Islamiqua | Blog-journal du réformisme

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vendredi 13 novembre 2009

Décisions historiques de la Cour constitutionnelle koweitienne

Je_le_dis_comme_je_le_pense_2Le Koweït a fêté avant hier le 47ème anniversaire de sa Constitution adoptée le 11 novembre 1962. La commémoration de cet anniversaire requiert cette année une importance capitale vue les débats (de plus en plus alimentés) et les prises de positions (de plus en plus fermes) « pour » ou « contre » la constitution surtout suite aux dernières décisions de la Cour constitutionnelle koweitienne.

En effet, la scène juridique au Koweït vient de connaître des développements d’une importance capitale qui auront des répercussions au-delà des frontières de ce petit émirat.  

La relation entre Constitution et Coran, loi et Charia, ordre humain et ordre divin… a été au cœur d’un débat juridique qui a donné lieu aux décisions suivantes de la cour constitutionnelle :

femmes_au_Koweit 

1ère décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi relative à la nationalité.  La loi koweitienne sur la nationalité stipule que la femme ne peut avoir un passeport sans l’autorisation de son mari.  Non seulement la cour a déclaré l’inconstitutionnalité d’une telle exigence mais en plus elle a expliqué que cette autorisation n’est autre qu’ « une négligence de la volonté de la femme et une agression à son humanité ».

 

2ème décision : l’inconstitutionnalité de certaines dispositions de la loi électorale. La décision relative à la loi électorale est plus importante, avec un raisonnement juridique plus développé.

En effet, la loi électoral conditionne le vote et/ou la candidature des femmes (aux élections) à leur respect (et même leur observation) des règles imposées par la charia islamique. Sur la base de cette loi, plusieurs islamistes avaient exigés le port du voile par toutes les femmes membres du gouvernement ou du parlement. Or, au cours de son examen de la loi, la cour va déclarer son inconstitutionnalité et n’hésitera pas à évoquer la contradiction entre les principes de la charia et la constitution (donnant la primauté à cette dernière) : « la loi ne peux contredire les textes de la constitution koweitienne qui représentent des principes généraux tels que les libertés individuelles et la liberté de culte ».

Ainsi, pour la cour constitutionnelle koweitienne, aucune loi -même inspirée de la charia- ne peut méconnaitre des droits garantis par la Constitution.

 

Le Koweït serait-il entrain de mener une révolution juridique contre la charia ?

Affaire à suivre…

 

Participez aux différents débats sur islamiqua en laissant vos commentaires…

 

dimanche 1 novembre 2009

Les maisons d’éditions tunisiennes boycottent-elles Mohamed Talbi ?

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Mohammed Talbi a annoncé depuis quelques années son intention de publier « son testament » sur la rénovation de la pensée musulmane  dans trois livres successifs : le premier a été publié en 2007 par Cérès éditions sous le titre : « Pour que mon cœur s’apaise » (auquel Islamiqua a consacré plusieurs articles), et fut très critiqué pour les sévères attaques qu’il contenait envers les chrétiens d’une part et ceux que l’auteur appelle les dé-islamisés  d’autre part. 

 

de_ceres_a_cartaginoiserieDans la deuxième partie de ce testament intitulée « l’islam n’est pas voile il est culte » (sur lequel nous reviendrons bientôt), l’auteur a reprit les mêmes thématiques (chrétiens, dé-islamisés) en y ajoutant la critique de la vision des salafistes islamistes. Ce sont les éditions Cartaginoiseries qui se sont chargées de la publication du livre au début 2009.

Ainsi, de Cérès éditions à Cartaginoiserie, l’auteur perd déjà la force de frappe, la renommée et l’omniprésence de Cérès au profit d’une maison d’édition jeune, peu connue et surtout très peu présente dans les librairies tunisiennes et étrangères.

La publication de la troisième partie de la rénovation de la pensée musulmane qui porte le long titre de : « Notre mission coranique est d’humaniser le monde. Gaza : Barbarie biblique ou de l’extermination Sacrée et humanisme coranique » voit l’auteur procéder à la publication du livre sur son propre compte !

 

Existe-il un boycott de la part des maisons d’éditions tunisiennes envers les derniers ouvrages de Talbi où –il est vrai- le coté académique de l’historien et du libre penseur laisse peu à peu la place aux visions subjectives d’un « penseur et écrivain musulman » comme Talbi tient à se présenter sur la couverture de son dernier ouvrage ? 

Comment peut-on si non expliquer qu’une personnalité comme Mr Talbi prend l’initiative et la charge (ou se trouve dans l’obligation) de la publication de la troisième partie de son testament ?

Les maisons d’éditions tunisiennes avaient elles des exigences  refusées par l’auteur ? Ou bien son initiative fut unilatérale ?

 

Ces questions méritent certainement un éclaircissement de la part des maisons d’éditions tunisiennes et surtout de l’éditeur (historique) de l’auteur à savoir Cérès éditions afin de nous éclairer sur les raisons qui font que Mr Tabli se voit obliger de publier sur son propre compte son dernier ouvrage.


Une chose est néanmoins sur, nous pouvons ne pas partager les points de vue et les prises de positions de Talbi dans ses derniers livres, mais de là à opérer un boycott sur ce qu’il écrit et à l’obliger à prendre la charge de la publication et la distribution de ses écrits, c’est un pas qu’aucune maison d’édition ne devrait franchir !

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lundi 17 août 2009

Le port du niqab doit être interdit

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La burqa ou le nikab, cet habit qui couvre l’intégralité du corps de certaines musulmanes ainsi que la majorité de leur visage, fait l’objet depuis quelques semaines d’une vague de commentaires et de prises de positions assez importantes en France et ce suite à la proposition du député communiste André Gerin de créer une commission d’enquête sur le sujet.

Très vite, des dizaines de députés vont rejoindre la proposition de leur collègue et la majorité des hommes (et des femmes) politiques à commencer par le premier d’entre eux, le président Nicolas Sarkozy, se prononcera sur le sujet. Certains sont même allés jusqu’à parler d’une loi qui devrait réglementer (pour ne pas dire interdire) le port de la burqa, cet habit non grata en France. Quant au président, et même s’il n’a pas parlé d’une interdiction formelle de son port, il a affirmé le 22 juin dernier dans son allocation à Versailles que « Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté et de dignité de la femme. C’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement. Je veux le dire solennellement : la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française. »

niqabAvant d’aller plus loin, nous devons commencer par dire qu’incontestablement le sujet a pris une ampleur beaucoup plus importante que sa taille réelle et cela ne s’est pas fait sans arrières pensées.

Simplement, je suis d’accord pour dire qu’un texte interdisant le port du niqab serait souhaitable. En effet, partant même du point de vue des oulémas, le niqab n’est pas « chariaiquement » obligatoire. Seulement, certaines musulmanes qui veulent (ou sont obligées) de faire toujours plus que les autres, de prendre tout le temps le coté extrémistes des choses … essayent de nous imposer une vision de l’islam ou la femme doit être cloitrée, isolée et doit ressembler à un corbeau. Cette vision, encouragée par la Charia (à travers l’interprétation d’un certain nombre de hadiths du prophète), n’a pas de place dans nos sociétés.

Que celles qui veulent porter le niqab aillent habiter seule dans les montagnes. N’est ce pas ce qu’elles veulent ? Elles souhaitent s’extirper des regards des hommes, elles ne veulent qu’aucun « male » ne les approche, elles s’interdisent de tendre la main ou même de parler à n’importe quel étranger… Quelle vision de la société ces personnes possèdent ? Sans doute aucune. Tout ce qui les intéresse c’est leur propre personne. Et bien, tant que la vie dans la société ne les intéresse pas, elles feraient mieux d’aller vivre hors de cette société et non d’agresser en permanence tout le monde avec un habit qui témoigne d’un refus obstiné de la personne à entrer en contact avec quiconque. Car, par cet habit, ces femmes disent aux autres membres de la société qu’elles ne sont intéressées par aucun signe de vie en société. Et puis elles se demandent pourquoi on ne les intègre pas ? Pourquoi elles se trouvent en marge de la société ? Pourquoi on les regarde avec suspicion ? … Et bien elles ne peuvent faire porter la responsabilité qu’a-elles mêmes.

Ces femmes qui prennent la misère comme idéal ne peuvent prétendre représenter l’islam. Ellesniqab_2 représentent peut être la Charia, mais de l’islam elles n’ont rien retenu. Comme l’a dit Mohammed Talbi «  je me demande comment la Charia a-t-elle pu exalter la rudimentarité et la laideur. Des femmes comme des corbeaux, et des ascètes pouilleux, est-ce pour cela qu’Allah s’est donné tant de peine, pour faire de notre Planète terre l’un des plus beaux joyaux de l’Univers ? La Charia me révolte. Elle a fait de nous des miséreux, parce que nous nous sommes donné la misère comme idéal. »

Allah aurait donc créé cette terre pour la voir habitée par des cordeaux ! N’est ce pas ridicule ?

Cette position contre le niqab ne vient pas seulement du fait que nous pensons que cet habit ne représente pas l’islam, mais en plus parce que nous sommes persuadés qu’il est dangereux pour la société. D’abord -et sans avoir à le démontrer- le niqab cache la personne avec laquelle on a à faire. Pour cette raison, il est impensable de le voir dans nos administrations ou nos établissements publics (et privés). Ensuite, il est devenu aujourd’hui une arme entre les mains de criminels. Ainsi, je viens d’apprendre qu’en Jordanie il est désormais utilisé par les fugitifs et les cambrioleurs qui ont trouvé dans le niqab le meilleur moyen pour réaliser leurs crimes en toute tranquillité.

Enfin, je pense qu’un texte devrait interdire son port même chez nous en Tunisie car je ne suis pas d’accord avec la logique de certaines femmes qui -ayant vu que désormais le port du hijab ne pose plus (beaucoup) de problèmes- passent à la phase suivante, à savoir le port du niqab.

Cette provocation permanente et la volonté d’entrer en conflits avec toute la société reste énigmatique. Je n’arrive pas à saisir sa signification mais je ne suis pas du tout d’accord pour dire qu’il s’agit d’un énième signe du « retour du religieux ». C’est pour cela que je ne souhaite pas voir mon pays se transformé en une Egypte où il existe désormais une surenchère dans le port des « habits islamiques », où la mode n’est plus au voile mais au niqab. Comme l’a dit le président français concernant son pays, pour nous aussi, la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République.

Nous avons été sur ce blog parmi ceux qui ont défendu le droit de porter le voile par celles qui en sont convaincues par son caractère religieux (car nous considérons toujours que le voile n’est pas synonyme d’agression de la société). Mais de là à ce que cette même croyance soit utilisée aujourd’hui pour nous faire admettre un droit au port du niqab, il y a un pas que je ne franchirai pas.

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lundi 29 juin 2009

Nejad a gagné mais… la révolution est en danger

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En découvrant le taux de participation historique (85 %) aux élections présidentielles du 12 juin, on s’attendait à un vote massif en faveur du candidat (le moins conservateur) Mir Hussein Moussavi, soutenu par les réformateurs et tous ceux qui étaient contre la politique de Ahmedinejad. Soutenant l_Iranl’idée que les électeurs ne se déplacent massivement que pour changer un gouvernement, nombreux sont ceux qui ont émis cette idée et ont criés –bien avant la proclamation des résultats- aux fraudes massives, et parmi eux Moussavi en personne qui avait tiré la sonnette d’alarme dès les premières heures de l’ouverture des bureaux de vote.   

Malgré cela et en dépit de l’auto-proclamation de sa victoire dans les élections, Moussavi aurait perdu –selon les résultats officiels- avec plus de 11 millions de voix de différence et n’aurait ainsi recueilli que 34 % des voix des électeurs, très loin derrière le président sortant.

Les arguments de fraudes ont été nombreux, plusieurs sont réalistes et d’autres pas du tout mais je pense que le Guide de la révolution n’a pas tort lorsqu’il déclare qu’on ne peut pas frauder 11 millions de voix. Il est donc (presque) sur que Ahmedinejad a remporté les élections, mais comment ?

Car, si on est d’accord pour dire que le président sortant n’a pas pu inventer de toute pièce 11 millions d’électeurs, il est incontestable que ce président populiste n’a pas eu seulement le soutien massif des classes les plus pauvres et des ruraux (33% de la population) mais surtout celui du Guide et des Gardiens de la révolution.

Pour ce qui est du Guide, l’Ayatollah Ali Khamenei, il a déclaré deux semaines avant les élections qu’il soutiendra le candidat qui affronte les grandes puissances, mène un train de vie modeste et n’a peur de rien. Autrement dit, Ahmedinejad.

Cette déclaration, ainsi que plusieurs autres signes de soutien à Nejad seront d’une importance capitale dans l’orientation du vote des iraniens. Car, il ne faut pas l’oublier, que la parole du Guide dans l’Iran de Wilayat al faqih (« le gouvernement des doctes ») est sacrée et que des millions de fidèles la suivent à la lettre. Ainsi, si le Guide soutient un candidat donné, cela veut dire des millions de voix supplémentaires pour ce candidat.

elections_presidentielle_iranienneConcernant les Gardes de la révolution, dont le nombre de toutes les fractions confondus serait au alentour d’un million et qui -par le biais de leur contrôle d’un bonne partie de l’économie de l’Etat (un tiers selon certains)- exercent une influence considérable sur des millions d’iraniens, ils ne pouvaient admettre la victoire d’un ‘‘réformiste’’ qui pourra mettre un terme à leur ambitions militaires (le nucléaire) et stratégiques (l’exportation de la révolution et le soutien du Hezbollah et du Hamas) en les privant de la manne financière secrète dont ils bénéficient (selon le rapport 2009 de l’office national chargé des audits, 1 milliard de dollars des revenus du pétrole a disparu. Les principaux bénéficières ne sont autres que les gardiens de la révolution dont le financement n’est connu que par quelques personnalités iraniennes dont le Guide de la révolution).

Ainsi, à travers le soutient de ceux qui se retrouvent dans ce personnage populiste, auquel s’ajoute le soutien du Guide, des gardiens de la révolution et de leurs partisans, Ahmedinejed est certainement parvenu a remporté les élections présidentielle du 12 juin dernier.

Mais qu’en est-il de l’avenir de la république islamique ?

En voulant préserver -à tout prix- l’institution de la présidence sous la tutelle des ultraconservateurs, le régime ne met-il pas en danger l’ensemble des institutions de la république islamique ?

Ramine Kamrane et Fréderic Tellier ont écrit dans un livre intitulé « Iran : les coulisses d’un totalitarisme » une idée « en apparence paradoxale » selon laquelle « Les crises générées par Téhéran protègent plus qu’elles n’exposent le régime islamique tant que la communauté internationale les appréhende au coup par coup, indifférente au dessein qui les relie. Elles détournent de la question du régime. » (p.21) Car, aux yeux des auteurs, tout ce qui se fait en Iran depuis la révolution de 1979 n’est autre qu’une mise en scène qui ne vise que la protection du régime islamique.

Et cela semble bien réussir jusqu’aux élections de 2005 : « Cette faculté de l’événement à occulter la question du régime est illustrée une nouvelle fois avec l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadi Nejad, nouveau président de la république islamique d’Iran depuis juin 2005. tant que le monde croit à un tournant majeur de la vie politique iranienne, tant qu’il voit dans l’avènement de cet ultra dont il prend systématiquement soin de souligner sa fidélité aux idéaux de la révolution – comme si cette fidélité ne concernait que lui et quelques proches, comme si elle était en soi une exception au sein du personnel de la république islamique, la source de tous les problèmes rencontrés par la communauté internationale avec Téhéran-, alors toute la vigilance porte sur un homme plutôt que de porter sur un système, elle se concentre sur ce qu’elle juge être une politique individuelle au détriment de la logique collective de la république islamique. » (p.22)

Cette analyse des auteurs était très pertinente à partir du moment où jusqu’aux élections de 2005 « le sommet de l’Etat iranien n’était menacé par aucune surprise venue des urnes. Les ‘‘surprises’’ iraniennes ne peuvent en théorie concerner que le personnage –secondaire dans l’édifice institutionnel iranien- du président de la République. »(p.33) 

Mais avec les événements que connaît l’Iran depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles, c’est désormais le régime dans sa totalité qui est menacé.

l_organisation_du_pouvoir_en_iranCar, la division que connaît (pour la première fois de son histoire) la république islamique après ces élections témoigne de l’existence d’une menace réelle pour le régime islamique. En effet, depuis sa naissance en 1979, jamais la révolution iranienne n’a connu une division aussi flagrante : Pour la première fois de son histoire les manifestants défient non seulement le pouvoir exécutif mais aussi le guide de la révolution. Pour la première fois, des religieux iraniens s’opposent ouvertement aux injonctions du guide Ali Khamenei, et pour la première fois on s’interroge sérieusement sur l’avenir de l’institution du Guide suprême. 

Ce tremblement qui risque de toucher les fondements même de la république islamique ne provient pas seulement des manifestations face aux résultats des dernières élections, mais d’un certains nombre d’éléments déclenchés par ces manifestations :

1-  L’opposition entre le Guide Ali Khamenei et un grand nombre de personnalités influentes du régime islamique :

L’histoire remonte à 1989, date de la mort de l’Ayatollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. A l’époque, sa succession n’avait pas été envisagée surtout que son dauphin présumé l’Ayatollah Ali Montadiri est tombé en disgrâce -quelques mois seulement avant la mort du Guide- pour avoir ouvertement critiqué l’assassinat de milliers d’opposants politiques dans les prisons iraniennes. Une prise de position qui provoquera les foudres du Guide pour lequel Montadiri est un « naïf » qui « n’est pas un homme d’Etat capable de diriger un pays ».

C’est ainsi que le choix du guide après la mort de Khomeiny revenait à l’Assemblée des experts présidée par Hachemi Rafsandjani qui fera tout pour faire élire Khamenei au poste du Guide alors même qu’à l’époque ce dernier n’était pas considéré comme la plus haute personnalité religieuse de l’Etat. Dans une déclaration à Newsweek, un témoin de l’époque jure que « sans le soutien de Rafsandjani, jamais M. Khamenei n’aurait accédé au poste de Guide suprême. J’ai vu comment il a travaillé jour et nuit afin de convaincre les membres de l’Assemblée des experts et les grands Ayatollah de soutenir Khamenei. Et malgré que M. Khamenei n’avait pas les compétences religieuses requises pour le poste, les mollahs ont donnés raison à Rafsandjani parce qu’ils lui faisaient confiance. Il est incontestable donc que M. Khamenei doit son poste à Rafsandjani. »

Or la relation entre les deux hommes va se dégrader très vite et Rafsandjani qui s’attendait à un petit geste de reconnaissance pour ce qu’il a fait, découvre avec stupeur -à l’occasion de sa candidature aux élections présidentielles de 2005-, que  le Guide –avec lequel il est désormais en désaccord sur plusieurs sujets- a choisi de soutenir le maire de Téhéran, le populiste Ahmedinejad.

Rafsandjani n’a jamais pardonné au Guide ce soutien et a critiqué durant les 4 dernières années les politiques de Nejad. Il ira même jusqu’à soutenir les réformateurs et leurs candidats. Désormais ce qu’il vise c’est la chute de Nejad et après lui (probablement) celle de … Khamenei. Car, a en croire certains, Rafsandjani aurait pensé durant les premières journées des manifestations à destituer le Guide (à travers l’Assemblée des experts). Mais il aurait renoncé à le faire, sachant qu’une telle décision conduirait à la chute de l’ensemble des institutions de la république islamique.

Rafsandjani est certes le personnage le plus influent qui critique désormais ouvertement les prises de positions du Guide, mais il n’est pas le seul. Plusieurs religieux n’hésitent plus à le faire profitant des erreurs du Guide dans la gestion de la crise et surtout de son manque de charisme. 

2- L’absence de charisme du Guide de la révolution :

Comme le souligne Christopher Dicky dans Newsweek, pour ceux qui ont connus le fondateur de la République islamique, l’Ayatollah Khomeiny, le guide actuel de la révolution n’est qu’un faible successeur du formidable orateur que fut Khomeiny. L’homme qui ne possède aucun charisme a été considéré au départ un ‘‘Guide de passage’’ qui n’occupera les fonctions que jusqu'à ce qu’une personne plus compétente le remplace. Mais il a su durant deux décennies garder sa position à travers l’instauration d’un équilibre entre les différentes institutions et en se montrant au-dessus des mêlées. Seulement, avec son soutien explicite à Ahmadinejad, le Guide a transgressé les règles qu’il s’était imposé donnant à ses adversaires les arguments pour le critiquer et contester ses injonctions. Le signe le plus important de cette révolte est sans doute ce qui s’est passé dans la prière du vendredi 19 juin. Ali Khamenei a ‘‘ordonné’’ à tous les candidats (y compris Nejad et Moussavi) d’assister à la prière sous sa conduite et a invité pour l’occasion les médias étrangers afin de montrer l’unité de la classe politico-religieuse iranienne derrière son guide suprême. Peine perdue, car Moussavi et Karoubi n’ont pas donné suite à l’invitation du guide montrant au grand jour non seulement leur opposition à la victoire de Nejad mais aussi leur refus de la prise de position du Guide.

Ainsi, nous voyons comment, alors même que l’institution de la présidence de la République n’est que secondaire dans l’organisation du pouvoir iranien, la volonté des ultraconservateurs de la garder sous leur influence les a conduits à truquer des élections qu’ils auraient de toute façon gagnées. Faisant entré le pays dans une crise de laquelle la République islamique ne sortira pas indemne.

A lire aussi sur ce sujet :

Le dossier Islamiqua sur l’Iran

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jeudi 21 mai 2009

Élections législatives au Koweït : 4 femmes au Parlement et une défaite historique pour les islamistes

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Malgré toutes les critiques formulées contre l’expérience démocratique Koweïtienne (un émir qui règne et gouverne le pays avec les membres de sa famille en présence d’un parlement démocratiquement élu et d’un gouvernement présidé par un membre de la famille royale dans un Etat fortement ethnique), il est incontestable que ce que vient de connaître ce petit (mais riche) émirat du golfe est simplement historique. En effet, deux événements majeurs donnent aux élections législatives koweïtiennes du dimanche 17 mai un aspect exceptionnel :

I- Pour la première fois dans l’histoire de cet émirat (qui s’est doté depuis 1963 d’un parlement mais n’a autorisé les femmes à voter et a être éligibles qu’en 2005), 4 femmes de tendance libérale sont élues dans un pays connu fortement pour son conservatisme.

II- Pour la première fois dans l’histoire, non seulement de l’émirat mais aussi et surtout de tout le monde arabe, les deux tendances islamistes (salafistes et frères musulmans) perdent du terrain avec un recul de plus de 50 % (de 7 sièges elles n’ont gardés que 3). 

▪▪▪ 

Le deuxième événement est à mon sens le plus important mais n’a pas été assez analysé par les différents médias et en particulier ceux arabes (qui pourtant avaient consacrés de larges développements et une couverture spéciale aux élections koweitienne en focalisent leur intérêt sur l’entrée des femmes au Parlement).

Or, au delà de porté symbolique de l’accès de la femme au parlement au Koweït, la défaite inattendue des islamistes mérite qu’on lui accorde un peu plus d’attention surtout qu’il semblerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un recul à imputer à certaines difficultés passagères du camp islamiste mais bien au contraire d’une défaite causée par un dysfonctionnement structurel de la machine islamiste. Plusieurs arguments peuvent être cités à cet égard :

1- les deux tendances islamistes ont connu la défaite :

*Les Frères musulmans passent de 3 députés à un seul.

*Les salafistes passent de quatre députés à deux seulement.

Ce qui pourrait indiquer un mécontentement de la population non envers une entité particulière mais plutôt envers un courant d’idée, à savoir celui islamiste.

2 - Pensant avoir toujours le poids qui été le leur il y a quelques mois -et dans la crainte de voir la femme accéder au Parlement-, les salafistes avaient émis quelques jours seulement avant les élections une fatwa dans laquelle ils interdisaient aux électeurs de voter pour les femmes (car la présence des femmes dans le parlement serait contraire aux préceptes de la sharia). Or les électeurs ont fortement sanctionnés cette prise de position en votant non pour une seule femme mais pour quatre candidates (sur un total de 15).

3- Parmi les quartes gagnantes, certaines ont même remportés les élections faces à des personnalités islamistes très célèbres dans le pays !   

4- Craignant la perte des élections, plusieurs candidats islamistes se sont portés comme candidats indépendants (sans étiquette) alors même qu’ils font partie des groupes salafistes ou des Frères musulmans. Cette stratégie inédite n’a pourtant pas réussie à leur garantir la victoire.

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Tout cela, nous pousse à voir dans ce qui vient de se passer au Koweït (malgré la petite taille de son électorat avec ses 400 milles électeurs), les prémices d’un changement en cours qui s’il réussit dans ce pays pourra avoir une influence remarquable sur le reste du monde arabe. D’où la responsabilité qui pèse sur ce nouveau parlement Koweitien et en particulier sur ses membres libéraux, indépendants ainsi que sur les 4 femmes qui doivent tout faire afin de ne pas décevoir et afin de montrer que dans le monde arabe les affaires de l’Etat et des citoyens sont mieux gérées lorsqu’elles sont éloignées des influences religieuses.

   

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dimanche 3 mai 2009

La beauté des contrastes

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Au cours du mois d’avril j’ai eu la possibilité de participer à deux événements culturels à travers lesquels j’ai encore une fois constaté la beauté de certains contrastes de la liberté. Oui, L’existence en toute harmonie, en même temps et au même lieu, de phénomènes opposés, est sans l’ombre d’un doute le signe d’une cohabitation possible et d’une liberté certaine.

Prière et vin

La première contradiction je l’ai rencontré à Kairouan, la Capitale de la culture islamique pour l’année 2009, où en raison d’un colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire des constitutions tunisienne et française, j’ai passé 3 journées dans la ville des Aglabites où j’ai pu admirer la cohabitation qui existe entre les éléments de cultures et de religions différentes. En effet, à Kairouan, les hôtels (ou du moins certains d’entre eux) se caractérisent par l’existence en leur sein de « salles de prières » pour ceux qui désirent accomplir leurs prières quotidiennes, ce qui n’empêche nullement les restaurants des mêmes hôtels de servir du vin ou d’organiser des galas ! Cette image de la salle de prière au premier étage de l’hôtel et du vin aux restaurants du rez-de-chaussée m’a beaucoup impressionnée en me confirmant l’idée selon laquelle la coexistence est possible tant que chacun respecte la liberté de l’autre.

Shari’a et libres penseurs

La deuxième contradiction, je viens de la rencontrer au Salon du livre de Tunis (qui s’est tenu du 24 avril au 2 mai au palais d’exposition du Kram). En effet, la présence de plus en plus massive du livre religieux est désormais l’une des caractéristiques de toutes les foires du livre du monde arabe. Mais malgré cela, j’ai eu le plaisir de constater la beauté d’autres contrastes. En effet, pour ce qui est des visiteurs du Kram, la foire constitue peut être le seul endroit où on rencontre en même temps les barbus religieux, les voilées, les tenants d’un discours rigoristes… et ceux moins barbus, simples croyants, laïcs ou même pas du tout intéressés par la religion et ses histoires. Ici tout le monde trouve son bonheur !

Cet état des lieux découle d’une autre cohabitation qui existe entre les différentes maisons d’éditions : les stands des maisons religieuses se trouvent à coté de ceux des maisons laïques séparés par ceux des maisons d’éditions militantes ! Quelle belle mosaïque !

Je me suis arrêté sur cette image suite à la réception d’une copie du Coran « offerte par le serviteur des lieux saints » (Une tradition renouvelée annuellement par les saoudiens qui diffusent à chaque foire gratuitement des centaines de copies du Coran) et juste avant d’avoir l’immense plaisir de rencontrer le professeur Yadh Ben Achour (qui est venu dédicacer son dernier livre « Aux fondements de l’Orthodoxie Sunnite ») et tout de suite après avoir acheté la deuxième partie du testament de Mohamed Talbi intitulée « L’islam n’est pas voile il est culte, rénovation de la pensée musulmane ». Avoir un livre offert par les émirs du wahhabisme, discuté avec le professeur Yadh Ben Achour et acheté le pamphlet de Mohammed Talbi sur la Shari’a.  Tout cela en même temps et au même lieu ! C’est un extraordinaire contraste ! 

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Avoir la liberté de prier ou de boire du vin. Avoir la liberté de lire les textes religieux ou de consulter leurs critiques… n’est ce pas là la meilleure représentation de la conception tunisienne de l’islam ?

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mercredi 25 mars 2009

Notre crédo, notre manière de voir les choses

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Pour ce troisième anniversaire d’Islamiqua, je commence par saluer mes amis lecteurs du blog. Grâce à vous, l’un des objectifs que je me suis fixé en commençant à écrire des posts à savoir le développement d’une interactivité au sein du blog, semble se confirmer de jour en jour. Mais je veux aussi remercier la majorité silencieuse d’entre vous, à savoir ceux qui sont entrain de nous lire mais sans pour autant réagir.

A vous tous un grand merci et continuez à nous lire et à nous écrire, cela est notre plus grande source de motivation.

Au-delà des remerciements, venant en au plus important : chaque année, a cette même date, je m’emploi à vous présenter ce que devrait être les grandes lignes des publications du blog durant toute une année. Pour cette année, j’aimerai vous présenter avec beaucoup plus de détails les nouveaux penseurs en islam : ainsi, nous continuerons de publier des articles de la professeure Ikbal Gharbi, pour bientôt il y aura une série d’article sur le dernier livre de Mohamed Talbi, des articles de Mohammed Charfi ainsi qu’une lecture de ces derniers livres, une série d’article sur le dernier livre d’Olfa Youssef... Beaucoup de tunisiens donc mais pas seulement. Durant les prochains mois, un intérêt beaucoup plus important sera réservé aux différents penseurs maghrébins. Je fais parti de ceux qui pensent que les thèses des penseurs maghrébins n’ont pas l’écho qu’il méritent a l’intérieur comme à l’extérieur du Maghreb et durant notre 3ème année nous essayerons de faire plein feux sur ces penseurs ainsi que sur les idées qu’ils défendent.     

Encore une fois j’insiste pour dire que beaucoup de travail reste à faire. La tache de diffuser les idées réformatrices et de critiquer l’extrémisme de tout genre n’est pas facile. Mais malgré cela, nous continuerons à vous présenter un point de vue aussi objectif que possible sans hésiter à appuyer là où sa fait mal mais sans négliger non plus ce que mon professeur Yadh Ben Achour m’a appris, à savoir que « Les sociétés ne sont pas des machines, il ne suffit pas d’appuyer sur des boutons pour que les choses changent ». Effectivement, nous sommes pour l’évolution des mentalités dans nos sociétés, pour le développement des principes démocratiques et pour l’enracinement de la culture de l’acceptation de l’autre, de ses idées ainsi que de son droit d’être différent. Mais nous sommes aussi conscient qu’il ne faut pas trop forcer et qu’à force de ‘‘pousser’’ on fini par provoquer des réactions exactement opposées à celles espérées. C’est notre crédo et c’est notre manière de voir les choses.

                                                                                                                                                         

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jeudi 19 mars 2009

L’autre extrémisme

Je_le_dis_comme_je_le_pense

Mon troisième et dernier post relatif au colloque « droit, pouvoir et religion » ne sera pas consacré aux différentes communications présentées dans cette rencontre mais plutôt aux débats parallèles que j’ai pu avoir avec beaucoup de mes amis étudiants (en majorité étudiantes et étudiants de la faculté des Sciences juridiques, politiques et Sociales de Tunis) et qui m’ont permis d’apprendre beaucoup de choses et surtout de découvrir de plus près certaines tendances que je considérais minoritaires, mais qui semblent avoir plus d’importance que ce que je pensais.

Au cours des différents repas et du diner qui nous ont été offerts par les organisateurs du colloque, j’ai eu le plaisir de participer à de passionnants débats sur des questions en relation plus ou moins directe avec le sujet du colloque. Ainsi, on a discuté des rapports hommes-femmes dans les sociétés arabo-musulmanes (et plus précisément en Tunisie), de la place de la religion dans l’Etat, des droits des femmes (en réactions à la fameuse affaire de rupture du mariage en France pour « erreur sur les qualités essentielle de la mariée » a savoir le fait qu’elle n’était pas vierge au moment du mariage), du port du voile… et ce qui a attiré mon attention au cours de ces discussions fut le degré d’intolérance que j’ai pu relever. Intolérance pas dans le sens qu’on croit tous mais bien au contraire ; la majorité de ceux avec qui j’ai eu le plaisir de discuter avaient des positions très fermes sur la religion. J’ai senti de leur part une véritable suspicion (pour ne pas dire haine) de la religion. Ainsi, aucun poids n’est accordé a cette dernière, tout ce qu’elle peut représenter n’est autre qu’un ensemble de « traditions culturelles ». Aucune différence n’est faite entre les islamistes et « les autres ». Pire, il y avait certains qui témoignaient d’un refus catégorique de toute discussion avec des gens qui utiliseraient un discours religieux !

Ce genre de prise de position est dangereux. Je le dis parce qu’il me semble qu’on est face à un extrémisme qui ne dit pas son nom. Il n’y a pas que les tenants du discours islamistes qui peuvent avoir un comportement et des envies d’exclusions pour tous ceux qui ne sont pas d’accords avec eux, il y a aussi ce courant là. Or, le malheur c’est qu’une société ne peut pas continuer à vivre dans la paix si jamais ces deux courants deviennent majoritaires. Nous avons besoin de plus d’objectivité, de moins de crispation, d’accepter l’autre avec ses différences, de ne pas permettre que l’on nous viole nos droits mais de ne pas encourager qu’on viole les droits des autres.

Je pensais que ceux qui n’avaient pas qu’une culture exclusivement religieuse étaient beaucoup plus tolérants. Je continue à le penser (ou du moins à l’espérer) et à souhaiter que l’intolérance que j’ai cru apercevoir dans ces différentes discussions ne soit que trop minoritaire dans nos sociétés. Nous avons déjà un extrémisme à combattre : c’est celui islamiste. Et pour le moment nous n’avons ni les forces ni l’envie de combattre un autre extrémisme. Mais on doit au moins avoir le courage de dire que cet extrémisme existe et que nous refusons toute sorte d’extrémistes.

Sur ce sujet, voir aussi :

- C’est quoi une religion ?

- Droit, pouvoir et religion

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vendredi 13 mars 2009

Droit, pouvoir et religion

Je_le_dis_comme_je_le_pense

J’ai eu le grand plaisir d'assister au colloque « Droit, pouvoir et religion » organisé à Gammarth par l’association tunisienne de droit constitutionnel. Durant 3 jours, du 5 au 7 mars dernier, j’ai beaucoup appris non seulement des différentes communications présentées par d’imminents spécialistes mais aussi des rencontres parallèles faites à l’occasion de ce colloque avec plusieurs personnes et en particulier plusieurs étudiants tunisiens.

« Dire que l’islam est une religion qui régit toute la vie du musulman est une idée moderne »

Parmi les premières communications qui ont retenu mon attention, il y avait celle de M. Zied Krichen, rédacteur en chef de la revue Réalités, connu pour son opposition farouche (sur les colonnes de son journal) aux mouvances islamistes et qui, sous le titre « Le fondement du pouvoir dans le discours de l’islam, approche historique » nous a présenté une description des deux thèses existantes actuellement en terre d’islam : celle qui s’oppose à toute séparation entre la religion et l’Etat et qui milite pour que le spirituel gouverne le temporel, tout le temporel. Et la deuxième, nettement minoritaire, développée par Ali Abd Razek et qui proclame que le temporel et le religieux sont deux choses totalement séparées. Mais ce n’est pas cette description de la séparation qui est intéressante dans les propos de M. Krichen mais plutôt le fait qu’il considère la première thèse (celle de la séparation) comme une idée moderne dans le sens ou elle n’existait pas du temps du Prophète. Pour le conférencier « dire que l’islam est une religion qui régit toute la vie est une idée moderne ». Afin de prouver cette thèse, il nous rappelle que la compilation du Coran, qui n’est intervenue que très longtemps après la mort de Mohammed, a radicalement changé la perception des musulmans d’eux-mêmes : l’islam « primitif » (celui du Prophète) n’a rien à voir avec l’islam du IIème et IIIème siècle après l’Hégire. Avant ces dates, l’islam ne prétendait pas régir toute la vie des musulmans, il n’y avait que des fragments d’islam ici et la et tout le monde ne connaissait pas le Coran. Mais la donne changera dès que la politique se saisira de la question : compilation du Coran, reconnaissance d’une seule version du Coran, compilation de la Sunna, sacralisation de la Sunna … Ainsi l’islam primitif a disparu laissant la place à un islam moderne conçu en grande partie par les fouquahas.

Conclusion : l’islam auquel les islamistes d’aujourd’hui nous invitent à revenir n’est pas l’islam du Prophète mais celui que les fouquahas ont élaborés des siècles après la mort de ce dernier ; un islam qui réglemente toute la vie du musulman de A jusqu’à Z et ne lui laisse aucun libre choix et aucun arbitrage à faire.

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jeudi 5 mars 2009

Réveillons nous : nous sommes aussi responsables !

Je_le_dis_comme_je_le_pense

Je pense que je devrais m’excuser d’avance pour la cruauté de ce que je vous propose de lire ci-dessous. Non, il ne s’agit ni de guerre, ni de sang mais –peut être plus cruel encore- de civilisation à la dérive comme disent les plus optimistes et même de civilisation agonisante comme jugent les moins pessimistes. J’ai nommé la civilisation arabe, ou si vous voulez la Nation arabe. Cet espace de 23 Etats depuis lequel nous ne recevons que des mauvaises nouvelles. Des Etats toujours à la traine, des Etats qui nous déçoivent de plus en plus et d’un jour à un autre. Nous autre arabes, fiers d’un passé glorieux, nous ne savons que penser de notre présent et qu’attendre de notre avenir. Mais pour une fois, je ne parlerai pas de la responsabilité des gouvernants. Soyons honnêtes et assumons nos responsabilités. Ayons le courage de dire qu’au bout du compte, il semble que nous aussi, nous ne sommes pas si différents de ses dirigeants que nous décrions. Nous refusons de regarder les vérités en face. Nous refusons de prendre de sérieuses résolutions pour que les choses changent.

Savez-vous combien lit un citoyen arabe par an ?

Un livre ? Non, Une page ? Non plus. Selon une étude internationale, un citoyen arabe lirait en moyenne un quart de page par an !

Et combien lit un américain ? 1, 2, 3 livres par an ? Non, un américain lit en moyenne 11 livres par an ! 7 livres pour un britannique. Et ne me sortez pas svp le cout du temps qu’on n’arrive pas à trouver. Je me limiterai pour vous répondre à vous rappeler que notre premier centre culturel se trouve être … le café. Pour des gens qui n’ont pas beaucoup de temps, je vous avoue que passez 2 à 3 heures par jour à siroter un café en regardant les passants est un peu étrange.

Savez-vous combien de Yéménites consultent internet ?

20 % ? Non, 4 % seulement des 22 millions de Yéménites consultent internet. Ah vous avez raison. Cette situation n’est peut être pas à attribuer aux pauvres yéménites mais plutôt à leurs dirigeants. D’accord avec vous sur ce point. Mais savez-vous quels sont les sites les plus consultés par ces 4 % ? Comme la majorité de leurs confrères arabes, les 4 % des yéménites qui surfent sur internet le font principalement afin de consulter des sites pornographiques et des sites de rencontres. Vous pensez toujours que cela aussi est de la responsabilité des gouvernants ?

Savez-vous combien dépensent les tunisiens pour la culture ?

D’après les chiffres de l’Institut National des Statistiques de 2005, les dépenses consacrées à la culture ne représentent qu’une part infime dans le budget des ménages tunisiens qui dépasse à peine 8 %. Prenons l’exemple de la lecture. Combien pensez vous qu’un tunisien dépense par an pour l’achat de livres et de magazines ?

30, 20, 10 dinars ? Pas du tout. Un tunisien dépense très exactement 3, 574 d par an pour l’achat de livres et de magazines. Quelle performance ! 

Savez-vous combien dépensent les arabes pour les produits de beautés ?

Applaudissez svp. Nous sommes ceux qui dépensent le plus au monde pour les produits de beautés ! La facture s’élève à 2,1 milliards de dollars par an. Et dire que nous n’avons pas les moyens d’acheter des livres.

Je n’ai pas tiré de conclusion à cet article, je vous laisse le soin de le faire.

Une critique, une suggestion, un complément d’information ? … merci de poser vos commentaires

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