vendredi 20 novembre 2009
Révolution au Maroc (2) : L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle

La culpabilité [provoquée par la perte de la virginité] est entretenue par une inquiétude sous-jacente, celle de ne pas trouver le mari suffisamment ouvert d’esprit pour épouser une non-vierge. Il est vrai que beaucoup d’hommes, mêmes parmi ceux qui se disent « modernes », préfèrent convoler avec une pucelle. En réalité, le regard que portent les Marocains sur les filles déflorées comporte un curieux paradoxe.
Selon l’impératif de virginité, beaucoup affichent une incontestable ouverture d’esprit. De plus en plus d’hommes admettent qu’il est injuste de demander aux filles de rester vierges, alors que la réciproque ne s’applique pas à eux. Mais ceux-là sont encore loin de constituer la majorité.
Faute de statistiques précises, l’âge des premiers rapports est difficile à estimer, et se situerait dans une fourchette de 18 à 25 ans pour les garçons. En outre, près de 40 % d’entre eux ont perdu leur pucelage auprès d’une professionnelle, la prostitution étant l’un des modes privilégié d’initiation à la sexualité. Pour les jeunes gens issus de milieux favorisés, les choses sont simples puisque, possédant voiture et argent tout en étant grands consommateurs de loisirs, ils peuvent multiplier les expériences. Mais la grande majorité des Marocains vit dans la frustration. Pouvant difficilement aller au-delà du flirt, leur vie sexuelle se limite le plus souvent aux plaisirs solitaires ou à la sexualité virtuelle par internet.
Pour les filles, c’est encore plus compliqué… La famille, évidemment, reste le premier
frein à une sexualité féminine préconjugale épanouie. Rares sont celles qui osent vivre seules, même si elles sont financièrement autonomes. La pression de la famille et du « qu’en-dira-t-on » demeure forte, tous milieux sociaux confondus et quel que soit l’âge de la jeune femme. Reste qu’il est indéniable que les comportements sont en train d’évoluer en profondeur, car la nouvelle génération subit la modernité de plein fouet : l’évolution des mœurs fait que celles qui attendent le mariage pour passer à l’acte sont de moins en moins nombreuses. D’un point de vue sociologique, les raisons sont simples : montée du célibat et recul de l’âge du mariage (28 ans en moyenne pour les femmes, 31 ans pour les hommes), mixité inévitable à l’université, au travail, ou dans les lieux publics.
Dès lors pour les jeunes femmes des classes moyennes urbaines, la virginité n’est plus seulement une tradition « dépassée », elle est désormais perçue comme difficilement compatible avec la nouvelle réalité sociale. Non pas que les filles « couchent » plus facilement, parce qu’elles ont pris conscience de leur droit à une vie sexuelle aussi libre que celle des hommes, mais l’impératif traditionnel de virginité (préserver sa « pureté » pour le futur mari) est d’autant moins justifié qu’elles n’ont plus besoin d’un époux pour s’affranchir de leurs parents et devenir autonomes. Elles se sont émancipées, travaillent, gagnent leur vie, dans ces conditions, rien ne presse pour se marier.
L’émancipation féminine s’accompagne d’une libération sexuelle (encore relative) qui encourage les Marocaines à oser exprimer leurs désirs et à revendiquer le droit au plaisir. Pour Selma, la perte de virginité à été un choix totalement assumé, motivé par l’envie de vivre pleinement sa sexualité. « On se fréquentait depuis plusieurs années. Notre relation était sérieuse. La chose s’est faite naturellement », explique-t-elle. Meryem, l’amie d’enfance de Selma, aborde pour sa part la sexualité avec beaucoup moins de sérénité : âgée de 30 ans, elle est célibataire et encore vierge. « Je fais un blocage vis-à-vis de l’acte sexuel, et j’en souffre car je n’arrive pas à le dépasser. Mes copines me prennent pour une extraterrestre ! », précise-t-elle.
Un changement d’attitude qui soulève la perplexité chez les hommes. Certains s’en trouvent même totalement déboussolés. « Ma copine m’a plaqué parce que, soi-disant, j’étais égoïste au lit et ne recherchais que mon propre plaisir », avoue avec dépit Nasser, la trentaine. Dans les lieux branchés de Casablanca, Marrakech ou Tanger, la gent masculine ne s’étonne plus d’être ouvertement abordée par des jeunes filles très délurées. Amine, un casablancais de 36 ans, a lui aussi essuyé quelques affronts : « Un soir, une fille m’a dragué en discothèque puis invité à boire un verre chez elle. Aussitôt après avoir pris son pied, elle m’a carrément mis à la porte sans ménagement. Etre libérée, c’est bien, mais là, elle l’était un peu trop ! » Des filles « qui couchent », il en a vu, mais aucune n’avait assumé sa sexualité avec si peu d’inhibition.
Affirmer pour autant que les jeunes filles d’aujourd’hui sont sexuellement beaucoup
plus libres serait bien sur une généralisation abusive. Le phénomène touche une catégorie bien spécifique : ce sont des jeunes femmes qui vivent en milieu urbain, qui sont actives et relativement aisées. Soit une infime minorité des quelques 15 millions de femmes que compte le Royaume, et dont la mentalité autant que le mode de vie se situe aux antipodes du Maroc profond.
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
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Lire aussi sur Islamiqua :
►Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
dimanche 15 novembre 2009
Révolution au Maroc : vers la fin de la virginité (1)
« 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage ». Ce chiffre révélé par une enquête de l’Economiste il y a quelques mois a fait l’effet d’une bombe au Maroc et permet a certains d’affirmer que le Royaume Chérifien se dirige à grands pas vers… la fin de la virginité.
Islamiqua ouvre à nouveau le dossier des rapports sexuels avant le mariage avec un état des lieux sur la question au Maroc.
Le Mythe de virginité
« Ca veut dire quoi, la virginité ? Si ça signifie n’avoir jamais couché avec un homme, alors aucune Marocaine n’est vierge », s’insurge Sophia, 27 ans, cadre supérieur à Rabat. Car on peut avoir une vie sexuelle des plus débridées sans perdre pour autant sa virginité. En effet, derrière ce paradoxe apparent, se dissimulent des pratiques permettant de préserver l’hymen. Nombreuses sont les jeunes Marocaines qui offrent à leur corps tous les plaisirs… Tout est envisageable, pourvu que le sacro-saint hymen soit préservé.
« Le corps peut-être vierge, mais l’âme, elle, est irréversiblement déflorée ! »,
affirme Hind, 25 ans, sur un forum de discussion Internet. Selon elle, « une fille qui n’est plus vierge et qui assume cet état de fait vaut bien mieux qu’une fille qui a déjà eu des rapports sexuels tout en prétendant être chaste ». Certes, mais il faut un sacré courage pour parvenir à s’extraire des carcans culturels et religieux, dépasser les conservatismes et s’affranchir de l’hypocrisie qui règne au sein de la société marocaine, toutes générations et tous milieux confondus.
La jeunesse marocaine est soumise à des influences contradictoires –occidentales et orientales- et nage donc en pleine confusion identitaire. Si les mœurs sont devenues moins rigides, le poids des traditions est néanmoins bien vivace et la sexualité reste à bien des égards un sujet tabou. On constate un hiatus entre les comportements de transgression d’un interdit et un discours qui demeure conservateur.
Selon une enquête de l’Economiste, 62 % des jeunes Marocaines considèrent « compliqué » d’avoir un flirt, jugeant que les principaux obstacles sont la famille (43 %) et le voisinage (23 %). Compliqué, mais pas impossible. Le faire, donc, mais discrètement. Selon la même enquête, 67 % des Marocains disent avoir eu des relations sexuelles avant le mariage, alors qu’une proportion voisine de filles affirme… le contraire ! Ces chiffres sont révélateurs du malaise qui règne au sein de la société.
Une écrasante majorité de Marocains, les deux sexes confondus, estime que la virginité jusqu’au mariage est une règle à respecter. Chez les musulmans, comme chez les chrétiens et les juifs, les rapports sexuels hors mariage sont traditionnellement proscrits, mais l’attachement à la chasteté est beaucoup plus fort en Islam que dans les autres religions monothéistes.
Cet attachement est conforté par l’idée que la membrane intacte est un gage de piété et que, une fois au paradis, les hommes musulmans, seront récompensés selon une tradition qui leur promet à chacun 99 pucelles dont l’hymen se reconstitue après chaque rapport. Ar ailleurs, penser que leur femme n’a jamais été possédée par un autre flatte tout simplement l’orgueil mâle. Portant, les hommes ne sont pas les seuls à blâmer. Car les femmes, qui ont parfaitement intériorisé le modèle traditionnel, sont les premières à entretenir le mythe de la virginité. Même celles qui ont enfreint cette règle, feignent en général de la respecter.
Contraintes de dissimuler leur passé sexuel à leur partenaire, elles trouvent des artifices pour faire croire que l’hymen est resté intact : de la goutte de sang prélevé sur un doigt, jusqu’au foie d’un oiseau dissimulé dans une petite bourse, en passant par l’hyménoplastie ou les certificats de virginité complaisamment délivrés par des médecins, l’éventail des subterfuges est vaste.
D’une génération à l’autre, les mères commencent à transmettre à leurs filles la liste des devoirs et des interdits dès la puberté. Conditionnées très jeunes par le discours maternel, enjointes à tout prix de garder intact leur hymen jusqu’au jour du mariage, l’impératif de virginité s’impose comme allant de soi.
En revanche, jamais une mère n’exigera une telle chose de son fils. Constat d’évidence : il existe une inégalité de traitement entre garçons et filles car, bien que la virginité jusqu’au mariage est théoriquement obligatoire pour les deux sexes, elle ne s’impose en réalité qu’au sexe dit « faible » dans les pays arabo-musulmans. Dans l’inconscient collectif, la femme déflorée est considérée comme une dévergondée, tandis que l’homme, lui, est valorisé à l’aune de son activité sexuelle. Par contre, celui qui n’a pas d’expérience dans ce domaine voit peser sur lui le soupçon d’homosexualité ou d’impuissance. Certaines jeunes femmes assument meur vie sexuelle sans complexe, tandis que d’autres se débattent avec leur culpabilité. Celles qui franchissent le pas gardent généralement un souvenir marquant de « la première fois ». C’est le cas de Rita, publicitaire de 27 ans. « J’ai été traumatisée. Je n’arrivais pas à dépasser mon angoisse par rapport à l’éducation que j’ai reçue ».
A suivre …
Source de l’article : New African, n° 15, juillet-août 2009.
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mardi 10 juin 2008
Virginité ou mensonge ?

Ainsi donc, la majorité des français serait choqué par la décision judiciaire du tribunal de grande instance de Lille qui consiste à annuler le contrat de mariage entre deux musulmans (la précision est de taille) pour « erreur sur les qualités essentielles du mariage » à savoir le mensonge sur la virginité de la mariée.
Le tollé général et les points de vues qui ne comprenaient pas cette décision, ne se sont pas fait attendre depuis la publication de cette information par l’AFP et nous vous avons donné sur Islamiqua un aperçu sur les retombés de cet « événement » dans les deux posts que nous avons déjà consacré à cette affaire.
Comme nous le faisons maintenant depuis quelques mois, j’ai commencé par exposer les donnés du problème, et maintenant le temps est venu pour revenir un peu, d’une manière calme et rationnelle sur une histoire qui a été concocté de toute pièce.
En effet, deux questions ont fait de ce fait divers un événement médiatique et populaire : D’abord il s’agit d’un jugement qui semble sanctionné la non virginité de la femme. Ensuite et surtout, il s’agit d’un couple de musulmans.
Toutes les associations et les personnalités qui ont condamné ce jugement n’ont accordé de l’importance qu’à ces deux donnés : personne n’a accordé de l’importance à ce que dit le droit.
Or, en temps que juriste, je me trouve dans l’obligation de commencer par vérifier si ce jugement est conforme ou non à la loi française.
Selon l’art. 180 du Code Civil français, en cas « d’erreur sur la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage ». En se basant sur cet article et en interprétant le mensonge de la part de la mariée sur sa virginité comme la cause de l’erreur sur « les qualités essentielles de la personne », la juge à décider d’annuler le contrat de mariage considérant que le marie a été trompé et que si jamais il avait information sur la non virginité de sa femme, il ne l’aurait jamais épouser.
On peut toujours s’indigner. On peut aussi critiquer l’interprétation donnée à l’art. 180 du Code Civil… Cela ne change rien au fait que la juge n’a fait que dire le droit.
Le problème n’est pas causé, comme certains ont voulu le faire croire, par le fait que les époux sont des musulmans : la même réponse juridique aurait pu être donné même pour l’annulation du mariage de deux athés si jamais l’un des deux considère que l’autre lui a menti sur « une qualité essentielle ».
Le vrai problème par contre c’est le fait que certains ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre qu’il existe encore des personnes dans ce monde qui n’acceptent pas d’être marié à des non vierges.
Là aussi, on peut ne pas être d’accord -et c’est notre droit-, mais on ne peut jamais obliger ces gens là à accepter d’être marié à des non vierges.
Or ce que demande certaines associations de défense des droits de la femme en France c’est exactement de priver ces gens là de leur droit à choisir les qualités qu’ils veulent voir dans leur future épouse.
Pour certains la virginité est une qualité, pour d’autre c’est un défaut mais dans tous les cas, être vierge ou pas relève exclusivement de la liberté de chaque femme.
Seulement, le partenaire aussi à des droits : si une femme choisi de ne pas être vierge, elle ne peut pas exiger que son partenaire l’accepte coûte que coûte. Et le plus important elle n’est pas en droit de lui mentir par rapport à cela. Car le mari à aussi le droit de connaître la vérité. Ce n’est ni à cette femme ni aux associations de défense des droits des femmes de dire si la virginité est oui ou non une question essentielle.
Et j’aurais dis la même chose si jamais une femme s’est trouvée tromper par son mari par rapport à une question qu’elle considère essentielle.
Ainsi, si une femme indique clairement à son partenaire qu’elle ne l’épouserai que s’il est riche, elle serait en mesure après le mariage de demander l’annulation du contrat s’il s’avère que le mari n’était pas riche. Et la loi ne peut jamais dire ce qui peut être considéré comme une qualité essentielle et ce qui ne peut pas l’être. Cela reste une question personnelle et par définition subjective.
Ainsi, nous voyons très clairement comment certains utilisent certaines valeurs auxquelles nous nous attachons tous comme les droits des femmes pour imposer au reste de l’humanité leurs visions subjectives. Or si nous faisons tout notre possible afin de promouvoir les droits des femmes partout dans le monde on ne doit pas oublier que les femmes –comme les hommes- ont certaines obligations comme celle de ne pas mentir. Et si jamais il y a mensonge, au lieu de crier au scandale on doit savoir assumer les responsabilités de notre mensonge et ne pas se cacher derrière les slogans : la femme est libre de choisir d’être vierge ou pas mais elle m’a pas le droit d’imposer à son partenaire le respect de son choix à elle. Vous ne pouvez pas obliger le mari à accepter une femme non vierge s’il ne le veut pas, cela est contraire à ses droits !
samedi 7 juin 2008
Evénement : Tollé général en France après l’annulation du mariage de deux musulmans pour non virginité de la mariée (2)

Dans leurs pires cauchemars, X. et Y. n'avaient pas imaginé cela : leur nuit de noces étalée au grand jour. Et c'est vrai qu'à strictement parler, cette nuit-là ne devrait pas nous concerner. C'est, c'était leur nuit. Mais voilà, c'est aussi devenue la nôtre : leur affaire est devenue notre affaire et leur noces interrompues une partie de notre histoire. A l'heure qu'il est, toute la France sait que X., ingénieur d'une trentaine d'années, et Y., étudiante de 20 ans, ont rompu au moment où tout devait se nouer. Dans la première phrase de sa première dépêche, l'Agence France-Presse a tenté de résumer la situation : "Le tribunal de grande instance de Lille a annulé en avril un mariage "pour erreur sur les qualités essentielles du conjoint", car l'épouse avait menti sur sa virginité, a-t-on appris auprès de l'avocat du mari, Me Xavier Labbée."
Tout est dit, sauf l'essentiel. Et l'essentiel, ici, c'est que X. est musulman et Y. musulmane. La dépêche ne l'indique pas d'emblée. Ni Libération, qui titre son premier article : "L'épouse a menti sur sa virginité, le mariage est annulé". Ni Le Parisien, qui titre pour sa part : "Tollé après l'annulation d'un mariage pour non-virginité". Une présentation dont l'omission produit une étrange impression d'irréalité. A la première lecture, on est pris d'un doute fulgurant et fugace : depuis quand les femmes doivent-elles se présenter vierges à leur mariage ? Le temps des Visiteurs est-il revenu ? Et puis on se plonge dans le texte et l'on découvre le non-dit : Y. avait assuré à X. qu'elle était chaste, "neuve", ainsi que l'on disait au XVIIIe siècle. C'était à l'évidence une condition jugée impérative pour des raisons familiales et religieuses. Or Y. avait bluffé.
Dans le jugement rendu par le tribunal de Lille, et dont les extraits sont publiés par Le Recueil Dalloz, revue juridique qui a révélé les faits, on peut lire : "... il a découvert qu'il n'en était rien la nuit même des noces. Y... lui aurait avoué une liaison antérieure et aurait quitté le domicile conjugal. Estimant dans ces conditions que la vie matrimoniale a commencé par un mensonge, lequel est contraire à la confiance réciproque entre époux pourtant essentielle dans le cadre de l'union conjugale, il demande l'annulation du mariage."
Ici, ce n'est pas la demande qui est le plus surprenant. Après tout, l'idée de demander réparation ou solution à la justice part d'un mouvement respectable. C'est la liberté d'un particulier que de pouvoir saisir un juge. Non, ce qui est hallucinant, c'est la conduite des magistrats et leur manière de procéder. Reprenons les faits : le mariage a été célébré le 8 juillet 2006 ; X. a répudié sur le champ sa jeune femme, qui est repartie avec sa famille ; X. a contacté dès le lendemain un avocat pour obtenir l'annulation de son mariage, et la demande auprès du tribunal de Lille a été faite le 26 juillet. A partir de cet instant, la parole est à la justice. Manque de chance, le magistrat chargé de représenter les intérêts de la société n'a visiblement rien à dire si l'on en croit le jugement : "Le ministère public a visé la procédure le 26 octobre 2007 et a déclaré s'en rapporter à la justice."
La juge, elle, exclut soigneusement toute dimension religieuse ou communautaire du dossier pour s'en tenir au "mensonge". Et c'est ainsi que la virginité d'une femme redevient subrepticement un sujet de discussion et de litige dans la France des années 2000. Le temps, que l'on croyait passé, dépassé, du contrôle de l'hymen sous l'autorité ecclésiastique n'est plus très loin. Sauf s'il s'agissait d'une mauvaise plaisanterie. Le jugement de Lille a été rendu le 1er avril. (…)
Auteur : Laurent Greilsamer
Source : Le Monde.fr
mercredi 4 juin 2008
Evénement : Tollé général en France après l’annulation du mariage de deux musulmans pour non virginité de la mariée

Depuis l’annonce la semaine dernière en France -par une dépêche de l’AFP- de l’annulation par la justice française d’un contrat de mariage entre un musulman et une musulmane pour mensonge sur la virginité de la mariée, les réactions n’en finissent pas de tomber et les français semblent être unanime : la virginité ne pourra jamais être considéré comme une condition de la validité du contrat de mariage. L’émotion à gagner tout le monde et on ne laisse d’espace ni à la raison ni au droit.
Dans ce dossier de trois parties que nous consacrons à cet « événement », nous revenons dans un premier temps sur les réactions suite à cette histoire avant de vous exposer l’un des points de vues de ceux qui critiquent cette décision judiciaire et de revenir enfin de compte sur un point de vue un peu plus équilibré afin de faire la part des choses entre la liberté de la femme et le droit au divorce.
Votre point de vue nous intéresse aussi, c’est pourquoi, je vous propose de répondre à la fin de ce post à cette question : « Partagez-vous la décision de la justice française d’annuler le contrat de mariage entre deux musulmans pour mensonge de la mariée sur sa virginité ? »

Le tribunal de grande instance de Lille en France vient de décider l’annulation du contrat de mariage entre un musulman et une musulmane pour « erreur sur les qualités essentielles » et ceux conformément à l’article 180 du code Civil qui prévoit qu’en cas « d’erreur sur la personne, ou sur des qualités essentielles de la personne, l'autre époux peut demander la nullité du mariage » dans un délai de cinq ans.
Depuis l’annonce la semaine dernière de cette décision, une vive polémique s’est installée en France.
Les féministes, associations anti-racistes et laïques ainsi que deux ministres se sont élevées vendredi 30 mai contre l'annulation par la justice de ce mariage. La décision a été admise dans un premier temps par la seule garde des sceaux Rachida Dati qui a fini par céder aux pressions en demandant au procureur général de Douai que le parquet interjette appel du jugement du tribunal de grande instance de Lille .
L’annulation du mariage est jugée "scandaleuse" pour le PCF, "atterrante" pour le PS, et "remettant en cause l'égalité hommes-femmes" pour l'UMP.
A la suite de Valérie Létard, secrétaire d'Etat à la solidarité chargée du droit des femmes, qui s'est dite jeudi 29 mai "consternée" de voir que certaines interprétations du code civil puissent conduire "à une régression du statut de la femme", Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la politique de la Ville et ancienne présidente de l'association "Ni putes ni soumises", a dénoncé vendredi une "fatwa contre l'émancipation des femmes".
« J'ai cru que l'on parlait d'un verdict rendu à Kandahar », a indiqué Fadela Amara.
« Il existe en France, au 21e siècle, des juges pour considérer que la virginité (des femmes évidemment!) est une ''qualité essentielle", on a vraiment peine à le croire », s'est exclamé le Collectif national pour le droit des femmes (CNDF) en fustigeant « les intégristes de tous poils ».
La Ligue des droits de l'Homme juge la décision "discriminatoire" à l'égard des femmes, et le médiateur de la République Jean-Paul Delevoye la voit "contraire à l'esprit de la laïcité".
Pour Femmes Solidaires, Sabine Salmon juge que le jugement est d'autant plus "scandaleux" qu'on « voit de plus en plus de jeunes filles qui utilisent la reconstruction chirurgicale de l'hymen pour arriver vierge au mariage ».
Beaucoup craignent la mise en place d'une jurisprudence.
La présidente du Conseil national des femmes françaises (CNFF) Marie-Jeanne Vidaillet-Peretti s'est dite « prête (...) pour aider la jeune femme concernée à aller jusqu'en cour de cassation ».
« Mais une annulation de mariage est une action personnelle, jugée au civil, et une association ne peut pas intervenir », prévient Anne Jonquet, avocate au barreau de Saint-Denis.
Pour elle, « seule la chancellerie peut intervenir ». Un porte-parole de l'UMP a d'ailleurs souhaité que le ministère de la Justice « déclenche un recours dans l'intérêt de la loi pour dire le droit », chose à laquelle la garde des sceaux vient de donner suite.
En effet, la ministre de la Justice Rachida Dati, qui avait révélé dans son livre "Je vous fais juge" (Grasset, 2007) avoir fait annuler son propre mariage, "décidé sans le vouloir", a défendu dans un premier temps le jugement, et s'est retrouvée critiquée aussi bien par Marine Le Pen (FN) que par Marie-George Buffet (PCF).
« La justice est là pour protéger. Le fait d'annuler un mariage est aussi un moyen de protéger la personne qui souhaite peut-être se défaire du mariage, parce que je pense que cette jeune fille (...) a souhaité également, sans doute, se séparer assez rapidement », a affirmé Rachida Dati.
Une position qu’elle semble ne plus défendre à partir du moment ou elle vient d’ordonner d’interjeter appel de ce jugement.
© Islamiqua avec Nouvel Obs.com et Le Monde.fr 




