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lundi 4 août 2008

Islamisme et enseignement dans les pays arabes

Education et modernité

Par : Mohamed Charfi

Troisième partie d’une série de trois « morceaux choisis » du livre « Islam et liberté, le malentendu historique »  que Islamiqua vous propose en hommage au professeur Mohammed Charfi

Tous les pays arabes ont connu, chacun selon ses propres circonstances mais toujours sous la pression des traditionalistes, une manipulation du système éducatif qui a été, la plupart du temps, le fruit d’une politique démagogique ou de l’inconscience de l’importance des enjeux. Ou peut être les deux à la fois. (…)

Pour la plupart des pays arabo-musulmans, cette situation perdure, ce qui ne promet rien de bon pour l’avenir.

L’institut arabe des droits de l’homme, dont le siège est à Tunis, a entamé depuis 1996 une étude sur le thème de « L’éducation et les droits de l’homme » à travers les programmes et les manuels scolaires dans les douze pays arabes qui ont adhéré aux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme. Les rapports nationaux fournis jusqu’ici prouvent que les enseignements contraires aux droits de l’homme existent presque partout, même si leur fréquence et leur gravité varient d’un pays à un autre.

Il n’est pas question ici de présenter une étude comparative ni encore moins de dresser un tableau exhaustif. On se contentera de mentionner quelques échantillons révélateurs.

La situation de guerre civile entre musulmans et non-musulmans au Soudan depuis de nombreuses années explique, sans les justifier, les longs développements sur le gihad dans les ouvrages scolaires de ce pays, où on trouve une apologie de cette violence avec le rappel fréquent des règles charaiques la concernant.

Dans les livres égyptiens, on parle de tolérance ; mais on ajoute que l’islam est la seule vraie religion. On invoque le principe charaique da l’obligation d’ordonner de faire le bien et d’éviter le mal, en expliquant que cette lutte contre le mal peut se faire par la parole et par l’action, ce qui constitue une justification à peine indirecte de la violence qu’exercent les islamistes contre l’Etat et contre les personnes.

La femme a toujours une position inférieure par rapport à celle de l’homme. La mère est à la cuisine quand le père est à la bibliothèque. Cette situation n’est pas seulement un fait social mais une règle religieuse. Un ouvrage scolaire yéménite va très loin dans ce sens, dans la mesure où il rappelle la règle charaique selon laquelle la soumission de la femme à Dieu –autrement dit son islamité- est inacceptable si elle n’est pas accompagnée par la soumission au mari. La prière de la femme mariée est irrecevable le jour où son mari est mécontent d’elle ; ce qui implique un devoir permanent d’obéissance absolue.

Dans la plupart des pays arabes, ce n’est pas seulement dans l’enseignement religieux qu’on trouve la présentation apologétique de l’histoire de l’islam. Citons à titre d’exemple ce passage du livre marocain des Règles de la langue arabe qu’on pourrait traduire ainsi :

« Haroun Errachid était éloquent, généraux,  noble, intelligent ; par alternance, tous les deux ans, il accomplissait un pèlerinage à la Mecque une année et livrait une guerre sainte l’année suivante. Il était un homme de lettre à l’esprit vif. Il connaissait par cœur le noble Coran. Il était un grand savant doté d’un sens esthétique raffiné et d’une grande capacité pour le juste discernement. Il était courageux pour le triomphe de la justice… »

Quant on sait que Haroun Errachid, qui était certes un grand calife abbasside, n’était ni saint dans sa vie privé (très nombreuse concubines, soirées de libations…) ni un gouvernant juste (sa façon de liquider les Barmaki, par exemple, en dit long sur son sens de la justice), on a une idée de la distance qui sépare la réalité de l’image idéalisée donnée.

De même, les manuels scolaires marocains, à l’instar des autres pays musulmans, enseignent, avec justifications à l’appui, tous les chatiments corporels prévus par la charia, des coups de fouet jusqu’à la lapidation. Il est paradoxal d’enseigner dans les écoles de l’Etat de vieilles traditions qui sont contraires au droit et à la pratique officielle du pays.

Si les règles charaiques étaient enseignées et en même temps placées dans leur contexte historique et soumises à une appréciation critique pour justifier l’attitude du législateur contemporain qui les a abandonnées, cela aurait été très utile pour favoriser l’intégration de l’élève dans son milieu social et lui faire accepter la modernité sans rejeter sa culture originelle. Mais ce n’est pas le cas. Au contraire, il est clairement affirmé que la liberté n’est permise qu’à la condition que la charia ne soit pas remise en cause et que la raison ou l’esprit critique ont pour limite les règles de la charia qui ne doivent pas être critiquées.

La plupart des manuels sont utilisés pour que l’élève vive dans une « ambiance islamique ». Ainsi, par exemple, dans le livre marocain de lecture arabe de la 6ème année de l’enseignement de base, en principe livre de langue et non d’éducation religieuse, les thèmes des premières leçons sont les suivants : 1re leçon : versets coranique ; 2e : hadiths du Prophète ; 3e : « je suis musulman » ; 4e : l’islam et la consultation ; 5e : versets coraniques ; 6e : le jeûneur le plus méritant, etc. 

De manière générale, l’enseignement dans les pays arabo-islamiques est de nature à favoriser la montée de l’intégrisme. Il a besoin d’être expurgé de tous les propos contraires aux droits de l’homme et aux fondements de l’Etat moderne. Avec une réforme radicale des systèmes éducatifs, ce que Abdou Filali Ansary appelle « les ajustements en profondeur », l’école pourra, à moyen terme, contribuer à guérir la société de l’extrémisme religieux.     

Source : Mohamed Charfi, « Islam et liberté, le malentendu historique », Casbah Edition, Alger, 2000, pp 223-226. 

   

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lundi 21 juillet 2008

Les islamistes et la discrimination antiféministe

La discrimination antiféministe

Par : Mohamed Charfi

Deuxième partie d’une série de trois « morceaux choisis » du livre « Islam et liberté, le malentendu historique »que Islamiqua vous propose en hommage au professeur Mohammed Charfi

Le caractère discriminatoire de la charia à l’égard des femmes est bien connu. Sa dénonciation est un lieu commun. Pourtant, il faut aborder la question, car plusieurs de ses aspects restent mal connus.

Mohammed_ChariA l’opposé de la religion chrétienne, l’islam reconnaît la légitimité du désir et du plaisir sexuels. Ce n’est pas, en soi, un péché, ni un mal nécessaire justifié seulement par le besoin de la procréation. D’une certaine manière, la charia établit une liberté sexuelle très large, presque une licence, avec la seule véritable limite que cette liberté est réservé aux hommes et entièrement et rigoureusement exclue pour les femmes. C’est que, s’il prend la précaution de respecter certaines formes, l’homme peut avoir un nombre illimité de femmes.

Il a d’abord le droit d’épouser quatre femmes en même temps. Ce droit est resté incontesté pendant treize siècles, c'est-à-dire jusqu’à une époque très récente, quant les premières tentatives de nouveaux ijtihads ont commencé. On justifie ce droit par la nécessité d’éviter le péché. Si un homme marié rencontre une femme, jeune fille, veuve ou divorcée, qui lui plait, pour qu’il ne soit pas tenté d’avoir avec elle des rapports illégitimes, autant l’autoriser à l’épouser. S’il n’est pas sur de l’aimer, de la vouloir comme épouse pour la vie, ni même simplement pour longtemps, cela n’a aucune espèce de gravité, car, après la consommation, une fois le désir assouvi, il aura toujours le loisir de la répudier quand il le voudra. Les esprits « sceptiques » répondront alors en posant la question de savoir pourquoi ne pas s’arrêter à deux femmes. Ce à quoi les uléma répliquent en reprenant exactement les mêmes termes pour justifier la possibilité d’avoir une troisième puis une quatrième épouse.

De plus, durant les treize premiers siècles de l’hégire, donc selon la charia, l’homme pouvait acheter autant d’esclaves que sa capacité financière le permettait et pouvait avoir des rapports sexuels avec toutes ses femmes esclaves. C’est ainsi que, depuis les tout débuts de l’empire omayade, tente ans après la mort du Prophète, et jusqu’à l’abolition du califat par Ataturk en 1924, à de très rares exceptions, les califes, c'est-à-dire les chefs de l’Etat islamique, ceux qui avaient cette fonction religieuse à laquelle les islamistes sont si attachés, avaient leur harem, « réserve », des femmes, qui pouvait en compter des centaines, voire des milliers. C’était la partie essentielle de la cour impériale. Et, pour qu’il n’y vies par des eunuques. Si l’exigence de fidélité est l’expression de la jalousie, elle-même conséquence de l’amour, cela ne peut s’appliquer, humainement parlant, à des milliers de femmes en même temps. On reste perplexe devant autant de pratiques inhumaines, qui rappellent le droit de cuissage de la féodalité européenne.

En tout cas, les uléma ne se sont jamais souciés de la vie affective ni des besoins physiologiques de ces centaines de concubines qui attendaient dans leur « palais-prison » avec la peur constante ou l’espoir non moins constant d’être la favorite d’une nuit.

On peut nous rétorquer que cela est certes regrettable. Mais, ces pratiques étant aujourd’hui dépassées, il faut apprécier la charia dans ses autres applications après l’abolition de l’esclavage et la fin des harems. Il faudrait alors faire remarquer que, même en dehors des concubines, si l’homme n’a droit qu’à quatre épouses, il à droit à des mariages en nombre illimité. Car la charia ne contient pour l’homme que la limite de quatre épouses en même temps. Le polygame peut à tout moment répudier une de ses quatre femmes pour dégager un « poste » qu’il faudra occuper par une nouvelle épouse… qu’il pourra répudier à son tour plus tard pour recommencer le même manège. L’homme peut même être sur qu’il n’a envie de fréquenter la femme qu’il va épouser qu’un temps limité, un an, un mois ou une semaine, le temps d’un voyage de vacances par exemple, son mariage sera valable. Pour les sunnites, ce sera tout simplement un mariage suivi d’un divorce. Certains émirs des pays du Golf pratiquent ce genre de prostitution légale pour égayer leurs voyages d’agrément dans les pays pauvres de l’océan Indien sans que les théologiens ne trouvent à y redire. Quant aux chi’ites, ils sont plus francs. Le rite jaafarite reconnaît explicitement le mariage mutaa ou de jouissance, par définition un mariage provisoire, c'est-à-dire, pour être encore plus clair, une prostitution déguisée et réglementée.

Cette liberté, pour l’homme, de contracter finalement autant de mariages qu’il veut, est facilitée par le fait qu’il détient la faculté de répudiation sans limite ni contrôle, faculté dont l’exercice n’a que très peu d’effets sur lui. En revanche, la femme devra observer le délai de viduité, de trois mois au moins, pour pouvoir se remarier.      L’inégalité est donc évidente pour le mariage, comme pour sa dissolution.

Dans le mariage, l’homme exige légalement de sa femme une fidélité à toute épreuve. L’infidélité de l’épouse est punie de mort par lapidation. Tandis que l’infidélité du mari avec l’une des autres coépouses est réputée légitime. En somme, l’homme a une jalousie à respecter scrupuleusement, des sentiments à ne pas froisser, un cœur à ne pas blesser, et un honneur auquel il faut bien se garder de porter atteinte. Mais la femme n’aurait rien de tel. 

Pour justifier cette inégalité flagrante, criante,  les islamistes répondent par une série d’arguments. D’abord  l’argument de la nécessité d’éviter la confusion de parts.

L’homme peut épouser plusieurs femmes, la certitude de la maternité et de la paternité de chaque enfant étant assurée. Tandis que, si une femme avait des rapports avec plus d’un homme, on ne saurait pas à quel père attribuer l’enfant. L’argument ne tient par pour les femmes stériles ou ménopausées et ne tient plus avec les moyens contraceptifs et les techniques modernes d’analyses biologiques.

Ensuite, l’argument démographique mille fois ressassé. Il y aurait sur terre plus de femmes que d’hommes ; ce serait donc pour rendre service à ces femmes, trop nombreuses, qu’il faut autoriser la polygamie. Argument dont aucune statistique n’a jamais démontré le bien-fondé.

Et puis, l’argument humanitaire. Quand une femme est malade ou stérile, il serait préférable de laisser le mari épouser une seconde sans abandonner la première. Si on réplique  à cet argument que la femme, aujourd’hui émancipée et disposant de revenus, pourrait revendiquer, elle aussi, ce droit quand son mari est stérile ou malade, les intégristes crient au scandale.

Enfin, l’argument sociologique. Aujourd’hui, avec le mode de vie urbain, la crise du logement… la polygamie tend à disparaître.

Cela est vrai. La tétragamie est socialement en voie de disparition et la bigamie est devenue rare. Mais, tant que la loi autorise la polygamie et donne au mari l’autorisation d’épouser une seconde femme, même sous conditions, selon les timides petites réformes introduites dans la législation de certains pays musulmans, il n’y aura jamais d’égalité au sein du couple. Et la femme vivra toujours sous cette épée de Damoclès, même si le mari n’utilise pas cette possibilité. La discrimination juridique entraîne inévitablement un déséquilibre dans le couple, une inégalité dans les faits et les comportements, une situation de dépendance et d’infériorité.

L’inégalité dans la dissolution du mariage n’est pas moins flagrante. Le mode classique de dissolution est la répudiation qui, comme nous l’avons vu, est une faculté entre les mains du mari. Elle est de deux sortes : bein et raj’i, autrement dit définitive ou provisoire. Dans la répudiation provisoire, pendant tout le délai de viduité, le mari peut se remarier avec la femme répudiée sans la consulter. En somme, ce temps où elle aura été provisoirement répudiée lui aura donné à réfléchir et lui aura servi de correction pour qu’elle apprenne à mieux se conduire.

Il est vrai que la charia prévoit aussi la possibilité de dissolution du lien conjugal à l’initiative de la femme, mais à des conditions et selon des modalités tellement rigoureuses que cette possibilité est restée la plupart du temps purement théorique. En effet, la femme mariée peut théoriquement être « divorcée » par le juge si le mari manque gravement à ses obligations légales ou si elle verse une indemnité, c'est-à-dire, pratiquement, si elle rachète sa liberté. Mais, dans les deux cas, l’intervention du juge est nécessaire. Or, ce dernier, à généralement, une culture tellement misogyne que le procès traîne en longueur et se perd dans les sables mouvants des innombrables reports et des procédures interminables.    

Dans la pratique, la femme qui ne peut plus supporter la vie commune avec son mari n’a que le moyen de se réfugier chez ses parents, son frère ou son oncle, en attendant que son mari perde patience et veuille bien finir par la répudier. Cependant, avant que la malheureuse arrive au bout de ses peines, la charia donne au mari l’arme redoutable de « la prison pour femme récalcitrante » où il peut enfermer sur ordre du juge, jusqu’à ce qu’elle accepte de rejoindre le domicile conjugal. Il est vrai que cette institution est tellement inacceptable qu’elle tend à disparaître dans la plupart des pays musulmans. Il n’empêche qu’elle a bien été prévue par la charia et qu’elle a fonctionné jusqu’à ces derniers temps. Il faut le rappeler à ceux et, surtout, à celles qui réclament aujourd’hui le retour à la charia. Les quelques femmes tunisiennes qui ont été endoctrinées par les intégristes ne s’imaginent absolument pas qu’il y avait à Tunis une telle prison, qu’elle s’appelait Dar joued et qu’elle n’a disparu qu’avec  l’émancipation de la femme tunisienne consacrée par le code du statut personnel adopté en 1956.

Les autres chapitres de la charia qui montrent son caractère discriminatoire à l’égard des femmes sont nombreux : le droit pour le mari de frapper sa femme ; en cas de dissolution du mariage, l’attribution de la tutelle des enfants au père (droit de regard sur l’éducation, surveillance, ensemble des taches nobles) et de la garde à la mère (nourrir, habiller, taches matérielles pour les enfants en bas age) ; part successorale de moitié inférieure à celle des hommes de même niveau de parenté ; interdiction pour les femmes d’exercer une fonction dirigeante ; obligation de porter le voile… La liste exhaustive serait trop longue.

On a abordé ici la polygamie et les modes de dissolution du mariage avec quelques détails, essentiellement pour démontrer qu’il n’existe pas seulement quelques grandes règles inégalitaires dans la charia, mais que les uléma sont allés aussi loin que possible dans la réglementation des détails d’application, aggravant à chaque fois ce caractère discriminatoire.

Source : Mohamed Charfi, « Islam et liberté, le malentendu historique », Casbah Edition, Alger, 2000, pp 65-71.

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mercredi 16 juillet 2008

Violence et obscurantisme de l’intégrisme islamique

Hommage_a_M_Charfi

Violence et obscurantisme de l’intégrisme islamique

Par : Mohamed Charfi

Les islamistes pensent agir selon la volonté de Dieu. Voilà pourquoi le terroriste algérien qui tue un père blanc de nationalité algérienne ancien militant pour l’indépendance, pour la seule raison qu’il est chrétien, ou qui égorge une petite fille pour la seule raison qu’elle ne porte pas le voile, ou encore qui tue un bébé parce qu’il est l’enfant d’un policier, ce terroriste ne pense pas à l’horreur de son geste et pense sincèrement, s’il est un simple militant de base, que, par son comportement, il se réserve une place au Paradis.

Peu importe que l’intégriste soit au pouvoir ou dans l’opposition ; peu importe qu’il s’oppose à un régime autoritaire ou démocratique ; la violence est pour lui un moyen d’action normal, légitimé par la noble fin qui est l’instauration du Royaume de Dieu. D’autant que la violence qu’il exerce lui rappelle le gihad qu’on a tant vanté devant lui. On lui a appris que c’est la meilleur des prières, le plus beau des actes de dévotion, que c’est ainsi que le Prophète avait réussi à triompher des méchants mécréants. Il s’agit du militant de base qui est le produit d’une culture, d’une histoire et surtout d’une éducation particulière. Quant aux dirigeants, qui sont aussi les produits des mêmes facteurs, ils ont suffisamment d’intelligence et de recul pour mesurer l’ampleur de leurs méfaits et maquiller leur idéologie.

Les dirigeants islamistes ont appris à parler à l’Occident le langage qu’il comprend et qu’il affectionne à juste titre : celui de la démocratie et des droits de l’homme. C’est un fonds de commerce rentable, une bonne couverture. Cependant aussi solide que soit cette couverture, elle ne peut pas tout couvrir.

Elle ne peut pas couvrir les attentats, embuscades et assassinats occasionnés par les conflits entre extrémistes sunnites et chi’ites à Karachi en 1995.

Pourtant, le gouvernement pakistanais est issu d’élections régulières ! Comment couvrir cette « avancée technologique majeure », annoncée fièrement par le Conseil suprême iranien de justice en février 1985, qui est la mise au point d’une machine électrique par des médecins et des techniciens iraniens pour couper les mains des voleurs ? Ce « bijou technologique iranien » a été sans doute utilisé en avril de la même année pour l’amputation des mains de cinq voleurs au moment même ou deux personnes accusées d’adultère ont été exécutées par lapidation et 160 autres flagellés pour divers actes illicites.

Depuis, ces pratiques ont dépassé le stade expérimental pour être généralisées. Le nouveau code pénal iranien, entré en vigueur le 9 juillet 1996, instaure officiellement la flagellation comme peine « normale » pour divers délits politiques ou de droit commun : notamment 74 coups de fouet pour la femme aperçue non voilée dans un lieu public, 99 coups de fouet pour les auteurs de relations sexuelles hors mariage et la peine de mort par lapidation pour les auteurs d’adultère. Ajoutons que la peine capitale est prévue pour toute offense contre le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeiny décédé en juin 1989 ou son successeur l’ayatollah Ali Khamanei.

De son coté, Hassan Tourabi, pendant les quelques mois où il a été le ministre de la justice du gouvernement de Noumeiry au Soudan, a appliqué 96 fois le châtiment de l’amputation du poing aux voleurs selon les statistiques d’Amnesty International publiées en 1986.

Ce même Tourabi, devenu l’idéologue du nouveau régime islamiste du Soudan, et qui se veut actuellement le chef de l’Internationale islamiste, est souvent interviewé par les télévisions occidentales. Avec l’allure sympathique que lui donne sa petite barbe blanche, son visage toujours souriant et son anglais châtié, il parle de science, de progrès, de démocratie, de modernité, de droits de l’homme et passe aux yeux de certains Occidentaux pour un intellectuel islamiste modéré. Pourtant, il n’a rien regretté des crimes qu’il avait commis quand il avait la charge de la justice soudanaise, il n’a jamais prononcé la moindre autocritique concernant la condamnation à mort et l’exécution, sous couvert d’apostasie, de son adversaire politique, Mahmoud Mohamed Taha, et il vient en plus de rendre hommage aux auteurs de la tentative d’assassinat, le 26 juin 1995 à Addis-Abeba, du Président Hosni Moubarek, ce « groupe de moujahidines » (combattants de la foi) qui, selon rson expression, « a pourchassé le Pharaon d’Egypte ». Et d’ajouté : « Allah veut que l’islam revive à partir du Soudan et qu’il remonte le Nil pour nettoyer l’Egypte de la souillure.»

Quant au sort que les islamistes réservent aux femmes, il est aujourd’hui bien connu. De nombreux livres ont dénoncé les souffrances infligées au sexe féminin, aussi bien dans les pays de l’islamisme militant comme l’Iran que dans ceux de l’islamisme traditionnel.

Les intégristes ont beau critiqué ces prétendus « ouvrages de propagande occidentale », ils ne peuvent pas convaincre ; surtout lorsque les dénonciations sont faites par des auteurs musulmans qui décrivent les mauvais traitements réservés, dans certains pays musulmans, aux épouses étrangères ou, pire encore, des scènes de lapidation.

Le nouveau code pénal iranien vient de garantir l’impunité au mari offensé qui surprend son épouse avec son amant et les tue. De toute façon ils étaient destinés à être tués ; et mourir d’un coup de revolver ou même de couteau est sûrement moins pénible que la mort par lapidation. Rappelons que, selon les uléma (docteurs de la charia), lors de la lapidation, il ne faut pas jeter de grosses pierres car elles risquent de tuer trop vite ; il ne faut jeter que des cailloux ou des petites pierres pour faire durer la souffrance au maximum avant la mort. Mais le même droit de tuer n’est pas reconnu officiellement à la femme offensée. Après tout, ce n’est qu’une femme. D’ailleurs son mari peut la tromper le plus légalement du monde avec une deuxième, une troisième et une quatrième épouse. Et même s’il en a déjà quatre, il peut toujours dire, à celle de ses épouses qui l’a surpris en flagrant délit, qu’il venait, cinq minutes avant, de la répudier (pour ce faire, aucune formalité n’est nécessaire en droit musulman, pas même l’information de l’épouse répudiée) et de contracter mariage avec la maîtresse actuelle.

Source : Mohamed Charfi, « Islam et liberté, le malentendu historique », Casbah Edition, Alger, 2000, pp 26-29.    

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Posté par Hamza Belloumi à 23:02 - Idées réformistes - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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