lundi 5 octobre 2009
Islamophobie(s) en France
Alain Gresh est parmi les rares journalistes français à oser naviguer contre le courant. Ainsi, lorsqu’on ne fait -dans les medias français- qu’une critique subjective et superficielle des comportements du Hamas à Gaza, lui, il n’oublie pas qu’on parle avant tout d’un peuple opprimé, d’une population sous l’occupation et d’une Nation qui à tous les droits de mener sa lutte pour la libération.
Gresh est aussi parmi les rares intellectuels français à oser parler de l’islamophobie. Contrairement à ceux qui essayent de nous faire croire que l’islamophobie n’est que le fruit de l’imagination de ses inventeurs, lui -preuves à l’appui- démontre que non seulement elle existe, mais qu’en plus elle se décline en « islamophobie savante » et « islamophobie politique ». La seconde est la moins dangereuse puisqu’elle est opportuniste (dans la mesure où elle provient des politiciens qui surfent sur les tendances qui leur rapportent le plus de voix.)
C’est la première –à savoir, l’islamophobie savante- qui cause problème.
Pourquoi ?
Lisez ci-dessous l’article de Alain Gresh
Islamophobie savante, islamophobie politique
Nous vivons les temps de l’islamophobie. Chaque jour apporte sa pierre à l’édification d’une machine de guerre d’autant plus efficace qu’elle ne relève d’aucun complot et qu’elle enrôle sous sa bannière des responsables de gauche et de droite, des intellectuels de gauche et de droite, des « savants » de gauche et de droite. Burqa, affaire Vincent Geisser – que j’ai eu tort de ne pas évoquer avant sur ce blog –, femmes afghanes, pratique du ramadan, etc, tout est bon, non pour critiquer l’islam (« Peut-on critiquer l’islam ? »), mais pour stigmatiser les musulmans et, surtout, créer une atmosphère de troisième guerre mondiale.
C’est en mars 2006 que Charlie-Hebdo publie « Le manifeste des douze : ensemble contre le nouveau totalitarisme », L’Express, 2 mars 2006, où l’on retrouve les incontournables Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Philippe Val, Antoine Sfeir :
« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous. »Nous restons dans cette atmosphère malsaine.
La publication par Le Seuil du livre « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, » de Sylvain Gouguenheim avait suscité, au début 2008, une puissante polémique. (« Un historien au service de l’islamophobie » 7 mai 2008). Sous la direction de Max Lejbowicz,L’islam médiéval en terres chrétiennes (Presses universitaires Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2009), sous-titré « Science et idéologie », avait constitué une première riposte des « savants ». Le livre publié chez Fayard sous la direction de Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, est une nouvelle charge contre les impostures.
Les coordinateurs écrivent dans leur préface :
« Aristote au Mont-Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne, celui du “long manteau de l’Eglise” jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de l’“oeuvre positive” de la colonisation – puisque la science est, par essence, européenne ; (3) volonté de “liquider” définitivement Mai 68. Et l’on se trouve confronté à ce paradoxe, typique de notre temps, où l’auteur le plus en phase avec la doxa des idéologues officiels – on songe à celui qui, aux premiers jours de la Restauration (26 juillet 2007), composa l’inoubliable discours de Dakar – est décrit comme un parangon d’indépendance et de courage par diverses crécelles médiatiques. (...)
Les Arabes sont des Arabes, dit l’islamophobie savante, de peur qu’eux aussi ne soient grecs, comme nous le soutiendrons. Cela ne se dit qu’à la troisième personne : “eux les Arabes”, ceux qu’on désigne de loin, des banlieues aux universités, sur tout le trajet de l’islamophobie savante. Qui aujourd’hui peut dire : “Nous les Arabes” sans s’attirer les pires soupçons ? Raison de plus, aujourd’hui, pour que nous le fassions. Les Grecs, les Arabes. Et nous ? Nous les Grecs, bien sûr. Nous les Arabes pas moins. Mais nous les Latins, aussi bien que nous les juifs, nous tous les absents de la nouvelle Restauration, nous tous les autres, nous qui n’entrons pas dans les “synthèses”, “hélléno-chrétiennes” ou celles qu’on voudra, nous les composites. »
N’allez surtout pas dire aux membres de la mission d’information sur la burqa que nous sommes composites. Ils en tomberaient de leur fauteuil, eux comme les invités soigneusement triés. Prenez le temps de lire les témoignages et les réactions des députés, ils reflètent, malheureusement, l’état d’une opinion désinformée. Le 9 septembre, la mission a auditionné Mme Sihem Habchi, présidente de l’association Ni putes ni soumises et Mme Élisabeth Badinter, philosophe.
Rappelons que l’association Ni putes ni soumises est largement financée par les pouvoirs publics et les pouvoirs locaux, toutes tendances confondues. Et elle reçoit des aides d’autant plus importantes qu’elle ne dispose d’aucune base militante et qu’elle est absente de ces banlieues dont elle prétend vouloir défendre les jeunes filles. Sa présence dans les médias lui donne une légitimité que son audience sur le terrain ne lui permet guère.
Qu’explique sa présidente ? que « l’inconscience politique a, au bout du bout, permis les pires des exactions contre les femmes. J’ai encore devant les yeux le portrait de Sohane, brûlée vive dans un local à poubelles pour avoir dit non. Je me rappelle de Samira Bellil, qui a été victime de nombreux viols collectifs et nous a quittés il y a cinq ans. Me reviennent également en mémoire Erim, Malika et tant d’autres qui ont été victimes de mariages forcés, Diaryatou Bah qui a été victime d’excision qui l’a contrainte à faire trois fausses couches, Myriam qui, pour avoir simplement effleuré le bras d’un garçon a décidé d’en finir avec l’oppression familiale et s’est défenestrée en juin dernier. Si certaines ne sont plus parmi nous, d’autres restent debout pour faire en sorte que leurs sœurs ne soient pas mortes pour rien ». Ainsi, la violence contre les femmes qui, en France tue une demi-douzaine de personnes par mois, serait le fait des seuls musulmans ? Pourquoi ne dit-elle rien sur la violence faite, aussi, aux femmes françaises « de souche » ? Pourquoi ne dénonce-t-elle pas l’attitude des médias : quand un homme français de souche tue sa compagne, il s’agit d’un crime passionnel, quand il s’agit d’un musulman, il s’agit d’une violence religieuse ou ethnique, on ne sait pas très bien.
En fait, ce que son discours sous-entend, ou même affirme clairement, comme celui de Mme Badinter c’est que nous pouvons parler des souffrances des femmes et même nous réclamer du féminisme – terme qui fut longtemps proscrit, mal vu, y compris à gauche (et le reste quand il s’agit de dénoncer les féministes américaines) – à condition de parler des femmes musulmanes. Dénoncer leur sort nous permet de dire que « nous » ne sommes pas comme « eux », nous ne sommes pas des arabes ou des musulmans, nous sommes les descendants de la civilisation grecque.
Il y a un moment fortement comique dans cette déposition, quand Mme Habchi affirme, sans rire, que « le chemin le plus court pour l’Asemblée nationale n’est ni le voile ni la burqa ». Cette dame sait-elle que, dans cette assemblée, il n’y a pas 15% de femmes députées ? Le fait qu’elles ne portent pas de foulard ne semble pas leur ouvrir les portes du pouvoir. (Rappelons que, jusque dans les années 1960, il y a eu des députés prêtres qui venaient en tenue au parlement ; le dernier, à ma connaissance, fut le chanoine Kir, maire de Dijon ; la République était pourtant laïque, mais, il est vrai, qu’elle n’était pas menacée par l’islam).
Je ne reviendrai pas longuement sur les déclarations de Mme Badinter, mais un principe sous-tend son intervention : « ils », les musulmans, doivent se conformer aux lois du pays dans lequel ils s’installent. Le seul problème c’est qu’ils ne s’installent pas, « ils » sont là, ils sont français et "ils" vont rester et faire la France. A moins qu’on ne veuille les déchoir de la nationalité, comme le pouvoir de Vichy l’a fait avec les juifs. Tout le monde s’est réjouit que l’on ait refusé la nationalité française à une femme musulmane qui portait la burqa. Fallait-il, dans les années 1930, refuser la nationalité à des juifs loubavitch qui ne s’habillaient pas comme tout le monde et avaient de drôle de papillotes ?
Source : Le blog d’Alain Gresh
mardi 8 janvier 2008
Al Hayet, La honte du Vatican
Nous reparlons aujourd’hui de la chaîne de télévision chrétienne Al Hayet qui diffuse ses programmes en langue arabe en direction du Moyen Orient et du Maghreb Arabe. Le premier post que nous avons consacré à la chaîne -qui parlé de sa propagande anti-musulmane à travers ses fictions- vous a fait beaucoup réagir.
Mais si nous abordons encore une fois le même problème –avec de nouveaux exemples- à savoir « la haine » que vaut cette chaîne pour l’islam -et je mesure bien mes mots- c’est en effet parce que nous avons remarqué que d’une part aucune action n’a été faite dans le but de rationaliser ou d’édulcorer les propos foncièrement islamophobes diffusés sur Al Hayet.
Et parce que d’autre part il semble que la chaîne -et avec elle l’ensemble des évangélistes- profite de ce que connaissent les musulmans actuellement comme problèmes : suspicion, accusation d’intolérance, de fanatisme et de terrorisme… pour enfoncer le clos. Il est vrai par ailleurs qu’Al Hayet est aidée dans ce qu’elle fait par l’actualité brûlante du monde arabo-musulman qui ne cesse de subir les bêtises des islamistes. Mais cela ne pourrait pas tout expliqué.
Car la chaîne, qui rappelant le est fiancée par le Vatican, ne trouve aucun problème à évoquer certains faits pendant … plusieurs années !
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En effet, le 1 janvier 2008, au cours d’une émission intitulée « la chute des masques », le présentateur , « le frère Rachid » -d’origine marocaine- avait invité « le frère Elyes » pour débattre des… caricatures sur le Prophète Mohammed !
Voilà une histoire sui s’est déroulée depuis plus de deux ans et que la chaîne continue d’utiliser sans vergogne dans le but de faire parvenir un message (je dirais même de laver les cerveaux) : « les musulmans sont barbares, vous avez vu ce qu’ils ont fait après les caricatures de Mohammed ». En fait, les propos de Rachid et d’Elyes –comme nous allons les voir- ne sont pas du tout éloignés de cela :
Pour les deux « frères », les musulmans ne sont pas de vrais croyants. Pourquoi ?
Parce qu’ils aiment Mohammed plus qu’Allah. La preuve ? Rachid le marocain raconte comment lorsqu’il est au Maroc, il entend toujours les jeunes insulter Dieu lorsqu’ils sont furieux contre quelqu’un ou quelque chose, alors qu’ils se gardent bien d’insulter Mohammed (!)
Suite à cette réflexion, Rachid change de sujet pour aborder les relations entre les religions et afin de démontrer que les musulmans ne respectent personne.
Alors, il commence par nous passer un enregistrement audio du cheikh Quaradaoui entrain de prier Dieu pour qu’il punisse « les juifs et les croisés » avant de nous annoncer que les musulmans ne connaissent pas le respect des autres religions, ils ne connaissent pas la tolérance. Et « lorsqu’un musulman dit qu’on doit respecter les religions, il ne vise que l’islam » c’est pour cette raison, que les musulmans devraient être « les derniers dans ce monde à pouvoir parler d’insultes ou d’injures ».
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Et voilà maintenant le moment le plus important de toute l’émission et pendant lequel on essayera « de faire passer la pilule ». en effet, en guise de clôture, Rachid nous rappel que « les caricatures du Prophète ne sont qu’une petite insulte à son égard contrairement à Jésus qui a été pendu pour me sauver et te sauver. Nous te demandons de lire des livres sur Jésus et de lui confier ta vie. La croix est la seule voie de sauvetage. » Alléluia !
A partir de ce blog nous avons demandé auparavant aux autorités compétentes de sanctionner Al Hayet si jamais elle ne change pas de stratégie comme s’était le cas avec la chaîne du Hezbollah libanais Al Manar qui elle avait été interdite de diffusion en Europe à cause de sa diffusion d’un feuilleton antisémite.
Si non, et dans l’absence de toute sanction, Al Hayet serait la honte du Vatican car ses programmes n’ont rien a enviés aux déclarations et aux réflexions des plus extrémistes des islamistes.
mercredi 22 novembre 2006
Du malheur d’être musulman

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, organisés et perpétrés par des musulmans, le reste des musulmans vivants dans les pays occidentaux ne cesse de subir de plus en plus de discrimination qui s’est transformée en une véritable islamophobie.
Selon wikipedia « Le terme islamophobie est un néologisme. Il est composé de deux racines, islam et phobie dérivant du grec ancien ‘‘phobos’’ (φόβος), qui signifie peur, effroi. Le terme et son équivalent anglais islamophobia apparaissent principalement au début des années 1990. Une généralisation de son utilisation est notée après les attentats du 11 septembre 2001. »
Pourquoi cette généralisation ? Pourquoi parle-t-on d’une islamophobie au lieu de parler d’une discrimination ?
Le propos de cet article n’est pas de s’attarder sur la controverse qui existe déjà entre ceux qui parlent d’une islamophobie, voire même d’une nouvelle islamophobie, et ce qui contestent l’utilisation de ce terme.
Mais au delà de cette controverse, je pense que l’islamophobie existe bel et bien : le fait que tout musulman est présumé d’office terroriste n’a rien d’une discrimination, il s’agit d’une islamophobie. Le fait que tout musulman est considéré comme une ‘‘bombe humaine ambulante’’, n’a rien d’une discrimination, il s’agit plutôt d’une phobie des musulmans.
Je suis d’accord pour dire que se sont des musulmans qui étaient et sont toujours à l’origine de cette islamophobie, mais cela pourrait-il excuser pour autant la discrimination, la haine et les crimes que subissent plusieurs musulmans dans des Etats démocratiques.
Jusqu’à présent, les discriminations se limitaient à l’embouche dans certains pays et à la mauvaise image des musulmans auprès des citoyens occidentaux. Cela était tolérable à partir du moment ou il s’agissait d’abord d’un phénomène marginal et parce qu’ensuite et surtout, les autorités publiques ainsi que les pouvoirs judiciaires condamnait et réprimait ce genre de discriminations.
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Aujourd’hui le phénomène devient beaucoup plus inquiétant : désormais les pouvoirs publiques ne se privent plus de montrer un penchant islamophobe.
Deux cas révélateurs de ce malaise se sont produits récemment. L’un en France et l’autre aux Etat Unis.
Les bagagistes de Roissy Charles-de-Gaulle
70 bagagistes ont étés privés de leur badge d’accès aux zones sensibles de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Ils n’ont rien commis, mais, du jour au lendemain, leur directeur s’est rappelé que ses employés étaient musulmans.
Mis au chômage technique pour le « danger significatif » qu’ils représentent voila qu’ils sont obligés de prouver leur innocence.
« En tant que musulman, vous n’étés plus présumer innocent. Jusqu'à preuve contraire vous représentez un danger public et vous êtes considérés comme terroristes. » Voila en substance, la réponse du très populaire ministre de l’Intérieur et président de l’UMP Nicolas Sarkozy. Lisez ce qu’à dit le prochain président français, c’est aberrant : « Il n’y a aucun délit de sale gueule, mais des éléments précis qui nous appelaient à (…) interdire l’entrée (aux bagagistes). Je ne peux accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillant sur une plate-forme aéroportuaire. Peut-être s’est-on trompé. Qu’ils fassent valoir leurs droits devant les tribunaux. »
Mais que reproche-t-on à nos bagagistes ?
C’est encore plus aberrant :
- Les cinq prières quotidiennes.
- La fréquentation assidue de la mosquée.
- Leur pèlerinage à la Mecque (obligatoire pour tout musulman ayant les
moyens).
- Le port de la barbe
Messieurs les bagagistes, vous êtes tenus de prouver votre innocence !
Les imams et l’avion :
Cette deuxième histoire s’est passée cette semaine dans un aéroport américain
Je vous laisse lire l’information telle que rapportée par les agences de presse :
« Six religieux musulmans ont été débarqués d’un vol de la compagnie US Airways à l’aéroport international de Minneapolis Saint-Paul (centre nord des Etats-Unis) à la demande d’un des passagers et ont été interrogé pendant plusieurs heures par la police avant d’être relâchés, a rapporté un des leaders du groupe.
Un porte-parole de l’aéroport Pat Hogan a précisé que les six imams se trouvaient parmi les passagers qui avaient pris place à bord du vol 300 à destination de Phoenix (Arizona) vers 18h30 lundi soir.
L’un des passagers a fait état de son inquiétude sur la présence de ce groupe de religieux en faisant passer une note à une hôtesses, selon Andrea Rader de la compagnie US Airways. Elle a précisé qu’il avait été fait appel à la police après le refus des six hommes de quitter l’appareil à la demande du commandant de bord et du personnel de sécurité de l’aéroport.
Les autres passagers du vol qui transportait 141 passagers et cinq membres d’équipage ont été à nouveau fouillés et l’avion a décollé près de trois heures après le ‘‘déchargement’’ des six hommes. »
Si cela n’est pas de l’islamophobie, de quoi s’agit-il alors ?





