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samedi 7 février 2009

Ridha Keffi : « Il faut traiter la question du voile avec moins de crispation »

Ridha_Keffi_present_au_colloqueLe journaliste tunisien Ridha Keffi, ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’expression, était très attendu au colloque avec une communication intitulé « voile islamique : soumission ou libération ? ».

Plusieurs participants sont venus spécialement afin d’écouter Ridha Keffi. Mais, contrairement à ce que le titre de sa communication aurait pu faire croire, M. Keffi ne répondra pas à la question : « Ce n’est pas ma mission » nous expliquera-il plus tard avant de poursuivre « mon travail de journaliste consiste à exposer les faits afin de susciter le débat et non de prendre part ou de soutenir une position contre une autre».

Avec une impeccable neutralité, M. Keffi a exposé la question en rappelant le retour cyclique du port du voile. « Ce retour est-il le signe du retour de l’islamisme politique ?», peut être oui et peut être non, mais dans l’absence d’étude scientifiques sur le sujet, la présomption d’innocence doit primer sur toute autre considération.

Rappelant qu’aujourd’hui « le voile est ‘‘un voile de séduction’’ : un moyen de mettre en valeur la beauté de la femme », « un voile qui montre plus qu’il ne cache », M. Keffi invite l’auditoire à traiter la question avec moins de crispation et plus d’objectivité soutenant que « le port du voile ne constitue pas nécessairement un handicap pour l’émancipation des femmes » et exprimant son désaccord avec l’idée selon laquelle une femme voilée est toujours « une femme endoctrinée et manipulée par les islamistes ».

Comme on s’y attendait, les propos de Ridha Keffi ont suscités plusieurs interventions dont celle de la professeure Mounia Ben Jmia, féministe tunisienne, qui exprimera son désaccord avec M. Keffi en affirmant que pour elle « le port du voile n’est pas une liberté individuelle » mais que c’est le signe de l’islamisation de la société, une société qui exerce une véritable « pression sociale sur les femmes pour qu’elles portent le voile » et ce à travers les chaînes religieuses où les porteurs du discours extrémiste règnent en maitres alors que « nos penseurs qui écrivent et expliquent depuis plusieurs dizaines d’années qu’on peut être musulman et moderne sont interdis de publication dans plusieurs pays arabes ».

Le débat est ouvert…

Vous aussi participez aux différents débats qui ont lieu sur islamiqua ou contactez l’administrateur sur hbelloumi@yahoo.fr

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jeudi 5 février 2009

Les difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman

colloque_liberalisme_2Au cours de la 3ème séance du colloque « le libéralisme et les nouvelles contraintes de l’action politique », le professeur Hatem M’rad, président du Département de Droit Public et de Science Politique et organisateur de l’événement, a retenu l’attention de l’auditoire avec les explications qu’il a avancé pour les difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman.

Quels sont les obstacles ?

4 obstacles majeurs sont à l’origine des difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman :

1- Un pouvoir historiquement omniprésent :

Ainsi, en remontant aux premiers moments de l’Etat islamique, M. M’rad considère que le pouvoir dans le monde arabo-musulman a connu trois temps : le premier, celui du Prophète et des 4 califes Bien guidés était caractérisé par la combinaison du religieux et du séculier. Une situation  à laquelle il sera mis fin avec l’avènement de la dynastie Omeyade : désormais on passe à une monarchie et le pouvoir devient exclusivement séculier mais continu d’avoir un rôle omniprésent dans la société.

A ce deuxième temps se succédera un troisième qui verra le jour avec les vagues de décolonisations. Après l’indépendance, les pays arabo-musulmans mettront en place des régimes « néo-patrimoniaux » : même si l’Etat n’est plus le propriétaire du pays et de ses habitants, les titulaires du pouvoir continuent de disposer de vastes réseaux leur permettant de pénétrer aux sphères individuelles et publiques et de garder ainsi un pouvoir omniprésent.   

2- La présence massive de l’islam :

M. M’rad considère que, dans le monde arabo-musulman, le temporel est toujours sous la tutelle du spirituel et même ceux qui appellent à la séparation de l’Etat et de la religion ne le font qu’à demi mot. En effet, ce modernisme dont parlent certains comme Abdallah Al Aroui, Hichem Djait ou Mohamed Abed Al Jebri, reconnaît un rôle important à la religion. Ces penseurs ‘‘libéraux’’ utilisent toujours des Sourates afin d’avancer leurs thèses. Chose que le professeur M’rad considère contradictoire avec les principes du libéralisme, d’où sa conclusion selon laquelle « ces penseurs ne peuvent être considérés réellement comme des libéraux. »

Evoquant à cet égard les réformes libérales du président Bourguiba (en particulier l’interdiction de la polygamie, l’interdiction de la répudiation, l’instauration du divorce devant le tribunal, la réforme de l’université religieuse de Zitouna …), M. M’rad considère que « Bourguiba était un vrai libéral car il a osé s’attaquer à des principes auxquels on n’a jamais osé s’attaquer ».   

Nous avons à cet égard interpellé le professeur M’rad pour lui rappeler que Bourguiba a son tour utilisait des textes religieux afin d’expliquer certaines de ses réformes et que, partant de ce constat, on pourrait aussi dire que ‘‘le combattant suprême’’ n’était pas non plus libéral. M. M’rad nous a fait savoir que selon lui, Bourguiba -président à l’époque d’une nation a majorité analphabète- ne pouvait que recourir aux textes religieux -intelligibles et acceptables par ces concitoyens- afin de réaliser ses réformes. Ce recours n’avait pas de but religieux mais plutôt des impératifs sociopolitiques.

3- La morale du groupe et non celle de l’individu :

  Comme troisième obstacle à l’enracinement du libéralisme dans les sociétés arabo-musulmanes, M. M’rad évoque le fait que ces sociétés ne reconnaissent pas l’individu. L’individu ne peut exister qu’à l’intérieur d’un groupe qui lui dicte ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire. Et ce groupe (la société) est guidé par les teneurs du discours religieux qui sont appuyés par les innombrables chaînes religieuses qui diffusent à longueur de journées « une interprétation militante et populaire de l’islam » au point que les défenseurs du religieux et en particulier du Wahhabisme sont devenus aujourd’hui de véritables stars de télévisions.

Ainsi, l’individu se trouve face à une censure religieuse qui s’ajoute à celle politique et qui fait de lui un simple imitateur de la morale du groupe.

4- L’absence d’une bourgeoisie autonome :

L’absence d’une bourgeoisie autonome du pouvoir politique dans les pays arabo-musulmans (contrairement au cas en Occident) et l’existence d’une connivence et même d’une alliance entre la bourgeoisie et le pouvoir est selon M. M’rad le 4ème obstacle qui explique la difficulté d’enracinement du libéralisme dans le monde arabo-musulman.

▪▪▪ 

Le journaliste tunisien Ridha Keffi était présent aussi au colloque et son intervention sur le « Voile islamique : soumission ou libération » a suscité plusieurs interrogations.

A suivre dans la prochaine partie de notre dossier.

Posté par Hamza Belloumi à 08:00 - Libéralisme et Islam - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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lundi 2 février 2009

Le libéralisme dans le monde arabe : « Le libéralisme a une mauvaise réputation dans les pays du Maghreb »

Colloque_liberalismeLa Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis vient d’accueillir durant deux jours (le 30 et 31 janvier) un colloque intitulé « Le libéralisme et les nouvelles contraintes de l’action politique ». Au cours de ce colloque où plus de 18 professeurs et intellectuels tunisiens et étrangers ont intervenus, il était question entre autres sujets des « perspectives générales du libéralisme » et du « libéralisme et diversité culturelle et religieuse ».

Islamiqua a suivi les débats.

Le libéralisme, c’est quoi ?

Au cours de son rapport introductif, le professeur Marc Sadoun à rappeler que le libéralisme est fondé sur les principes d’égalité et de liberté et que le libéral se définit par 4 traits :

1- Le libéral ne s’intéresse pas au passé : ce qui l’intéresse c’est le présent et le futur.

2- Le libéral divise et sépare : il sépare le publique du privé, l’individu du groupe, l’Etat de la religion…

3- Le libéral a une conception particulière de l’individu : l’individu se définit par lui même, par ce qu’il est et non par son appartenance à un groupe.

4- Le libéral à une conception de la science : il ne croit que ce qu’il voit.

A cette présentation, le professeur Mounir Kchaou viendra ajouter la distinction entre société libérale (ou individualiste) où l’individu est la source de la morale : il est la source du bien et du mal. Et la société non libérale (ou holiste) où l’individu ne se reconnaît qu’à partir du groupe.

Le libéralisme dans le Monde arabe

Appliquant son analyse aux pays arabe, M. Kchaou nous révèle que « le libéralisme a une mauvaise réputation en Tunisie et dans certains pays du Maghreb comme en Algérie, alors qu’au Moyen Orient et en particulier au Liban, en Egypte et en Irak, il a de plus en plus une bonne presse et s’oppose au panarabisme d’une part et aux politiques menées par les partis religieux d’autre part ».

A notre question sur les raisons de cette mauvaise réputation du libéralisme dans les pays du Maghreb et sa bonne presse dans les pays du Machrek (alors même que les premiers sont connus pour être moins religieux que les seconds), M. Kchaou attribuera la responsabilité aux forces politiques des pays du Maghreb qui, selon lui,  « dénigrent souvent le libéralisme ».

Cette analyse sera par contre contestée par le professeur Philippe Délvit qui ne voit pas du tout un épanouissement du libéralisme dans les pays du Machrek où les forces libérales n’obtiennent que des scores très réduits lors des élections et où les forces religieuses exercent une influence remarquable (exemple les partis religieux en Irak).

Qu’il ait une bonne réputation au Maghreb et une mauvaise réputation au Machrek ou pas, force est de constater que le libéralisme rencontre plusieurs difficultés dans l’ensemble du Monde arabe. Assimilé souvent au laïcisme et même à l’athéisme, les tenants du discours libéral font souvent l’objet de compagnes de dénigrement et se trouvent marginalisés.

Quelles sont les raisons des difficultés d’enracinement du libéralisme dans le monde arabe ?

C’est à cette question que nous répondrons dans la suite de ce dossier.       

Posté par Hamza Belloumi à 11:44 - Libéralisme et Islam - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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