mercredi 20 juin 2007
de l'islamisme au terrorisme

Pour expliquer ce qui pousse de jeunes gens à se donner la mort, il y a ceux qui estiment que cela revient au fanatisme religieux et à l’endoctrinement de ces jeunes par des groupes et des organisations terroristes, alors que d’autres estiment que la cause réside principalement dans la misère, l’ignorance et la désespérance dont souffre ces hommes (et femmes).
Les deux ont sans doute raison, mais aucune des deux causes à elle seule n’en serait expliquée ce phénomène. Je dirais même que les deux causes à la fois ne seraient expliqués à elles seules ce phénomène qui est très complexe et dans lequel entre en jeux plus d’un facteur.
Les exemples que je citerai vont nous montrer clairement le difficulté de la détermination de la cause principale de l’existence des kamikazes mais ils pourront aussi nous montrer que le facteur religieux n’est pas aussi déterminant pour les candidats aux suicides qui l’utilise comme une simple couverture.
Les causes réelles
Commençant d’abord par une étude réalisée par l’universitaire israélien Ami Pedahzur et qui a révélée que sur les cent quatre-vingts auteurs d’attentats suicides étudiés, plus de la moitié des auteurs étaient passés à l’acte après la perte d’un proche, ami, parent ou fiancé(e).
Nous voyons donc que dans cet exemple, le facteur religieux ne joue point. Le kamikaze est dirigé par le seul désir de vengeance.
Prenons maintenant l’exemple de Youssef Khoudri, un adolescent de 17 ans qui a essayé le 11 mars dernier de se faire exploser avec son complice à l’intérieur d’un cybercafé après que leur plan fut découvert. Heureusement, ce garçon n’a pas pu activer la ceinture d’explosif qu’il portait et après une courte fuite la police marocaine a réussie à l’interpeller.
Et bien, selon son oncle, « il lui arriver de sniffer de la colle, mais il n’a jamais été associé à des malfaiteurs et encore moins à des terroristes. »
La aussi, on voit bien comment cet adolescent fut quelques mois avant de se convertir au terrorisme islamiste : un délinquant.
Là intervient « les spécialistes » pour nous dire que la cause revient non pas à l’endoctrinement (ou pas seulement) mais à la misère dans laquelle vit ce jeune homme. La misère est la cause de tous les maux, éradiquer là et tout rentrera dans l’ordre, semble dire ces spécialistes.
Mais que dire alors de notre troisième exemple qui lui ne connaît pas la misère :
Il s’agit du tunisien Rabee Bacha, numéro deux du groupe salafiste-djihadiste neutralisé le 3 janvier dernier près de Tunis et qui appartenait à une famille tunisienne moyenne.
Selon Jeune Afrique, âgé de 22 ans « Rabee Bacha était un beau garçon, qui sortait avec des filles, buvait et dansait. A 18 ans, raconte un de ses anciens copains d’école, sa petite amie a ramené de la maison une grosse somme d’argent. Sur-le-champ, ils sont partis faire la fête pendant deux semaines.
Après le baccalauréat, sa vie bascule. On ne le voyait plus que très rarement ici, raconte un voisin. On nous disait qu’il faisait des études d’agriculture à Sidi Bouzid. Quand nous l’avons revu, il y a trois ans, c’est à peine si nous avons reconnu le bon vivant d’antan. Il était devenu pieux, renfermé sur lui même. »
Là aussi, nous voyons que l’élément religieux ne figure que comme un prétexte et que même celui social (misère, pauvreté, chômage…) n’est pas plus pertinent.
Comment et pourquoi alors on devient terroristes ?
L’enroulement
Certes, l’ensemble de ces éléments : vengeance, misère, endoctrinement… peuvent conduire au fanatisme et au terrorisme, mais il y a un autre maillons essentiel et sans lequel nous ne verrons jamais autant d’attentats : il s’agit de l’embrigadement de ces jeunes.
Là vient le rôle de la mosquée, car, malheureusement, le plus souvent tout commence dans les mosquées. Un jeune, qui veut réparer les péchés commis envers Dieux (le cas de Youssef et de Rabee), se dirige à la mosquée et pratique assidûment sa prière. Là il est repéré par un fanatique dont le travail consiste à rallier les jeunes à la cause qu’il défend : le djihad en Palestine, en Irak, en Tchétchénie…
Il commence alors par aborder certains sujets avec les jeunes qu’il a repérés. S’il constate que ces derniers sont favorables à ses thèses, il passe à l’étape suivante mais s’il voit que son interlocuteur est hostile ou simplement hésitant, le contacte s’arrête à cette étape.
L’étape suivante consiste à inviter le jeune à suivre plus assidûment sa religion, à lire la « vrai » littérature islamique et à écouter les prêches et autres leçons de cheikhs fanatiques.
Là aussi, si le jeune suit ces recommandations, on passera avec lui à l’étape suivante, si non, il sera jugé trop faible pour continuer « la mission ».
L’étape suivante consiste à aborder carrément avec l’endoctriné la nécessité du Djihad. Maintenant il est radicalisé, il a lu et entendu ce qu’il lui faut pour accepter le djihad.
Reste quand même un problème : comment expliquer à ces jeunes que se faire exploser n’est pas du tout le suicide interdit par le Coran ?
Il semblerait que la faible culture religieuse de ces endoctrinés permet à leurs maîtres de leur faire croire qu’il ne s’agit là que de la nouvelle forme du djihad, celle qui va leur permettre d’entrer au paradis sans passer par le Jugement et de vivre éternellement avec les hour el Ayen.
Si le candidat accepte cette interprétation, cela vaut dire qu’il est désormais prêt à partir pour le djihad et que le processus d’endoctrinement a réussit.
Dernière étape : le candidat est envoyé dans un camps d’entraînement qu’il ne quittera qu’une fois sa mission déterminée.
Le danger est qu’il semble qu’aujourd’hui, les groupes terroristes ont énormément de candidats, ce qui leur permet de ne choisir que les plus éduquer et qui ont généralement des études ou des diplômes universitaires.
Comme quoi même les opérations terroristes réclament des gens compétents !
Et la religion dans tout ça ?
Quel est alors le rôle de la religion dans ce processus ?
Toutes les parties n’utilisent la religion que comme un prétexte :
Le maître l’utilise pour faire admettre par ses disciples la licité des attentats suicides.
Quant au kamikaze, il utilise la religion pour atteindre deux buts :
1- se laver des péchés qu’il a commis … par le sang des innocents !
2- faire croire à sa famille, sa société et au monde qu’il a agit au nom de l’islam afin d’avoir la sympathie d’autres potentiels terroristes (ce qui les encouragera à franchir le pas) et d’être sacré Moudjahid !
mercredi 13 juin 2007
L'islamisme au Maghreb

« On avait perdu l’habitude de cette saisissante sensation qui vous serre l’estomac durant le trajet entre le siège de la rédaction et le lieu de l’explosion. On avait oublié ce pressant sentiment de colère et de peine à la vue des blessés qu’on embarque encore. Les scènes de carnage qui ont jalonné les années noires défilent à nouveau dans nos têtes. »
Ainsi s’exprimait le journaliste algérien Moustapha Hammou suite au double attentat qui a frappé Alger le 11 avril dernier.
L’Algérie a peur. Peur de revire les « années noires ». Peur de voir le pays sombrer dans le sang. Peur de découvrir que les quelques 150.000 morts (au moins) de ces années là n’auraient pas suffit pour que les islamistes se résignent une bonne fois pour toute au non recours à la violence.
Mais ce n’est pas l’Algérie seulement qui a peur. C’est l’ensemble des pays du Maghreb qui retiennent leurs souffles !
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Voila une organisation, le GSPC, qui fut il n’y a pas longtemps, présentée par « les spécialistes » comme étant « au bord de la faillite » avec un effectif très réduit et des moyens limités. Une organisation qui aurait abandonnée ses attaques pour se concentrer sur sa défense, affaiblie par la guerre inlassable que lui livre l’armée algérienne, la politique de réconciliation nationale, et l’épuisement du réservoir des djihadistes ou elle pêchait ses futurs militants.
Et voila, tout d’un coup, on ne parle plus que de l’ex-GSPC. Devenue Al Qaida au pays du Maghreb, l’organisation ne cesse plus d’organiser et/ou de revendiquer des actes terroristes non seulement à l’intérieur des pays maghrébins mais aussi en Europe ou elle a des cellules dormantes dans plus d’un Etat (Espagne, Italie, France…).
Il aurait suffit de cette métamorphose pour que l’ex-GSPC retrouve (plus que) ses forces habituelles, plus de moyens, plus de visibilité et plus de sympathisants. De quelques centaines, ses membres seraient aujourd’hui des milliers (dans les cinq pays maghrébins, au Sahel et en Europe) avec des camps d’entraînement un peu partout : sur le territoire maghrébin, au Mali, au Niger et au Tchad.
D’une organisation nationale, l’ex-GSPC est devenu une organisation transnationale et désormais, Al Qaida aux pays du Maghreb regroupe tous les salafistes-djihadistes du Maghreb Arabe : des algériens, des marocains, des tunisiens, des mauritaniens et des libyens.
Résultats : bombes humaines de plus en plus fréquentes et cibles réparties sur l’ensemble des pays du Maghreb.
Et voila que la guerre est déclenchée…
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Commençant par un Etat qui connaît une véritable guerre sur son territoire. Vous l’auriez deviné sans doute, il s’agit de l’Algérie qui a connu pendant tout le mois d’avril « la plus importante des opérations anti-terroristes jamais engagée ». Avec plus de cinq mille hommes : parachutistes, policiers, gendarmes et commandos ont investis les environs du village de Merdj Ouamane, dans la région de Oued Amizou, près de Béjaia, dans l’est du pays.
A cet endroit, pendant des mois, au nez et à la barbe des services de sécurités, l’ex-GSPC a construit l’une des ses principales bases à partir de laquelle Adbelmalek Droukdel alias Abou Moussab Abdelwadoud aurait organisé avec ses lieutenants les derniers attentats qu’a connu Alger.
Des attentats qui auraient été financés par certains hommes d’affaires de la ville !
En effet, selon le témoignage -rapporté par Jeune Afrique- d’un officier algérien qui a requit l’anonymat, « avant de nous attaquer au noyau dur du groupe, nous avons entrepris de neutraliser les membres du premier cercle. Parmi eux figuraient des gérants de bars ayant pignon sur rue à Bejaia. Et même, tenez-vous bien, des hommes connus pour boire comme des trous et fréquenter les putes. Nous soupçonnions depuis longtemps certains patrons de bistrot et même des chefs d’entreprise de verser un impôt ‘‘révolutionnaire’’ en échange d’une ‘‘protection’’. Ceux qui refusent sont kidnappés et libérés contre forte rançon. »
Ainsi donc, le vin, la drogue et la prostitution servent à financer les opérations d’un groupe qui se veut « vertueux » et qui veut nettoyer le Maghreb des… vins, drogues et autres prostitutions !
La réussite de l’armée algérienne dans cette dernière opérations ne doit pas cependant nous faire oublier l’une des principales questions que le gouvernement algérien doit se poser : quel est l’avenir de la politique de réconciliation nationale ? Peut-on continuer à pardonner des terroristes qui n’ont d’autres aspirations que de tuer le plus d’innocents possible ?
Comme l’écrit Moustapha Hammou, « La procédure de réconciliation nationale, qui a surtout profiter à des terroristes déjà neutralisés, condamnés, en instance d’être jugés, a ragaillardi les rangs des adeptes de la violence djihadiste. Le regain d’activisme est perceptible : les prises d’otages avec rançon se multiplient ; des véhicules chargées d’armes ont été interceptés, des réservoirs de soutien démantelés et les attentats se font de plus en plus fréquents. Mais le pouvoir ne semble pas avoir trouvé la stratégie qui réconcilie la nécessaire lutte anti-terroriste et l’hypothétique attrait des mesures de conciliations sur les groupes armés. » et de continuer « Le 10 avril encore, [le premier ministre] Ahmed Ouyahia disait que ‘‘chaque terroriste qui se rend, c’est une vie humaine préservée.’’ Il ajoutait que ‘‘c’était le devoir de la nation de tendre la main à ceux qui se sont égarés’’. Mais piéger un véhicule d’explosifs, former un kamikaze et organiser un attentat contre le palais du gouvernement nécessite plus de stratégie que d’égarement. Si, comme victimes potentielles, nous nous retrouvons, dix ans après, au même point, c’est que quelque part, c’est nous qui nous sommes politiquement égarés. »
Cela dit, que faut-il retenir ?
Pour l’Algérie, je retiens deux leçons :
1- S’il fallait encore une preuve de l’incroyable bassesse des terroristes, en voilà une nouvelle : non seulement ces terroristes s’autorisent à tuer sans vergogne des innocents mais ils financent ces mêmes opérations par de l’argent sale qu’ils récupèrent auprès des délinquants, mafieux et autres criminels.
2- La politique de « réconciliation nationale » devrait être révisée et pourquoi pas modifier en une politique de « rééducation nationale ». Plutôt que d’être pardonner, les (ex)terroristes devraient passés par des centres qui leur apprennent ce qu’est le vivre ensemble, ce qu’est la sacralité d’une vie humaine, ce qu’est l’amour de l’autre et de son patrie et ce qu’est la vie en société.
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Le Maroc lui, n’a pas une guerre sur son territoire mais il a des fabriques de terroristes qui sont les bidonvilles. Et le premier d’entre eux est le tristement célèbre Sidi Moumen. Et pour cause, les islamistes qui sont morts le 10 avril à Casablanca venaient de ce quartier. Ceux qui ont fait sauter un cybercafé le 11 mars aussi et enfin (du moins pour l’instant) les auteurs de l’attentat de 2003 venaient de ce bidonville. Bien sur, les médias occidentaux ainsi que ceux marocains ne cessent de s’insurger contre la situation des habitants ce ces bidonvilles.
Ce fut le cas du Journal Hebdomadaire qui déplorait ainsi la situation des habitants de ce quartier : « Comment expliquer ce désagrément et cette indifférence ? L’apathie d’un Etat qui a pourtant une lourde responsabilité dans le ‘‘laxisme’’ qui a conduit aux événements du 16 mai, du 11 mars [et du 10 avril] ? Est-il impossible de résorber cet habitat insalubre générateur de clandestinité et de terrorisme ? ».
C’est une indignation que je partage mais qui n’excuserait en aucun cas la barbarie dont use les terroristes pour faire passer leur message.
Et pour preuve, la Tunisie ou le gouvernement vient d’ordonner la réalisation d’une étude sur l’influence des zones habités, des constructions et de la nature des quartiers sur le comportement (ou la radicalisation) des jeunes n’a plus sur son territoire ses fabriques de kamikazes (et autres bidonvilles) et pourtant elle n’est pas épargnée par le développement de l’islamisme et du fanatisme.
Un exemple révélateur fut celui des affrontements qu’a connu le pays au début de l’année entre les forces de l’ordre et un groupe terroriste relié au GSPC près de Tunis.
Un autre exemple vient récemment d’être rendu public : il s’agit du démantèlement -fin mai- d’un autre groupe terroriste connu sous le nom de « La cellule du Sud ». Selon les enquêteurs, les membres de cette cellule faisaient des expériences dans une montagne tunisienne au but de fabriquer une bombe.
Composée d’une quinzaine de membres, essentiellement des jeunes étudiants en sciences physiques et techniques, « la cellule » avait entrepris ses essais en 2006 mais avait échoué à atteindre son but qui consistait dans la fabrication d’une bombe hydrogène !
Que faut-il donc retenir de ces développements ?
Pour le Maroc et la Tunisie, je retiens aussi deux leçons :
1- Il est incontestable que les bidonvilles sont de véritables fabriques de Kamikazes et qu’ils mériteraient par conséquence une action urgente de la part des autorités (marocaine).
2- Mais il est erroné d’attribuer la responsabilité du terrorisme aux seuls bidonvilles. Le cas tunisien est l’a pour l’attester. Plutôt donc que de focaliser notre intérêt sur la nécessité de l’élimination des bidonvilles, nous devons inciter les Etats du Maghreb à éradiquer toutes les formes d’extrémismes là ou elles se trouvent. Non seulement dans les bidonvilles, mais aussi dans les villes, les écoles, les médias…
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Mais avant tout, il faudrait peut-être une analyse de la tête de ces terroristes. De ce qui les poussent à commettre leurs actes abominable.
Une analyse à laquelle je vous invite dans le prochain post.
jeudi 7 juin 2007
Bourguiba et l'islam (4)

« Ici gît Habib Bourguiba, libérateur de la femme ».
Cette phrase qui se trouve à l’entrée du mausolée des Bourguiba à Monastir résume parfaitement l’œuvre majeure du combattant suprême.
Certes, Bourguiba fut le libérateur de la Tunisie, son premier président, l’un des plus importants Leaders arabes…
Mais, Bourguiba fut surtout celui qui a eux le courage de promulguer un révolutionnaire Code du Statut Personnel (CSP) qui instaura la conception moderne de la famille en Tunisie et -surtout- libera la femme.
A jamais « Bourguiba restera associer à la libération de la femme » comme l’a dit le professeur Lotfi Chadli (dans une contribution faite à l’occasion du cinquantenaire de la promulgation du CSP à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis).
Le Code du Statut Personnel a été promulgué le 13 août 1956, avant même la promulgation de la Constitution tunisienne, ce qui fera dire à Lotfi Chadli qu’il fut « La véritable constitution de la Tunisie, du moins sa constitution sociale ».
Ce Code est révolutionnaire -comme nous l’avons dit- pour plusieurs raisons :
La plus importante est sans doute le fait de soustraire l’organisation, le règlement et le fonctionnement de plusieurs institutions, traditionnellement réglées par les religieux, des mains des Fouquahas à celles du législateur.
1- C’est ainsi que le pouvoir autoritaire dont disposait l’homme et qui lui donnait arbitrairement le droit de répudier sa femme sera complètement aboli. Désormais, le divorce ne se fait que par et devant le juge.
2- C’est ainsi aussi que « La polygamie est interdite. Quiconque, étant engagé dans les liens du mariage, en aura contracté un autre avant la dissolution du précédent, sera passible d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 240.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement, même si le nouveau mariage n’a pas été contracté conformément à la loi. » (Article 18 du CSP).
3- C’est ainsi aussi qu’on fixa l’age minimum du mariage « …l’homme avant vingt ans révolus et la femme avant dix-sept ans révolus ne peuvent contracter mariage… ».
4- C’est ainsi aussi que le consentement de la femme devient l’une des conditions sine qua non de la validité du mariage : « Le Mariage n’est formé que par le consentement des deux époux… » (Article 3 du CSP).
Alors que jusque là et conformément au rite Malékite, le père pouvait marier l’aînée de ses filles sans sa consultation.
5- C’est ainsi encore que le CSP régla partiellement la question de l’héritage de la femme. Je dis partiellement parce que même si l’égalité successorale entre hommes et femmes n’a pas été établie, la femme, après la promulgation du CSP a gagnée le droit d’hériter son père même si elle n’a pas de frères. Alors qu’auparavant, les règles de l’héritage faisaient que « la fille n’hérite pas tout ce que laisse son père si jamais elle n’avait pas de frères » comme l’avait rappelé Bourguiba en 1981.
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Mais, malgré son caractère révolutionnaire, Bourguiba a toujours tenu à démontrer que le Code n’était en rien contraire aux préceptes de l’islam. Oui, le Code s’oppose aux pratiques archaïques et rétrogrades qu’on avait l’habitude d’imputer à l’islam mais l’islam en est innocent, selon le combattant suprême.
C’est ce que dira Bourguiba en substance lors de la célébration de la fête de la femme tunisienne le 13 août 1965 lorsqu’il fustigera « les cerveaux gelés » qui avaient critiqués la promulgation du CSP et qui croyaient que « les pratiques et les bida [Innovations] faisaient partie de la religion ».
Et c’est aussi ce que confirmera récemment l’un des plus proche collaborateurs de Bourguiba M. Ahmed Mistiri : « Nous avons trouvés des difficultés à convaincre les gens de la conformité du Code du Statut Personnel à l’islam que se soit les étudiants de la Zitouna, les intellectuels ou la plupart des tunisiens. Nous avons essayés de les convaincre que le Code n’était ni réformateur ni révolutionnaire et qu’il ne s’oppose point à la religion même si nous avons accordés beaucoup de droits aux femmes » (témoignage de Ahmed Mistiri dans le livre de Amel Moussa « Bourguiba et la question religieuse », Cérès édition, Tunis, 2006, p.54).
Et c’est justement pour l’avoir considérer comme « contraire à l’islam » que les religieux vont profiter de la promulgation du CSP pour entamer leurs attaques contre Bourguiba. (Voir Bourguiba et l’islam (3) : Bourguiba et les religieux).
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Heureusement, malgré toutes les critiques et l’acharnement de certains religieux sur les acquis du Code afin de les neutraliser, 50 ans après, non seulement, le Code est toujours là mais aussi les acquis de la famille en générale et de la femme en particulier ont été renforcés malgré que beaucoup de travail reste à faire et notamment l’établissement de la pleine et entière égalité successorale entre hommes et femmes. En plus, le Code est désormais protégé par la constitution qui stipule depuis 1997 dans son article 8 que « … les parties politiques doivent respecter la souveraineté du peuple, les valeurs de la Républiques, les droits de l’Homme et les principes relatifs au statut personnel. »
Seulement, ce n’est pas pour autant que Bourguiba se sentira tranquille dans sa tombe car les dangers sont toujours là et le fait que plusieurs tunisiens et tunisiennes n’ont toujours pas intériorisés les acquis du CSP montre que nous devons rester vigilant.
En effet, par les lacunes que contient le Code encore, par sa non intériorisation par la plupart des tunisiens « qui parlent comme si le CSP n’existe pas » et par le fait que les juges conservent un large pouvoir d’interprétation, auxquels s’ajoute la réislamisation que connaissent plusieurs sociétés arabes et le refus de plusieurs femmes des acquis du code (!), nous ne pouvons que rejoindre le professeur Yadh Ben Achour lorsqu’il dit « Oui le Code est une révolution. Mais … c’est une révolution menacée ! ».
…Et pour prolonger la lecture
Ainsi donc prend fin cette série d’article que nous avons consacrés à la relation de Bourguiba avec l’islam. Pour prolonger vos lectures -pour ceux qui sont intéressés par le sujet- je vous soumets les deux (uniques) livres écrits sur la relation de Bourguiba avec l’islam :

● « Bourguiba et l’islam, le commandement et l’imamat », Lotfi Hajji, sud édition, Tunis, 2004
Il s’agit d’un livre très intéressant, passionnant et facile à lire. Ce livre contient en plus des documents rares tels que la fameuse fatwas de Ibn Bez et le discours de Bourguiba de 1974.

● « Bourguiba et la question religieuse », Amel Moussa, Cérès édition, Tunis, 2006
Je ne partage pas les idées de l’auteur de ce livre pour qui les actions de Bourguiba s’expliqueraient tantôt par sa haine envers ses adversaires (les religieux) et tantôt par son amour a sa mère qui expliquerait à lui seul son engagement en faveur de la femme (!).
Mais le livre reste malgré cela intéressant, non point pour la lucidité des idées de son auteur, mais plutôt pour l’importance des témoignages historiques que l’auteur a réussit à recueillir auprès de plusieurs anciens proches collaborateurs de Bourguiba.
mercredi 30 mai 2007
Bourguiba et l'islam (3)

Nous avons vu précédemment que pour plusieurs religieux Bourguiba fut considéré comme un incroyant. Il faut dire que le leader tunisien n’était pas du tout tendre ni envers les pratiques archaïques imputées à l’islam ni encore moins envers les religieux corrompus et fanatiques.
Ainsi, d’une part, Bourguiba va multiplier les cas de confrontation avec les religieux (et ce en s’aventurant sur des territoires interdits qui étaient réservés jusque là aux seuls Oulémas). Et d’autre part et afin d’ébranler la confiance que les tunisiens ont dans ces religieux, il n’hésitera pas à dévoiler leur secrets et leurs agissements contraires aux vertus de l’islam.
Bourguiba sur le terrain des religieux :
À coté du révolutionnaire Code du Statut Personnel, sur lequel je reviendrai dans un prochain post, Habib Bourguiba avait défié les Oulémas sur plusieurs plans :
1- En instaurant le planning familial.
2- En autorisant les intérêts dans les crédits bancaires (que les religieux considèrent riba).
3- En réformant l’enseignement religieux.
4- En réglementant l’assurance.
5- Il est allé même jusqu'à appelé les tunisiens au non respect du jeûne en Ramadan dans le but de sortir leur pays du sous-développement.
Mais le rêve de Bourguiba était celui d’instaurer l’égalité successorale entre hommes et femmes. Un rêve qui restera inachevé car comme le dit son ancien Premier Ministre Mohammed Mzali « Bourguiba a voulu instaurer l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes mais il n’a pas trouvé un verset coranique qui lui donne cette possibilité, et les religieux lui avaient répondu qu’en matière d’héritage et contrairement à la polygamie où en se basant sur certaines sourates et sur l’ijtihad on pouvait arriver à conclure son interdiction, tel n’était pas le cas pour l’héritage où les versets sont très clairs et ne se prêtent à aucune interprétation. Et Bourguiba m’avait dit à plusieurs reprises que la question de l’égalité successorale est restée dans son cœur, et que malgré ses tentatives, il n’avait pas trouvé un verset coranique qui lui permet de réaliser ce rêve. » (Amel Moussa, « Bourguiba et la question religieuse », Cérès édition, Tunis, 2006, p.123, en arabe).
C’est ainsi donc que Habib Bourguiba s’est aventuré sur le terrain des religieux, en ayant certes recours à certains d’entres eux pour l’aider à convaincre les tunisiens très conservateurs à cette époque. Mais face à l’opposition et au refus de certains de ces fouquahas de suivre ses interprétations, Bourguiba finira par leur livrer une guerre de laquelle il sortira gagnant.
Bourguiba s’attaque aux religieux :
Dans son dernier livre « Bourguiba et la question religieuse » qui vient de paraître en Tunisie, Amel Moussa semble critiquer la manière avec laquelle Bourguiba avait attaqué les Oulémas. L’auteur considère que Bourguiba est allé très loin dans le dénigrement, la disqualification et même l’insulte des religieux. Et en se basant sur des exemples historiques, elle nous montre comment il n’a pas hésité à révéler au grand public des documents secrets qui prouvaient la corruption des fouquahas.
Ainsi Amel Moussa lui reproche d’avoir cité quelques noms de familles des religieux (Ben Achour, Djait, Nifer, Ben Mrad), elle lui reproche aussi d’avoir utilisé des expressions telles que : les religieux sont « incapables de comprendre le vrai sens de la religion », « la catastrophe réside dans le fait que la plupart de ceux qui ont étés éduqués dans les écoles traditionnelles souffrent d’un complexe qui les rend incapable de faire fonctionner leur cerveaux. » ou encore, « il n’y a plus l’espérance d’une évolution des Fouquahas ».
Moussa lui reproche aussi d’avoir tenu à lire, dans l’un de ses discours, la totalité d’une lettre adressée par Mohammed Saddek Naifer en 1917 au consul général français en Tunisie ainsi que le poème de remerciement qui l’accompagnée.
Dans cette lettre, écrite par un religieux tunisien qui espéré être désigné dans le haut conseil mixte, on pouvait lire : « Je suis fidèle à la France, je vous est rendu plusieurs services… je suis attaché à vous et j’en ait personne en dehors de vous. »
Contrairement à l’auteur, je ne vois rien de critiquable dans cette démarche. Bourguiba -comme toute autre personne- a le droit de dire ce qu’il pense des religieux et de leur enseignement. Et si jamais il a des preuves il peut aller jusqu’à dénoncer des pratiques qui ne se rattachent ni de près ni de loin à l’islam.
Car, j’aimerai rappeler à l’auteur, que les fouquahas, oulémas et autres religieux ne sont pas sacrés. Que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on peut se permettre de déclarer allégeance à la France, que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on va interdire à toute personne de nous critiquer ou de critiquer notre enseignement ou notre formation.
Habib Bourguiba n’a fait que constaté des faits -preuves à l’appuis- afin de lever cette sacralité illégitime dont bénéficiaient les religieux.
Et c’est justement pour cette raison qu’il sera à son tour attaqué par les religieux. Mais eux, contrairement à lui, ils ne s’arrêteront pas au stade de la critique et de la dénonciation mais ils dépasseront cela pour aller jusqu’à le déclarer apostat et même appeler à la révolte !
La riposte des religieux :
Ici, il faut faire la différence entre la riposte des religieux tunisiens et celle de ceux du Machrek :
* Pour les religieux tunisiens :
En riposte aux réformes et interprétations bourguibienne, la Tunisie connaîtra quelques confrontations entre Bourguiba et les religieux.
Parmi les plus importantes, nous pouvons citer le refus du Moufti de l’époque (le plus haut dignitaire religieux tunisien) Mr Mohammed Aziz Djait de publier une fatwa autorisant le non respect du jeûne en Ramadan. Un refus qui lui vaudra la remise en retraite anticipée par Bourguiba (et qui laissera le poste de Moufti de la République vacant pendant deux ans.)
Nous pouvons citer aussi la révolte que connaîtra la ville de Kairouan en janvier 1961 et qui se soldera par la mort de plus de 20 personnes et ce suite à la décision des autorités de transférer l’imam de Kairouan Mr Abd Rahman Kalif à Gabes.
Cette décision fut causée par les pratiques auxquelles se livrer l’imam à l’intérieur de sa mosquée.
En effet, Mr Abd Rahman a utilisé la mosquée comme un espace d’opposition, de contestation et de critique de la politique bourguibienne d’une part et il avait déclaré apostat toute personne qui ne jeûnerait pas en Ramadan d’autre part.
A part ces deux événements, la réaction des religieux tunisiens fut équilibrée.
*Pour les religieux du Machrek :
Ce fut Ben Baz, le premier qui décréta l’apostasie de Bourguiba et ce suite à un discours que ce dernier avait prononcé à l’occasion du « Colloque international des enseignants » qui s’est tenu à Tunis en 1974.
Interprétant le discours de Bourguiba, Ben Baz a dit que le président tunisien avait critiqué le Coran et avait dit qu’il contenait des légendes :
« Il a décrit le Prophète comme un simple homme qui voyageait beaucoup dans le désert et qui se réjouissait des légendes racontées dans son environnement, et qu’il a transmit ces légendes au Coran » (Lotfi Hajji, « Bourguiba et l’islam », Sub éditions, Tunis, 2004, p.16, en arabe).
Par conséquence, Ben Baz a exigé que Bourguiba s’en excuse publiquement, à défaut, que son pays suspende ses relations diplomatiques avec la Tunisie et il est allé même jusqu’à appeler les tunisiens à …la révolte contre « le despote » !
Malheureusement pour lui, rien de ce qu’il a réclamé n’a eu lieu.
Comme Ben Baz, le Cheikh Karadaoui est allé lui aussi, dans son livre « l’extrémisme laïc à la confrontation de l’islam » (2002) jusqu’à apostasié Bourguiba et le considérer comme « un ennemis de l’islam » tout comme Ataturk.
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Pour_un_islam_meilleur_Hamza_Belloumi
mercredi 23 mai 2007
Du Liban au Pakistan en passant par la Palestine, les extrémistes nous contrôlent !

Voici trois cas de figures à propos desquels j’aimerais vous entretenir : le premier est celui palestinien, avec les derniers développements de la situation inter-palestinienne. Le second est celui libanais avec les derniers développements de la situation interne au Liban et le troisième est celui pakistanais avec la guerre que livre le pouvoir de Musharraf aux extrémistes musulmans.
Quel(s) lien(s) entre toutes ces situations ?
Les voici : dans ces trois cas de figure, une guerre oppose l’Etat à de véritables milices paramilitaires. Dans ces trois cas, il s’agit de groupes islamistes extrémistes qui livrent une bataille à l’armée de leur propre Etat. Dans ces trois cas, il semble que l’armée étatique n’est plus en mesure de contrôler la situation. Dans ces trois cas, ce sont ces groupes extrémistes qui dictent la loi à suivre aux autorités étatique. Et enfin, dans ces trois cas de figure, les pays qui connaissent ces événements sont tous des pays musulmans.

1- La situation en Palestine :
Voici près de 2 ans (depuis le 22 août 2005) que les israéliens ont évacués Gaza, (un territoire de 40 Kilomètres abritant près de 1,5 million de palestiniens) et ont confiés ce territoire autonome -après 28 ans d’occupation- aux palestiniens.
Seulement voila, malgré qu’ils n’ont qu’une autonomie réduite sur un territoire extrêmement petit (pour ne pas dire invisible), les palestiniens ne cessent plus depuis quelques mois de se livrer à une bataille interne dignes d’un groupe d’imbéciles heureux qui ne comprennent que l’usage d’armes et pour qui la vie d’un frère n’a plus aucune valeur devant l’envie du pouvoir.
Commentaire d’un journaliste : «Le Fatah et le Hamas s’entretuent pour le contrôle d’une grande prison qu’on appelle Gaza alors qu’Israël en possède les clés ».
Voici un territoire ou les mots Etat, autorité, lois, institutions… n’ont plus aucun sens. Des groupes d’hommes armés sans scrupules se permettent de tuer en toute impunité des dizaines d’hommes et de femmes pour la simple raison de leur appartenance à l’une ou à l’autre des deux organisations.
De véritables milices qui se donnent le droit de bloquer les routes, d’instaurer des couvre-feux et de tuer toute personne qui oserait défier leur autorité.
En un mot, Gaza est devenue une zone de non droit.
Voici le résultat de la politique de l’armement massif des membres des deux organisations : ces membres font désormais ce qui leur plais ; ils n’écoutent plus les ordres de leurs supérieurs et foutent le bordel par où ils passent. Ils sont devenus de véritables criminels dont les mains sont entachées du sang de palestiniens innocents.
Et dire qu’on comptait sur ces hommes là pour libérer les territoires occupés !
Désormais, tous les membres des deux organisations qui ont participés aux honteux affrontements qui ont eu lieu à Gaza doivent être considérés comme des criminels assassins et doivent être poursuivis par la justice.
L’autorité palestrinienne (qui n’est plus une) doit redonner du sens à son autorité, traduire les criminels devant les tribunaux, frapper fort toute personne incitant à la violence, désarmer les deux groupes, dissoudre leur branches armées, et rétablir l’ordre.
Dans un Etat (si jamais les palestiniens veulent toujours en avoir un) le pouvoir armé, tout le pouvoir armé, doit être détenu exclusivement par les institutions étatiques. Si non ? Si non -et je suis désolé de le dire- un Peuple qui n’arrive pas à s’autogérer ne mérite pas d’avoir son propre Etat. Un Peuple qui n’arrive pas à s’autogérer est un Peuple mineur qui n’aura droit à son Etat que le jour ou il franchira le seuil de la majorité.
Et ce n’est qu’amèrement que je constate que, plus d’un demi siècle après l’occupation israélienne, les palestiniens n’arrivent toujours pas à s’autogérer.
2- La situation au Liban :
Un autre groupe palestinien, Le Fatah Al-Islam, établit au Liban et qui est l’émanation du groupuscule prosyrien Fatah-Intifadha, lui aussi une émanation du Fatah palestinien, a déclenché le 20 mai 2007 les hostilités contre l’armée … libanaise !
Voici un groupe armé, qui se trouve à l’intérieur de l’Etat libanais et qui se permet de mener la guerre à un Etat qui lui a ouvert ses portes.
Un groupe qui -comme tous les autres groupes armés qui se trouvent dans ce pauvre pays- est un véritable Etat dans l’Etat : il a ses propres institutions (Chefs, milice…), son propre peuple (les palestriniens des camps des réfugiés) et son propre territoire (les camps des réfugiés) où l’armée libanaise n’a même pas le droit d’y pénétrer !
