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mercredi 12 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (4) : Le poids de la religion dans l’élection d’Obama

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               ► Sur le livre-porte : J’ai un rêve… Martin Luther King ... (Caricature Acharq Al Awsat)                                       

                                                                                                                                                                                       

Alors que Barack Obama a recu autant de voix d’électeurs blancs que les 4 derniers candidats démocrates aux élections présidentielles -ce qui témoigne du fait que le racisme n’a pas trop joué dans ces élections- la question de l’influence du sentiment religieux sur ces élections reste poser.

 Pensez-vous que la religion a joué un rôle déterminant dans l’élection d’Obama ?

 Est-ce qu’on peut parler du déclin de l’évangélisme en Amérique après ces élections ?

  L’Amérique d’Obama sera elle aussi religieuse que celle de Bush ?

Je vous invite à donner votre avis sur ces questions en laissant vos commentaires et/ou en répondant au sondage ci-dessous :

   Sondage Islamiqua

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dimanche 9 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (3) : L’évangélisme : une religion de conversion

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Le protestantisme évangélique, désigné parfois sous le terme d’évangélisme, représente aujourd’hui entre 400 et 500 millions de chrétiens dans le monde, dont 70 millions aux Etats-Unis. Le syntagme « évangélique » appelle ici une explication. En principe tous les chrétiens sont évangéliques. C’est historiquement par la référence à la « bonne nouvelle » de l’Evangile que le christianisme s’est distingué du judaïsme dont il est directement issu.

Cependant, depuis plusieurs décennies, le terme « évangélique » à pris graduellement une connotation particulières, renvoyant à une tendance nettement repérable du protestantisme mondial. Cette signification a été précisée par l’historien britannique David Bebbington (1989, pp. 2 à 17). Il a proposé, pour décrire cette identité particulière, quatre critères commodes. A partir des principes qui sont ceux de la Réforme protestante dans son ensemble (Sola Gratia, Sola Fide, Sola Scriptura, Ecclesia Reformata Semper Reformata Est), la composante (dite) évangélique du protestantisme met l’accent sur la conversion soit soudaine ou non. A la conversion s’ajoutent le biblicisme (la Bible lue comme « parole de Dieu », en limitant les médiations critiques), le crucicentrisme (focalisation sur le motif théologique de la croix, d’où l’engouement en 2004 pour The Passion de Mel Gibson) et le militantisme : les protestants évangéliques insistent sur le nécessaire engagement « pour Jésus-Christ », souvent dans le cadre « d’Eglises de professants » (believer’s church) c'est-à-dire d’assemblées locales de convertis acceptés sur profession de foi publique. L’individualisme conversionniste  défendu par les évangéliques n’est pas un individualisme atomisé : il s’articule à un milieu croyant, à une communauté, où le fidèle peut vivre sa militance. Comme le souligne très justement Jean-Paul Willaime, la « validation du croire passe moins par l’inscription dans une lignée croyante (Danièle Hervieu-Léger) que par l’inscription dans un milieu croyant » Willaime, 2001, p.76) où les solidarités horizontales, la commensalité, l’inculcation de modèles de vie exercent une attraction sur les individus. Ces groupes militants ne sont pas comparables à ces « communautés naturelles » des sociétés d’Ancien Régime contre lesquelles la tradition républicaine française s’est élevée. Il s’agit au contraire de communautés électives, où l’on entre par choix personnel.

Les Eglises évangéliques sont depuis longtemps des « familles choisies », bien que les dérives sectaires, ici comme ailleurs, peuvent parfois conduire à des logiques de contrainte ou de conformité imposée. A bien des égards, ces communautés correspondent d’assez près à la définition d’une association,  construite sur modèle contractuel. Elles paraissent –en règle générale- plus Gesellschaft que Gemeinschaft.

Elles s’opposent à l’identité communautaire par tradition que défendait tel curé de compagne français, en 1840 (à Quiévy), face au pasteur Pruvot, lorsqu’il déclarait : « Ceux qui sont nés dans la religion chrétienne n’ont pas besoin de se convertir. »

C’est contre ce modèle traditionnel d’un christianisme héréditaire, « allant de soi », que les communautés électives des protestants évangéliques ses sont construites (Ammerman, 1997).

A ces traits s’ajoute un accent sur la démocratie locale (grassroots democracy), voire l’autogestion : volontiers méfiants à l’égard des structures supralocales, les protestants évangéliques valorisent le principe de subsidiarité : chaque assemblée tend à gérer affaires au plus près des besoins des « frères et sœurs »qui, souvent, élisent eux-mêmes leur pasteur. Bien avant 1901 qui marque en France l’essor associatif, ces fraternités électives ont nourri chez leurs membres le sens de la responsabilité individuelle et collective. Hommes et femmes votent dans les assemblées, suivant des usages en vigueur depuis parfois trois siècles, ce qui a conduit Ernst Troeltsch, au début du XXe siècle, à attribuer au « néoprotestantisme » dissident (proche du type évangélique) un apport plus significatif à la modernité que celui du protestantisme calviniste et luthérien traditionnel (Troeltsch, 1991). Il faut enfin souligner le caractère très interconfessionnel du mouvement (ce qui ne simplifie pas les choses). Il existe des baptistes évangéliques, d’autres qui ne sont pas. On peut en dire autant des luthériens, des presbytériens (tradition calviniste), des méthodistes, voire des anglicans.

Dans la culture religieuse évangélique, l’étiquette confessionnelle, quelle qu’elle soit apparaît secondaire. Les marqueurs identitaires sont ailleurs. Dès lors qu’on rencontre la conversion (avant tout), le biblicisme, le crucicentrisme et l’engagement, le doute n’est (en principe) plus permis : c’est bien à un évangélique qu’on s’adresse.

Ce protestantisme singulier et aujourd’hui florissant plonge ses racines dans le « temps des Réformes », mais il s’est véritablement singularisé et différencié au début du XVIII e siècle. Il est né en Europe à la croisée de différents courants protestants. Il puise une part de son héritage dans la Réforme radicale du XVI e siècle, portée par les mouvements anabaptistes, qui mettent en avant la communauté locale des fidèles et l’approche individuelle de la foi. Les mouvances protestantes non-conformistes anglaises (puritanisme, baptisme, quakers…) des XVIe et XVIIe siècles constituent une autre matrice importante. Une troisième influence majeure peut être repérée dans le courant piétiste, initié à partir de la fin du XVIIe siècle. Le mouvement piétiste, né en milieu luthérien mais transconfessionnel, avait pour but de réformer de l’intérieur le protestantisme établi afin de stimuler le zèle et la piété des croyants, invités à « naitre à nouveau » dans la foi (allusion au chapitre 3 de l’Evangile de Jean). A la croisée de ces influences, le Grand Réveil transatlantique des années 1730  a cristallisé l’identité chrétienne qu’on a pris l’habitude, par la suite, de qualifier d’évangélique.   

Source : Sébastien Fath, « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche », Seuil, 2004, pp. 69-72

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Posté par Hamza Belloumi à 18:21 - La religion en Amerique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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dimanche 2 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (1)

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L’Amérique qui vote, accordera elle de l’importance aux considérations religieuses dans la détermination de son président ?

La réponse à cette question semble évidemment être positive, le poids de la religion aux Etats-Unis d’Amérique est tel qu’on ne peut ignorer ses conséquences sur le choix du prochain président américain.

Une première confirmation de ce constat nous a été faite avec l’élection et la réélection de George W Bush, l’un des plus religieux des présidents américains.

Les présentes élections feront-elles de ce constat une règle ?

Islamiqua vous propose de découvrir dans ce dossier sur l’Amérique qui vote le paysage religieux américain.

L’Amérique : « une nation avec l’âme d’une Eglise »

Les Etats-Unis des années 2000 restent un pays très fervent, ouvert au surnaturel et aux croyances de toutes sortes, prompt à faire crédit aux paroles « révélées ». Les Jésus prosaïques et sécularisés y font moins recette que la figure mystique, tourmentée et violente du Christ imaginé par Mel Gibson. On ne peut pas comprendre la fréquence des invocations religieuses dans la bouche des plus récents leaders politiques américains si l’on fait abstraction de cet arrière-plan religieux. Exotique aux yeux des européens sécularisés, il apparaît tout naturel pour les citoyens américains, au point que l’écrivain Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) qualifia ses compatriotes de « nation avec l’âme d’une Eglise ».

Espace compétitif est diversifié, l’arène religieuse américaine offre aujourd’hui un spectacle étourdissant. Sa programmation ne cesse de changer, au gré des audaces prophétiques ou des calculs d’opportunité, s’adaptant aux gouts des consommateurs religieux du XXIe siècle.

Défiant toute description exhaustive, elle révèle pourtant quelques constantes, dont le rôle toujours cardinal dévolu à la Bible, livre sur lequel chaque nouveau président continue à prêter serment. Au XXI e siècle, « le »  livre de l’Amérique, « l’icône de l’Amérique », comme le rappelle l’historien Mark Noll, reste la Bible. Proposée en plus de sept mille versions différentes chez des centaines d’éditeurs, elle est présente dans une grande majorité des chambres d’hôtels des Etats-Unis, grâce en particulier à l’association des Gédéons, qui diffuse gratuitement un million de Bibles et de Nouveaux Testaments aux Etats-Unis tous les quarante-six jours.

On peut trouver des Bibles en langue du XVIIe siècle, d’autres dans le langage des rappeurs ou en bandes dessinées. Des Bibles en vélin, d’autres en papier recyclable. Couvertures en cuir noir, en plastique, en tissus de jeans ? Tout est possible. Quant au format, il varie presque à l’infini, navigant entre le modèle d’une grosse encyclopédie et celui d’un jeu de cartes. Les versions CD-ROMs le disputent aux DVDs et autres Bibles Online, sans oublier d’innombrables déclinaisons audio et vidéo.

On estime que les éditeurs, depuis 1945, impriment environ deux Bibles pour chaque Américain. Le catalogue de la Bibliothèque du Congrès consacre 63 000 entrées à la Bible telle qu’elle était présente, en 700 langues, dans les bibliothèques américaines avant 1956… Il ne se passe pas une année sans qu’une nouvelle version biblique stimule les commentateurs, qu’elle soit le fruit d’une traduction, d’une reformulation (dans le langage du jour) ou d’un packaging à la mode.

L’exemple de la diffusion et de la commercialisation de la Bible nous révèle une dimension clef du paysage religieux américain : il s’agit d’un véritable marché, et d’un marché extraordinairement dynamique. Ce terme évoque spontanément le terrain commercial, et il est patent que le religieux, aux Etats-Unis, fait toujours recette : la littérature pieuse, à commencer par la Bible, se vend très bien. C’est aussi le cas de la « musique chrétienne », véritable niche à profits depuis le début des années 1980.

Le christian music entertainment rapporterait aujourd’hui plus de 600 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Mais l’allusion au marché ne se limite pas à une dimension mercantile. Elle renvoie aussi à un espace de compétition symbolique entre différentes offres de sens. Autant l’Européen, et singulièrement le Français, semble peiner de plus en plus à admettre l’idée d’une concurrence religieuse entre Eglises et confessions, par crainte de « prosélytisme », de relents des « guerres de religion », voire de « manipulation mentale », autant le citoyen américain considère cette confrontation d’offres diverses comme parfaitement naturelle et stimulante. Les biens de saluts, les doctrines, les croyances, les rites circulent sans autre limite que celle (tyrannique) du gout des consommateurs (…)

Le dynamisme religieux états-unien se traduit par une pratique régulière qui caractériserait encore 40 % d’Américains -44 % dans le sud- à l’entrée des années 2000.

Tandis qu’en France, moins d’un citoyen sur dix est aujourd’hui considéré comme un pratiquant régulier, près d’un citoyen américain sur deux déclare se rendre chaque semaine à la messe ou au culte protestant.

Les dénominations et Eglises américaines se comptent par milliers, les budgets cumulés dépassent les 100 milliards de dollars. L’exemple des ONG religieuses américaines donne la mesure de ce poids financier. World Vision, ONG humanitaire évangélique généraliste créée en 1950 par le missionnaire Bob Pierce (1914-1976), a vu son budget augmenter de manière presque exponentielle pour représenter en volume, aujourd’hui, jusqu’à 35 fois le budget annuel du Conseil œcuménique des Eglises. (COE).

La croissance de son budget n’a pas pâti de la fin de la guerre froide, puisque l’on passe de 348,357 millions de dollars pour l’exercice 1997 à 358,4 millions en 1998, 407,4 en 1999, 469,1 en 2000, 525,3 en 2001 et 553 en 2002.

Le dernier rapport publié indique une poursuite de la tendance : on atteint en 2003 un budget sans précèdent de 686 millions de dollars, soit une augmentation de 24 % en un an, et ce en dépit d’une conjoncture économique américaine alors ralentie. On comprend le triomphalisme de son président : dans son dernier rapport, Richard Stearns se réjouit du fait qu’on se souviendra de « l’impact extraordinaire » de cette année, qui marque un doublement du budget en sept ans.

Source : Sébastien Fath, « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche », Seuil, 2004, pp. 32-36

Posté par Hamza Belloumi à 21:01 - La religion en Amerique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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