dimanche 9 novembre 2008
La religion de l’Amérique qui vote (3) : L’évangélisme : une religion de conversion

Le protestantisme évangélique, désigné parfois sous le terme d’évangélisme, représente aujourd’hui entre 400 et 500 millions de chrétiens dans le monde, dont 70 millions aux Etats-Unis. Le syntagme « évangélique » appelle ici une explication. En principe tous les chrétiens sont évangéliques. C’est historiquement par la référence à la « bonne nouvelle » de l’Evangile que le christianisme s’est distingué du judaïsme dont il est directement issu.
Cependant, depuis plusieurs décennies, le terme « évangélique » à pris graduellement une connotation particulières, renvoyant à une tendance nettement repérable du protestantisme mondial. Cette signification a été précisée par l’historien britannique David Bebbington (1989, pp. 2 à 17). Il a proposé, pour décrire cette identité particulière, quatre critères commodes. A partir des principes qui sont ceux de la Réforme protestante dans son ensemble (Sola Gratia, Sola Fide, Sola Scriptura, Ecclesia Reformata Semper Reformata Est), la composante (dite) évangélique du protestantisme met l’accent sur la conversion soit soudaine ou non. A la conversion s’ajoutent le biblicisme (la Bible lue comme « parole de Dieu », en limitant les médiations critiques), le crucicentrisme (focalisation sur le motif théologique de la croix, d’où l’engouement en 2004 pour The Passion de Mel Gibson) et le militantisme : les protestants évangéliques insistent sur le nécessaire engagement « pour Jésus-Christ », souvent dans le cadre « d’Eglises de professants » (believer’s church) c'est-à-dire d’assemblées locales de convertis acceptés sur profession de foi publique. L’individualisme conversionniste défendu par les évangéliques n’est pas un individualisme atomisé : il s’articule à un milieu croyant, à une communauté, où le fidèle peut vivre sa militance. Comme le souligne très justement Jean-Paul Willaime, la « validation du croire passe moins par l’inscription dans une lignée croyante (Danièle Hervieu-Léger) que par l’inscription dans un milieu croyant » Willaime, 2001, p.76) où les solidarités horizontales, la commensalité, l’inculcation de modèles de vie exercent une attraction sur les individus. Ces groupes militants ne sont pas comparables à ces « communautés naturelles » des sociétés d’Ancien Régime contre lesquelles la tradition républicaine française s’est élevée. Il s’agit au contraire de communautés électives, où l’on entre par choix personnel.
Les Eglises évangéliques sont depuis longtemps des « familles choisies », bien que les dérives sectaires, ici comme ailleurs, peuvent parfois conduire à des logiques de contrainte ou de conformité imposée. A bien des égards, ces communautés correspondent d’assez près à la définition d’une association, construite sur modèle contractuel. Elles paraissent –en règle générale- plus Gesellschaft que Gemeinschaft.
Elles s’opposent à l’identité communautaire par tradition que défendait tel curé de compagne français, en 1840 (à Quiévy), face au pasteur Pruvot, lorsqu’il déclarait : « Ceux qui sont nés dans la religion chrétienne n’ont pas besoin de se convertir. »
C’est contre ce modèle traditionnel d’un christianisme héréditaire, « allant de soi », que les communautés électives des protestants évangéliques ses sont construites (Ammerman, 1997).
A ces traits s’ajoute un accent sur la démocratie locale (grassroots democracy), voire l’autogestion : volontiers méfiants à l’égard des structures supralocales, les protestants évangéliques valorisent le principe de subsidiarité : chaque assemblée tend à gérer affaires au plus près des besoins des « frères et sœurs »qui, souvent, élisent eux-mêmes leur pasteur. Bien avant 1901 qui marque en France l’essor associatif, ces fraternités électives ont nourri chez leurs membres le sens de la responsabilité individuelle et collective. Hommes et femmes votent dans les assemblées, suivant des usages en vigueur depuis parfois trois siècles, ce qui a conduit Ernst Troeltsch, au début du XXe siècle, à attribuer au « néoprotestantisme » dissident (proche du type évangélique) un apport plus significatif à la modernité que celui du protestantisme calviniste et luthérien traditionnel (Troeltsch, 1991). Il faut enfin souligner le caractère très interconfessionnel du mouvement (ce qui ne simplifie pas les choses). Il existe des baptistes évangéliques, d’autres qui ne sont pas. On peut en dire autant des luthériens, des presbytériens (tradition calviniste), des méthodistes, voire des anglicans.
Dans la culture religieuse évangélique, l’étiquette confessionnelle, quelle qu’elle soit apparaît secondaire. Les marqueurs identitaires sont ailleurs. Dès lors qu’on rencontre la conversion (avant tout), le biblicisme, le crucicentrisme et l’engagement, le doute n’est (en principe) plus permis : c’est bien à un évangélique qu’on s’adresse.
Ce protestantisme singulier et aujourd’hui florissant plonge ses racines dans le « temps des Réformes », mais il s’est véritablement singularisé et différencié au début du XVIII e siècle. Il est né en Europe à la croisée de différents courants protestants. Il puise une part de son héritage dans la Réforme radicale du XVI e siècle, portée par les mouvements anabaptistes, qui mettent en avant la communauté locale des fidèles et l’approche individuelle de la foi. Les mouvances protestantes non-conformistes anglaises (puritanisme, baptisme, quakers…) des XVIe et XVIIe siècles constituent une autre matrice importante. Une troisième influence majeure peut être repérée dans le courant piétiste, initié à partir de la fin du XVIIe siècle. Le mouvement piétiste, né en milieu luthérien mais transconfessionnel, avait pour but de réformer de l’intérieur le protestantisme établi afin de stimuler le zèle et la piété des croyants, invités à « naitre à nouveau » dans la foi (allusion au chapitre 3 de l’Evangile de Jean). A la croisée de ces influences, le Grand Réveil transatlantique des années 1730 a cristallisé l’identité chrétienne qu’on a pris l’habitude, par la suite, de qualifier d’évangélique.
Source : Sébastien Fath, « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche », Seuil, 2004, pp. 69-72
mercredi 5 novembre 2008
La religion de l'Amérique qui vote (2) : Bravo l'Amérique !

Enfin… on est en mesure de dire Bye Bye au président George W Bush et d’accueillir le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique.
Dans ce jour historique, on se sent tous américains.
On est heureux pour cette Amérique qui ferme ainsi une parenthèse ouverte il y a 8 ans avec le début du règne de Bush junior. Jamais l’image et le prestige de l’Amérique n’ont été autant ternis qu’au cours de ces 8 dernières années durant lesquelles nous avons découvert une Amérique méconnaissable.
Jadis terre des droits de l’homme, l’Amérique adoptera des lois et mettra en place des procédures hautement contestable, elle usera du mensonge pour déclencher des guerres, et affichera une arrogance inacceptable.
Durant 8 longues années, tout le monde s’est mis à douter de cette Amérique qui symbolisait –à une époque- tous nos rêves et toutes nos espérances.
Plus personne n’osa défendre la démocratie américaine et rares étaient ceux qui avaient encore le courage de dire que les institutions de cette démocratie finiront par triompher.
On a cru que le règne de Bush n’était que le début d’un règne interminable des néoconservateurs et autres fondamentalistes. On a cru que l’Amérique de Bush n’osera jamais élire un homme noir à la présidence de la république. On a cru que l’Amérique de Bush n’acceptera jamais d’être gouvernée par un homme dont les ancêtres ne sont pas tous des américains… On a cru que cette Amérique là a définitivement renoncé au « rêve américain ».
Et on s’est trompé. Heureusement qu’on s’est trompé !
Car ce qui vient de se passer dans ce pays -on ne le dira sans doute jamais assez- est simplement historique : Barack Obama a réussi !
Une réussite qui redonne du sens au rêve américain : Homme de couleur, de père Kenyan musulman, jeune, sans expérience internationale… avec sa réussite, Obama réussi déjà à redorer l’image tant terni de l’Amérique. Je sais que j’anticipe ses faits et ses actions. Mais de le voir président des Etats-Unis suffit à lui seul à nous redonner confiance dans cette Amérique. L’Amérique qui refuse de se laisser guider par les néoconservateurs, l’Amérique qui témoigne ainsi de sa volonté de mettre un terme au racisme qui –minoritaire- existe toujours.
Bravo l’Amérique !
Bravo Obama !
… Et bonne chance pour ce qui reste à faire, car ces élections ne sont autre que la fin du début.





