samedi 25 juillet 2009
Il n’y a plus d’avenir pour l’Etat religieux ?
Tous ceux qui suivent l’évolution de l’islam politique et s’intéressent à la question du rapport entre religion et pouvoir sont interpellés par ce qui se passe en Iran. Les manifestations de masse et leur violente répression soulèvent des interrogations fondamentales. Quelle est la réalité d’une démocratie sous la coupe d’un système religieux qui concentre tous les pouvoirs ? Une démocratie religieuse peut-elle assurer l’égalité de tous les membres de la société quelle que soit leur appartenance confessionnelle ?
Peut-elle tolérer l’opposition populaire ? Et que se passe-t-il si ce régime a mené le pays à un fiasco économique et dilapidé ses richesses ? Par le passé, les théoriciens de l’Etat islamique avaient pour mot d’ordre : “l’islam est la solution”. Ils prenaient pour prétexte que les puissances occidentales les empêchaient d’accéder au pouvoir et que les régimes arabes les jetaient en prison et pratiquaient la torture.
Cela leur permettait de justifier leur violence et leur discours agressif. Beaucoup d’éditorialistes sympathisants disaient qu’on ne pouvait juger de leurs qualités tant qu’on ne les avait pas soumis à l’épreuve du pouvoir. Les librairies du monde arabe étaient remplies de livres sur leurs théories du pouvoir, que ce soit en version sunnite, en mettant en avant le concept du califat [le successeur de Mahomet doit régner sur le monde musulman], ou en version chiite, avec comme fondement le concept du velayat-e faqih [la prédominance du religieux sur le politique].
Dans l’ouvrage du penseur éclairé chiite Tawfiq Al-Saif “La démocratie en pays musulman”, on trouve des choses magnifiques : “[…] Tous les membres de la société sont égaux en droits, qu’ils soient chiites ou sunnites, docteurs ès sciences religieuses ou pas. […] La volonté du peuple est la seule source de légitimité politique et toute décision prise en dehors du peuple est nulle et non avenue. Les préceptes de la loi religieuse […] sont appliqués une fois votés par l’organe législatif […]. L’Etat gère les ressources publiques en tant que représentant du peuple. Il est issu du suffrage universel. Aucun responsable ne détient le pouvoir absolu et ne peut se soustraire au contrôle du peuple.”
Comment ne pas être séduit par un tel modèle ? Hélas, les expériences concrètes de l’islam politique de ces trente dernières années sont totalement contraires à cette belle théorie. Qu’il s’agisse des régimes iranien ou soudanais, des quasi-Etats des talibans en Afghanistan, des mouvements islamistes de Somalie, du Hezbollah au Liban ou du Hamas à Gaza, ou encore de groupes tels que les Frères musulmans en Egypte, de l’armée du Mahdi de Moqtada Al-Sadr en Irak, des houthistes au Yémen ou des islamistes au Pakistan, toutes ces expériences se sont soldées par des échecs flagrants en termes de démocratie et de respect de la volonté populaire. Tous ces groupes ont violemment réprimé leurs opposants, parfois même les membres appartenant à la même mouvance, dès lors que ceux-ci s’opposaient au guide ou au chef de parti. Ils ont pratiqué la diffamation et ont accusé leurs adversaires d’être des traîtres et des agents de l’étranger, exactement comme l’ont fait les régimes autoritaires arabes qui ont pris le pouvoir dans les années 1960. La seule différence est que les uns torturent et exécutent au nom du peuple, alors que les autres le font au nom de Dieu. Sur le plan économique, l’Iran, pays que Dieu a si richement doté en ressources naturelles et humaines, connaît une situation difficile. Au bout de trente ans, le régime religieux n’a pas réussi à tenir ses promesses. L’inflation est galopante, le chômage frappe durement la jeunesse et beaucoup de citoyens sont obligés de rejoindre la diaspora [dans les pétromonarchies arabes] du Golfe, en Europe ou aux Etats-Unis afin de trouver de quoi vivre. Pendant ce temps, les richesses du pays sont dilapidées pour financer des partis alliés à l’étranger [le Hezbollah et le Hamas], pour acheter des armes ou enrichir l’uranium. Quelles leçons peut-on tirer de l’expérience islamique iranienne ? On peut déjà affirmer qu’il n’y a pas d’avenir pour l’Etat religieux. Il fige la société, empêche l’innovation et tue toute joie de vivre. C’est un totalitarisme. Il porte en lui les germes de son propre échec, car il est contraire à l’air du temps, qui tend à supprimer les barrières entre les hommes.
Par : Abdelhamid Al-Ansari
Source : Courrier International d’après Al Jardia (Kuweit)
dimanche 12 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (3)
Téhéran en crise, ou le retour aux sources de
la révolution de 1979
Par : Slavoj Zizek*
Quand un régime autoritaire approche de sa crise finale, sa dissolution suit en général deux étapes.
Avant son effondrement, une mystérieuse rupture se produit : les gens réalisent tout d'un coup que la partie est terminée, et ils cessent d'avoir peur. Non seulement le régime perd sa légitimité, mais l'exercice du pouvoir est perçu comme une réaction de panique impuissante.
Nous connaissons tous la scène classique des dessins animés dans laquelle le chat se trouve au-dessus d'un précipice mais continue de marcher sans tenir compte de l'absence de sol sous ses pattes ; il commence à tomber lorsqu'il baisse les yeux et aperçoit le gouffre. Lorsqu'il perd son autorité, le régime est comme un chat suspendu au-dessus du précipice.
Dans Le Shah (éd. 10-18, 1994), une description classique de la révolution de Khomeyni, Ryszard Kapuscinski situait le moment précis de cette rupture : un manifestant qui se trouvait à un carrefour de Téhéran refusa de bouger lorsqu'un policier lui ordonna de partir, et le policier embarrassé s'en alla ; en quelques heures, tout Téhéran avait entendu parler de cet incident et, bien que les combats de rue se soient poursuivis pendant des semaines, tout le monde savait d'une certaine façon que la partie était terminée. Assistons-nous à quelque chose de similaire ?
Les interprétations de ce qui se passe aujourd'hui en Iran sont multiples. Pour certains, c'est le point d'orgue du "mouvement réformiste" pro-occidental dans le droit-fil des révolutions "orange" en Ukraine, en Géorgie, c'est-à-dire une réaction laïque à la révolution de Khomeyni. Ils soutiennent les protestations car ils les considèrent comme le premier pas vers un nouvel Iran démocratique libéral et laïque, libéré du fondamentalisme musulman.
Pour les sceptiques, au contraire, Ahmadinejad a remporté les élections : il est la voix de la majorité, alors que Moussavi est soutenu par les classes moyennes et leur jeunesse dorée. En bref : abandonnons les illusions et reconnaissons que l'Iran a, en la personne d'Ahmadinejad, le président qu'il mérite. Il y a ensuite ceux qui ne voient en Moussavi qu'un membre de l'autorité cléricale, ne présentant que des différences de pure forme avec Ahmadinejad, décidé lui aussi à poursuivre le programme nucléaire et opposé à la reconnaissance d'Israël ; il a par ailleurs joui du soutien de Khomeyni lorsqu'il était premier ministre durant la guerre contre l'Irak.
Finalement, les plus tristes de tous sont les sympathisants de gauche d'Ahmadinejad : ce qui est en jeu pour eux est l'indépendance iranienne. Ahmadinejad a gagné parce qu'il a défendu l'indépendance du pays, dénoncé la corruption au sein de l'élite et utilisé les richesses provenant du pétrole pour augmenter les revenus de la majorité défavorisée. Il s'agit là, nous dit-on, du véritable Ahmadinejad, derrière l'image véhiculée par les médias occidentaux d'un fanatique négationniste. Ce qui se déroule en Iran ne serait donc qu'une répétition du renversement de Mossadegh en 1953 : un coup d'Etat financé par l'Occident contre le président légitime.
Bien que divergentes, toutes ces versions interprètent les protestations iraniennes selon l'axe de l'opposition entre extrémistes islamistes et réformistes libéraux pro-occidentaux, ce pourquoi il leur est si difficile de déterminer la position de Moussavi : est-il un réformateur soutenu par l'Occident qui veut renforcer la liberté individuelle et l'économie de marché, ou bien un membre de l'autorité cléricale dont la victoire ultime n'aurait aucune répercussion sérieuse sur la nature du régime ? De telles oscillations prouvent qu'ils passent tous à côté de la vraie nature des protestations.
La couleur verte adoptée par les partisans de Moussavi, les cris "Allah akbar" qui retentissent depuis les toits de Téhéran le soir montrent qu'ils voient leur activité comme la répétition de la révolution de Khomeyni, en 1979, comme un retour à ses sources, l'effacement de la corruption ultérieure de la révolution. Ce retour aux sources n'est pas seulement programmatique ; il se rapporte davantage au mode d'activité des foules : l'unité incontestable du peuple, la solidarité générale, l'auto-organisation ingénieuse, l'improvisation de moyens pour exprimer la protestation, le mélange singulier de spontanéité et de discipline, comme la marche menaçante de milliers de personnes dans le silence. Nous avons affaire à un soulèvement populaire authentique des partisans déçus de la révolution.
Nous devons tirer de cet aperçu plusieurs conséquences déterminantes. Premièrement, Ahmadinejad n'est pas le héros des islamistes défavorisés, mais un vrai populiste islamo-fasciste corrompu, une sorte de Berlusconi iranien dont le mélange de rodomontades clownesques et de politique de coercition impitoyable cause un malaise jusqu'au sein de la majorité des ayatollahs. Sa distribution démagogique de miettes aux pauvres ne devrait pas nous induire en erreur : derrière lui se trouvent non seulement les organes de la répression policière et un appareil de communication très occidentalisé, mais aussi une nouvelle classe riche et puissante, fruit de la corruption du régime - les Gardiens de la révolution en Iran ne sont pas une milice populaire, mais une entreprise géante, le plus puissant centre de la richesse du pays.
Deuxièmement, nous devrions établir une claire différence entre les deux principaux candidats opposés à Ahmadinejad, Mehdi Karroubi et Moussavi. Karroubi est un réformiste qui propose en substance une version iranienne de la politique communautariste, en promettant d'octroyer des faveurs à tous les groupes particuliers. Moussavi incarne quelque chose de différent : son nom représente la véritable réanimation du rêve populaire qui soutenait la révolution de Khomeyni, même si ce rêve était une utopie.
Cela signifie que nous ne saurions réduire la révolution de 1979 à une prise de pouvoir des extrémistes islamistes : elle représentait bien plus que cela. Il est temps aujourd'hui de rappeler l'incroyable effervescence de la première année qui suivit la révolution, avec l'explosion époustouflante de créativité politique et sociale, les expériences organisationnelles et les débats parmi les étudiants et la population. Le fait même que cette explosion ait fait l'objet d'une répression démontre que la révolution de Khomeyni était un événement politique authentique, une ouverture momentanée qui libéra les forces inédites de la transformation sociale, un moment où "tout semblait possible".
Suivit alors une fermeture progressive à travers la prise du pouvoir politique par les autorités islamistes. Pour le dire en termes freudiens, le mouvement de protestation auquel nous assistons est le "retour du refoulé" de la révolution de Khomeyni. Enfin et surtout, cela signifie que l'islam renferme un véritable potentiel libérateur : pour trouver un "bon islam", nul besoin de remonter au Xe siècle ; nous l'avons ici, sous nos yeux.
L'avenir est incertain. Très probablement, les détenteurs du pouvoir endigueront l'explosion populaire, et le chat, au lieu de tomber dans le précipice, regagnera la terre ferme. Le régime, loin d'être le même qu'avant, sera juste un gouvernement autoritaire et corrompu parmi d'autres. Quelle que soit l'issue, il est important de garder à l'esprit que nous assistons à un grand événement émancipateur qui excède le cadre de la lutte entre les libéraux pro-occidentaux et les intégristes anti-occidentaux. Si notre pragmatisme cynique devait nous faire perdre la capacité de reconnaître cette dimension émancipatrice, alors nous, Occidentaux, serions en train d'entrer dans une ère post-démocratique, nous préparant à accueillir nos propres Ahmadinejad. Les Italiens connaissent déjà son nom : Berlusconi. D'autres attendent leur tour.
*Slavoj Zizek est philosophe
Source : Le Monde
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
jeudi 9 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (2)
La République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales
Par : Mahdi Mohammadi
Mir Hossein Moussavi a perdu avec une différence de 12 millions de voix une élection dont il affirmait
pourtant avec beaucoup d’aplomb, vingt-quatre heures avant la tenue du scrutin, qu’il était le grand gagnant. Après la proclamation des résultats, face à une majorité de journalistes étrangers, il a immédiatement déclaré que ces élections étaient truquées et qu’il était donc le véritable président de la République iranienne, appelant dans la foulée ses partisans à descendre dans la rue. Comment une personne qui disposait de 40 000 observateurs postés dans tous les bureaux de vote peut-elle prétendre qu’une fraude portant sur des millions de voix a pu avoir lieu, sans produire ensuite le moindre document pour étayer cette thèse ?! Dans un communiqué, M. Moussavi expliquait ainsi que ces élections n’étaient pas valables, parce que M. Ahmadinejad réalisait depuis quatre ans des visites en province, où il rendait justice aux citoyens des classes les plus défavorisées en effectuant des distributions, et qu’en plus il avait osé critiquer des parvenus lors des débats télévisés préélectoraux !
Il y a quelques jours, M. Moussavi a été invité par le Conseil des gardiens de la Constitution [instance qui valide le scrutin] à venir présenter ses arguments et à fournir des éléments de preuve, mais il ne l’a pas fait et a préféré demander à ses partisans de descendre dans la rue. Comment expliquer une telle attitude ? Il déclare qu’il ne fait pas confiance au Conseil des gardiens. Mais alors, s’il n’a pas confiance dans cette institution ni dans le ministère de l’Intérieur, pourquoi donc a-t-il présenté sa candidature à cette élection ? Que doit-on penser d’une personne qui n’a aucun argument tangible mais qui pour autant s’obstine à porter des accusations inadmissibles à l’encontre du régime et continue à exciter les casseurs ? M. Moussavi n’a même pas accepté la proposition du Conseil des gardiens de procéder à un recomptage de 10 % des urnes choisies au hasard. Ce qui se passe ces jours-ci àTéhéran est un mouvement parfaitement orchestré qui n’a rien d’une mobilisation populaire et spontanée, contrairement à ce qu’affirment M. Moussavi et les médias étrangers, qui parlent d’une seule et même voix.
Qualifier ce mouvement de “populaire” est d’ailleurs une insulte pour la population, dont la seule revendication aujourd’hui est qu’on s’en prenne aux casseurs et que la sécurité revienne dans les rues de la ville. Les quelques dizaines de milliers de manifestants qui sont sortis dans la rue lundi 15 juin, croyant que M. Moussavi allait leur fournir des preuves de ses accusations, ont vite compris que ce dernier n’avait rien à dire et que ce rassemblement était juste une bonne occasion de défoulement pour les casseurs au fil du temps. Dès ce moment là, ce mouvement a commencé à s’effriter. Le jeudi 18 juin, il n’y avait déjà plus àTéhéran que quelques milliers de personnes autour de M. Moussavi. Samedi 20 juin, enfin, cette mobilisation se limitait à quelques centaines de vandales, dont la plupart sont aujourd’hui arrêtés. C’est ainsi qu’une grande partie des gens qui ont voté pour M. Moussavi ont, contrairement à ce dernier, pris leurs distances avec ces vandales et s’inquiètent ouvertement de l’attitude d’un personnage qui, avant les élections, en appelait au respect d’une loi qu’il ne reconnaît plus aujourd’hui.
M. Moussavi, qui ne cesse de faire allusion à l’imam Khomeyni et à la révolution dans ses communiqués, devrait nous expliquer pourquoi nos ennemis l’apprécient tellement. Que dirait l’imam s’il était là aujourd’hui et qu’il voyait le peu de cas que M. Moussavi fait du respect de la loi ? Les provocations orchestrées par M. Moussavi ne sont-elle pas exactement ce que veut l’ennemi ? Les violences ne se sont-elles pas produites à la suite de ses rassemblements ? Tous les communiqués appelant au calme que M. Moussavi a pu diffuser ne diminuent en rien sa responsabilité dans ces débordements. S’il ne veut pas que son cas s’aggrave, il a intérêt à retrouver le plus vite possible la voie de la raison, car la République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales.
Source : Courrier International d'après Kayhan.
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
lundi 6 juillet 2009
Iran : Le débat est ouvert (1)
Nombreux sont les commentaires et analyses sur la situation en Iran depuis les évènements que connaît la République islamique suite à la proclamation des résultats des élections présidentielles du 12 juin. Nous avons choisi de vous présenter une petite sélection de ce qui a été écrit. Et afin de vous permettre de vous faire votre propre opinion sur ce qui se passe en Iran et les répercussions que cela peut avoir (à moyen et à court terme) sur la Révolution islamique d’une part et la région entière d’autre part, nous avons choisi de vous donner aussi une idée sur ce que les conservateurs et les supporters du régime iranien pensent. Ainsi, sous le titre « La République islamique ne se laissera pas dicter sa loi par une petite bande de vandales », nous vous présenterons le point de vue du quotidien iranien ultra conservateur Kayhan pour lequel les manifestants et leur chef Moussavi ne sont autres qu’ « une bandes de vandales » qui menacent les institutions de la République islamique. (2ème partie du dossier)
Moins enflammé et plus objectif sera le point de vue du philosophe Slovaj Zizek qui pense qu’ « il est important de garder à l'esprit que nous assistons à un grand événement émancipateur qui excède le cadre de la lutte entre les libéraux pro-occidentaux et les intégristes anti-occidentaux. » (3ème partie du dossier)
Mais pour commencer ce dossier, je vous suggère la lecture de l’article de l’écrivaine iranienne Fariba Hachtroudi. L’auteure revient sur les conditions des intellectuels-opposants au régime et montre qu’en Iran, tout le monde n’est pas partisan de la République islamique. (1ère partie du dossier)
Bonne lecture
H.B
Quand les dignitaires du clergé s'inquiètent au nom de l'islam
Par : Farida Hachtroudi*
"Vous ne regrettez pas d'avoir présenté une théocratie qui pratique les lois de la charia dont la
lapidation ?" Je pose cette question à un haut fonctionnaire démissionnaire du ministère des affaires étrangères de la République islamique qui a quitté sa retraite provinciale pour "voler à mon secours", selon ses dires !
Nous sommes à Téhéran à la fin du mois d'avril. C'est le troisième voyage légal que j'effectue dans mon pays natal, après trente ans d'exil. La troisième fois donc que je prends le risque de rentrer au pays sans garantie de pouvoir ressortir. Et la première fois que, aussitôt passé la douane, un lebass chakhssi(agent de renseignement en civil) du bureau de la présidence a confisqué mon passeport.
Lors de mon premier voyage, en décembre 2006, j'avais eu droit aux interrogatoires, assez courtois, émaillés de tactiques d'intimidation et d'opérations de charme censés me faire comprendre qu'un "témoignage objectif"(entendre par là un livre en faveur de la République islamique !) faciliterait mes séjours ultérieurs au pays..."
En 2008, sort mon témoignage sur l'état des lieux et le paysage plutôt sombre qui constituent le quotidien des Iraniens. Paupérisation et fléaux sociaux (chômage, prostitution, suicide, drogue, etc.). Je dénonce - comme auparavant - la société du mépris qu'imposent les dirigeants à leur peuple. Je réitère mes prises de positions irréversibles en faveur de la laïcité, de l'abrogation de toutes les lois de la charia, seul moyen de pouvoir accéder au statut égalitaire entre l'homme et la femme, du respect des droits de l'homme - qui pour moi ne sauraient être plus islamiques que chrétiens ou juifs ; je salue la jeunesse devenue les acteurs majeurs du dynamisme fabuleux de la société civile, je persiste et signe en affirmant que le régime des mollahs a beau se targuer de son succès géopolitique régional et international, il ne pourrait survivre au mécontentement populaire grandissant et au ras le bol de la jeunesse.
Je reconnais enfin que la fraction du régime dite des "réformateurs modérés" est consciente du danger que font courir à leur République les jusqu'au-boutistes de Mahmoud Ahmadinejad. Donc, quoi de plus naturel qu'aux yeux du "barbu" de l'aéroport, je reste "cette ennemie de Dieu"non repentie, avec un passif d'ex-militante du Conseil national de la résistance dirigé par les "terroristes" des Moudjahidins du peuple. "Quant à moi, j'essaie de faire entendre à ceux qui veulent vous donner la leçon de votre vie que ce n'est peut-être pas une bonne idée et surtout pas le bon moment !" me dit le haut fonctionnaire, et d'ajouter "retenir ou emprisonner une écrivaine franco-iranienne, alors qu'ils ne savent déjà plus que faire de la journaliste irano-américaine à la veille de l'élection présidentielle, serait contre-productif". Il dénonce avec un étonnant franc-parler l'esprit et l'idéologie arachnéenne des réseaux liés à Ahmadinejad, qui risque de mener le pays au bord du chaos et conclut qu'il s'active jour et nuit pour la campagne de Mir Hossein Moussavi.
D'autres supporteurs du candidat, très introduit dans les cénacles de la ville sainte de Qom me parlent des convictions messianiques d'Ahmadinejad, lequel, selon eux, aspire à une confrontation ouverte avec l'Occident tant il est convaincu que, grâce à l'aide providentiel du Douzième Imam (le retour du messie), l'islam sortirait vainqueur de toute guerre éventuelle contre l'hérésie. Ne diabolisent-ils pas tous Ahmadinejad ? Non, me dit un de ces grands ayatollahs que je rencontre peu après.
L'homme, qui avait un poste de première importance au début de la révolution auprès de l'ayatollah Khomeyni, connaît mon passé, mes écrits et mon problème de passeport confisqué ! Il m'explique : "La toile de fond de la guerre actuelle est faite du conflit entre les partisans d'une République islamique et ceux d'un gouvernement islamique."
Traduction : dans un gouvernement islamique, la seule source de légitimité est la charia et le seul décisionnaire est le "Guide" (en l'occurrence Ali Khamenei). Dans une République islamique, c'est la volonté populaire par le biais des institutions républicaines qui devrait primer. Ces institutions sont par ailleurs tenues de respecter la Constitution qui n'est pas discriminatoire envers les autres religions ou ethnies du pays. Les hauts dignitaires du clergé critiquent de plus en plus ouvertement le règne du jurisconsulte (ou l'autorité d'un seul homme - le "Guide" suprême) au-dessus des institutions. C'est au nom de l'islam et pour la sauvegarde de celui-ci que nombre d'entre eux s'inquiètent.
Au chapitre de la liberté d'expression, je lui demande si un écrivain publie un roman dans lequel le Douzième Imam serait une femme, cette oeuvre imaginaire pourrait-elle être considérée comme une insulte au Douzième Saint chiite et, si oui, quelle serait la peine de l'infortuné ? Si l'ayatollah n'est pas d'accord avec moi sur l'appellation de roman, pour désigner une oeuvre s'inspirant de la réalité il m'assure que, pour lui, à un écrit, fût-il supposé blasphématoire, l'on se doit de répondre et de débattre au moyen d'un autre écrit. Et qu'il est, lui, opposé à la proclamation d'une fatwa de mort à l'encontre des gens de plumes. "D'après le Coran, seule l'insulte au Prophète mériterait le châtiment suprême à condition que l'on en puisse prouver le caractère blasphématoire... Mais, selon les lois édictées par ces messieurs - entendre par là ses propres congénères dans le saint des saints du pouvoir - la peine de mort est étendue aux cas d'injures prononcés contre les Douze Imam. Et pourquoi serait-ce une injure que de stipuler qu'une femme puisse être le messie attendu ? N'injurie-t-on pas la moitié de l'humanité dans ce cas ?" L'ayatollah me répond que pour le Coran, homme et femme sont égaux devant Dieu !
Pour qui votera-t-il le 12 juin ? Pour Moussavi ! Est-ce pour reprendre sa carrière politique avortée avec les conservateurs ? "Non madame, c'est pour contribuer à faire sortir le pays de l'impasse !"
Cet avis est partagé par les artistes, poètes, écrivains, scientifiques et intellectuels, dont nombreux anciens étudiants et proches de mon père, mobilisés pour le vote du 12 juin : "Avec Moussavi, il y a un espoir. Les dirigeants ne peuvent plus être à la traîne d'un peuple jeune, fier de sa culture et qui se réclament de l'iranité autant sinon plus que de l'islam."
Le vieux professeur R., 70 ans, croyant et pratiquant, ancien élève de mon père, est aussi un haut responsable d'une université scientifique du pays. Quand j'évoque les chances que certains accordent à Ahmadinejad, il rétorque "raison de plus pour mobiliser les étudiants, comme il mobilise ses miliciens fanatiques". Et de réciter avec émotion le testament moral de feu le professeur Hachtroudi, prononcé à l'université de Téhéran deux ans avant la révolution. "Je félicite la vaillante jeunesse, porte-drapeau du savoir en Iran, au service duquel nous fûmes (...). Si les conventions le permettaient, je souhaiterais que ma dépouille soit enterrée dans l'enceinte de l'université pour être à jamais le réceptacle de la terre soulevée par la marche de la jeunesse."
Aujourd'hui, on massacre, une fois de plus, cette jeunesse qui n'aspire qu'à la dignité et on emprisonne ceux qui osent la défendre. J'appelle, humblement, le corps enseignant français et les Prix Nobel de physique à soutenir leurs collègues en Iran qui, au risque de leur vie, sont mobilisés derrière la jeunesse iranienne.
* Fariba Hachtroudi est écrivaine
Source : Le Monde
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
vendredi 3 juillet 2009
Iran : volonté de changement ou manipulations extérieures ?

Pour le régime iranien, les contestations seraient conduites de l’étranger par la CIA qui financerait plusieurs des participants aux manifestations.
► Cette prise de position vous semble elle réaliste ?
► Est-ce vrai -selon vous- que les Etats-Unis se trouvent derrières toutes les perturbations que connaît l’Iran depuis les élections du 12 juin ?
► Ou bien il s’agit de l’éternel recours à la « théorie du complot » d’un régime en perte de légitimité ?
Pour répondre à ces questions, merci de laisser vos commentaires et / ou de participer au sondage ci-dessous :
lundi 29 juin 2009
Nejad a gagné mais… la révolution est en danger

En découvrant le taux de participation historique (85 %) aux élections présidentielles du 12 juin, on s’attendait à un vote massif en faveur du candidat (le moins conservateur) Mir Hussein Moussavi, soutenu par les réformateurs et tous ceux qui étaient contre la politique de Ahmedinejad. Soutenant
l’idée que les électeurs ne se déplacent massivement que pour changer un gouvernement, nombreux sont ceux qui ont émis cette idée et ont criés –bien avant la proclamation des résultats- aux fraudes massives, et parmi eux Moussavi en personne qui avait tiré la sonnette d’alarme dès les premières heures de l’ouverture des bureaux de vote.
Malgré cela et en dépit de l’auto-proclamation de sa victoire dans les élections, Moussavi aurait perdu –selon les résultats officiels- avec plus de 11 millions de voix de différence et n’aurait ainsi recueilli que 34 % des voix des électeurs, très loin derrière le président sortant.
Les arguments de fraudes ont été nombreux, plusieurs sont réalistes et d’autres pas du tout mais je pense que le Guide de la révolution n’a pas tort lorsqu’il déclare qu’on ne peut pas frauder 11 millions de voix. Il est donc (presque) sur que Ahmedinejad a remporté les élections, mais comment ?
Car, si on est d’accord pour dire que le président sortant n’a pas pu inventer de toute pièce 11 millions d’électeurs, il est incontestable que ce président populiste n’a pas eu seulement le soutien massif des classes les plus pauvres et des ruraux (33% de la population) mais surtout celui du Guide et des Gardiens de la révolution.
Pour ce qui est du Guide, l’Ayatollah Ali Khamenei, il a déclaré deux semaines avant les élections qu’il soutiendra le candidat qui affronte les grandes puissances, mène un train de vie modeste et n’a peur de rien. Autrement dit, Ahmedinejad.
Cette déclaration, ainsi que plusieurs autres signes de soutien à Nejad seront d’une importance capitale dans l’orientation du vote des iraniens. Car, il ne faut pas l’oublier, que la parole du Guide dans l’Iran de Wilayat al faqih (« le gouvernement des doctes ») est sacrée et que des millions de fidèles la suivent à la lettre. Ainsi, si le Guide soutient un candidat donné, cela veut dire des millions de voix supplémentaires pour ce candidat.
Concernant les Gardes de la révolution, dont le nombre de toutes les fractions confondus serait au alentour d’un million et qui -par le biais de leur contrôle d’un bonne partie de l’économie de l’Etat (un tiers selon certains)- exercent une influence considérable sur des millions d’iraniens, ils ne pouvaient admettre la victoire d’un ‘‘réformiste’’ qui pourra mettre un terme à leur ambitions militaires (le nucléaire) et stratégiques (l’exportation de la révolution et le soutien du Hezbollah et du Hamas) en les privant de la manne financière secrète dont ils bénéficient (selon le rapport 2009 de l’office national chargé des audits, 1 milliard de dollars des revenus du pétrole a disparu. Les principaux bénéficières ne sont autres que les gardiens de la révolution dont le financement n’est connu que par quelques personnalités iraniennes dont le Guide de la révolution).
Ainsi, à travers le soutient de ceux qui se retrouvent dans ce personnage populiste, auquel s’ajoute le soutien du Guide, des gardiens de la révolution et de leurs partisans, Ahmedinejed est certainement parvenu a remporté les élections présidentielle du 12 juin dernier.
Mais qu’en est-il de l’avenir de la république islamique ?
En voulant préserver -à tout prix- l’institution de la présidence sous la tutelle des ultraconservateurs, le régime ne met-il pas en danger l’ensemble des institutions de la république islamique ?
Ramine Kamrane et Fréderic Tellier ont écrit dans un livre intitulé « Iran : les coulisses d’un totalitarisme » une idée « en apparence paradoxale » selon laquelle « Les crises générées par Téhéran protègent plus qu’elles n’exposent le régime islamique tant que la communauté internationale les appréhende au coup par coup, indifférente au dessein qui les relie. Elles détournent de la question du régime. » (p.21) Car, aux yeux des auteurs, tout ce qui se fait en Iran depuis la révolution de 1979 n’est autre qu’une mise en scène qui ne vise que la protection du régime islamique.
Et cela semble bien réussir jusqu’aux élections de 2005 : « Cette faculté de l’événement à occulter la question du régime est illustrée une nouvelle fois avec l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadi Nejad, nouveau président de la république islamique d’Iran depuis juin 2005. tant que le monde croit à un tournant majeur de la vie politique iranienne, tant qu’il voit dans l’avènement de cet ultra dont il prend systématiquement soin de souligner sa fidélité aux idéaux de la révolution – comme si cette fidélité ne concernait que lui et quelques proches, comme si elle était en soi une exception au sein du personnel de la république islamique, la source de tous les problèmes rencontrés par la communauté internationale avec Téhéran-, alors toute la vigilance porte sur un homme plutôt que de porter sur un système, elle se concentre sur ce qu’elle juge être une politique individuelle au détriment de la logique collective de la république islamique. » (p.22)
Cette analyse des auteurs était très pertinente à partir du moment où jusqu’aux élections de 2005 « le sommet de l’Etat iranien n’était menacé par aucune surprise venue des urnes. Les ‘‘surprises’’ iraniennes ne peuvent en théorie concerner que le personnage –secondaire dans l’édifice institutionnel iranien- du président de la République. »(p.33)
Mais avec les événements que connaît l’Iran depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles, c’est désormais le régime dans sa totalité qui est menacé.
Car, la division que connaît (pour la première fois de son histoire) la république islamique après ces élections témoigne de l’existence d’une menace réelle pour le régime islamique. En effet, depuis sa naissance en 1979, jamais la révolution iranienne n’a connu une division aussi flagrante : Pour la première fois de son histoire les manifestants défient non seulement le pouvoir exécutif mais aussi le guide de la révolution. Pour la première fois, des religieux iraniens s’opposent ouvertement aux injonctions du guide Ali Khamenei, et pour la première fois on s’interroge sérieusement sur l’avenir de l’institution du Guide suprême.
Ce tremblement qui risque de toucher les fondements même de la république islamique ne provient pas seulement des manifestations face aux résultats des dernières élections, mais d’un certains nombre d’éléments déclenchés par ces manifestations :
1- L’opposition entre le Guide Ali Khamenei et un grand nombre de personnalités influentes du régime islamique :
L’histoire remonte à 1989, date de la mort de l’Ayatollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. A l’époque, sa succession n’avait pas été envisagée surtout que son dauphin présumé l’Ayatollah Ali Montadiri est tombé en disgrâce -quelques mois seulement avant la mort du Guide- pour avoir ouvertement critiqué l’assassinat de milliers d’opposants politiques dans les prisons iraniennes. Une prise de position qui provoquera les foudres du Guide pour lequel Montadiri est un « naïf » qui « n’est pas un homme d’Etat capable de diriger un pays ».
C’est ainsi que le choix du guide après la mort de Khomeiny revenait à l’Assemblée des experts présidée par Hachemi Rafsandjani qui fera tout pour faire élire Khamenei au poste du Guide alors même qu’à l’époque ce dernier n’était pas considéré comme la plus haute personnalité religieuse de l’Etat. Dans une déclaration à Newsweek, un témoin de l’époque jure que « sans le soutien de Rafsandjani, jamais M. Khamenei n’aurait accédé au poste de Guide suprême. J’ai vu comment il a travaillé jour et nuit afin de convaincre les membres de l’Assemblée des experts et les grands Ayatollah de soutenir Khamenei. Et malgré que M. Khamenei n’avait pas les compétences religieuses requises pour le poste, les mollahs ont donnés raison à Rafsandjani parce qu’ils lui faisaient confiance. Il est incontestable donc que M. Khamenei doit son poste à Rafsandjani. »
Or la relation entre les deux hommes va se dégrader très vite et Rafsandjani qui s’attendait à un petit geste de reconnaissance pour ce qu’il a fait, découvre avec stupeur -à l’occasion de sa candidature aux élections présidentielles de 2005-, que le Guide –avec lequel il est désormais en désaccord sur plusieurs sujets- a choisi de soutenir le maire de Téhéran, le populiste Ahmedinejad.
Rafsandjani n’a jamais pardonné au Guide ce soutien et a critiqué durant les 4 dernières années les politiques de Nejad. Il ira même jusqu’à soutenir les réformateurs et leurs candidats. Désormais ce qu’il vise c’est la chute de Nejad et après lui (probablement) celle de … Khamenei. Car, a en croire certains, Rafsandjani aurait pensé durant les premières journées des manifestations à destituer le Guide (à travers l’Assemblée des experts). Mais il aurait renoncé à le faire, sachant qu’une telle décision conduirait à la chute de l’ensemble des institutions de la république islamique.
Rafsandjani est certes le personnage le plus influent qui critique désormais ouvertement les prises de positions du Guide, mais il n’est pas le seul. Plusieurs religieux n’hésitent plus à le faire profitant des erreurs du Guide dans la gestion de la crise et surtout de son manque de charisme.
2- L’absence de charisme du Guide de la révolution :
Comme le souligne Christopher Dicky dans Newsweek, pour ceux qui ont connus le fondateur de la République islamique, l’Ayatollah Khomeiny, le guide actuel de la révolution n’est qu’un faible successeur du formidable orateur que fut Khomeiny. L’homme qui ne possède aucun charisme a été considéré au départ un ‘‘Guide de passage’’ qui n’occupera les fonctions que jusqu'à ce qu’une personne plus compétente le remplace. Mais il a su durant deux décennies garder sa position à travers l’instauration d’un équilibre entre les différentes institutions et en se montrant au-dessus des mêlées. Seulement, avec son soutien explicite à Ahmadinejad, le Guide a transgressé les règles qu’il s’était imposé donnant à ses adversaires les arguments pour le critiquer et contester ses injonctions. Le signe le plus important de cette révolte est sans doute ce qui s’est passé dans la prière du vendredi 19 juin. Ali Khamenei a ‘‘ordonné’’ à tous les candidats (y compris Nejad et Moussavi) d’assister à la prière sous sa conduite et a invité pour l’occasion les médias étrangers afin de montrer l’unité de la classe politico-religieuse iranienne derrière son guide suprême. Peine perdue, car Moussavi et Karoubi n’ont pas donné suite à l’invitation du guide montrant au grand jour non seulement leur opposition à la victoire de Nejad mais aussi leur refus de la prise de position du Guide.
Ainsi, nous voyons comment, alors même que l’institution de la présidence de la République n’est que secondaire dans l’organisation du pouvoir iranien, la volonté des ultraconservateurs de la garder sous leur influence les a conduits à truquer des élections qu’ils auraient de toute façon gagnées. Faisant entré le pays dans une crise de laquelle la République islamique ne sortira pas indemne.
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
dimanche 21 juin 2009
Iran : Bain de sang en perspective ?

Dans la crise qui oppose le pouvoir aux contestataires des résultats des dernières élections présidentielles, ‘‘Les gardiens de la Révolution’’ se sont illustrés par leur violence (tuant plusieurs personnes dès les premières heures de protestations) amplifiant ainsi la colère de milliers d’iraniens qui continuent de descendre dans les rues malgré tous les avertissements du pouvoir.
Les Bassidjis, membre des gardes révolutionnaires sont un groupe d’autodéfense progouvernemental composé par une multitude d’entités dont certaines sont officielles comme l’Ansar Hezbollah et d’autres contrôlées par des religieux iraniens.
Personne ne connaît réellement le nombre exact des effectifs des Bassidjis mais certains le chiffre à plus d’un million.
Violence aveugle. Les pratiques des Bassidjis face aux manifestants sont très contestées par l’opposition : absence d’uniformes (ils sont souvent « en civil »), utilisation de tuyaux, de bars de fer, de matraques et parfois même d’armes à feu dans la répression des protestataires sont des pratiques courantes. Dernier exemple en date de cette violence aveugle des gardiens de la Révolution : le 20 juin et alors que les forces de sécurité régulières ont reculés par moments devant les manifestants leur demandant de rentrer chez eux afin d’éviter un carnage, plusieurs témoins affirmaient que les Bassidjis continuaient à repriser les protestataires à coup de matraques et de gaz lacrymogène.
Témoignant des événements du 20 juin, dans un pays ou la presse est interdite de rendre compte des manifestations anti-gouvernementales, une étudiante de l’Université de Téhéran affirme que « les bassidjis empêchaient les gens d'avancer. (...) De temps en temps, quelqu'un provoquait la foule et du coup les bassidjis se ruaient vers les manifestants en donnant des coups de matraque sans se soucier de savoir si c'était une femme ou un enfant qui les recevait... (...) Nous nous sommes avancées vers la place Vali Asr où les bassidjis nous attendaient en nombre. »
Feu vert. Contrairement à sa condamnation vendredi 19 juin des manifestations, le Guide suprême n’a rien dit sur les méthodes utilisées par les Bassidji face aux milliers de manifestants. Certains considèrent même que cette absence de condamnation est un feu vert donné par l’Ayatollah Khamenei pour réprimer les contestataires.
Mais au-delà du fait d’être considéré comme des forces pro-gouvernementales, certains pensent que la réalité du pouvoir et la pérennité de la république islamique en Iran se trouve entre les mains des gardiens de la révolution qui sont devenus –avec leur organisation- des intouchables.
Ainsi, malgré sa très grande considération pour leur rôle et son immense respect de l’organisation, le président iranien Ahmadinajad a échoué en 2005, à cause du refus des gardiens de la révolution, à intégrer leur organisation dans un organe officiel avec un budget officiel.
Avec le pouvoir qu’ils détiennent, leur nombre impressionnant et leur recours massif et aveugle à la violence, les Bassidjis pourraient provoquer un bain de sang si les manifestants continuent de montrer leur opposition aux résultats des élections présidentielles.
© Islamiqua avec The New York Times et Le Monde
mardi 16 juin 2009
Iran : scènes de révolution dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale
Dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale depuis la révolution islamique de 1979, aux cris de " Mort au dictateur" plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahis lundi 15 juin les rues de Téhéran afin de contester les résultats de l’élection présidentielle iranienne selon lesquelles le président sortant Ahmadinejad aurait gagné avec plus de 63 % des voix.
Malgré l’interdiction officielle de toute manifestation par le ministère de l’intérieur iranien qui avait signalé qu’il fera porter la responsabilité de tout débordement à Moussavi en personne, ce dernier et ses supporters n’ont pas hésités à descendre, pacifiquement, par dizaines de milliers dans les rues de la capitale Téhéran. Pourtant, le calme ne durera pas longtemps puisque les forces de la milice islamique du Bassidj aurait fait feu contre les manifestants faisant un mort et plusieurs blaisés selon des photographes.
Mir Hossein Moussavi, qui conteste la victoire d'Ahmadinejad, a participé à la manifestation. Juché sur le toit d'une voiture, il a appelé à l’annulation des résultats des dernières élections et s'est dit "prêt à participer de nouveau à une élection présidentielle". L'ancien premier ministre continue d'affirmer que le scrutin était truqué et a déposé un recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution dimanche pour obtenir l'annulation des résultats.
La colère des iraniens en images :









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samedi 14 février 2009
Les grandes dates de la république islamique
16 janvier 1979 : Après plusieurs mois de manifestations, le chah d’Iran part en exil.
1er février : L’ayatollah Khomeyni fait un retour triomphal en Iran. Des millions de personnes l’accueillent à l’aéroport de Téhéran.
11 février : La victoire de la révolution islamique est proclamée, le 22 bahman du calendrier iranien.
4 novembre : Un groupe d’“étudiants” islamistes occupe l’ambassade des Etats-Unis et prend en otages 63 diplomates américains.
7 avril 1980 : Les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec la République islamique et imposent des sanctions économiques.
22 septembre : L’Irak ouvre les hostilités en envahissant le sud de l’Iran. Le conflit durera huit ans, faisant 1 million de morts.
20 janvier 1981 : 52 diplomates américains, qui ont été retenus en otages 444 jours, sont libérés.
21 juin 1981 : Khomeyni destitue le premier président de la République islamique, Abolhassan Bani Sadr.
28 juin 1981 : Attentat dit “du 7 tir”, selon le calendrier iranien, au siège du Parti de la République islamique. L’ayatollah Behesti, un des théoriciens du régime, est tué.
2 octobre 1981 : Ali Khamenei devient président.
4 mai 1982 : Le parti communiste Tudeh est dissous. A partir de là, et jusqu’en 1985-1986, les anciens révolutionnaires de gauche sont persécutés.
18 juillet 1988 : L’ayatollah Khomeyni accepte de boire “la coupe de poison”, selon ses termes, c’està- dire la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui met fin à la guerre Iran-Irak.
4 juin 1989 : Mort de Khomeyni. Ali Khamenei devient guide suprême, au détriment de l’ayatollah Ali Montazeri. Celui-ci avait été élu en 1985 par l’Assemblée des experts pour succéder à Khomeyni. Mais le leader de la révolution islamique avait rejeté ce choix, dans une lettre de 1988, Montazeri s’étant montré critique à l’égard du pouvoir.
28 juillet 1989 : Ali Akbar Hachemi Rafsandjani devient président de la République. Il adopte une politique pragmatique d’ouverture économique, mais, sur le plan politique, il multiplie les assassinats d’opposants, notamment à l’étranger.
23 mai 1997 : Le réformateur Mohammad Khatami est élu président, sur un programme de réformes. La date de son élection, le 2 khordad, est le nom du mouvement qui rassemble encore aujourd’hui ses partisans.
1998 : Série de meurtres visant des intellectuels critiques du régime. Selon les autorités, un élément “isolé” des services de renseignements, Saïd Emami, est à l’origine de ces meurtres.
9 juillet 1999 : Les manifestations d’étudiants commencent le 18 tir du calendrier iranien, à la suite de la fermeture du journal réformiste Salaam. Ces manifestations sont durement réprimées.
Août 2002 : L’existence du programme nucléaire iranien est révélée par les Moudjahidin du peuple, groupe d’opposants en exil. L’Agence internationale de l’énergie atomique cherche à déterminer si ce programme a des fins civiles – comme l’affirment les autorités – ou militaires.
24 juin 2005 : Le maire de Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad, gagne la présidentielle, en promettant de “mettre l’argent du pétrole sur la table des Iraniens”.
27 septembre 2008 : Le Conseil de sécurité de l’ONU vote une quatrième résolution contre l’Iran, qui refuse de suspendre l’enrichissement de l’uranium.
31 janvier 2009 : le président iranien Ahmadinejad déclare lors des célébrations du 30ème anniversaire de la révolution islamique que « La révolution n’est plus circonscrites aux limites des frontières iraniennes ».
© Islamiqua d’après Courrier International
vendredi 13 février 2009
Réformistes ou conservateurs… tous des islamistes ?
Depuis le début de la présidence d’Ahmadi Nejad, nombreux sont ceux qui regrettent l’ère Khatemi (1997-2005) durant laquelle les réformistes avaient leurs mots à dire sur la politique aussi bien intérieure qu’extérieure de leur pays. Seulement, ce qu’on oublie souvent, c’est qu’on Iran, plusieurs des réformistes sont des islamistes. Il s’agit principalement de religieux transformés en politiciens.
Ce mélange du religieux et du politique remonte aux premières années de la révolution islamique. Avant 1979, les mollahs refusaient d’avoir des postes dans l’exécutif afin de préserver leur indépendance et d’échapper aux influences politiques.
Mais depuis, les choses ont changés et les religieux iraniens sont devenus de véritables politiciens.
La première formation officielle qui regroupait des religieux était le parti de Joumhouri Eslami [République Islamique] qui regroupait plusieurs personnalités religieuses telles que Khamenei ou Rafsanjani.
Aussi bien, le radical Khamenei que le réformateur Rafsanjani était donc dans un seul parti politique. Mais la connivence ne durera pas longtemps. Car les élections se succèdent et les favoris du Guide Khomeiny (les conservateurs) étaient toujours gagnants dans les élections.
Une situation qui poussera le courant réformiste à sortir du lot et à fonder son propre parti. Et depuis l’Iran connait deux grands partis religieux : le parti des conservateurs de Rouhaniyat [Spiritualité], dite Association des clercs combattants, et le parti des réformateurs de Rouhaniyoun [Religieux spirituels], dite Association des religieux combattants.
Cette situation va pousser certains spécialistes à dire qu’en Iran il n’existe aucune différence entre les conservateurs et les réformateurs à partir du moment où tous sont issus de la même formation religieuse. Selon ces auteurs dont Ramine Kamrane et Frédéric Tellier (dans leur livre : « Iran : les coulisses d’un totalitarisme »), cette succession de réformateurs et de conservateurs et la soi-disant guerre qu’ils se livrent n’est autre qu’une mise en scène faite par le régime iranien afin de cacher les réalités du régime, pour le faire apparaître comme démocratique. Analysant l’arrivée au pouvoir d’Ahmadinejad, les auteurs affirment :
« Tant que le monde croit à un tournant majeur de la vie politique iranienne, tant qu’il voit dans l’avènement de cet ultra dont il prend systématiquement soin de souligner la fidélité aux idéaux de la révolution – comme si cette fidélité était en soi une exception au sein du personnel de la république islamique, la source de tous les problèmes rencontrés par le communauté internationale avec Téhéran-, alors toute la vigilance porte sur un homme plutôt que sur ce qu’elle juge être une politique individuelle au détriment de la logique collective de la république islamique (…).
Croire en effet qu’en juin 2005 [arrivée au pouvoir de Nejad] a eu lieu quelque chose de comparable à un tournant fasciste du régime islamique revient à penser que tout ce qui précède ne l’était pas. Il suffirait qu’Ahmadi Nejad disparaisse de la scène au profit d’une figure ‘‘réformiste’’ pour que, dans un élan de soulagement à la mesure de ses peurs, le monde célèbre ici comme sur tous les autres dossiers le « retour à la normale », voire la victoire de la démocratie, alors même qu’aucun cap parmi ceux suivis par Téhéran ne serait modifié »
© Islamiqua d’après Courrier International et « Iran : dans les coulisses d’un totalitarisme »





