jeudi 10 septembre 2009
Un appel pour le retour de la polygamie en Tunisie !

La Tunisie vient de connaître un mini scandale qui a fait beaucoup de bruit … sur internet.
En effet, participant à un colloque organisé à l’occasion de la journée nationale de la femme, le 13 août dernier, Mme Dalanda Sahbi a lancé un appel inattendu en faveur de la polygamie qui saurait le seul recours face à « l’augmentation du nombre de femmes non mariées et en état de dégénérescence morale et de libertinage excessif » :
« Nous devons autoriser la polygamie parce que nous ne nous en sortons pas mieux que les autres pays arabe ». « Plus important encore, selon Mme Dalanda, l'Islam le permet et le Prophète Mahomet nous en fournit un bon exemple. »
La question de la polygamie ne s’était plus posée en Tunisie depuis très longtemps, et la pratique a été interdite en 1957 avec le Code du Statut Personnel tunisien considérait à l’époque « révolutionnaire » par ce qu’il accordait comme droits aux femmes.
D’ailleurs, selon Roda Al Saibi, membre du bureau politique du Parti-social libéral (organisateur du séminaire) « Cet appel isolé n'a reçu aucun soutien des participants à ce colloque ».
Malgré cela, l’appel a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère tunisienne et sur Facebook ou plusieurs groupes « Tous contre Dalanda Sahbi » ou « Tous unis contre la Polygamie en Tunisie » ont été crées et comptent déjà quelques milliers de membres.
Mais au-delà du débat sur la polygamie qui restera sans doute sans lendemain, la véritable question qui se pose est relative aux CSP tunisien. Comment se fait-il que plus de 50 ans après sa promulgation, des questions continuent à se poser sur des avancés considérées irréversibles ?
Ce constat ne cache-il pas une non-intériorisation des acquis du CSP (pour ne pas dire un refus) de la part d’une bonne partie de la population tunisienne ? Surtout que rien n’est fait dans le but de faire connaître, expliquer, diffuser ou promouvoir ses dispositions.
Contrairement au Maroc, la Tunisie ne dispose pas de statistiques sur le degré d’acceptation par les tunisiens des dispositions du CSP mais il semblerait qu’il soit contesté dans certains milieux tunisiens (par ignorance de ses dispositions ou par conviction). Un échantillon de ces cas est rapporté par l’hebdomadaire Jeune Afrique selon lequel « dans les zones rurales, les femmes vivent sous la coupe de leurs maris, qui bien souvent ignorent ou se moquent du code instituant l’égalité des sexes et les droits de l’épouse. Quant celle-ci se plaint au poste de gendarmerie du village, le mari indélicat est certes arrêté. Mais l’épouse rebelle subit aussitôt la pression de ses propres enfants. Elle retire alors la plainte et tout repart comme avant. La loi du male est ici plus forte que celle de l’Etat. Rencontrée dans un village, près de Kassrine, à 250 km au sud-ouest de Tunis, une jeune fille de 17 ans raconte, en pleurant, les malheurs de sa mère et la tyrannie de son père, un commerçant de détail. « Il ne veut plus que j’aille à l’école pour poursuivre mes études. Il exige que je travaille été comme hiver comme ‘‘bonne’’ (femme de ménage) à Tunis et que je lui envoie une partie de mon maigre salaire (200 dinars par mois). Si je ne le fais pas, il fera des misères à ma mère. » Jusqu’à présent, elle ne travaillait que pendant les deux mois d’été pour aider la famille et payer ses fournitures scolaires. Elle n’est par sure de retourner au lycée le 22 septembre prochain, date de la rentrée scolaire. Que son père puisse échapper aux lois du pays est la preuve que beaucoup reste à faire pour que les droits de la femme et de l’enfant deviennent une réalité dans la Tunisie profonde ».
mercredi 9 septembre 2009
Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?
Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.
Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.
Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.
En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.
Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »
Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.
Demain : menaces sur le CSP tunisien ?
lundi 7 septembre 2009
Abdelaziz Rabbah : « la politique doit être séparée de la prédication religieuse »

Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».
Extraits…
Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?
Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...
Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?
D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.
Aucune arrière-pensée politique ?
Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.
Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?
C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.
Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?
Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…
Quel était votre favori en Iran ?
Mir Hossein Moussavi.
Avez-vous un modèle?
Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »
Que pensez-vous de la laïcité ?
Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.
Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?
Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.
Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.
samedi 3 janvier 2009
Maroc : l’islam par les statistiques
Le Maroc est le seul pays arabes pour lequel nous disposons de statistiques sur les pratiques religieuses des marocains.
Trois marocains –Mohamed El Ayadi, historien, Hassan Rachik, anthropologue et Mohamed Tozzy, politologue- nous font découvrir un … autre Maroc.
Ce travail de recherche nous a été présenté par le politologue Mohamed Tozy dans une interview accordée à Hamid Barrada de Jeune Afrique.
Je vous propose ci-dessous les principaux enseignements de cette enquête :
* La prière :
- Les marocains prient massivement. Mais le rapport à la prière est changeant : on prie, on s’arrête, on reprend…
- Pour prier, la mosquée n’est pas le lieu principal des dévotions.
- 15 % des marocains n’ont jamais prié, soit environ 2 millions.
- 16 % seulement des hommes fréquentent les mosquées (2 % pour les femmes).
- Le Maroc compte 41 755 lieux de culte.
- 25 % seulement accomplissent à l’heure dite la prière de l’aube. Seuls 5 % d’entre eux se rendent à la mosquée pour le faire.
- La prière du vendredi ne mobilise régulièrement que la moitié des fidèles, alors que 37 % ne la font jamais.
* Le jeûne du Ramadan :
- 60 % considèrent comme non musulmans ceux qui ne font par le ramadan.
- 82 % sont contrte l’ouverture des cafés et restaurants pendant le ramadan.
* Les sources d’informations sur la religion :
- La télévision est la principale source d’information pour 40 % des marocains.
- 15 % s’informent auprès de leurs parents.
- 12 % s’informent des livres.
- 11 % s’informent des mosquées.
- 2 % s’informent de l’école.
- Pour les ruraux, ils sont plus de 50 % à déclarer que la mosquée est leur 1ère source d’information.
* Les écoles ou rites (madhib) de l’islam :
- 73 % ignorent leur existence.
- Sur les 24 % qui en connaissent l’existence, 16 % sont capables de les citer.
- 60 % ne connaissent pas les quatre Califes qui ont succédé au Prophète.
* Musique, cinéma, mixité et prêts bancaire :
- 3 % estiment que la musique est illicite (haram).
- 1 % considère le cinéma haram.
- Tous les marocains sont favorable à la mixité à l’école mais ils ne sont que 30 % à être favorable pour cette mixité sur les plages.
- 52 % pensent que le prêt bancaire ne pose aucun problème alors que 13 % seulement le considèrent illicite.
Que penser des marocains après ces statistiques. Je laisse la réponse à Mr Mohamed Tozy pour lequel « le Marocain n’agit pas en musulman dans toutes les situations. Il fait scrupuleusement ses cinq prières quotidiennes, il contracte un prêt bancaire, il apprécie le bordeaux, il regarde des films et peut même acceptes que sa fille épouse un chrétien ou un juif pour peu que celui-ci respecte les apparences. »
Vive l’hypocrisie ?!
« Erreur grossière de jugement ! On confond l’incontournable pragmatisme avec une attitude immorale. Ce n’est pas parce qu’on est profondément croyant qu’on doit s’interdire de prendre des libertés avec les règles et les dogmes ».
Parfaitement d’accord avec vous Mr Tozy !
Tous les extraits et citations présents dans cet article sont issus de l’enquête : « Etre musulman au Maghreb » publiée par Jeune Afrique dans son 2498ème numéro.
mardi 30 décembre 2008
Algérie : …et la religion investit l’espace public
Pour Malek Chebel, anthropologue algérien des religions, « le vendredi, les mosquées sont prise d’assaut. Mais, dans bien des cas, la frontière entre sincérité et comportement moutonnier n’est pas très nette. »
Cette affirmation vaut pour les trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) où les mosquées (spécialement les vendredis) ne désemplissent pas.
Seulement, si en Tunisie ou au Maroc cela n’a rien d’une situation exceptionnelle, en Algérie, une signification particulière peut être déduite de cet état des lieux et ce pour deux raisons.
a) Le pays a connu dans les années 1990 une décennie noire (dont les conséquences et certains aspects continuent jusqu’à nos jours) durant laquelle plus de 150.000 algériens (au bas mot) ont trouvés la mort.
Principal accusé dans cette tragédie : l’islam politique et ses agents djihadistes.
Suite à ces évènements, nombreux étaient ceux qui pensaient que les Algériens finiraient par abandonner cet islam qui a causé la mort de milliers d’entre eux.
Contrairement à ces attentes, et malgré un repli observé au cours de ces années noires, selon Jeune Afrique, la pratique religieuse et en particulier l’assiduité dans les mosquées serait en forte hausse.
b) L’Algérie, contrairement à ses voisins Marocain et Tunisien, se définit en quelque sorte comme république islamique. En effet « dans sa proclamation du 1er novembre 1954, le Front de Libération Nationale (FLN) appelait le peuple à se soulever et annonçait son objectif : ‘‘l’indépendance par la restauration d’un Etat Algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.’’ L’Algérie n’est donc pas un Etat laïc, et l’islam est l’une des composantes de son identité. »
Ces deux éléments combinés (d’une part un Etat qui se veut islamique et d’autre par une population traumatisée par un certain islam, celui des islamistes) font que les Algériens vivent aujourd’hui une situation paradoxale. Ainsi, « si les fidèles sont plus nombreux, les bars ne sont pas pour autant vides. Jeudi soir, premier jour du weekend, les boites de nuit de la capitale refusent du monde mais, le lendemain à midi, les rues adjacentes aux lieux de culte sont interdites à la circulation et livrées aux tapis de la grande prière du vendredi. »
Au delà de ce paradoxe –qui peut être considéré par certains comme l’incarnation même de la liberté et d’une société émancipée- le danger réside dans l’apparition de certains signes d’islamisation poussée de certaines institutions de la société algérienne :
1- c’est le cas pour ce qui est de « la création d’espaces réservés à la prière dans des endroits où la chose semblait impensable. Un exemple ? les sièges de certaines rédactions de la presse francophone, fief de la résistance à l’intégrisme, en sont aujourd’hui dotés à la demande des… journalistes. »
2- C’est le cas aussi pour ce qui est du comportement de certains agents de l’ordre. En effet, selon certains témoignages, « les plus intolérants sont les forces de l’ordre (…) En période de menstruation, les femmes sont dispensées de Ramadan. Celles qui sont surprises entrain de manger en dehors de chez elles sont emmenées au poste de police où des ‘‘fliquettes’’ vérifient…les bandes hygiéniques ! Et gare si celles-ci sont immaculées. »
3- Plus inquiétant encore, la justice se radicalise et adopte une jurisprudence de plus en plus… islamisée. Ainsi, elle « a souvent la main lourde pour les contrevenants. Si à Bishra (500 km au sud-est d’Alger) la condamnation, le 29 septembre 2008, de six hommes accusés de ‘‘non respect d’un fondement de l’islam’’ à quatre ans de prison ferme a été annulée en appel, d’autres ‘‘briseurs de Ramadan’’ ont eu moins de chance et purgent encore leur peine avec des détenus de droit commun. Le code pénal prévoit un emprisonnement de trois à cinq ans pour quiconque dénigre les préceptes de l’islam par voie d’écrit, de dessin ou de déclaration publique. C’est de l’interprétation de cet article de loi que découle la jurisprudence qui frappe désormais les non-jeuneurs. »
Une chose est sur, malgré plusieurs décisions prises par les gouvernements algériens successifs et qui visent à monopoliser la gestion de la religion (formation et affectation des imams, gestion des mosquées, fermeture des lieux de culte après les prières…) il semble que « le spectre du djihadisme plane toujours sur le pays de Bouteflika. »
Tous les extraits et citations présents dans cet article sont issus de l’enquête : « Etre musulman au Maghreb » publiée par Jeune Afrique dans son 2498ème numéro.
samedi 27 décembre 2008
Tunisie : laïcité à la française ou sécularisation à l’anglo-saxonne ?
« Le seul indicateur disponible pour mesurer la pratique religieuse est celui du nombre de mosquées, passé de 2390 en 1987 à 4483 en 2008. Malgré cette progression significative encouragée par l’Etat, qui nomme les imams, et d’après les statistiques compulsée par Jeune Afrique, la Tunisie demeure toutefois le pays Maghrébin qui a le plus d’habitants (2230) par lieu de culte comparativement au Maroc (800 habitants) et à l’Algérie (615 habitants avant la fermeture d’environ 40 000 lieux de prière dans les années 1990 pour raison de sécurité). Cette densité de population par mosquée est également supérieure à la France laïque, qui compte 1315 habitants par église. »
Ces chiffres -révélées par Jeune Afrique- montrent-ils le désintérêt des tunisiens de la pratique religieuse ?
Je ne le pense pas pour deux raisons :
1- Il est vrai que les mosquées durant les jours de la semaine sont moins remplis que les cafés de Tunis et de sa banlieue mais cela n’est pas a attribué à la baisse de la pratique religieuse mais plutôt au fait que cette pratique s’individualise. Désormais, beaucoup sont ceux qui préfèrent accomplir leurs prières chez-eux. Il existe même des pratiquants qui n’ont jamais mis les pieds dans une mosquée.
2- Ce constat se vérifie si l’on fait la comparaison entre les fidèles quotidiens des mosquées et ceux du Vendredi. A l’occasion de la prière du Vendredi, toutes les mosquées sans exception affichent complet. Pour manque de place, certains se trouve même dans l’obligation de prier sur les trottoirs et rues adjacentes des mosquées.
Faut-il rappeler aussi que c’est le développement du nombre des pratiquants des vendredis (à coté du port du voile de plus en plus répondu) qui a fait dire à certains qu’il existerait un regain de religiosité en Tunisie.
Regain de religiosité ! Info ou intox ?
Mohamed Kerrou, sociologue tunisien spécialiste de l’islam, n’est pas tout à fait d’accord.
Pour lui « Il n’y a pas de retour du religieux. Ce sont plutôt les spécialistes qui font un ‘‘retour’’ pour mieux comprendre le phénomène et découvrent, en l’observant avec les instruments des sciences sociales, que ce n’est plus le même religieux. Dominent désormais le ritualisme et l’ostentation. Au fond, les gens ne sont pas plus pratiquants et sont plus préoccupés par la cherté de la vie que par l’angoisse métaphysique. Ils empruntent le langage religieux pour exprimer leur malaise social. »
Pour Mr Kerrou, le symbole même de ce regain de religiosité en Tunisie, le voile, n’a plus le sens religieux d’autre fois :
« Aujourd’hui, on n’est plus en présence du même voile, soutient Kerrou. Traditionnellement, il est censé dérober le visage et le corps au regard. Or on a actuellement des ‘‘couvre-chefs’’ de couleurs variées, portés avec des jeans, des robes, et, même … des strings. Ils montrent plus qu’ils ne cachent. »
On ne peut qu’être d’accord avec ce constat sur le nouveau Hijab, simplement, on ne peut nier malgré cela le fait que l’idée de porter ce ‘‘couvre-chef’’ vient (dans la majorité des cas) d’une volonté de se conformer à une obligation religieuse. Ce sentiment là provient de l’omniprésence d’un discours religieux qui rend le port du voile obligatoire.
D’où le constat fait par certains selon lesquels il existerait une influence orientale (à travers les chaînes satellitaires des émirs du Golf) sur les tunisiennes, et –partant- un regain de religiosité en Tunisie.
Au-delà du port du voile et de la controverse qui l’entour (regain de religiosité ou pas), ce discours religieux oriental peut-il être menaçant pour la laïcité en Tunisie ?
« C’est de l’alarmisme déplacé, répond Kerrou. D’abord, la Tunisie n’a jamais été un pays laïc. Contrairement à ce qu’on écrit ici ou là, Habib Bourguiba était un musulman moderniste. Et le président Ben Ali puise dans l’héritage bourguibien en tenant compte de la tradition du pays. N’oubliez pas que l’Etat tunisien moderne n’a jamais été gouverné par des religieux, mais par des civils qui n’ont pas de conflit avec la religion du pays. C’est cela, la sécularisation au sens anglo-saxon du terme. Elle est tout simplement plus avancée ici qu’ailleurs dans la région. »
Je ne suis pas d’accord pour dire que prendre garde des signes d’une religiosité poussée (à l’extrémisme) est de l’alarmisme déplacé.
Certes, il ne faut pas voir un islamiste intégriste djihadiste derrière chaque barbue ou chaque voilée, mais il ne faut pas oublier aussi que ceux qui observent une pratique religieuse fondamentaliste n’auront qu’un pas à faire pour se transformer de musulmans pieux à islamistes purs et durs.
Tous les extraits et citations présents dans cet article sont issus de l’enquête : « Etre musulman au Maghreb » publiée par Jeune Afrique dans son 2498ème numéro.
mercredi 24 décembre 2008
Enquete : l'islam au quotidien dans les pays du Maghreb

L’islam est abordé aujourd’hui par la majorité des médias et des écrivains-penseurs comme une idéologie plus que comme une religion.
Le coté religieux pratique se trouve le plus souvent –si non toujours- écarté au profit de ce que les journalistes et autres ‘‘spécialistes’’ appellent… les maux de l’islam ; islamisme et djihadisme en tête.
Rare sont ceux qui sont allés voir du coté de la pratique de la religion par les croyants.
Comment est ce que les musulmans pratiquent leur islam ?
Comment est ce que ces musulmans regardent certaines institutions de leur religion ?
Comment font-ils pour concilier profane et sacré ?
Si les réponses à ces questions semblent quelques fois évidentes pour les musulmans du Golf et du Moyen-Orient qui –a force de clichés- nous paraissent des religieux purs et durs pour qui le profane ne peut exister en dehors du religieux, le doute s’installe dès que l’on s’intéresse au pays de l’Afrique du Nord et plus exactement du Maghreb.
Ainsi, l’Algérie qui a vécu des « années noires » de terrorisme islamiste, la Tunisie considérée comme le pays le plus laïc du monde arabe et le Maroc qui conduit actuellement une expérience de réformes religieuses (voir notre dossier) sont autant de terrains où il est fort intéressant d’étudier la pratique religieuse.
Le sujet vient d’être abordé par l’hebdomadaire Jeune Afrique qui a consacré dans son 2498ème numéro une enquête aux enseignements forts intéressants sur la pratique religieuse dans les pays du Maghreb.
Pour les trois pays (Maroc, Algérie, Tunisie), l’enseignement le plus important relevé par cette enquête est qu’entre ce que prévoit la religion et ce qui se fait dans la pratique, il peut y avoir des arrangements et même des … discordances.
Je vous invite à découvrir (durant quelques épisodes) comment se vit l’islam au Maghreb. Vous découvrirez notamment que désormais, dans presque tous les domaines, les apparences comptes plus que tout autre chose. Tel est le cas -par exemple- du port du voile et de la fréquentation des mosquées les vendredis dans l’ensemble des pays du Maghreb.
Dans la première partie de l’enquête, nous allons découvrir une Tunisie qui semble s’éloigner d’une laïcité à la française pour se rapprocher de la sécularisation à l’anglo-saxonne.
Pour ce qui est de la deuxième partie, je vous invite à découvrir comment après (et malgré) les années noires du terrorisme islamiste, le religieux regagne de plus en plus l’espace public.
Et pour finir, je vous présenterai dans une troisième partie les statistiques de la pratique religieuse au Maroc. Retenez votre souffle, les chiffres qui nous parviennent du Maroc sont –le moins que l’on puisse dire- très révélateur de l’état de la pratique religieuse dans nos pays.
Première partie de l’enquête le 27 décembre 2009.
jeudi 22 novembre 2007
Naissance et déclin du mouvement islamiste tunisien (2)

C’est peut être en ayant connaissance du projet du coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987 que le premier ministre de l’époque, Zine El Abidine Ben Ali, décide de déposer constitutionnellement le 7 novembre 1987 le président Bourguiba et de lui succéder à la tête de l’Etat.
Le nouveau président se donnera comme tache prioritaire, la liquidation du mouvement islamiste par des actions simultanées et sur plusieurs niveaux.
Non seulement le niveau sécuritaire, qui n’a pas réussi à lui seule sous Bourguiba à liquider le mouvement, mais aussi sur les niveaux du symbolique et du politique.
Ainsi et en ce qui concerne le niveau symbolique, Ben Ali va se réapproprié la réislamisation de la société tunisienne :
- Il relancera l’appel à la prière des mosquées et surtout de la Radio-Télévision nationale.
- Il lancera des plans de construction et de restauration de nombreuses mosquées et Zaouias.
- Il assistera personnellement aux célébrations des fêtes musulmanes dans la grande mosquée de la Zitouna.
- Il rétablira le calendrier lunaire pour la détermination du début et de la fin du mois de Ramadan.
- Il restaurera la faculté de la Zitouna et renforcera l’enseignement religieux au niveau supérieur.
- Il relancera le contact entre les imams et le Palais de Carthage en invitant ces derniers aux cérémonies organisées lors des fêtes religieuses au palais de la présidence de la république…
L’ensemble de ces actions visé en réalité à attaquer les islamistes sur leur propre terrain : voilà, semble dire le pouvoir, l’autorité que vous êtes entrain de combattre accorde beaucoup d’intérêt à l’islam contrairement à vos prétentions.
Sur le plan symbolique nous pouvons donc dire que le pouvoir a réussi à prendre le devant de la scène et a délégitimé les islamistes.
Sauf que cela ne suffisait pas car il fallait une action encore plus importante qui laminerait complètement le mouvement. Une telle action ne peut être qu’une action politique.
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Ainsi, Ben Ali invite les islamistes au dialogue et obtient une première réussite : le 7 novembre 1988, l’un des leaders du mouvement Noureddine Bhiri, signe au nom du MTI, Le Pacte National, un document signé par les principales forces politiques et organisations du pays et qui confirme les grandes lois de la République et surtout le Code du statut personnel.
Grande nouveauté, il stipule que les mosquées doivent être sous le contrôle exclusif de l’Etat et qu’elles ne doivent pas se transformer en des lieux de confrontation politique.
Ben Ali répond par l’apaisement mais exclu catégoriquement la reconnaissance de ce mouvement tant qu’il se réclame de l’islam. Selon le président de la république, l’islam est la religion de la majorité des tunisiens et aucun parti politique n’a le droit de se l’approprier.
Face à ce refus de reconnaissance, le mouvement tentera une dernière diversion : divisé en fraction modérée et autre radicale après la signature du Pacte national, la fraction modérée conduira un changement du nom du mouvement qui sera rebaptisé Hezb Ennahda (le Parti de la Renaissance). Portant, sa demande de légalisation est rejetée encore une fois.
En effet, le parti ne change pas d’idéologie, il change de nom : le produit est le même mais avec un nouvel emballage.
Mais malgré cela, les islamistes se présentent aux élections de 1989 sur des listes indépendantes. Avec un taux d’abstention de 40 %, ils n’arrivent à atteindre que 8 % des suffrages (15 % selon leurs estimations). Dans tous les cas de figure, le résultat est considéré comme un échec cuisant pour les thèses islamistes surtout que leurs candidats ont eu droit à des passages à la radio et à la télévision.
Rached Ghannouchi s’exil volontairement le 28 mai de la même année et Ben Ali -après avoir investi le champs symbolique et gagné sa première bataille politique- lance un vaste champs de réformes culturelles et éducatives :
Ainsi, il nomme le 11 avril 1989, Mohamed Charfi au poste de ministre de l’Eduction nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Le but est claire : il s’agit d’éliminer tout ce que les islamistes ont réussis à introduire dans les manuels des écoliers et des lycéens tunisiens.
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Mohammed Charfi sera l’homme de la situation à partir du moment ou nul n’ignore son opposition farouche au projet de société des islamistes.
Ainsi, Charfi commencera par retirer de la circulation des manuels scolaires inspirés des idées islamistes. Il remet en place une ancienne circulaire interdisant le port du voile par les élèves et les professeurs et lance la rénovation progressive de l’ensemble des programmes scolaires.
Les réformes de Charfi ne tarderont pas à réveiller les islamistes qui profitent de l’occasion pour rappeler aux tunisiens le projet de société qu’ils envisagent d’établir en Tunisie.
La majorité des tunisiens acquise aux idées du réformisme depuis les années Bourguiba refuse les schémas désignés par les islamistes et se rallie au pouvoir afin de mettre fin au projet apocalyptique des extrémistes.
Deuxième victoire pour Ben Ali : discrédités, les islamistes commencent à perdre la face devant la société tunisienne et l’ensemble des forces politiques se rallient au pouvoir autour d’un seul slogan « Pas de liberté aux ennemi de la liberté ».
Réconforté par ce ralliement, le pouvoir interrompt le dialogue avec les militants islamistes surtout après la découverte d’un certain nombre de plans visant à organiser des actes de terrorisme contre les intérêts de l’Etat et ses représentations. Suite à quoi, le pouvoir arrête en novembre 1990, un groupe d’activistes soupçonnés du vol de plus de 30 Kg d’explosifs dans une carrière de Tunis. Quelques jours plus tard, un deuxième groupe opérant sous les ordres de Habib Lassoued –ex membre d’Ennahda- est arrêté à son tour avant son passage à l’acte.
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Suite à ces démantèlements défensifs des « cellules dormantes » du mouvement, le pouvoir change de stratégie et passe à une action offensive : Fin décembre 1990 il opère une vague d’arrestation qui touche plusieurs membres et dirigeants du mouvement.
Là –fin 1990 et début 1991- le mouvement qui continu de proclamer depuis l’étranger son intention de s’emparer du pouvoir, va commettre deux erreurs stratégiques qui lui seront fatales :
1- Afin de coller aux sentiments des Tunisiens qui soutenaient le régime de Saddam Hussein contre les américains et les forces alliées, les dirigeants d’Ennahda se prononceront publiquement en faveur de Saddam Hussein et donc contre le Koweït et l’Arabie Saoudite, deux pays qui sont considérés parmi leurs plus importants soutien à l’étranger. Ainsi, le mouvement perd un soutien politique et surtout financier énorme.
2- Le 17 février 1991 à 4 heures du matin, le feu se déclare dans les locaux du Comité de coordination du RCD à Bab-Souika. Un groupe d’islamistes vient en effet d’envahir les locaux du RCD en plein Tunis. Ils ligotent les deux gardiens du bâtiment et mettent le feu.
Résultats : le bâtiment est complètement ravagé et les deux gardiens gravement brûlés. L’un d’eux, Ammar Saltani, mourra une quinzaine de jours plus tard suite à ses blessures.
Ce fut un traumatisme pour l’ensemble des tunisiens qui n’arrivaient pas à comprendre comme des gens qui se déclarent de l’Islam peuvent-ils être aussi barbares et aussi cruels en causant la mort d’un simple et innocent gardien ?
Quant au pouvoir, défié dans les locaux de son propre parti, au centre de la capitale tunisienne et dans la circonscription même du ministre de l’intérieur de l’époque, il comprend toute la portée symbolique de cet acte que les islamistes ont voulu lui faire parvenir.
Ainsi, avec ces deux séries d’événements : le soutien à l’Irak d’une part et l’assassinat du gardien des locaux du Comité du RCD de Tunis-Ville d’autre part, le mouvement islamiste perdra le peu de poids qu’il lui restait aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Mais… il ne cédera pas et se repliera sur son dernier bastion : la faculté tunisienne.
Seulement, et suite aux événements de Bab-Souika le pouvoir décidera d’aller jusqu’au au bout et de clore définitivement le dossier de ce mouvement islamiste.
Ainsi, et en s’appuyant sur les affrontements violents qui ont eu lieu dans les universités tunisiennes entre forces de l’ordre d’une part et étudiants sympathisants des islamistes d’autre part durant l’hiver 1991, le pouvoir décidera de suspendre l’UGTE, une organisation estudiantine islamiste, et de réglementer l’affichage et les réunions à l’intérieur des universités.
Les islamistes répliquent encore une fois par la force et déclenchent des affrontements avec la police à Tunis, Sousse et Kairouan.
Bilan officiel : deux morts et quatorze blessés.
Le 22 mai 1991, Abdallah Kallel, ministre de l’intérieur dévoile l’existence d’ « un complot diabolique en cinq phases destiné à assurer la prise du pouvoir par les islamistes ».
Ces derniers seraient parvenus à infiltrer l’armée, la garde nationale et la police desquels 34 membres seront condamnés par la justice pour leur participation à ce « complot » et en mars 1992, 279 dirigeants et militants d’Ennahda seront jugés par deux tribunaux militaires.
Ces arrestations et ces jugements mettront une fin définitive à l’action des islamistes à l’intérieur du pays.
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Délesté par les tunisiens. Poursuivi par le pouvoir et la justice. Le reste des leaders islamistes du mouvement et à leur tête Rached Ghannouchi essayent depuis –et jusqu’à nos jours- de se poser comme des défenseurs des droits de l’homme !
Ayant réussit à tromper des démocraties occidentales qui n’avaient à ce moment là aucune connaissance du danger que représente ses islamistes, ces derniers –malgré leur discours édulcoré- n’ont pas beaucoup changés et continuent à promouvoir des idées violentes et intolérantes.
Mais ceci est une autre histoire…
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Source principale de ce dossier : « Comment les islamistes ont été vaincus », Ridha Kéfi, Jeune Afrique, n° 2000-2001, Mai 1999, pp. 34 – 44.
vendredi 16 novembre 2007
Naissance et déclin du mouvement islamiste tunisien (1)
Aux portes du pouvoir il y a exactement 20 ans, le mouvement islamiste tunisien est aujourd’hui complètement laminé. A l’intérieur du pays les thèses du mouvement n’ont plus aucune influence sur les tunisiens. Même le regain de religiosité observé en Tunisie depuis les ans 2000 n’a pu être amputé à un mouvement que beaucoup de tunisiens considèrent désormais obsolète.
En un mot comme en mille, aujourd’hui, en Tunisie, Ennahda est complètement inexistant.
Vingt ans après cette grande défaite islamiste, Islamiqua revient exclusivement et pour la première fois en Tunisie sur cette défaite, sur les ambitions du mouvement intégriste en 1987 et sur l’état des lieux actuel.
Voici la première partie de ce dossier...

Les débuts
L’apport de Bourguiba dans l’émergence du courant islamiste tunisien est aujourd’hui une réalité historique. Involontairement, en effet, le premier président de la Tunisie indépendante favorisera l’émergence d’un courant islamiste à travers deux séries d’événements :
D’abord, ce fut l’ « excès » de modernisme bourguibien qui favorisa l’émergence d’un courant islamiste tunisien qui prétendra défendre l’islam contre les agissements d’un président considéré comme laïc et parfois même apostat. (Voir le dossier Islamiqua « Bourguiba et l’islam »)
Ensuite ce fut Bourguiba lui même qui reconnaîtra l’existence de ce courant et qui l’encouragera -dans une certaine mesure- en autorisant en 1970 la création de l’Association de Sauvegarde du Coran (ASC) afin de contrer l’influence des idées de l’extrême gauche dans les universités tunisiennes.
l’Association de Sauvegarde du Coran n’était en réalité qu’un masque derrière lequel se cachait un mouvement islamiste intégriste dont l’ambition était plus importante que les buts que peut viser une association a savoir la prise du pouvoir. Or pour réaliser un tel objectif, une association ne suffit pas, il faut absolument créer un parti politique.
C’est ce qui sera fait sur deux étapes : d’abord dans la clandestinité en 1972 lors d’une réunion d’une quarantaine de militants islamistes dans une ferme de Mornag (20 Km au sud de Tunis), nous assisterons au congrès constitutif de la Jamma al-Islamiya.
Ensuite, profitant de la relative ouverture politique observée dans le pays en 1979, la Jamma al-Islamiya décide de se transformer en un parti dénommé le Mouvement de la tendance islamique (MTI) qui verra le jour officiellement en 1981.
Mais entre temps, c'est-à-dire entre la création de l’Association de Sauvegarde du Coran et la naissance du Mouvement de la tendance islamique, les militants islamistes ne resteront pas bras croisés. Au contraire, ils essayeront très tôt de mettre la main sur les médias du pays (principalement les journaux) afin de diffuser leur idéologie et de préparer l’opinion à leurs revendications.
C’est ainsi par exemple qu’ils parviendront à contrôler certains journaux comme Al- Moujtamaa et Al-Habib et qu’ils créeront leur propre maison d’édition : Dar al-Raya spécialisée dans la diffusion des idées des Frères musulmans.
Cette situation va leur permettre d’une part d’aborder ouvertement la question de l’instauration d’un Etat islamique en Tunisie et de lancer un débat à ce sujet. Et d’autre part de ‘‘ré-islamiser’’ le plus grand nombre possible de tunisiens qui en regagneront les mosquées (où les islamistes règnent en maître) et ne trouveront plus du mal à admettre les thèses islamistes.
La boucle est bouclée et il ne reste plus aux islamistes que de faire voire aux autorités ce dont ils sont capable…
Confrontation
Fort du soutien de plus en plus large dont ils bénéficient, les islamistes commencent par enflammés les mosquées par des prêches anti-régime, agités les universités où leur sympathisants sont de plus en plus nombreux et finissent par descendre dans les rues à l’occasion des élections de 1979.
Etonné par l’importance du mouvement, Bourguiba exige que les principaux dirigeants du MTI soient poursuivis et emprisonnés. Chose qui se concrétisera avec des peines de 10 ans de prison prononcées en 1981 contre les leaders du mouvement à savoir Rached Ghannouchi, Abdellfattah Mourou et Salah Karkar.
Une grave erreur de la part du premier ministre de l’époque Mohamed Mzali sera derrière la libération de ces hommes et la relance du mouvement.
En effet, affaibli par les fameuses ‘‘émeutes du pain’’ qui auront lieu en Tunisie du 29 décembre 1983 au 3 janvier 1984, le premier ministre qui imaginait à l’époque pouvoir succéder à Bourguiba, tentera de rétablir le calme et de regagner la confiance de ces concitoyens en se rapprochant des islamistes. C’est ainsi qu’en 1984 les leaders emprisonnés trois ans plus tôt sont relâchés.
Aussitôt, ces derniers replongent dans la clandestinité et conviennent de changer leur mode opératoire. Ainsi, au cours du 3ème congrès du mouvement organiser (clandestinement) peu après cette libération, le mouvement décide de se doter de deux organes : un organe politique de façade et un organe militaire qui aura pour tache d’organiser la prise du pouvoir.
Et graçe au soutien financier de quelques hommes d’affaires et surtout de l’Iran de la révolution, le MTI parviendra d’une part à se doter d’un stock d’armes et d’autre part à infiltrer l’armée et la police !
Nous sommes en 1986 et tout semble être prêt pour le coup d’Etat des islamistes. Certaines des chancelleries occidentales n’hésitent même plus à prédire que la Tunisie serait le premier pays islamiste du Maghreb.
C’est dans cet état des lieux que Mzali est limogé.
Considéré comme un coup de tonnerre par les islamistes qui perdent ainsi leur principal protecteur au sein du régime, le limogeage incite ces derniers à accentuer l’effort afin de mettre en place les dernières touches sur leur plan du coup d’Etat et lancent une vague impressionnante de manifestations, de vandalisme et d’agressions contre les agents de l’ordre.
Effrayé par l’hypothèse de leur prise du pouvoir, les autorités lancent une contre- vague d’arrestations dans les rangs des islamistes :
Le 10 juillet 1986, quatre leaders du mouvement sont jugés et condamnés à mort. Trois seulement seront exécutés, le quatrième -Ali Laaridh, porte parole du MTI- échappera à la peine capitale en s’enfuyant.
Le 9 mars 1987, Rached Ghannouchi, l’émir du mouvement est arrêté alors que Karkar (responsable de l’aile militaire) est relâché faute de preuve.
Mais la liquidation et/ou l’arrestation des leaders du mouvement n’a pas anéantie les capacités de nuisance des militants islamistes. C’est ainsi que, la veille de la célébration de l’anniversaire de Bourguiba (le 3 août), quatre bombes explosent simultanément dans des hôtels de Sousse et de Monastir (ville natale du président).
Une date symbolique. Un lieu symbolique. Un secteur symbolique… Désormais il n’y a plus de doute, les islamistes veulent mettre l’Etat à genoux en liquidant sa principale source de devises (le tourisme) et veulent en finir avec le règne de Bourguiba.
Ce dernier a bien compris le message. Il appel la Cour de sûreté de l’Etat à siéger et il exige « des têtes » contrairement à l’avis de son ministre de l’intérieur Ben Ali qui lui avait conseillé de ne pas donner des martyres aux islamistes.
La première décision de la Cour ne satisfait pas Bourguiba, alors elle siège à nouveau afin de rendre un verdict plus conforme à ses souhaits…
Entre temps, Karkar est chargé de mettre en exécution le plan de putsch mis en place un an auparavant. Un plan qui comportait l’organisation de manifestations violentes, des attentats contre les touristes et les membres du gouvernement, l’assaut du Palais présidentiel de Carthage et la prise des casernes et des bâtiments de la radio-télévision Tunisienne.
Selon Sadok Chaabane, Ministre à plusieurs reprises et actuellement président de « l'Institut Tunisien des Etudes Stratégiques », le lancement de ce coup d’Etat a été fixé pour le 8 novembre 1987...
jeudi 11 octobre 2007
La talibanisation des écoles algériennes
Décidemment, l’Algérie est entrain de connaître des événements qu’on a cru enterrés une bonne fois pour toute.
Après les nombreux attentats terroristes qui ont commencés par viser plusieurs postes de polices puis le Palais du gouvernement et enfin celui qui visait le président Boutaflika directement ! Nous venons d’apprendre que les écoles algériennes connaissent des scènes d’une ‘‘talibanisation’’ poussée.
En plus du voile et des barbes qui sont banalisés au point de ne plus susciter les critiques des défenseurs de la laïcité à l’intérieur des écoles algériennes, un évènement gravissime vient de se produire et qui ne tardera pas à relancer le débat de la place que doit jouer la religion à l’intérieur des écoles publiques.
En effet, les élèves d’un collège de la capitale Alger viennent « d’obliger » leur professeur de français à porter le voile.
Interrogés sur les raisons de leur acte, les élèves ont répondu que le visionnage des pieds de leur professeur était illicite (haram) surtout au mois de Ramadan. Et par conséquent, et afin de ne pas les exciter, cette dernière devait mettre le voile !
Conscient de la gravité de tels actes, le ministre algérien de l’éducation a précisé que les autorités ne resteront pas « bras croisés » devant la radicalisation de l’école algérienne.
Le ministre a dévoilé même le lancement d’un partenariat avec le ministère de l’intérieur dans le but d’éradiquer ce phénomène : le ministère de l’éducation informera celui de l’intérieur sur les écoles qui présentent un risque de radicalisation ou dans lesquelles existent des membres jugés radicaux et le ministère de l’intérieur surveillera ces établissements, arrêtera les radicaux et pourra même aller jusqu'à expulsé de l’école définitivement tout membre jugé « intolérant » !
S’il nous est permis de critiquer de telles solutions qui ne peuvent qu’endurcir davantage les radicaux et leurs sympathisants, nous ne pouvons ne pas consatater la difficulté devant laquelle se trouve les autorités algériennes : d’une part une radicalisation de plus en plus visible des écoliers algériens représentée par Nabil Belkasem, qui s’est fait explosé le 8 septembre dernier dans un poste de gardes frontières tuant 32 militaires, et d’autre part, des pratiques de contre terrorisme qui sont condamnable surtout s’il sont utilisés contre des enfants ou des adolescents, comme c’est le cas pour les écoliers algériens.
La solution pourrait peut être venir de la laïcisation de l’école et des programmes enseignés. L’école ne doit jamais devenir le terreau de n’importe quelle idéologie et de n’importe quelle religion. L’école doit garantir aux écoliers l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et surtout développer leur sens critique.
Quant au reste, ils sont capable d’aller le chercher s’ils le désir.





