mercredi 23 janvier 2008
Médias et extrémisme (3): Les nouveaux moyens de prédiction

Certains participants à la table ronde sur « les médias et l’extrémisme » ont abordé les nouveaux moyens qu’utilisent les extrémistes pour diffuser leur idéologie : agences de communication, chaînes de télévisions, et sites web. Une véritable industrie que certains orateurs nous on décrites parfaitement.
Agences de communications
Pour ce qui est des agences de communication, le journaliste Borhane Besaies cite le cas d’ ‘‘Essahab’’, « cette agence de communication chargé de promouvoir l’image de Ben Laden, qui se distingue par son excellente technicité, présente Ben Laden et Al-Zawahiri en train de marcher côte à côte dans un décor naturel et imposant, celui des montagnes de Tora Bora, le message symbolique qui, à travers cette image et la précision de son éclairage, s’infiltre dans la conscience de la masse –privée de tout sens critique-, mais aussi d’un certain nombre d’intellectuels, et que les deux leaders d’Al-Qaïda ressemblent à Moïse et à son frère Aaron. Ben Laden se transforme ainsi en une sorte de saint révolté contre la voracité et la domination du capital. Ce savoir faire des extrémistes rend notre mission et notre combat pour la tolérance, le dialogue entre les cultures, extrêmement difficiles. »
Sites web
Ce savoir faire, sera d’avantage important pour ce qui concerne les sites web auxquels Iqbal Gharbi a consacré son intervention dans laquelle elle a essayé « de contourner, par une analyse de contenu d’une vingtaine de sites destinés aux femmes, l’image de l’identité proposée aux internautes femmes ainsi que la construction de l’altérité exposée dans cet espace numérique. »
Ainsi Iqbal Gharbi nous rappel qu’ « Au début des années 90, l’unique organisation islamique qui possédait son site web était, selon l’expert égyptien de l’islamisme Dhia Rachwan, la Jamaa uislamiya égyptienne. Même la redoutable Al-Qaïda n’a pu revendiquer les attentats de Nairobi et de Dar Assalam que par fax !
Par la suite, les islamistes ont accru leur utilisation de l’internet, pourtant symbole de la technologie occidentale, et même américaine qu’ils récusent et qu’ils condamnent au quotidien ; mais le pragmatisme justifie l’utilisation d’un médium présentant de si nombreux avantages et une technologie éprouvée. »
Mais Mme Gharbi, consacrera son analyse aux sites islamistes destinés aux femmes. Des sites qui selon elle remplissent quatre fonctions principales :
« 1- Enseignement à distance :
Une littérature croissante et largement distribuée en ligne aux membres de cette communauté virtuelle, notamment des sermons, cartes, essais théoriques, théologiques, traductions du Coran, qui servent à l’endoctrinement, au recrutement, à la mobilisation.
Cet enseignement virtuel sert à promouvoir les principes théologiques et idéologiques mais aussi à convertir de vastes étendues du cyberespace en une « université du Djihad ouverte.
2- Diffusion de la propagande salafiste :
L’internet se prête très bien à la diffusion de la propagande : sur le fond, on ne remet pas en cause ce qui est diffusé. Sur la forme, l’Internet est un média adapté car il permet simultanément de toucher une vaste population de millions d’internautes grâce à son développement dans le monde. En outre, paradoxalement, chaque internaute est touché individuellement, sans possibilité de réfléchir. De plus, ce moyen de communication est accessible à domicile, dans les administrations, dans les cybercafés et désormais sur les téléphones mobiles.
3- La mobilisation :
Ce moyen de communication permet aussi, par les relations qu’il met en place, la mobilisation, grâce à la formation qu’il propose, une adaptation des entités salafistes au milieu qui les entoure. Et peut être une coordination de groupes ou d’individus à des fins d’action violente. Les internautes réceptifs, qui semblent très intéressés par la cause d’une organisation ou aptes à servir cette cause, sont contactés d’une manière individuelle grâce aux possibilités croissantes de conversation personnelle en linge.
4- Le cyberterrorisme :
Il correspond aux activités terroristes menées dans le cyber espace. Il désigne entre autre les opérations où l’on emploie des techniques de piratage contre le site web d’une cible dans le but d’en perturber le fonctionnement. Les occupations de sites web laïcs et progressistes, comme le site ‘‘www.rezgar.com’’, régulièrement attaqué virtuellement, les bombardements électroniques automatiques, les entrées illégales dans les ordinateurs, les virus et les vers informatiques dirigés contre une catégorie d’auteurs, les messages à caractère pornographique envoyés à certaines internautes. En mars 2006, la DGSE française a dépisté un groupe de discussion où des jihadistes recrutaient des hackers pour détruire des sites impies. « Si vous ne pouvez pas les égorger, détruisez au moins leurs sites », recommandaient-ils ! »
Et pour finir, Mme Gharbi nous informe que « les sites féminins correspondent parfaitement au profit idéologique des néo-fondamentalistes, notamment dans leurs :
- approche littérale du texte sacré ;
- insistance sur la morale ;
- refus du relativisme et de l’historicité de l’islam ;
- manipulation et falsification de la mémoire collective musulmane (…)
Par ailleurs, ces sites ont une représentation diabolisée de l’Autre. L’Occident est ainsi représenté comme un bloc homogène, qui complote régulièrement contre l’islam et les musulmans. En conséquence, le djihad devient un devoir personnel (fardh ain), car les Occidentaux occupent la Palestine et l’Irak.
L’Autre, dans ces sites, n’est pas uniquement l’Occidental. Il est aussi le musulman chiite, laïc, libéral, etc. »
Chaînes de télévisions
Enfin, la production télévisée qui est le troisième moyen de propagande islamiste et le premier en terme d’influence, a été remarquablement décortiquée par M. Khemaies Khayati (auteur d’un livre sur le discours salafiste dans les chaines arabes) dont l’analyse est d’une importance capitale.
Ainsi, après avoir signalé que son angle de vision de ces programmes était « celui d’un citoyen de la Tunisie moderne, pays méditerranéen, arabe et africain, profondément musulman depuis le 8ème siècle » Khayati nous présente sa lecture du paysage télévisuel arabe :
« Actuellement, le paysage cathodique arabe, dans ses composantes thématiques, généraliste ou musicales, est détenu à 30 % par le capital (étatique ou privé) saoudien, qui dépasse 5 milliards de $US. Aux chaînes saoudiennes s’ajoutent celles appartenant aux Etats du Golf ou du Croissant fertile, notamment irakiennes et principalement chiites comme ‘‘Al-Kawthar (pro-iranienne), ‘‘Al-Zahra’’, etc. (…)
Ce formatage, qui se fait graduellement par ce que nous appellerons « l’intégrisme ordinaire », est une étape dans la propagation des préceptes du wahabisme et, son corollaire, le leadership saoudien au Moyen-Orient et dans l’ensemble du Monde arabe. (…)
Cet intégrisme ordinaire, qui n’attire pas du premier coup l’attention, est présent dans
différents produits télévisuels, allant du talk show au feuilleton en passant par la chanson. Il touche ainsi de larges franges de la population, parfois fascinée par ses mirages. Son influence opère de diverses façons et à travers différents types de programmes, notamment les feuilletons, surtout ceux confectionnés pour le ramadan et qui véhiculent une vision archaïque de l’histoire de l’Islam. Par paresse intellectuelle, ces feuilletons, souvent influencés par les méthodes du cinéma égyptien, s’arrêtent aux premiers degrés de la représentation religieuse…
Dans ‘‘L’Homme des destins’’ ou ‘‘Khaled Ibn al-Walid’’, dans ‘‘Faris Bani Hamdan’’ ou ‘‘Abou Zeid Al-Hilali’’, pour ne prendre que ces deux exemples puisés dans la production de l’année passée, on présente une jahiliyya (période antéislamique) en carton pate, hanté par des païens ennemis de l’islam, croissant épées, glaives et lances de pacotille, et portant des vêtements qui rappellent ceux du dessin animé Iznogood (celui qui veut être calife à la place du calife), le tout au service de faits lénifiants et de personnages sans densité.
Face à un enseignement appauvri à l’extrême, une famille de plus en plus éclatée, des systèmes politiques clientélistes et des réalités dramatiques en Irak, Palestine, Palestine, Liban, Soudan ou Afghanistan…, ces feuilletons ou plutôt ces péplums ne font qu’enraciner dans le conscience du téléspectateur la préférence passéiste et le rejet du présent. Sous couvert de divertissement, ils façonnent un téléspectateur schizophrène qui croit pouvoir avancer en regardant ainsi vers l’arrière.
Sur un tout autre registre, d’autres feuilletons, comme ‘‘Le chemin escapé’’, ‘‘Hour Al-Ain’’ ou ‘‘Missionnaires aux portes de l’Enfer’’, abordent, à travers les aventures de personnages d’aujourd’hui, originaires du Monde arabe ou d’ailleurs, les contradictions entre un islam modéré et un autre extrémiste. Mais leur style ne diffère guère des premiers et leurs effets sont tout aussi déstructurants.
Là aussi, nous avons affaire à des feuilletons qui mélangent les cartes et qui nous présentent les extrémistes sous des traits plutôt avenants. (…)
Voila pour les œuvres de fiction. Passons maintenant aux émissions en clair animées par les precheurs Mohammad Hassan, Houssine Yakoub, Abdelkafi, Souidan, Wahdan et autres, où l’on entend dire souvent que la vie ici-bas ne vaut pas la peine d’être vécue en dehors de l’adoration d’Allah, qu’elle est pleine de tentations tapies dans le cœur des hommes et que « sous chaque cheveux se trouve un péché ».
Dans une de ces émissions, un prêcheur a cru pouvoir résumer la vie dans une stricte attente de l’au-delà, appelant les croyants à « investir » dans une seconde vie qui leur est promise après la mort… M. Abdelkafi qui fatwatise à bout de champ disait textuellement sur la chaîne d’ ‘‘Al-Charga’’ que « le temps est témoin du péché de l’homme »…
Quand on parle du temps, on touche aux relations entre l’ici et l’au-delà, l’homme et la femme, le musulman et le non musulman, le croyant et l’incroyant…
Dans l’évocation de tous ces thèmes, une formule est souvent agitée comme une potion magique. Elle dit ceci : « Celui qui se base sur se raison est perdu et celui qui réfère à la religion est sauvé »… On est allé même jusqu’à dire, dans l’une des causerie religieuses, que si Ben Laden et ses affidés ont dévié de la bonne voie, c’est parce qu’ils ont lu et étudié Platon et Socrate…
Quant les chaînes religieuses abordent l’espace, la même conception moyenâgeuse fait
surface. M. Zaghloul Al-Najjar, qui a fait du ‘‘i’jaz’’ (miracle) coranique son fonds de commerce, est allé jusqu’à soutenir que la terre est ronde et que la Mecque est en son centre.
Selon lui, la distance séparant Novgorod de La Mecque est « conceptuellement » la même qui sépare la Mecque d’un bled du fin fond du Far West… Dernièrement le chantre du wahabisme, le prêcheur Al-ithaimine disait, sans avoir froid aux yeux, que c’est le soleil qui tourne autour de la terre et non l’inverse… Pauvre Galilée, mort pour rien… (…)
Parmi les sujets profanes souvent évoqués par les chaînes religieuses : l’argent. (…)
Dans son émission ‘‘Al-Chariaa wal-Hayet’’ (La Charia et la vie) sur ‘‘Al-Jazira’’, le cheikh Al-Qaradhaoui prône une « médecine musulmane ». Selon lui, le musulman doit déposer son pécule dans une banque islamique qui utiliserait les bénéfices réalisés dans l’intérêt des musulmans… Certains prêcheurs vont jusqu’à demander aux téléspectateurs travaillant dans des banques non-islamiques de quitter leur travail et d’en chercher un autre. (…)
Je pourrais continuer à repérer l’intégrisme au quotidien tel qu’il se révèle à travers les prêches consacrés aux arts, à l’Autre, qu’il soit chrétien ou juif, à l’Occident et à bien d’autres sujets. Ces radotages cathodiques, qui tombent carrément du ciel, sont suivis par des millions de téléspectateurs et téléspectatrices. Ces derniers tombent sous l’influence néfaste de prédicateurs fondamentalistes légiférant à tout bout de champ, en citant le Coran et les dits des anciens, à propos du voile, de la sexualité, de la polygamie ou de l’inégalité entre les sexes. On imagine les ravages qu’ils provoquent dans la conscience des gens simples, dont beaucoup n’hésitent pas à exprimer leur soutien aux actions terroristes les plus affreuses commises au nom de la défense de l’islam et des musulmans.
Que faire quand plus de 10 000 fatwas sont enregistrées grâce au téléphone « islamique » inventé par les intégristes ?
Telle est la question qui se pose aujourd’hui face à la débandade de nos médias, audiovisuels ou écrits, comme ces tabloïds populistes à grands tirages qui, même en Tunisie, piochent dans les sites intégristes soft pour remplir de fadaises –et en toute impunité- leurs colonnes.
Le pire étant encore à venir, il n’est jamais trop tard pour instituer des mécanisme de contrôle pour mettre fin à cet intégrisme cathodique. Cela vaut pour la Tunisie comme pour le autres pays du monde arabe où il n’existe pas encore d’instance habilitée à réguler ce genre de dépassement médiatiques. »
jeudi 17 janvier 2008
Médias et extrémisme (2) : Al-Jazira, une chaîne de fanatiques ?

Au cours de la Table ronde organisée par Défi Médias en collaboration avec le MEPI sur les médias et l’extrémisme, un grand nombre de participants ont vu dans la chaîne d’information arabe Al-jazira ce qui semble être l’incarnation même de l’extrémisme.
Ainsi, Mme Saloua Charfi (Maître de conférence et chroniqueuse au site ‘‘Al-Awan’’) s’est posée la question s’il été « déontologiquement et professionnellement correcte pour un médias d’offrir régulièrement l’antenne à une personne comme Ben Laden qui ne fait qu’appeler à l’assassinat pour crime de différence religieuse, comme l’a fait à maintes reprises la chaîne d’information quatarie Al-Jazira ? » avant de poursuivre qu’on est « en droit de se demander si ce que présente ‘‘Al-Jazira’’ entre dans le cadre de l’information et de l’opinion ou bien dans celui du délit et si ce médias est un moyen d’information ou le complice de ceux qui appellent au crime ? »
Et Mme Charfi semble avoir opté pour ‘‘la criminalité’’ d’Al-Jazira lorsqu’elle nous dit plus loin qu « Al-Jazira ne soutient pas exclusivement Ben Laden mais d’autres personnages qui lui ressemblent.
Le 14 août 2006, au lendemain du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, et alors que les Libanais ramassaient encore leurs morts, la chaîne Al-Jazira n’a pas trouvé mieux que d’attiser les tentions entre les communautés et entre le gouvernement et l’opposition en choisissant, au cours d’une émission micro trottoir, de donner exclusivement la parole aux alliés du Hezbollah et à leur poser des questions dirigées. Ces questions tendaient à leur faire dire que le gouvernement était à la solde de l’ennemi et qu’il fallait par conséquent qu’il démissionne de gré ou de force (…) Et encore, récemment, M. Yasser Abdrabbou, le secrétaire général du comité exécutif de l’OLP, a dénoncé avec vigueur l’impartialité d’Al-Jazira dans sa couverture du conflit armée opposant le Hamas au Fatah au détriment de celui-ci. (Al-Hayet du 18 juin 2007). »
Ces accusations seront plus amplifier par M. Belkacem Mostefaoui (Maitre de conférence et chroniqueur au quotidien algérien ‘‘Al Watan’’) en évoquant la couverture de la chaîne de la tragédie algérienne.
Ainsi, pour lui « Al-Jazira continue dans cette façon soi-disant objective de traiter la tragédie algérienne et qui débouche sur la promotion de l’islamisme politique. Ainsi, à chaque fois qu’il y a un acte terroriste en Algérie, y compris celui d’avril contre le Palais du Gouvernement, Al-Jazira trouve le moyen de relayer le discours des terroristes. Cette chaîne, on le sait, est très perfide. Pour elle, hors du Qatar, tout est critiquable, mais rien au Qatar ne doit être critiqué. Par exemple, Al-Jazira ne critique pas la présence au Qatar même d’une base de l’armée américaine d’où étaient partis les avions pour bombarder l’Irak. Mais continue de couvrir les actes de barbarie qui ont lieu dans notre pays d’une façon pernicieuse et parfois même propagandiste. »
Tout cela découle, selon M. Hamadi Redissi, de la stratégie de l’off Shore. « On affirme que les activistes qui agissent dans nos pays sont des terroristes, alors que ceux qui agissent à l’étranger, en Afghanistan ou ailleurs, ne le sont peut être pas totalement. Grâce à cette pratique de l’off shore on critique la terreur qui existe dans tel pays et on élude celle qui existe dans tel autre. »
Une stratégie qui fait qu’ « ‘‘Al Arabia’’ nous est destinés nous autres Tunisiens, Algériens ou Libanais, mais pas aux citoyens de l’Arabie Saoudite qui subventionne cette chaîne. De même ‘‘Al-Jazira’’ est dirigée vers nous et non vers les Qataris. Ces chaînes de télévisions ont tendance à développer la culture off shore, ce qui se passe chez nous est toujours très bien, c’est ce qui ce passe ailleurs qui est mauvais. »
Un seul orateur, M. Larbi Chouikha (Maitre de conférence et chroniqueur) osera défendre la chaîne –ou plus exactement sa manière de couvrir l’information- en expliquant qu’il n’est pas du tout offusqué « que la chaîne ‘‘Al-Jazira’’ diffuse des enregistrements sonores de Ben Laden, tout comme [il n’est] point choqué que des médias américains ou autres fassent les échos des thèses développées par des néo-conservateurs américains, souvent hostiles aux Arabes et à l’islam. » avant de conclure que « la couverture des évènements et la diffusion des débats d’idées et des opinions les plus contradictoires, s’inscrivent toutes dans ce principe du droit à l’information qui ne doit être assujetti à aucune restriction d’ordre politique. »
●●●
Ce fut donc un débat extrêmement intéressant qui reflète un sentiment d’hostilité qui commence à se développer chez un grand nombre d’intellectuels arabes face au traitement de l’information par Al-Jazira.
Des intellectuels qui considèrent cette chaîne populiste, soutenant les idées extrémistes et incapable de critiquer la politique de l’Etat qui la finance, en l’occurrence, le Qatar.
Seulement, ces intellectuels semblent oublier qu’Al-Jazira est faite à l’image de ses téléspectateurs, qu’ ‘‘on a la télévision qu’on mérite’’, et que le succès de la chaîne auprès des populations arabes démontre bien que ses quelques 45 millions de téléspectateurs partagent ses idées et font d’Al-Jazira la première chaîne d’information arabe.
Mais Al-Jazira est aussi une chaîne toujours imitée mais jamais égalée. N’oubliez pas que c’est grâce à cette chaîne que nous avons connu une véritable révolution dans le domaine de l’audio-visuel arabe en général et de l’information en particulier.
Ce n’est que lorsque cette chaîne a commencé à gêner que nous avons connu l’émergence d’autres chaînes concurrentes. C’était le cas d’Al-Hourra, la chaîne d’information à financement américain. Ou aussi et surtout de Al Arabia, la chaîne d’information financée par l’Arabie Saoudite. Et plus récemment encore France 24 (en arabe), la voix de la France.
Si Al Jazira est sans doute la voix de son maître (le Qatar) que dire alors d’Al Hourra (Etats-Unis) ou d’Al Arabia (Arabie Saoudite) ?
La première et malgré le fait qu’elle dément continuellement la propagation des idées de l’administration américaine ne peut toujours pas contredire ou s’éloigner de la politique extérieur des Etats-Unis. Alors que la deuxième et malgré son professionnalisme incontesté, elle se dirige de plus en plus vers une propagande déclarée et visible de la monarchie saoudite.
Al-Jazira, malgré ses excès et ses dérapages, n’a jamais constitué un porte drapeau aveugle du Qatar. Elle ne le critique certainement pas mais elle ne fait pas non plus son éloge. Ainsi, elle ne couvre pas les déclarations ou les déplacements de son émir comme s’il s’agissait d’événements exceptionnels.
Cela dit, je ne dit pas que la chaîne est exempte de reproches. Ses positions pro islamistes sont connues par tout le monde. Son antiaméricanisme aussi. Et personnellement je ne la regarde que rarement et à l’occasion de certains programmes seulement.
Mais de la à considérer que la chaîne est une alliée de Ben Laden et des groupes terroristes, c’est un pas que nous franchirons pas sans l’existence d’indices plus convainquent.
lundi 14 janvier 2008
Médias et extrémisme (1) : Quel est le rôle des médias face à l’extrémisme ?
Les médias et l’extrémisme.
Quelle est la relation qui pourrait exister entre ces deux entités ?
Les médias peuvent en l’occurrence diffuser ou soutenir un discours extrémiste. Nous l’avons vu avec la chaîne de télévision évangéliste Al Hayet. Mais les exemples sont nombreux pour être cité.
Si on dit alors que certains médias peuvent diffuser un discours extrémiste. Peut on alors dire que le rôle des autres médias est de contrer et de combattre ce discours ?
Autrement dit et plus généralement, face à l’extrémisme, les médias ont ils un rôle à jouer ? Doivent-ils être les portes drapeau des uns contre les autres ? Ou bien ils doivent se limiter à un simple devoir d’information afin que les gens puissent faire une opinion fondée sur des données objectives et neutres diffusées par les mass- médias ?
●●●
C’est à ces questions ainsi qu’à plusieurs autres qu’une table ronde organisée à Tunis en Juillet 2007 par Défi Médias (société éditrice de l’hebdomadaire tunisien l’Expression et propriété de Raouf Cheikhrouhou, le patron du groupe de presse Dar Assabah, le plus influent des groupes de presse indépendants en Tunisie avec son titre phare Le Temps) en collaboration avec le MEPI (Middle East Partnership Initiative, initiative de partenariat avec le Moyen-Orient) a essayé de trouver réponse.
La rencontre a réuni plusieurs personnalités tunisiennes connus pour leurs positions réformistes et leurs critiques du projet islamiste. A titre d’exemple nous pouvons citer Rafaa Ben Achour (Professeur de Droit Public), Borhane Bsaies (Journaliste chroniqueur au quotidien Assabah et présentateur à la chaîne d’information en langue arabe ANB), Ikbal Gharbi (Professeur d’Anthropologie religieuse à l’institut supérieur de Théologie, Université Al-Zeitouna et chroniqueuse à l’hebdomadaire l’Expression ainsi qu’au site Metransparent), Khémaies Khayati (Journaliste et auteur de l’ouvrage en arabe sur ‘‘le discours fondamentaliste dans les chaînes satellitaires arabes’’) et Hamadi Redissi (Professeur à la Faculté de droit de Tunis et auteur des ouvrages ‘‘L’exception islamique’’ et plus récemment ‘‘Le pacte de Nadjd, ou comment l’Islam sectaire est devenu l’islam’’).
Au regard de la liste des participants, il est claire que de la question Médias et extrémisme, l’angle qui sera étudié est celui de la relation qui existe entre certains médias et l’extrémisme islamiste d’une part ainsi que le rôle que les médias doivent jouer pour limiter la propagation des propos et l’influence des fanatiques et des extrémistes.
Les comptes rendus de cette table ronde (qui ont été publiés par le journal Le Temps sous forme de supplément gratuit) nous semblent d’une importance capitale d’où ce dossier que nous leur consacrons et qui s’étalera sur trois parties :
Première Partie : Quel est le rôle des médias face à l’extrémisme ?
Deuxième Partie : Al-Jazira, une chaîne de fanatiques ?
Troisième Partie : Les nouveaux moyens de prédiction

C’était la principale question de cette table ronde qui a été ouverte et modéré par Ridha Kéfi qui nous a rappelé qu’en « début du XXIe siècle, marqué par une recrudescence des actes de violence politique, la lutte contre l’extrémisme et son corollaire, le terrorisme, risque donc d’être le fer de lance des décennies à venir et les médias d’en être l’un des relais. » des medias qui « se trouvent, ainsi, face à une contradiction entre le devoir de servir le public, de l’informer par des images, des discours et par le souci d’authenticité, et les impératifs de sécurité auxquels les journalistes sont mal adaptés (…) Comment, en d’autre termes, faire rimer liberté de penser et d’informer d’un coté, et respect de l’autre et sécurité ? Doit-on accepter les lois qui incriminent la diffusion de messages appelant à la haine et à la violence ? Ou celles-ci constituent-elles un danger pour la liberté d’expression ? » voilà les questions que se pose Ridha Kéfi avant de nous donner son point de vue en considérant que « les actes terroristes –c'est-à-dire les actes violents qui cherchent, en terrorisant des populations civiles, à obtenir un bébéfice politique- requièrent, de la part des médias, un traitement dépassionné, objectif, pondéré et responsable. »
Mais malgré cette réponse, Kéfi nous fait écho d’un point de vue qui lui est différent et qui a été défendu par Claude Moisy, ancien président de l’AFP et membre de Reporter sans frontières qui considère que « Ce n’est pas le rôle des médias de faire échec au terrorisme. Les médias sont de toute façon manipulés par les forces économiques, les chanteurs millionnaires et les terroristes ! Nous ne travaillons pas pour la paix dans le monde, ou contre le racisme, même si ce sont des causes nobles. Notre rôle est simplement d’informer. »
Un point de vue qui est partagé aussi par Akram Khouzam, ancien correspondant d’Al Jazira à Moscou qui considèrent que « le rôle des médias n’est pas de lutter contre le terrorisme, mais de transmettre l’information et d’assurer la couverture des événements en toute objectivité. »
Pourtant, malgré ces exemples qu’il cite lui même, Ridha Kéfi semble ne pas être d’accord avec ces points de vue car « cette approche qui se veut restrictivement professionnelle, ne susciterait aucune objection si extrémistes et terroristes ne tentaient pas, comme ils le font souvent, de mettre en œuvre une véritable stratégie médiatique visant à faire des médias leur caisse de résonance et si les médias n’étaient pas confrontés quasi-quotidiennement à des messages émanant de groupes de personnes appelant à la violence. »
Cependant, et en raison de sa qualité de médiateur de la table ronde, Kéfi ne tranchera pas définitivement et posera plus de questions que de réponses. Des questions qui malgré une apparence d’objectivité nous informe déjà sur la position de leur auteur pour qui la question centrale à laquelle la table ronde est censée apportée une réponse est « comment les médias peuvent-ils contribuer à lutter contre l’extrémisme et le terrorisme ? »
Larbi Chouikha (Maitre de Conférence à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information et chroniqueur au mensuel ‘‘Attariq Al-Jadid’’) s’inscrira en faux contre la position de Ridha Kéfi en considérant que « la liberté d’expression et d’opinion, qui sous-tend le droit d’accès à l’information, d’émettre, de recevoir, de diffuser par quelque moyen que ce soit et sans aucune entrave, est un principe consacré par des dispositions juridiques internationales. Ce principe qui fonde toutes nos libertés –collectives et individuelles- ne doit surtout pas être régenté par une autorité extérieure au monde de la presse et des journalistes, en l’occurrence, les gouvernements qui sont d’abord des entités politiques (…) En conséquence, la couverture des événements d’actualité, y compris ceux qui se rapportent aux actes terroristes et aux débats contradictoires qu’ils suscitent, doit être complète, totale, sans complaisance, et ce, au nom des principes qui régissent le droit à l’information pleine et entière. » Pourtant à cette liberté et à ce devoir des journalistes, M Chouikha pose deux contraintes : « La première, c’est qu’en couvrant ces faits tels que les enregistrements sonores qui proviennent de ces milieux ou des déclarations, des reportages, etc., ils doivent impérativement respecter les lois en vigueur qui condamnent toutes l’appel à la violence, au meurtre, à la discrimination raciale et religieuse (…)
La seconde contrainte revet un caractère d’éthique. Elle porte sur la déontologie élaborée par les journalistes eux mêmes et qui régit toute la profession : vérification des sources, rigueur dans l’exposé des faits, recherche de sources contradictoire, etc. »
●●●
Une position et des conditions avec lesquelles nous nous trouvons en parfait accord, car si on admet que les rubriques Opinions et Idées des journaux sont faites pour présenter certains points de vue, nous devons aussi avoir de l’information à l’état brut qui nous permet de se situer avec le minimum d’influence possible.
Par contre si les médias commencent à choisir à notre place ce que nous pouvons lire ou voir et ce que nous ne pouvons pas, et si en plus, des gouvernements se mettent à interdire telle ou telle information sous prétexte de soutien ou de diffusion du discours extrémiste alors du droit à l’information nous n’auront plus qu’un droit à une information choisie.
Une situation qui ne peut être tolérée en démocratie car elle annonce tout simplement et inéluctablement le fléchissement de cette dernière et le retour triomphal des pratiques dictatoriales.





