n’a jamais été possédée par un autre flatte tout simplement l’orgueil mâle. Portant, les hommes ne sont pas les seuls à blâmer. Car les femmes, qui ont parfaitement intériorisé le modèle traditionnel, sont les premières à entretenir le mythe de la virginité. Même celles qui ont enfreint cette règle, feignent en général de la respecter.

Contraintes de dissimuler leur passé sexuel à leur partenaire, elles trouvent des artifices pour faire croire que l’hymen est resté intact : de la goutte de sang prélevé sur un doigt, jusqu’au foie d’un oiseau dissimulé dans une petite bourse, en passant par l’hyménoplastie ou les certificats de virginité complaisamment délivrés par des médecins, l’éventail des subterfuges est vaste.

D’une génération à l’autre, les mères commencent à transmettre à leurs filles la liste des devoirs et des interdits dès la puberté. Conditionnées très jeunes par le discours maternel, enjointes à tout prix de garder intact leur hymen jusqu’au jour du mariage, l’impératif de virginité s’impose comme allant de soi.

participez_au_d_batEn revanche, jamais une mère n’exigera une telle chose de son fils. Constat d’évidence : il existe une inégalité de traitement entre garçons et filles car, bien que la virginité jusqu’au mariage est théoriquement obligatoire pour les deux sexes, elle ne s’impose en réalité qu’au sexe dit « faible » dans les pays arabo-musulmans. Dans l’inconscient collectif, la femme déflorée est considérée comme une dévergondée, tandis que l’homme, lui, est valorisé à l’aune de son activité sexuelle. Par contre, celui qui n’a pas d’expérience dans ce domaine voit peser sur lui le soupçon d’homosexualité ou d’impuissance. Certaines jeunes femmes  assument meur vie sexuelle sans complexe, tandis que d’autres se débattent avec leur culpabilité. Celles qui franchissent le pas gardent généralement un souvenir marquant de « la première fois ».  C’est le cas de Rita, publicitaire de 27 ans. « J’ai été traumatisée. Je n’arrivais pas à dépasser mon angoisse par rapport à l’éducation que j’ai reçue ».

 

A suivre …

Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.

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Lire aussi sur Islamiqua :

Virginité ou mensonge ?   

Evénement : Tollé général en France après l’annulation du mariage de deux musulmans pour non virginité de la mariée (2)   

Evénement : Tollé général en France après l’annulation du mariage de deux musulmans pour non virginité de la mariée (1)


 

 

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vendredi 13 novembre 2009

Décisions historiques de la Cour constitutionnelle koweitienne

Je_le_dis_comme_je_le_pense_2Le Koweït a fêté avant hier le 47ème anniversaire de sa Constitution adoptée le 11 novembre 1962. La commémoration de cet anniversaire requiert cette année une importance capitale vue les débats (de plus en plus alimentés) et les prises de positions (de plus en plus fermes) « pour » ou « contre » la constitution surtout suite aux dernières décisions de la Cour constitutionnelle koweitienne.

En effet, la scène juridique au Koweït vient de connaître des développements d’une importance capitale qui auront des répercussions au-delà des frontières de ce petit émirat.  

La relation entre Constitution et Coran, loi et Charia, ordre humain et ordre divin… a été au cœur d’un débat juridique qui a donné lieu aux décisions suivantes de la cour constitutionnelle :

femmes_au_Koweit 

1ère décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi relative à la nationalité.  La loi koweitienne sur la nationalité stipule que la femme ne peut avoir un passeport sans l’autorisation de son mari.  Non seulement la cour a déclaré l’inconstitutionnalité d’une telle exigence mais en plus elle a expliqué que cette autorisation n’est autre qu’ « une négligence de la volonté de la femme et une agression à son humanité ».

 

2ème décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi électorale. La décision relative à la loi électorale est plus importante, avec un raisonnement juridique plus développé.

En effet, la loi électoral conditionne le vote et/ou la candidature des femmes (aux élections) à leur respect (et même leur observation) des règles imposées par la charia islamique. Sur la base de cette loi, plusieurs islamistes avaient exigés le port du voile par toutes les femmes membres du gouvernement ou du parlement. Or, au cours de son examen de la loi, la cour va déclarer son inconstitutionnalité et n’hésitera pas à évoquer la contradiction entre les principes de la charia et la constitution (donnant la primauté à cette dernière) : « la loi ne peux contredire les textes de la constitution koweitienne qui représentent des principes généraux tels que les libertés individuelles et la liberté de culte ».

Ainsi, pour la cour constitutionnelle koweitienne, aucune loi -même inspirée de la charia- ne peut méconnaitre des droits garantis par la Constitution.

 

Le Koweït serait-il entrain de mener une révolution juridique contre la charia ?

Affaire à suivre…

 

Participez aux différents débats sur islamiqua en laissant vos commentaires…

 

lundi 19 octobre 2009

Les tunisiens prêts à donner plus de droits aux femmes

 

edito_islamiquaD’après un sondage Islamiqua effectué entre septembre et octobre 2009, les tunisiens seraient disposés à accorder beaucoup plus de droits aux femmes. En effet, pour ce sondage, nous avons reposés la question qui a été posée au Marocains il y a quelques semaines pour un sondage Le Monde Telquel.

D’après les chiffres publiés par Le Monde, 16 % des marocains considèrent que la Moudawana (code de la famille) « doit évoluer pour donner encore plus de droits aux femmes » alors qu’ils sont … 76 % à souhaiter que le Code du statut personnel tunisien accorde plus de droits aux femmes.

Avis aux candidats aux prochaines élections présidentielle et législative en Tunisie.

Ci-dessous les résultats complets des deux sondages qui ne donnent évidemment qu’une idée sur les tendances existantes dans les deux pays du Maghreb.

Sondage_Tunisie_Maroc

 

 

 

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samedi 3 octobre 2009

Que pensez-vous du Code du Statut Personnel (CSP) tunisien ?

libertes

 

Pionnière dans le domaine des droits des femmes dans le monde arabe, la Tunisie a depuis 1956 (date de promulgation du CSP) révolutionné le Statut personnel de la femme musulmane.

 

Seulement, en dehors du plan juridique, peut de chose ont été faites sur les autres plans, et surtout sur celui de la promotion des « acquis » du CSP tunisien. Une situation qui a conduit à un début de contestation -de la part de certains- des dispositions du CSP.

 

A défaut d’avoir des statistiques officielles, Islamiqua souhaite savoir ce que vous pensez du Code du Statut Personnel Tunisien :

 

Est-il toujours ce code « révolutionnaire » qu’il fut il y a 50 ans ?

 

A-t-il besoin d’être renforcé vers d’avantage de droits pour la femme, l’enfant et la famille ?

 

Ou bien vous pensez que les tunisiennes ont acquis suffisamment (voir même trop) de droits ?

 

N’hésitez pas à participer à notre sondage ci-dessous et à laisser vos commentaires. 

 

 

 

 

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lundi 14 septembre 2009

L’homme ne vit pas seulement de pain.

ikbel_al_gharbi

« L’homme ne vit pas seulement de pain » est le titre d’un livre que j’ai parcouru au temps du Lycée. C’était un vieux bouquin  trouvé par hasard  dans la bibliothèque familiale. Son auteur, un dissident de l’ex bloc soviétique, dont j’ai oublié le nom, s’élevait contre le totalitarisme régnant dans les pays de l’Est  et faisait l’éloge des libertés individuelles : liberté de penser, d’écrire, de créer, de lire des romans , d’aimer la poésie, de peindre des tableaux etc.…. A cette époque, ces attaques me rebutaient. Je me demandais : comment pouvait-on être si narcissique, si égoïste ? Comment préférer les libertés individuelles, petites bourgeoises donc formelles aux bienfaits du socialisme, à son égalitarisme, à sa justice sociale ? J’étais perplexe et même écœurée !! Pour moi, à cette période, cela ne pouvait –être que de la propagande anticommuniste primaire.

En ce temps des rêves, les idéologies dominantes prônaient la dictature des damnés de la terre, qui en fait n’était qu’une association d’individus, qui avait le droit d’anéantir les libertés individuelles sous couvert de références « transcendantes », lesquelles, souvent, n’avaient d’autres fonctions que de légitimer des intérêts particulièrement triviaux.

Au lieu d’instaurer une démocratie basée sur les citoyens et la délibération publique, ces pouvoirs anéantissaient les individus au nom d’un processus de l'histoire qui les dépasse  et de l’édification d’une nation qui les annihilait. La vie des individus ne comptait guères, encore moins ce qu'ils pouvaient sentir, penser, désirer ou rêver. Seule comptait la marche solennelle de l’histoire, du progrès qui les devance, les broies, éliminant les inaptes, les inutiles et les incapables qui freinent sa progression. C’est de ce peu de foi en l’individu et en la liberté, et d’un intérêt pathologique à opprimer l’Autre, que résulte la vanité prométhéenne de toutes les dictatures du monde.

Aujourd’hui, et dans nos contrées arabes,  cet hymne à la liberté individuelle  apparaît d’une brûlante actualité. Est-ce l’héritage intellectuel des Lumières qui nous rend aussi sensible aux droits fondamentaux et aux principes de liberté de pensée et d’expression.

Certes c’est  l'idéal de la Renaissance et des Lumières qui nous a permis de nous défaire des diktats de l'autorité religieuse et politique, de la peur de penser dans laquelle vivait  l'homme du Moyen Âge. Il aura fallu quelques siècles de luttes, celle en particulier des philosophes arabes et judéo-chrétiens, pour donner toutes ses lettres de noblesse à la Raison naturelle, à la libre-pensée.

Il suffit de se remémorer les martyrs de la libre pensée et ils sont nombreux .Le philosophe et libre penseur musulman Al Jâad qui fut égorgé publiquement en l’an 737, le jour de la fête de l’Aid el Idha par le despote Khaled el Aksi qui a la fin du prêche intima l’ordre aux fidèles de faire don de leurs sacrifices et déclara que lui-même allait sacrifier et égorger Al Jâad pour sa contestation. Ce qu’il fit séance tenante devant toute l’assistance !

Giordano BRUNO, torturé et brûlé vif, par l’inquisition catholique, à Rome le 16 février 1600, sur le Campo dei Fiori, pour avoir refusé d’abjurer ses idées. On lui refusera l’étranglement avant le bûcher, il brûlera vivant... mais on ne l’entendra  répliquer à ses juges du haut du bûcher« Vous avez plus peur que moi ! ». 

Nous pouvons aussi citer le martyr de l’idée, Mahmoud Mohamed Taha, le soufi soudanais pendu le 18 janvier 1985 à l’âge de 76 ans, qui dans une démarche qui n’est pas sans analogie avec la théologie chrétienne de la libération, a affirmé que la foi véritable est celle qui reconnaît que « l’être humain a été créé à l’image de Dieu » et que par conséquent, sa dignité et ses droits sont inviolables. Nous rendons hommage à Samir Kasir, Daif Ghazal et…Leur existence atteste la force indestructible de l’Esprit. Leur souvenir obsédant nous rappelle que la fonction première de l’intellectuel est de porter haut l’étendard des libertés ! Sa mission n’est pas de soutenir les projets matérialistes et pragmatiques. Il est le seul qui prétend trouver dans sa propre  pensée des raisons de vivre, de ne pas se compromettre et de tenir tête à l’oppression et à la terreur.                

C’est pour cette raison que les discours triomphalistes nous laissent de marbre, Quand nous entendons pour la énième fois les statistiques délirantes, les versions officielles  célébrant les acquis historiques, les œuvres gigantesques accomplies et les vertiges du succès en plein désastre, lors des réunions, des colloques, des séminaires, des fêtes de fin d’année nous demeurons impassible et apathiques !

Heureusement et grâce à un long entraînement, nous avons développé la capacité de ne rien entendre, de ne rien voir, de ne rien percevoir et de se projeter dans nos pensées personnelles : établir mentalement le menu de la semaine, planifier l’anniversaire du petit, faire l’esquisse d’un prochain article, se mémoriser les dernières vacances. Cela s’appelle la technique de l’imagerie mentale qui nous permet de nous évader et d’échapper au médiocre matraquage ambiant.

En terre arabe, les discours dominants ne suscitent plus aucun intérêt, aucune réaction, aucune interrogation. Tout au plus on les contourne comme un monument sans vie, comme un vestige ennuyeux !

Les pouvoirs arabes, décrits par les experts comme des « trous noirs »  réduisent  leur environnement  à un ensemble statique où rien ne bouge et duquel rien ne peut échapper. Cette atmosphère étouffante où règne l’indifférence généralisée  transforme l’intelligentsia en « une diaspora arabe en terre arabe ». L’exécutif au centre de ce «  trou noir » empêche les institutions de  fonctionner et de protéger les droits des citoyens.

En effet, en terre arabe, des organisations inconnues dotées de dispositifs humains et techniques avancés traquent, découvrent et châtient toute hérésie, c'est-à-dire toute parole et même toute pensée qui dévie de la Vérité Officielle et qui tenterait, ne serait ce que craintivement et timidement de parvenir à une certaine autonomie, à une certaine originalité. C’est que les tenants de la Vérité Officielle supposent, d’ailleurs à juste titre, que toute pensée qui s’éloigne de la norme peut devenir nuisible et se tournera tôt ou tard contre le dogme.

Ces organisations invisible mais agissantes nous hantent et quadrillent notre quotidien. Elles infiltrent les cafés, les salles de classes, les marchés, les administrations. Elles imposent leur censure à la pensée en exerçant un contrôle des sources de la connaissance, de sa production et de sa diffusion. Chaque jour elles nous enseignent ce qu’il sied de savoir, de penser, de croire. Elles aspirent non seulement à anesthésier, à pervertir la pensée mais aussi à obstruer la vision du réel et à tétaniser la faculté de perception elle-même.   

Leurs actions sont tatillonnes, bureaucratiques, robotisées, mécaniques et codifiées. Leurs finalités leurs échappent et leurs sont transcendantes. Elles sont imperméables à toute communication humaine à toute production de l’esprit : La raison et la culture ne peuvent cautionner la négation des droits et la répression de la pensée.

Elles s’acharnent sur leurs victimes pour donner l’exemple, pour informer  que la force du  pouvoir est irrésistible et ainsi exercer leur  terreur sur les populations.

Aujourd’hui nos pensées cheminent vers les martyrs du Verbe, vers  ceux qui ont péri à cause de leurs idées pendant que d’autres accumulaient les privilèges et bâtissaient des carrières sur leurs souffrances.

Nos cœurs  vibrent  pour eux.

Nos sens captent leurs appels et leurs plaintes encloses.

Nos prières leur sont dédiées.

Nos recueillements leur sont consacrés.

Notre considération, notre estime leur sont acquis.

Nos écrits commémorent leur noblesse et leur courage …

Une critique, une suggestion, un complément d’information ? … merci de poser vos commentaires

_______________

* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.

ahikbal@yahoo.fr

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jeudi 10 septembre 2009

Un appel pour le retour de la polygamie en Tunisie !

Tous_contre_la_polygamie_en_Tunisie

La Tunisie vient de connaître un mini scandale qui a fait beaucoup de bruit … sur internet.

En effet, participant à un colloque organisé à l’occasion de la journée nationale de la femme, le 13 août dernier, Mme Dalanda Sahbi a lancé un appel inattendu en faveur de la polygamie qui saurait le seul recours face à « l’augmentation du nombre de femmes non mariées et en état de dégénérescence morale et de libertinage excessif » :

« Nous devons autoriser la polygamie parce que nous ne nous en sortons pas mieux que les autres pays arabe ». « Plus important encore, selon Mme Dalanda, l'Islam le permet et le Prophète Mahomet nous en fournit un bon exemple. »

 

La question de la polygamie ne s’était plus posée en Tunisie depuis très longtemps, et la pratique a été interdite en 1957 avec le Code du Statut Personnel tunisien considérait à l’époque « révolutionnaire » par ce qu’il accordait comme droits aux femmes.

D’ailleurs, selon Roda Al Saibi, membre du bureau politique du Parti-social libéral (organisateur du séminaire) « Cet appel isolé n'a reçu aucun soutien des participants à ce colloque ».

Malgré cela, l’appel a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère tunisienne et sur Facebook ou plusieurs groupes « Tous contre Dalanda Sahbi » ou « Tous unis contre la Polygamie en Tunisie » ont été crées et comptent déjà quelques milliers de membres.

Mais au-delà du débat sur la polygamie qui restera sans doute sans lendemain, la véritable question qui se pose est relative aux CSP tunisien. Comment se fait-il que plus de 50 ans après sa promulgation, des questions continuent à se poser sur des avancés considérées irréversibles ?

Ce constat ne cache-il pas une non-intériorisation des acquis du CSP (pour ne pas dire un refus) de la part d’une bonne partie de la population tunisienne ? Surtout que rien n’est fait dans le but de faire connaître, expliquer, diffuser ou promouvoir ses dispositions.

Contrairement au Maroc, la Tunisie ne dispose pas de statistiques sur le degré d’acceptation par les tunisiens des dispositions du CSP mais il semblerait qu’il soit contesté dans certains milieux tunisiens (par ignorance de ses dispositions ou par conviction). Un échantillon de ces cas est rapporté par l’hebdomadaire Jeune Afrique selon lequel « dans les zones rurales, les femmes vivent sous la coupe de leurs maris, qui bien souvent ignorent ou se moquent du code instituant l’égalité des sexes et les droits de l’épouse. Quant celle-ci se plaint au poste de gendarmerie du village, le mari indélicat est certes arrêté. Mais l’épouse rebelle subit aussitôt la pression de ses propres enfants. Elle retire alors la plainte et tout repart comme avant. La loi du male est ici plus forte que celle de l’Etat. Rencontrée dans un village, près de Kassrine, à 250 km au sud-ouest de Tunis, une jeune fille de 17 ans raconte, en pleurant, les malheurs de sa mère et la tyrannie de son père, un commerçant de détail. « Il ne veut plus que j’aille à l’école pour poursuivre mes études. Il exige que je travaille été comme hiver comme ‘‘bonne’’ (femme de ménage) à Tunis et que je lui envoie  une partie de mon maigre salaire (200 dinars par mois). Si je ne le fais pas, il fera des misères à ma mère. » Jusqu’à présent, elle ne travaillait que pendant les deux mois d’été pour aider la famille et payer ses fournitures scolaires. Elle n’est par sure de retourner au lycée le 22 septembre prochain, date de la rentrée scolaire. Que son père puisse échapper aux lois du pays est la preuve que beaucoup reste à faire pour que les droits de la femme et de l’enfant deviennent une réalité dans la Tunisie profonde ».

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mercredi 9 septembre 2009

Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Sondage_Maroc

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?

Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.

Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.

Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.

En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que  nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.

Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »

Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.

Demain : menaces sur le CSP tunisien ?

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lundi 17 août 2009

Le port du niqab doit être interdit

Je_le_dis_comme_je_le_pense_2

La burqa ou le nikab, cet habit qui couvre l’intégralité du corps de certaines musulmanes ainsi que la majorité de leur visage, fait l’objet depuis quelques semaines d’une vague de commentaires et de prises de positions assez importantes en France et ce suite à la proposition du député communiste André Gerin de créer une commission d’enquête sur le sujet.

Très vite, des dizaines de députés vont rejoindre la proposition de leur collègue et la majorité des hommes (et des femmes) politiques à commencer par le premier d’entre eux, le président Nicolas Sarkozy, se prononcera sur le sujet. Certains sont même allés jusqu’à parler d’une loi qui devrait réglementer (pour ne pas dire interdire) le port de la burqa, cet habit non grata en France. Quant au président, et même s’il n’a pas parlé d’une interdiction formelle de son port, il a affirmé le 22 juin dernier dans son allocation à Versailles que « Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté et de dignité de la femme. C’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement. Je veux le dire solennellement : la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française. »

niqabAvant d’aller plus loin, nous devons commencer par dire qu’incontestablement le sujet a pris une ampleur beaucoup plus importante que sa taille réelle et cela ne s’est pas fait sans arrières pensées.

Simplement, je suis d’accord pour dire qu’un texte interdisant le port du niqab serait souhaitable. En effet, partant même du point de vue des oulémas, le niqab n’est pas « chariaiquement » obligatoire. Seulement, certaines musulmanes qui veulent (ou sont obligées) de faire toujours plus que les autres, de prendre tout le temps le coté extrémistes des choses … essayent de nous imposer une vision de l’islam ou la femme doit être cloitrée, isolée et doit ressembler à un corbeau. Cette vision, encouragée par la Charia (à travers l’interprétation d’un certain nombre de hadiths du prophète), n’a pas de place dans nos sociétés.

Que celles qui veulent porter le niqab aillent habiter seule dans les montagnes. N’est ce pas ce qu’elles veulent ? Elles souhaitent s’extirper des regards des hommes, elles ne veulent qu’aucun « male » ne les approche, elles s’interdisent de tendre la main ou même de parler à n’importe quel étranger… Quelle vision de la société ces personnes possèdent ? Sans doute aucune. Tout ce qui les intéresse c’est leur propre personne. Et bien, tant que la vie dans la société ne les intéresse pas, elles feraient mieux d’aller vivre hors de cette société et non d’agresser en permanence tout le monde avec un habit qui témoigne d’un refus obstiné de la personne à entrer en contact avec quiconque. Car, par cet habit, ces femmes disent aux autres membres de la société qu’elles ne sont intéressées par aucun signe de vie en société. Et puis elles se demandent pourquoi on ne les intègre pas ? Pourquoi elles se trouvent en marge de la société ? Pourquoi on les regarde avec suspicion ? … Et bien elles ne peuvent faire porter la responsabilité qu’a-elles mêmes.

Ces femmes qui prennent la misère comme idéal ne peuvent prétendre représenter l’islam. Ellesniqab_2 représentent peut être la Charia, mais de l’islam elles n’ont rien retenu. Comme l’a dit Mohammed Talbi «  je me demande comment la Charia a-t-elle pu exalter la rudimentarité et la laideur. Des femmes comme des corbeaux, et des ascètes pouilleux, est-ce pour cela qu’Allah s’est donné tant de peine, pour faire de notre Planète terre l’un des plus beaux joyaux de l’Univers ? La Charia me révolte. Elle a fait de nous des miséreux, parce que nous nous sommes donné la misère comme idéal. »

Allah aurait donc créé cette terre pour la voir habitée par des cordeaux ! N’est ce pas ridicule ?

Cette position contre le niqab ne vient pas seulement du fait que nous pensons que cet habit ne représente pas l’islam, mais en plus parce que nous sommes persuadés qu’il est dangereux pour la société. D’abord -et sans avoir à le démontrer- le niqab cache la personne avec laquelle on a à faire. Pour cette raison, il est impensable de le voir dans nos administrations ou nos établissements publics (et privés). Ensuite, il est devenu aujourd’hui une arme entre les mains de criminels. Ainsi, je viens d’apprendre qu’en Jordanie il est désormais utilisé par les fugitifs et les cambrioleurs qui ont trouvé dans le niqab le meilleur moyen pour réaliser leurs crimes en toute tranquillité.

Enfin, je pense qu’un texte devrait interdire son port même chez nous en Tunisie car je ne suis pas d’accord avec la logique de certaines femmes qui -ayant vu que désormais le port du hijab ne pose plus (beaucoup) de problèmes- passent à la phase suivante, à savoir le port du niqab.

Cette provocation permanente et la volonté d’entrer en conflits avec toute la société reste énigmatique. Je n’arrive pas à saisir sa signification mais je ne suis pas du tout d’accord pour dire qu’il s’agit d’un énième signe du « retour du religieux ». C’est pour cela que je ne souhaite pas voir mon pays se transformé en une Egypte où il existe désormais une surenchère dans le port des « habits islamiques », où la mode n’est plus au voile mais au niqab. Comme l’a dit le président français concernant son pays, pour nous aussi, la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République.

Nous avons été sur ce blog parmi ceux qui ont défendu le droit de porter le voile par celles qui en sont convaincues par son caractère religieux (car nous considérons toujours que le voile n’est pas synonyme d’agression de la société). Mais de là à ce que cette même croyance soit utilisée aujourd’hui pour nous faire admettre un droit au port du niqab, il y a un pas que je ne franchirai pas.

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dimanche 22 mars 2009

Femmes et Politique en Islam

ikbel_al_gharbi

L'islam est-il une religion pro féministe, prône-t-il une vision égalitaire comme se le demandent beaucoup de musulmanes et de musulmanes ? Ou bien, au contraire, est-il la religion misogyne par excellence comme le présente souvent de façon caricaturale les extrémistes de tout bord. Avant de répondre à ces questionnements légitimes, il faut souligner que Islam et Féminisme sont des concepts clés qui demandent à être retravaillés pour dépasser les usages polémiques qui tendent à opposer deux forces antagonistes hors de toute analyse historiciste. Cela n'est possible que si la raison critique dispose de nouveaux outils conceptuels qui nous aide à dépasser et à nous libérer des dualismes réducteurs du Bien et du Mal, du Civilisé et du Barbare, des Lumières et des Ténèbres. Dans cette perspective, le concept ISLAM doit être manié avec prudence. Effectivement une approche multidimensionnelle  s’avère adéquate. Or comme le fait remarquer l'islamologue Edward Saïd, « quand on parle de l'Islam, on élimine plus ou moins l'espace et le temps. » Or, faut-il rappeler que le monde musulman couvre un milliard d'individus et comprend des dizaines de pays, de sociétés, de traditions, de cultures, de langues. Il inclut, aussi, des nombreuses expériences distinctes qui résultent de différentes lectures de l'Islam. Ce relativisme nous dévoilera que le statut de la femme musulmane diffère selon les pays, les époques historiques, les sociétés, les législations en vigueur. En outre, la ségrégation dont souffrent certaines femmes musulmane est une création du fiqh. Elle résulte en grande partie d'une manipulation du texte sacré ainsi que d'une mystification de l'histoire féminine en islam.

A ce propos, il faut mentionner que le texte sacré a toujours été manipulé et sa manipulation est une caractéristique structurelle de la pratique du pouvoir dans les sociétés musulmanes. « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle de l'avenir. Or, celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. » Écrit George Orwell en analysant les techniques de la manipulation et en expliquant comment le mensonge passe dans l'Histoire. Il faut se remémorer que depuis les anciens, et selon Saint Augustin, le mensonge n'est pas une simple absence de la vérité, il est le contraire de la vérité. Il est une falsification et non seulement une privation de la vérité. Il existe dans le mensonge un élément d'activisme et d'agressivité ; puisque mentir ne revient pas simplement à percevoir la réalité d'une façon erronée, mais à affirmer l'existence de ce qui n'est pas ou à nier l'existence de ce qui est. Le mensonge relève ainsi du mode d'action volontaire. Au sein de cette construction fictive de l’histoire, l'infériorité de la femme est présentée comme un fait naturel, enraciné dans la différence des sexes sur la base de spécificités physiologiques constatées. C'est en déconstruisant cette « archéologie objective de notre inconscient » dont parle Pierre Bourdieu et en se réappropriant son histoire que la femme musulmane pourra disposer des armes théoriques nécessaires à ses luttes historiques.

C’est aussi en reparcourant à rebours tout le chemin tracé, marqué, imposé par la tradition qui est passé du Coran au corpus officiel clos des textes sacrés, au corpus interprété, c’est-à-dire aux exégèses et commentaires de la communauté savante des Oulémas que nous dévoilerons les mystifications dont a été victime la femme musulmane.

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La problématique des rapports entre  la femme et la politique en islam est au cœur de cette réflexion qui tentera de présenter une sorte d’état des lieux portant sur des débats qui ont marqué ces dernières années et qu’une actualité brûlante ne cesse de remettre sur le tapis.

L'implication des femmes dans l'histoire musulmane a souvent été occultée. Pourtant l'impact des femmes dans l'avènement de l’islam, dans sa propagation, dans ses luttes est primordial.

Certaines femmes comme Khadija, Umm Salama, Aicha etc.… ont joué un rôle décisif.

Khadija, première épouse du prophète (et pendant qu'elle vécut son unique femme) était fille de Kuwaylid, du clan mekkois des Assad de Kuraych.

Avant son mariage avec le prophète, elle avait eu deux maris : Abu Hala al Tamimi dont elle divorça, et Abdallah Ben Utayyik qui l'a laissée veuve.

Khadija possédait une fortune personnelle qu’elle gérait seule. Cela est peut-être du aux structures matriarcales qui subsistait en Arabie. Les historiens relatent que la sœur de Khadija avait une fille qui portait le nom de sa mère : Umayma bent Rokayya ce qui voulait dire que la descendance se faisait encore par la mère en ce temps là. Cette pratique était courante et certains rois portaient le nom de leur mère comme le roi Omar ibn Hind. Le prophète lui-même était fier de descendre des femmes de sa tribu et avait coutume de dire : « Je suis le fils des El Awatek de la tribu de Solayman (Atika bent Hilal , Atika bent Mora et Atika bent El Awkass , toute femmes de cette tribu) ».

Femme d’affaire, héritière d'une grosse fortune léguée par son précédent mari, elle la faisait fructifier en investissant dans des opérations de commerce international.

Femme de caractère, elle se réservait la liberté de choisir librement son époux. C'est ce qu'elle fit lorsqu'elle décida d'épouser le prophète. Elle envoya auprès de lui une émissaire, Nefissa pour le demander en mariage.  L'historien Ibn Saad a rapporté les paroles de Nefissa « elle me dépêcha en secret auprès de lui avec une proposition de mariage. Et il accepta ». Le prophète vécut vingt cinq années avec Kadhija sous le régime de la monogamie

Le contrat de mariage de Khadija et du prophète avait été établi pour elle par son oncle Amor Ben assad.

Son mariage avec le Prophète marqua un tournant important dans l’histoire de l’islam.

Khadija aida le prophète, l’encouragea en lui donnant confiance en lui-même et en sa mission. Après l’appel à la prophétie, elle fit part de l’événement à son parent, Waraka ibn Nawfel qui était chrétien. Ce dernier lui déclara que cette expérience était semblable à celle de Moise recevant la Loi.

Aicha, la mère des croyants, rapporte ces événement graves : « la Révélation se manifesta d'abord au Prophète sous la forme de visions pieuses qu'il avait dans son sommeil …L'ange lui apparut…et lui dit : "Lis au nom de ton Seigneur qui a crée, crée l'homme d'une adhérence ; lis et ton Seigneur est le Très-Généreux ».

Le prophète revint chez lui avec ces versets, le cœur palpitant ; il entra chez Khadija bint Khouwaylid et s'exclama : « enveloppez moi, enveloppez moi ». On l'enveloppa jusqu'à ce que son effroi se dissipe. Il annonça alors la nouvelle à Khadija, lui disant « J'ai cru que j'en mourrais ! » Khadija répondit : « Non, par Dieu, jamais Dieu ne t'infligera d'affront; tu préserve les liens de parenté, tu soutiens les faibles, tu donnes aux pauvres, tu héberges les hôtes, et tu aides à parer les coups du sort. » Khadija emmena alors le prophète chez Waraqa ibn Nawfel ibn asad ibn abd al Ouzza, un cousin à elle. C'était un homme qui avait embrassé le christianisme à l'époque préislamique. Il savait écrire l'écriture hébraïque, et écrivait en hébreu ce que Dieu avait voulu qu'il écrive de l'évangile. C'était un vieillard âgé, devenu aveugle. Khadija lui dit : « Mon cousin, écoute le fils de ton frère. » Waraqua lui demanda : « Qu’as-tu fils de mon frère ? » Le Prophète lui raconta ce qu'il avait vu. Waraqua lui dit alors : « Cet ange est celui que Dieu a envoyé à Möise. Que ne suis jeune et vigoureux ! Comme je voudrais être encore en vie, quand ton peuple te chassera ! » Le Prophète demanda : « Mon peuple va-t-il donc me chasser ? ». Il lui répondit : « Oui, jamais un homme n'a apporté ce que tu apportes sans être persécuté. Si je vis encore ce jour là, je t'aiderai de toutes mes forces. » Waraqua mourut peu après, et la Révélation marqua une pause. (Rapporté par al Boukhari et Mouslim dans Livre du début de la Révélation au Prophète). 

Par ailleurs, Khadija a su apporter au Prophète tout l’appui psychologique et tout le soutien logistique dont il avait besoin. Adepte de la nouvelle religion alors même qu’elle était encore secrète, Khadija a participé à la lutte clandestine en territoire ennemi.

Aussi bien sur le plan objectif des rapports de forces que sur le plan subjectif de la psychologie individuelle, la personnalité de Khadija, mère des croyants, a été une donnée incontournable de la destinée de la religion musulmane.

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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.

ahikbal@yahoo.fr

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dimanche 8 mars 2009

Arabie Saoudite : début des réformes ?

Le roi Abdallah d’Arabie Saoudite a annoncé il y a quelques semaines des réformes jugées « historiques » par certains. Premier haut poste pour une femme saoudienne, intégration de toutes les écoles sunnites dans le Conseil des grands oulémas, limogeage de certaines personnalités radicales du régime. Pour Le Monde, ces réformes témoignent de la volonté du roi de faire reculer le conservatisme.

Affaire à suivre...

Le roi Abdallah veut réformer l’éducation

et la justice saoudiennes

Un gouvernement remanié, des institutions religieuses renouvelées, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a repris l’initiative en s’attaquant au conservatisme dans deux secteurs stratégiques : l’éducation et la justice, dotés de nouveaux ministres le 14 février. Après la longue régence provoquée par la maladie de son prédécesseur, son demi-frère Fahd, à partir de 1995, l’accession au trône, en 2005, de ce prince héritier longtemps considéré comme un conservateur avait été marquée par une indéniable volonté de réforme et d’ouverture. La nomination d’une universitaire aguerrie, formée en Arabie saoudite et aux Etats-Unis, Noura Al-Fayez, à un poste de vice-ministre de l’éducation montre que le roi n’a pas renoncé à forcer son royaume, A commencer par ses cadres religieux, à un peu plus d’audace. Certes, la vice-ministre n’aura pour domaine de compétence que l’enseignement féminin (qui emploie l’écrasante majorité des femmes actuellement actives), mais cette promotion n’en est pas moins historique dans un pays où les femmes ne disposent toujours pas du droit de conduire et où la séparation des hommes et des femmes, dans les lieux publics reste la règle. Cette nomination s’ajoute à des signes plus discrets, comme la possibilité pour les femmes de s’affranchir pour les déplacements à l’intérieur du royaume de la présence obligatoire du tuteur (mahram) qui doit les accompagner ordinairement. La vice-ministre aura pour supérieur hiérarchique le prince Fayçal Bin Abdallah Bin Mohammed, mari d’une fille du roi, Adilah (très engagée dans la Question des droits des femmes) et ancien haut responsable des services de renseignement, ce qui témoigne de l’attention portée par le royaume à l’éducation. Il s’agit en effet d’un secteur stratégique en Arabie saoudite pour les femmes qui peuvent espérer gagner une relative liberté en intégrant une économie en mal de personnel qualifié. Il est tout aussi important pour les hommes, généralement mal formés, même si la « saoudisation » de l’emploi reste officiellement une priorité.

Alors que le roi d’Arabie saoudite s’est montré très volontariste dans le domaine du dialogue interreligieux, vis-à-vis des chiites vilipendés par les cheikhs saoudiens les plus radicaux comme à l’égard des catholiques (visite au Vatican en novembre 2007) ou des juifs (conférence de Madrid en juillet 2008), il a décidé que les quatre écoles sunnites (hanafite, malékite, chaféite et hanbalite) seront désormais représentées dans le Conseil des grands oulémas alors que, jusqu’à présent, ce Conseil était le domaine réservé du hanbalisme, école traditionaliste dont se Réclament aujourd’hui les courants radicaux wahhabite et salafiste. Les nominations auxquelles il a procédé en marge du remaniement ministériel de samedi témoignent également de sa volonté d’aller de l’avant dans le domaine judiciaire. C’est ainsi que Ibrahim Al-Gaith chef de la police religieuse (moutawa), très redoutée mais dont la presse saoudienne a dénoncé de plus en plus ouvertement les excès en 2008, a été évincé. Le chef du Conseil supérieur de la magistrature, Saleh Al Louhaidan, a été également limogé. En poste depuis quatre décennies, il était considéré par les militants des droits de l’homme saoudiens comme hostile à toute évolution du système judiciaire.  

© Extraits Le Monde daté 20 février 2009

Posté par Hamza Belloumi à 14:00 - Islamiqua infos - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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