jeudi 1 octobre 2009
Ivan à Islamiqua : «Voulez-vous reformer la société sur des bases rationnelles ou bien avec une optique démocratie chrétienne ?»
Nous continuons le débat lancé par nos lecteurs sur la position du blog à propos du réformisme en Islam. Dans le commentaire que nous publions aujourd’hui, Ivan pose la question la démarche du blog en matière de réformisme.
Ci-dessous l’intégralité de son commentaire…
« Lorsqu’il tente de réformer une religion, le croyant devrait se baser sur les éléments même de sa religion. »
En Europe, l’on en est arrivé soit à évacuer complètement la religion du débat, soit à la cantonner à une sorte de morale imprécise d’inspiration chrétienne, au travers du courant politique de la démocratie chrétienne. Pour les plus sincères d’entre eux (et dans le jeu politique de luttes pour le pouvoir, ils sont rares), la morale se situe comme un plan intermédiaire, une charnière entre la foi et la politique. Cependant en Europe la suspicion change de camps : ce sont les religieux qui -s’ils interviennent- sont conspués et soupçonnés des plus noires intentions.
Tariq Ramadan a pour sa part une attitude claire, cohérente et globale, à travers laquelle il considère que la source de sa démarche politique, qui se veut démocratique et sociale, doit se trouver dans la foi à travers une lecture renouvelée des textes sacrés. C’est un choix, discutable certes, mais franc et clair. Les conséquences de cette attitude on été vivement critiquées, et je relève parmi les études critiques intéressantes (dont j’évacue les outrancières, style « croisade laïcarde » et autres islamophobes) celle de Sadri Khiari, « La pensée politique de Tariq Ramadan, Ramadan critiqué sur ce qu’il dit vraiment »
Une autre approche, qui me paraît décidément incontournable, est celle du Professeur AL-JABRI « La raison politique en Islam ». Cette étude politique et historique très fouillée montre que l’Islam s’il a vécu diverses expériences politiques contradictoires (de la politique du fait établi à la contestation de celui-ci), n’a jamais statué sur le régime de l’Etat. Il ouvre ainsi la porte à un renouveau de la pensé politique qui puisse se baser à la fois sur la critique rationnelle et sur la religion. Je m’étonne de n’avoir vu aucun écho de cet ouvrage sur Islamiqua (Il est vrai qu’il n’est pas tunisien).
Une autre démarche enfin est de sortir complètement du discours religieux, bâtir une réforme sans plus aucune référence à l'islam (à la Turque par exemple), sans présumer aucunement de la foi ou de l'absence de foi de ceux qui s'avancent dans cette voie. Elle me paraît hautement improbable dans les conditions historiques actuelles.
Quid d’Islamiqua ? A voir la virulence de l’attaque portée contre le Blog, je me suis mis à le relire, afin de voir si je n’avais pas été distrait.
Revenons donc aux textes du blog et à leur sens. Je relève dans le projet déclaré: « Islamiqua est venue pour essayer de faire la part des choses ; Dire qu’il est injuste d’assimiler l’islam au terrorisme. Et c’est plus exactement à I…I (certaines lectures de l’islam n’ont rien à voir ni avec la paix ni avec l’amour) que ce blog s’attaque en premier lieu : Oui l’islam –par certaines de ses interprétations, de ses lectures et de ses oulémas- peut renvoyer à la violence et au terrorisme. Et nous serons les premiers à dénoncer cette situation. »
Ensuite : « Car malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, la pensée de ses réformistes n’est ni extrêmement diffusée ni extrêmement défendu parce que mal ou peu comprise. »
Je constate que la suite du Blog suit bien son programme (la première partie surtout) ? Cependant il est vrai, comme dit Bader, que les critiques des égarements islamistes ne reprennent jamais les causes économiques, politiques et sociales de cette crise. Je ne nie pas la nécessité d’une critique idéologique de la religion, mais il faudrait la relativiser par le contexte et la replacer dans un contexte global. De plus, la critique de Bader me paraît également justifiée en ce sens que lorsque l’on tente de réformer une religion, quelle qu’elle soit, il me semble que le croyant devrait se baser, pour ce faire, sur les éléments même de sa religion.
Par exemple, si l’on veut aboutir à une vision démocratique, la justifier par une autre lecture du Coran que celle qu’en font ceux qui veulent contraindre les citoyens dans une multitude de règles coercitives. Je viens de citer l’analyse du Pr. Al-JARBI, qui va dans ce sens.
Et il est vrai qu’Islamiqua est à mille lieues de cette attitude.
Est-ce par principe ? Voulez-vous juste reformer la société sur des bases rationnelles, ou idéologiques (de type « droit de l’homme ») ce qui est une opinion défendable, ou encore voulez-vous réformer la société avec une optique du genre « démocratie chrétienne » ou démocratie musulmane ? Et sans qui j’y mette, pour ma part, aucune suspicion, je ne vois effectivement pas grand-chose de très clair à cet égard.
Commentaire adressé par Ivan à Islamiqua
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A lire aussi sur ce sujet :
Bader à Islamiqua : « votre projet n'est pas de rectifier l'Islam…mais de produire un autre Islam »
lundi 14 septembre 2009
L’homme ne vit pas seulement de pain.

« L’homme ne vit pas seulement de pain » est le titre d’un livre que j’ai parcouru au temps du Lycée. C’était un vieux bouquin trouvé par hasard dans la bibliothèque familiale. Son auteur, un dissident de l’ex bloc soviétique, dont j’ai oublié le nom, s’élevait contre le totalitarisme régnant dans les pays de l’Est et faisait l’éloge des libertés individuelles : liberté de penser, d’écrire, de créer, de lire des romans , d’aimer la poésie, de peindre des tableaux etc.…. A cette époque, ces attaques me rebutaient. Je me demandais : comment pouvait-on être si narcissique, si égoïste ? Comment préférer les libertés individuelles, petites bourgeoises donc formelles aux bienfaits du socialisme, à son égalitarisme, à sa justice sociale ? J’étais perplexe et même écœurée !! Pour moi, à cette période, cela ne pouvait –être que de la propagande anticommuniste primaire.
En ce temps des rêves, les idéologies dominantes prônaient la dictature des damnés de la terre, qui en fait n’était qu’une association d’individus, qui avait le droit d’anéantir les libertés individuelles sous couvert de références « transcendantes », lesquelles, souvent, n’avaient d’autres fonctions que de légitimer des intérêts particulièrement triviaux.
Au lieu d’instaurer une démocratie basée sur les citoyens et la délibération publique, ces pouvoirs anéantissaient les individus au nom d’un processus de l'histoire qui les dépasse et de l’édification d’une nation qui les annihilait. La vie des individus ne comptait guères, encore moins ce qu'ils pouvaient sentir, penser, désirer ou rêver. Seule comptait la marche solennelle de l’histoire, du progrès qui les devance, les broies, éliminant les inaptes, les inutiles et les incapables qui freinent sa progression. C’est de ce peu de foi en l’individu et en la liberté, et d’un intérêt pathologique à opprimer l’Autre, que résulte la vanité prométhéenne de toutes les dictatures du monde.
Aujourd’hui, et dans nos contrées arabes, cet hymne à la liberté individuelle apparaît d’une brûlante actualité. Est-ce l’héritage intellectuel des Lumières qui nous rend aussi sensible aux droits fondamentaux et aux principes de liberté de pensée et d’expression.
Certes c’est l'idéal de la Renaissance et des Lumières qui nous a permis de nous défaire des diktats de l'autorité religieuse et politique, de la peur de penser dans laquelle vivait l'homme du Moyen Âge. Il aura fallu quelques siècles de luttes, celle en particulier des philosophes arabes et judéo-chrétiens, pour donner toutes ses lettres de noblesse à la Raison naturelle, à la libre-pensée.
Il suffit de se remémorer les martyrs de la libre pensée et ils sont nombreux .Le philosophe et libre penseur musulman Al Jâad qui fut égorgé publiquement en l’an 737, le jour de la fête de l’Aid el Idha par le despote Khaled el Aksi qui a la fin du prêche intima l’ordre aux fidèles de faire don de leurs sacrifices et déclara que lui-même allait sacrifier et égorger Al Jâad pour sa contestation. Ce qu’il fit séance tenante devant toute l’assistance !
Giordano BRUNO, torturé et brûlé vif, par l’inquisition catholique, à Rome le 16 février 1600, sur le Campo dei Fiori, pour avoir refusé d’abjurer ses idées. On lui refusera l’étranglement avant le bûcher, il brûlera vivant... mais on ne l’entendra répliquer à ses juges du haut du bûcher« Vous avez plus peur que moi ! ».
Nous pouvons aussi citer le martyr de l’idée, Mahmoud Mohamed Taha, le soufi soudanais pendu le 18 janvier 1985 à l’âge de 76 ans, qui dans une démarche qui n’est pas sans analogie avec la théologie chrétienne de la libération, a affirmé que la foi véritable est celle qui reconnaît que « l’être humain a été créé à l’image de Dieu » et que par conséquent, sa dignité et ses droits sont inviolables. Nous rendons hommage à Samir Kasir, Daif Ghazal et…Leur existence atteste la force indestructible de l’Esprit. Leur souvenir obsédant nous rappelle que la fonction première de l’intellectuel est de porter haut l’étendard des libertés ! Sa mission n’est pas de soutenir les projets matérialistes et pragmatiques. Il est le seul qui prétend trouver dans sa propre pensée des raisons de vivre, de ne pas se compromettre et de tenir tête à l’oppression et à la terreur.
C’est pour cette raison que les discours triomphalistes nous laissent de marbre, Quand nous entendons pour la énième fois les statistiques délirantes, les versions officielles célébrant les acquis historiques, les œuvres gigantesques accomplies et les vertiges du succès en plein désastre, lors des réunions, des colloques, des séminaires, des fêtes de fin d’année nous demeurons impassible et apathiques !
Heureusement et grâce à un long entraînement, nous avons développé la capacité de ne rien entendre, de ne rien voir, de ne rien percevoir et de se projeter dans nos pensées personnelles : établir mentalement le menu de la semaine, planifier l’anniversaire du petit, faire l’esquisse d’un prochain article, se mémoriser les dernières vacances. Cela s’appelle la technique de l’imagerie mentale qui nous permet de nous évader et d’échapper au médiocre matraquage ambiant.
En terre arabe, les discours dominants ne suscitent plus aucun intérêt, aucune réaction, aucune interrogation. Tout au plus on les contourne comme un monument sans vie, comme un vestige ennuyeux !
Les pouvoirs arabes, décrits par les experts comme des « trous noirs » réduisent leur environnement à un ensemble statique où rien ne bouge et duquel rien ne peut échapper. Cette atmosphère étouffante où règne l’indifférence généralisée transforme l’intelligentsia en « une diaspora arabe en terre arabe ». L’exécutif au centre de ce « trou noir » empêche les institutions de fonctionner et de protéger les droits des citoyens.
En effet, en terre arabe, des organisations inconnues dotées de dispositifs humains et techniques avancés traquent, découvrent et châtient toute hérésie, c'est-à-dire toute parole et même toute pensée qui dévie de la Vérité Officielle et qui tenterait, ne serait ce que craintivement et timidement de parvenir à une certaine autonomie, à une certaine originalité. C’est que les tenants de la Vérité Officielle supposent, d’ailleurs à juste titre, que toute pensée qui s’éloigne de la norme peut devenir nuisible et se tournera tôt ou tard contre le dogme.
Ces organisations invisible mais agissantes nous hantent et quadrillent notre quotidien. Elles infiltrent les cafés, les salles de classes, les marchés, les administrations. Elles imposent leur censure à la pensée en exerçant un contrôle des sources de la connaissance, de sa production et de sa diffusion. Chaque jour elles nous enseignent ce qu’il sied de savoir, de penser, de croire. Elles aspirent non seulement à anesthésier, à pervertir la pensée mais aussi à obstruer la vision du réel et à tétaniser la faculté de perception elle-même.
Leurs actions sont tatillonnes, bureaucratiques, robotisées, mécaniques et codifiées. Leurs finalités leurs échappent et leurs sont transcendantes. Elles sont imperméables à toute communication humaine à toute production de l’esprit : La raison et la culture ne peuvent cautionner la négation des droits et la répression de la pensée.
Elles s’acharnent sur leurs victimes pour donner l’exemple, pour informer que la force du pouvoir est irrésistible et ainsi exercer leur terreur sur les populations.
Aujourd’hui nos pensées cheminent vers les martyrs du Verbe, vers ceux qui ont péri à cause de leurs idées pendant que d’autres accumulaient les privilèges et bâtissaient des carrières sur leurs souffrances.
Nos cœurs vibrent pour eux.
Nos sens captent leurs appels et leurs plaintes encloses.
Nos prières leur sont dédiées.
Nos recueillements leur sont consacrés.
Notre considération, notre estime leur sont acquis.
Nos écrits commémorent leur noblesse et leur courage …
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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
vendredi 15 mai 2009
Réformes dans le Monde Arabe: Anthropologie de la peur
Certains arabes sont contre les réformes imposées de l’extérieur. Ils ont peur !
Paradoxalement, c’est la religion et la culture, dont les finalités sont la solidarité est la fraternité entre tous les hommes, qui se trouvent mobilisées et instrumentalisées au service de ce refus. Ces intellectuels arborent certains particularismes ethniques et culturels pour légitimer leur réticence vis à vis de toute tentative de rénovation et ainsi pour éterniser le statu quo. En réalité ce narcissisme des petites différences traduit leur peur du changement, leur angoisse d’être englouti par l’inconnu, par l’Autre qui risque de mettre en péril notre religion, notre morale, notre famille, notre ordre éternel des choses. La résistance au changement, le refus des réformes proviennent des pulsions archaïques, de l'instinct de survie dans sa forme élémentaire, l'instinct de durer éternellement, de demeurer tel, de ne pas changer, de ne pas vieillir, de ne pas mourir.
La propagande actuelle qui sévit aussi bien en Orient qu’en Occident et qui ‘‘satanise’’ l 'Autre procure une légitimité a ces pulsions inconscientes. Elle renie le réel dans sa totalité et dans son ambiguïté et le réduit à une confrontation Orient / Occident ou Nord /Sud. C’est en brandissant la haine de l’Autre que certains refusent des réformes politiques et sociales qui cristallisent pourtant les vœux les plus chers d’une partie non négligeable de leurs compatriotes. En effet, les thèses islamistes et nationalistes, ainsi que leurs discours mobilisateurs incantatoires, envoûtants de défense de l’identité, de préservation de la culture et de la religion, certes, séduisent, actuellement, les foules mais installent les peuples dans l’illusion de la certitude et non dans la véritable quête du savoir. Objectivement, leur véritable finalité est de raffermir les pouvoirs en places, de neutraliser le doute intérieur et de leur faire bénéficier du consensus. L’Histoire nous enseigne que tous les régimes oligarchiques recourent aux mêmes mythifications qui consistent à propager l’idée que sans l’action de nos ennemis traditionnels, l’impérialisme mondial et le sionisme international et leurs alliés qui complotent sans cesse contre nous, nous connaîtrions depuis longtemps l’âge d’or !
Dans ces conditions accepter des plans de réformes internationaux c’est reconnaître nos égarements passés, nos erreurs historiques, notre impuissance à réaliser des changements politiques et sociaux qui s’imposaient depuis longtemps. C’est admettre que nous sommes seuls responsables de notre léthargie et sans excuses. Cela brisera certainement plusieurs illusions.
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Actuellement, cet occident mécréant est aujourd’hui l’ennemi rêvé. Dans la morosité de notre vie idéologique, il constitue un ferment des plus féconds. Ses thèses nous sont une source intarissable d’inspiration, elles deviennent le moteur de notre vie intellectuelle. En terre arabe, la vie de l’esprit se résume souvent à un vaste parasitisme idéologique qui tire sa nourriture de corps de ses ennemis extérieurs et intérieurs. En effet, excepté ces batailles intellectuelles contre «les ingérences étrangères» qui veulent nous imposer «leurs» réformes, «leurs» démocratie et «leurs»» droits de l’homme, à tous les niveaux règne le meilleur des mondes. Dans chaque pays arabe domine la parole unique. Chaque jour, des voix monotones, à la radio et à la télévision, déferlent, sans trêves, les chiffres de la production, les pourcentages, des statistiques expliquant les performances réalisées. On nous explique systématiquement que la production des pommes de terre progresse, qu’il y a des fruits dans les marchés, qu’on construit des routes, qu’on bâtit des maisons, que les enfants vont à l’école. Comme si dans le monde actuel, à l’aube du troisième millénaire, cela tenait au miracle. Comme s’il fallait pour ce la bénir chaque matin notre bonne étoile qui nous a permis d’être citoyen de ce pays arabe. Comme si on veut nous donner l’impression que ce bien être n’a commencé qu’avec l’avènement des pouvoirs en place ! En outre, en terre arabe, et comme l’a déjà remarqué le penseur Guy Debord, règne le spectaculaire concentré. On rassemble, à l’extrême, sur un seul homme, tout l’admirable étatiquement garanti, indiscutable, qu’il s’agit d’applaudir et de consommer passivement. Là où le sous-développement du marché mondial ne permet pas l’abondance et la réalisation de soi par le consumérisme, on ramène la consommation au pur regard. L’image du pouvoir, dans lequel ce regard doit trouver tout son bonheur, est omniprésente. Elle remplit les aéroports et les salles de classes, les villes et les campagnes! Le leader cristallise toutes les qualités socialement reconnues. Il est penseur, philosophe, athlète, génial conducteur des peuples! Ses discours sont disséqués durant des mois dans la presse locale qui y puise des originalités insoupçonnables. Sa pensé est conceptualisé par des intellectuels dans des livres et des encyclopédies.
Une armée de courtisans, de «fonctionnaires de la Vérité», peine sans répit à consolider cette parole unique. Un arsenal de surveillance, de quadrillage traque toute parole dissidente, autonome, non autorisée. On contrôle les informations, on filtre les journaux étrangers, on masque les sites électroniques. La moindre allusion est suspecte. Cela peut nous étonner et nous paraître excessif. Néanmoins, en terre arabe, nous sommes les seuls à savoir à quel point cela porte à conséquence !
Les plans occidentaux de réforme visent à mettre un terme à cette confiscation de la parole. Leur objectif est l’instauration de la liberté de pensée et d’expression.
Les adversaires de réformes le savent précisément. Peuvent-ils faire le deuil de cette parole unique et autoriser un partage citoyen de la parole ? Rien n’est moins sûr ! Un partage démocratique qui vise à prendre en compte la parole émise par chaque citoyen et qui fera le socle de la justice et de la démocratie sapera leurs privilèges symboliques et matériels. Dans ces conditions, un appui étranger s’avère indispensable pour l’accélération de l’Histoire.
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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
mardi 17 février 2009
Crimes d'honneur, crimes d'amour

Le quotidien el quds el arabi du 28-6-2004 relate l'histoire du 8ème crime d'honneur en Jordanie pour l'année (le journal a dénombré 13 cas pour l'année précédente). C'est l'histoire d'une jeune fille de 17 ans qui a fugué avec son fiancé mais qui est retournée au foyer familial et qui s'est repentie. Seulement son jeune frère ne lui a pas pardonnée et lui a tiré deux balles dans la tête. L'hebdomadaire Tunis Hebdo du 19-7-2004 raconte l'histoire d'une jeune femme de 26 ans, divorcée depuis peu, poignardée à mort par son frère de 24 ans qui "doutait de sa conduite". Les chroniques foisonnent, les drames se multiplient mais les histoires ne se rassemblent pas. Des dizaines, des centaines de femmes ont été sacrifiée pour laver dans le sang l'honneur communautaire !
Je me rappelle, étant psychologue stagiaire à l'hôpital Razi dans la banlieue de Tunis, quand mon professeur de psychiatrie m'a demandé de passer des tests dans le cadre d'une expertise médico-légale à un jeune adolescent qui avait tiré sur sa sœur avec un fusil de chasse parce qu'il l'a aperçue en train de discuter avec un homme ! L'adolescent avait à peine 15 ans, en pleine crise d'adolescence, chétif, les yeux hagards, profondément perturbé, il ne regrettait pas son acte et délirait à propos de "l'honneur familial". Au delà de ma bonne volonté je n'arrivais pas à avoir une attitude neutre et bienveillante à son égard, ni à comprendre son attitude. A cette époque, cette inaptitude à l'empathie et ce manque de professionnalisme m'a beaucoup culpabilisée.
Toutefois, il demeure difficile de comprendre et de se reconnaître dans une culture qui bafoue le droit à l'amour, à la vie. Qui impose un véritable dressage aux femmes en leur imposant la continence sexuelle, la soumission à l'autorité paternelle et surtout un comportement d'évitement de l'autre sexe, qui les amènent à déployer des stratégies de défense vis à vis des hommes considérés comme des "prédateurs", afin de préserver ce qu'elles considèrent comme un capital : leur virginité. Toute l'éducation de la fillette renforce ces stéréotypes et l'incitent à la réticence. Certaines mères maghrébines punissent les relâchements de leurs fillettes en frottant de piment leurs parties génitales. Un écart pouvant entraîner un autre, elles insistent pour amener leurs filles à respecter impérativement les règles. Les mères, par cette punition, pratiquent, en fait, une excision symbolique dans une culture ou l'excision n'existe pas. Ce quadrillage systématique des femmes sert à renforcer et à valider socialement la masculinité ou la Rjoulia . Ce concept désigne au Maghreb un mélange d'honneur et de virilité psychologique. Il transforme tout sujet masculin à être avant tout un représentant implicitement et explicitement mandaté par son groupe pour veiller sur "l'honneur" des femmes, c’est à dire sur leurs corps.
Mêmes les petits garçons sont enroulés dans cet ordre contre les femmes. On leur enseigne la délation généralisée contre toute tentative de rébellion contre l'ordre établi.
De temps à autre, les exigences de l'ordre moral prennent des proportions surréalistes.
En Tunisie, le mois d'avril dernier [2004], une circulaire pour la préservation des bonnes mœurs a fait resurgir les vieux démons. Certains l'ont altéré afin d'abolir la mixité, traquer des femmes seules attablées dans des cafés, harceler les couples d'adolescents devant les lycées …La circulaire a été abrogée mais la tentation intégriste rode …
Sous d'autre cieux, le" retour du refoulé" réapparaît d'une manière plus barbare.
Dans son témoignage "pluie de pierres pour les amants", John F. Burns nous décrit une scène de lapidation en Afghanistan : « Longtemps avant l'arrivée du couple condamné toutes les places de choix étaient prises …Rapidement les combattants talibans s'avancèrent et lancèrent une pluie de pierres dont chacune emplissait la paume de la main .Toryalay a cessé de vivre au bout de 10 minutes , mais la mort de Nurbibi demanda plus longtemps, jusqu'au moment ou l'un de ses fils, s'avançant pour se rendre compte, se tourna vers le juge pour lui dire que sa mère vivait encore, alors l'un des combattants taliban ramassa une grosse pierre, s'avança en direction de Nurbibi et l'acheva en la lui laissant tomber sur la tête…Tous, hommes, jeunes et adultes, tous parlèrent de l'exécution avec enthousiasme …Mohamed Wali 35 ans a déclaré que la lapidation lui a procuré une grande satisfaction. »
Cette scène terrible exprime l'aversion des militants talibans pour l'amour : énergie explosive qui échappe à toute norme doctrinale, à toute surveillance policière.
Les amoureux ont réussi l'inadmissible: se créer un monde à eux hors du contrôle des talibans, de la police des mœurs, du tristement célèbre comité de la propagation de la vertu et la prohibition du vice. L'amour dans les cultures totalitaires est un acte subversif parce qu'il est capable de saper tous les conditionnements.
Au delà de ces cas extrêmes, et malgré l'avancée des femmes arabes dans tous les domaines de la vie sociale, économique et politique les mœurs demeurent figées. La femme est obligée d'honorer des coutumes rigides qui détruisent son autonomie et son individualité. Elle est souvent amenée à s'exposer moins, à restreindre ses déplacements et ses activités, à s'imposer des restrictions comportementales et vestimentaires qui limitent son indépendance et à s'imposer une censure sentimentale qui affecte la qualité de sa vie. En Algérie , les femmes célibataires, 20% à 30% en milieu citadins ,vivent dans l'angoisse journalière d'être agressées au nom des bonnes mœurs, reçoivent des insanités dans leurs boites aux lettes puisque dans l'imaginaire collectif celle qui n'est à personne est tenue pour être à tous .
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Au sein de la culture arabo-musulmane et à cause de la main mise moralisatrice de la famille, de la société, les rapports sentimentaux sont falsifiés, appauvris et banalisés. Ils ne sont reconnus que dans le cadre du mariage conventionnel. Cette stérilisation des rapports hommes- femmes rend les êtres interchangeables. On est à la quête d'un mari, tout homme s'avère remplaçable par un autre, sur fond de misère affective.
Le travestissement de l'amour par l'ordre socioreligieux, le rend figé, répétitif et inhibant. Cette contrainte idéologique qui s'exerce sur l'amour ne lui permet pas d'être une libre activité ludique et épanouissante.
La misère sentimentale, qui en découle, s'exprime dans la détresse quotidienne des femmes.
Le lot quotidien des femmes arabes est souvent, la dépression (selon la dernière enquête psychiatrique, 57 % des femmes tunisiennes en situation de congé médical longue durée souffrent de dépression et d'effondrement psychologique causé par des difficultés sentimentales), le renoncement à la vie (en Algérie, selon l'Association des psychiatres privés, le taux de suicide et des tentatives de suicide est en nette augmentation) et la folie. Quant à la multiplication des maladies psychosomatiques, elle exprime l'irruption de l'organique élémentaire dans l'espace social aseptisé.
Tous ces maux se confondent pour exprimer une fuite féminine hors de la communauté aliénante et aliénée, comme un dernier refuge de l'individualité retrouvée.
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* Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
mardi 20 janvier 2009
L’abolition de la polygamie

Comme l'a fait remarquer l'écrivain Leila Sabbar, en terre d'islam la mémoire féminine s'est perdue et la transmission se fait à l'envers de fille en mère.
La désinformation systématique est un instrument privilégié du pouvoir en terre d'islam. Elle nécessite la réécriture permanente du passé en fonction des besoins du présent.
Dans cette perspective, il est clair que la liquidation ingénieuse de la mémoire collective féminine n'est pas un but en soi ! C'est un moyen exceptionnel pour prévenir toute revendication. Les femmes sans mémoire ne peuvent pas contester leur présent. Elles n'ont rien à comparer à leur situation actuelle. La discrimination leur est présentée comme naturelle et éternelle. C'est grâce à ces techniques d'ingénierie sociale que règne la satisfaction généralisée.
Un écrivain russe, T. Ajtmatov, rapporte dans son roman « Une journée plus longue qu'un siècle », une terrible et ancienne légende. Il parait que les envahisseurs barbares chouang-couang soumettaient leurs prisonniers à un traitement particulier pour en faire de parfaits esclaves sans mémoire. Ils rasaient la tête des hommes jeunes, puis à l'aide de bandelettes de peau prélevées sur un chameau fraîchement dépouillé, ils enserraient ces têtes juvéniles. Ils laissaient ensuite les malheureux plusieurs jours sous le soleil brûlant de la steppe. Ceux qui survivaient à pareille torture, devenaient des "mankurt" : esclaves sans mémoire. Ils ne savaient plus d'où ils venaient, ni où ils étaient nés, ni qui étaient leurs pères, ni leurs mères. Privés de leur passé, ils n'avaient plus aucun support pour comparer leur misère présente. Ils devenaient des serviteurs modèles. Ces esclaves amnésiques valaient dix fois plus que les esclaves ordinaires !
Dans toute société fermée, le pouvoir non seulement s'arroge le privilège de contrôler les actions des
hommes, de contrôler ce qu'ils font et ce qu'ils disent, mais il aspire aussi à régir leurs fantasmes, leurs rêves, et bien entendu leur mémoire. Dans ce type de société, le passé fait tôt ou tard l'objet d'une manipulation destinée à justifier le présent et à l’éterniser.
Pour les sociétés musulmanes, par exemple, le célèbre açr-at-tadwin -l'époque de la consignation par écrit - fut le départ de l'institutionnalisation, mais aussi de la manipulation, de la mémoire collective reconstruite et administrée à Tous comme Vérité Officielle. C'est à cette époque que les savants musulmans commencèrent à répertorier le hadith, le fikh et le Tafsir à la demande expresse du pouvoir politique…
Organiser la mémoire collective, transformer l'histoire en un instrument de gouvernement destiné à légitimer ceux qui dirigent et à fournir des alibis à leurs actes est une technologie de domination aussi vielle que le monde.
Actuellement le sort des femmes musulmanes devient un enjeu majeur de politiques internationales ! Il sert dorénavant à justifier les guerres et à légitimer les pouvoirs existants. En effet, dans son discours sur l'Etat de l’union, le 29 janvier 2002, G.W. Bush déclara: « Le drapeau américain flotte au-dessus de notre ambassade à Kaboul. Et aujourd'hui les femmes afghanes sont libres ».
Au même moment, les journaux publiaient des photos de femmes souriantes à Kaboul afin d’offrir à la guerre de l'Afghanistan sa raison d’être. Par ailleurs, les dirigeants musulmans se réclament tous, au nom de l'Islam ou au nom de la Laïcité comme les libérateurs enthousiastes de la femme et comme les gardiens jaloux de ses droits. Pour leur propagande officielle, le sort des femmes musulmanes n'a jamais été meilleur que sous leurs cieux !
Pour cette raison, la quête du passé revêt pour toutes les femmes musulmanes un caractère fondamental. Ce compte à rebours évite l'illusion mythologique de l'intégrisme qui croit construire l'avenir en revenant à la pureté originelle du moment inaugurateur. Il évite aussi l'illusion démagogique d'être le réformateur suprême et l'initiateur exclusif de tous les progrès!
Afin de relativiser la situation actuelle, il nous paraît utile de rappeler que durant la période préislamique, nommée à tort Jahilya, un grand nombre de femmes se distinguaient par leur personnalité, leur esprit critique et leur capacité à prendre des initiatives. Elles prenaient activement part à l'économie de la société et étaient les égales des hommes. Les régimes matrimoniaux existants variaient de la polyandrie, à la polygamie, en passant par la monogamie dans cette société transitoire.
Parmi les femmes arabes qui jouissaient d'une grande notoriété, il y avait Khadija, la première femme du prophète. Femme d’affaire, héritière d'une grosse fortune léguée par son précédent mari, elle la faisait fructifier en investissant dans des opérations de commerce international.
Femme de caractère, elle se réservait la liberté de choisir librement son époux. C'est ce qu'elle fit lorsqu'elle décida d'épouser le prophète. Elle envoya auprès de lui une émissaire, Nefissa, pour le demander en mariage. L'historien Ibn Saad a rapporté les paroles de Nefissa : « elle me dépêcha en secret auprès de lui avec une proposition de mariage. Et il accepta ». Le prophète vécut vingt cinq années avec Kadhija sous le régime de la monogamie.
Toujours chez les Quraychites, la petite-fille d'Abu Bakr, compagnon du prophète et premier calife de l’Islam, Aicha bent Talha eut plusieurs maris. Elle est comptée au nombre des mutazawidjat. Dans ses contrats de mariage, elle refusa le principe de Ta’ä, c’est-à-dire de l'obéissance au mari. Sukeina, arrière petite-fille du prophète Mohamed et fille de Hussein le martyr de Karbala et donc membre de ahl el beit, refusa l'institution de la polygamie et stipulait cette condition dans ses multiples contrats de mariage.
La secte musulmane ésotérique des quarmatiens, qui a régné plus d'un siècle en Arabie, a abolit la polygamie et à institué l'égalité entre homme et femme en matière de droit de succession.
En outre, en Tunisie, au 10ème siècle, les documents juridiques ayant trait aux Fatwas –décrets religieux – nous informent sur les victoires des femmes musulmanes qui ont pu détourner la rigueur de l'orthodoxie et imposer leurs droits. En effet à cette époque de grands bouleversements sociaux, les femmes ont pu obtenir le droit au divorce si le mari s'absent pour une durée déterminée, par exemple quatre mois, stipulée dans le contrat de mariage. Le Cadhi -juge musulman- pouvait permettre le remariage de l'épouse et lui octroyer la garde des enfants et la gestion du patrimoine du mari en cas d'absence prolongée. A la même époque, un type de contrat de mariage, appelée le contrat de Kairouan, instituait la monogamie comme régime matrimonial et attribuait à l'épouse le droit de répudier la seconde femme si le mari se hasardait à devenir polygame !
Le plus célèbre contrat de mariage kairouannais est le contrat du fondateur de la dynastie fatimide El Moiz Lidin Allah el Fatimi dont l'épouse tunisienne lui a imposé la monogamie et lui a interdit par conséquent de construire un harem.
En poursuivant cette remontée historique des fragments de la mémoire féminine en terre d'islam on découvre que la condition féminine n'est ni une, ni indivisible. La situation de la musulmane est plurielle, elle varie selon les circonstances historiques et géographiques.
Elle est surtout fonction de la dialectique des luttes féminines et des rapports de forces existants. La femme étant selon Simone de Beauvoir, « de toutes les femelles mammifères celle qui est la plus profondément aliénée, et celle qui refuse le plus violemment cette aliénation ».
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* Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
lundi 15 décembre 2008
Hijab, séduction et coquetterie féminine en terre d’islam

Un spectre hante les deux rives de la méditerranée : c’est le Hijab ou voile islamique. Certains gouvernements l’interdisent comme la Turquie, la Tunisie et la France, d’autres le tolèrent. Le Hijab est devenu une affaire d’Etat.
Au-delà des polémiques et des controverses, il est utile d’interroger les représentations culturelles et l’imaginaire arabo- musulman pour mieux cerner cette problématique.
La culture musulmane est marquée par une représentation stéréotypée d’un éternel féminin caractérisé par la ruse, la coquetterie et la séduction. Et vue que le mot Fitna désigne à la fois désordre, guerre civile , tentation et séduction, le corps féminin se trouva, tout le long de l’histoire musulmane inscrit dans le champs de pouvoir.
Le désir de cacher ce corps apparaît comme une obsession chez la plupart des
Fuquahas au point que leurs écrits soient marqués par une invasion massive de la «Charia » dans la vie privée.
Le Hijab ou voile féminin, dérivé du verbe « hajaba » qui veut dire cacher, protéger, séparer ; était destiné, sur un conseil d’Omar Ben Khattab semble- t -il, à dérober les femmes aux regards des hommes.
L’islam a justifié le port du Hijab comme étant le plus simple moyen pour les épouses du prophète de se faire reconnaître afin qu’elles ne soient point offensées.
Cette coutume fut presque unanimement suivie par les citadines, surtout de la classe aisées qui désiraient s’identifier aux mères des croyants, cependant ni les paysannes ni les ouvrières ne purent l’adopter complètement.
Il parait évident que le port du voile ne constitue pas un pilier de l’islam, il est, de plus et depuis les origines l’objet d’infinies controverses qui prennent leur source dans trois passages du Coran.
La sourate du hijab concerne uniquement les épouses du prophète. Le hijab y apparaît comme un signe distinctif et honorifique : « Quand vous demandez à ses épouses quelque chose, adressez vous à elle derrière un rideau (hijab). C’est plus décent pour vos cœurs et pour les leurs » (Sourate 33, les Coalisés, verset 53).
Une évocation plus explicite du voile se trouve au verset 59, qui élargit la recommandation aux femmes proches du prophète et à toutes les croyantes.
Quant au troisième passage il est situé dans la sourate 24, la Lumière, verset 30, 31 qui fixe aux musulmanes la conduite idéale à tenir pour ne pas exciter la convoitise des hommes.
Pour les musulmans tolérants, ces versets loin d’imposer le voile aux femmes instaurent plutôt une nouvelle attitude de décence en public et rompent avec certains rituels antéislamiques qui poussaient les femmes, par exemple, à se dénuder les seins pour encourager les combattants qui partaient en guerre.
Pour d’autres musulmans, adeptes d’une lecture littérale du texte sacré, la recommandation concernant les femmes du prophète a valeur d’obligation.
Pour ces penseurs, la sharia doit imprégner toute la vie du croyant. Ses directives doivent ériger toute son expérience quotidienne. C’est pour cette raison qu’en parcourant certains textes , on s’aperçoit avec surprise que mille et un détails que l’on pensait relever de la sphère de la vie privée relèvent en fait de la vie publique et politique : intimité du couple, comportement amoureux , tenue vestimentaire parure et ornements, etc.
Toutefois, et en dépit des interdits et des restrictions, le conformisme a toujours été une affaire de culture et de milieu.
Certaines femmes musulmanes ont toujours voulu être libres et séduisantes.
Elles ont affirmé leur personnalité avec leurs allures.
- A l’image de Aicha B Talha petite fille de Abu Bakr, compagnon du prophète et nièce d’Aicha mère des
croyants qui refusa le Hijab. Cette aristocrate alliait à la noblesse de sa naissance une fierté d’esprit et une grande beauté, qu’elle tenait d’ailleurs à laisser admirer. En effet, Aicha refusa de se voiler en déclarant avec malice que Dieu dans sa miséricorde l’a créée belle et qu’elle désirait montrer son œuvre.
Très coquette, Aicha recherchait les hommages des poètes et savait tirer parti des sentiments qu’elle inspirait, au point qu’elle provoqua la destitution du gouverneur de la Mecque Al Hareth el Makhzoumi , qui avait consentit à retarder l’heure de la prière pour lui permettre de terminer son « Tawaf » (la circulation rituelle autour de la Kaaba).
- Umm Hani, cousine du prophète et sœur d’Ali, était très coquette. Elle se paradait dans la rue mi-voilée « On apercevait ses boucles d’oreilles » relatent les historiens. Omar Ibn Khattab réprobateur lui dit « ton cousin Mohamed ne pourra rien pour toi si tu continues à te parer de la sorte ». L’envoyé de Dieu, loin de blâmer sa cousine, rétorqua avec tendresse : « j’ai le pouvoir d’intercéder pour tous les membres de ma famille ».
- Sukeina, fille de l’imam Hussein le martyr de Kerbela, arrière petite fille du prophète Mohamed ne s’est jamais voilée et cela malgré sa jeunesse, sa beauté et la noblesse de son rang. Elle refusa également d’abdiquer sa personnalité et ne consentit jamais au principe d’obéissance au mari « Taa », ni au droit de ce dernier à la polygamie. Elle stipulait cette contestation de l’autorité masculine dans ses contrats de mariage.
En outre ; en récusant l’institution du Hijab, cette féministe d’avant garde sapa son symbolisme en tant que séparation institutionnelle de deux espaces distincts, un espace privé réservé à la femme et un espace public géré par l’homme.
Loin de se soumettre aux lois de la claustration, la pétillante Sukeina tenait, en effet, un salon littéraire à Médine et organisait des soirées interminables où se côtoyaient artistes, poètes et hommes de Lettres de diverses tendances et de différentes religions. Très fréquemment, les grands poètes de « ghazal », poésie érotique, de l’école du Hijaz venaient à la résidence de Sukeina réciter leurs poèmes, vanter leurs talents et écouter les critiques.
Aux cotés du célèbre Omar Ibn Abi Rabiaa on cite al Awas, Djarir mais surtout al Farazdak semble s’y être rendu quand il se trouvait dans les lieux.
Sukeina ouvrait les discussions, stimulait les débats littéraires, émettait des remarques, des commentaires sur l’emploi inadéquat d’un terme, d’un croisement, ou d’un motif inclus dans les vers cités.
Les interventions de Sukeina relevaient une bonne connaissance de la poésie et de la culture de son époque.
Elle a ainsi réussi à préserver l’école de la poésie « Ghazal » puisque ses adeptes étaient protégés et encouragés en bénéficiant de la caution des plus hautes sphères de la société médinoise.
Ces femmes musulmanes auraient pu cristalliser des modèles qui nous auraient aidées à bâtir des sociétés où les femmes seraient pleinement épanouies.
Ces récits authentiques redéfinissent les rapports de ces sociétés avec les femmes. Séduire est ici pris dans le sens de charmer, de fasciner, de plaire.
Dans la séduction on entre dans un autre enjeu : prendre conscience de son corps pour plaire à l’autre.
Freud a toutefois apporté une contribution ingénieuse à ce sujet.
Il reconnaît au narcissisme un grand pouvoir d’attraction sur les autres. Il démontre par ailleurs que le narcissisme féminin est un moyen qu’utilisent les femmes pour compenser leur manque et leur infériorité « Pour se dédommager de leur oppression, elles se consacrent à leur beauté. Elles retournent sur leur propre corps un désir qui leur était interdit d’extériorise.
Or, la relative égalité des sexes qui a régné à cette époque a permis à la femme musulmane d’accéder à une certaine autonomie affective et c’est pour cette raison que la coquetterie féminine revêt ici un autre sens :
Sukaina l’artiste et Aicha la séductrice, en contestant l’institution très ambiguë du Hijab ont senti que si on méconnaît les couleurs et les nuances, si on ne perçoit plus le chatoiement des étoffes, quand on ne s’habille plus qu’en uniforme : Bluejean, tenue Mao ou Tchador noir, c’est qu’on est prêt à subir tous les conditionnements et toutes les manipulations. C’est qu’on n’est plus un être libre. Car lorsque la norme disciplinaire réussi à pénétrer le quotidien pour quadriller et stériliser l’expérience de l’individu jusqu’à dans son corps, son désir, sa sensibilité esthétique, bref sa disposition innée au plaisir, elle permet toute les dérives totalitaires.
Et quand la vie quotidienne est à ce point appauvrie, l’individu n’a même plus la force de demander des comptes à une réalité mauvaise car il n’a plus le désir du bonheur. Évidemment cela rend toute désaliénation improbable.
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D’instinct, les femmes musulmanes se sont toujours opposées à l’uniformisation vestimentaire, sous le khalifat de l’intransigeant Omar B Khattab, elles ont détourné les lois et ont inventé la mode « Kabati ». Le Kabati était une longue robe moulante et ajustée qui ne dévoile aucune partie du corps féminin mais qui épouse ses formes comme une seconde peau.
A ce propos l’Imam Malek écrit « j’ai appris que Omar B Khattab a proscrit cette mode féminine qui bien qu’elle ne laisse rien transparaître dévoile Tout ».
Ce qui est bien plus séduisant car comme l’observe Barthe c’est la chemise béante qui provoque le désir bien plus que la nudité du corps.
A la même époque d’Omar -et désirant toujours plus de fantaisie- les femmes musulmanes ont dévoilés leurs jambes et ont opté pour l’audacieuse mode de la « mini jupe ». Les Fuquahas s’insurgèrent contre cette mode qu’ils qualifièrent de « Bidaa » [Innovation].
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On voit bien que déjà à l’aube de l’islam la mode féminine s’est libérée de la rigueur de l’orthodoxie et s’est caractérisé par la recherche de ligne et de volume.
Les tenues féminines étaient étincelantes. Les matières utilisées étaient des plus nobles, les tissus étaient raffinés : soie mousseline, taffetas, chantoung satin damassé, brocart broché d’or et d’argent.
Les couleurs étaient chatoyantes : rose orange et jaune safran, embellissantes, elles étaient à elle seules un maquillage éclatant.
Les tuniques étaient ajustées, parfumés de musc ou ambrés, décorés de poèmes langoureux et brodées de fils d’or et d’argent …
Les traînes étaient interminables.
On superpose, on ose, on s’amuse …
La fabrication de tissus brodés spéciaux avait lieu dans les ateliers de tissage des palais.
Cette activité qui débuta sous les Umayyades devint un trait courant de la civilisation matérielle de l’islam médiéval. Ces créations étaient multiples et variées : brocart « dibaj » , satin « istabrak » ; soie fine « harir » , soie diaprée « wachy » et autre tissu de luxe ornaient les gardes robes des nantis.
Les vêtements brodés étaient donnés en témoignage de la faveur royale et faisaient partie des cadeaux diplomatiques courants.
La «Khilaa » offerte par les émirs était un vestiaire complet. De beaux vêtements étaient importés de tout le monde islamique : De l’Inde venait la Futa, sorte de sari, de la chine venaient les vêtements de plie en tissu huilé, Mimtari, sorte d’imperméable ainsi que toute sorte de tissus nobles tels que le Sharab, Dimyati , Dabiki… tous en lin.
Les chaussures et les sandales devaient être choisis parmi un certain nombre de cuir de couleur et de forme, et il était permis d’en porter qui présentent des combinaisons de couleurs telle que le noir et le rouge ou le noir et le jaune.
La mode des bas empruntée aux persans était aussi bien établie. La lingerie de la musulmane élégante devait être fine et de couleur pastel ou noire.
Le vêtement féminin s’introduit au double jeu de l’ordre et du désordre, de la soumission à la contrainte et de la liberté. Fidèle à son essence, il joue subtilement entre l’exhibition et le masque.
Flugel compare en ce sens le vêtement à un symptôme névrotique et notamment à la rougeur. Celle ci est à la fois un signe excessif de honte, mais en même temps comme le montre la psychanalyse, c’est une façon d’attirer l’attention sur soi.
Selon Flugel, le vêtement est une rougeur perpétuelle sur le corps de l’humanité. En isolant un corps ou une partie du corps il portait immanquablement l’attention sur elle. Par cette dialectique singulière tout vêtement même le hijab cache en même temps qu’il désigne.
La fantaisie féminine s’est aussi manifestée au niveau de la coiffure. Dés l’époque du prophète les femmes utilisaient du vin comme laque pour donner plus de volumes à leur chevelure.
Sukaina fille de hussein le martyr de karbala, qui affichait une coquetterie toute féminine, mettait en valeur sa beauté par une coiffure spéciale qui portait son nom « al turra al sukeyniya » (les cheveux bouclés à la Sukeina). Cette coupe à la mèche rebelle fit fureur aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Jugeant la « coupe Sukaina » trop efféminée, le pieux Khalife Omar B Abdelaziz l’a interdite aux hommes et punissait tout homme coiffé à la Sukaina à être rasé et flagellé.
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L’Histoire atteste que l’élan de vie et la vitalité des femmes musulmanes se sont toujours opposés à la rigueur de l’orthodoxie. En militant pour reconquérir socialement leur corps, elles affirment l’unité indissoluble de l’être humain : esprit libre dans un corps réapproprié.
Ces pratiques si souvent vilipendées dont les textes n’ont gardé que des traces partielles et partiales nous en donnent la preuve.
Ici point de jugement moralisateur, de systématiques querelles entre Anciens et
Modernes, comme le voudraient le faire croire bon nombre de chroniqueurs nostalgiques d’un passé mythique, mais seulement un incessant bricolage qui fonde le phénomène vestimentaire féminin en une dynamique, parfois turbulente, toujours soumise à des réaménagements.
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* Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
mardi 18 novembre 2008
La lapidation : un crime contre l'islam
A partir d’aujourd’hui, vous trouverez régulièrement sur Islamiqua les articles de la professeure Ikbal AL GHARBI. Avec son accord nous publierons une large sélection de ses articles où elle évoque -sans tabous- les différents maux dont souffrent les sociétés arabo-musulmanes. C’est donc à juste titre que nous intitulerons sa rubrique « Des mots pour nos maux ».
La violence contre les femmes n'est pas, certes, l'apanage des sociétés musulmanes. C'est un phénomène qui touche la grande majorité des sociétés dans le monde. D'ailleurs les nations unis ont décrété la journée du 25 Novembre comme journée mondiale pour l'élimination de la violence contre la femme. Cet intérêt international résulte de l'ampleur du phénomène. En effet les statistiques sont terrifiantes : aux USA une femme est battue toutes les 15 secondes. En Afrique du Sud une femme est violée toutes les 23 secondes. 47 % des canadiennes ont été victimes d'au moins un acte de violence physique. Dans le monde 50% des femmes ont subi des abus physiques de la part de leurs proches. En terre d'islam à coté de cette violence quotidienne, économique et sexuelle, persiste une injustice barbare à l'égard des femmes: la lapidation. Après les procès des nigériennes: Safia Huseini et Amina Lawal qui ont suscité de forts mouvements de protestation dans le monde, les intégristes musulmans ont passé sur Internet une vidéo filmant la lapidation d'une femme ! Comment les intégristes justifient-ils cette fureur et cette brutalité ? Par l'islam. Cet acte barbare est présenté par les intégristes comme une sanction divine de zinaa, c'est-à-dire l'adultère, dans l'intention de préserver l'ordre moral. Dans cette perspective, il faut rappeler que l'islam est une religion mais aussi une culture qui gère la complexité de la vie en commun. Le Coran utilise un langage spécifique mêlant paraboles, récits, exhortations, injonction et autres figures de style. Les exégètes l'ont traduit en un langage conceptuel où on trouve les règles auxquelles le musulman doit se conformer. Ces règles ont été classées par les jurisconsultes en deux catégories: - les Ibadats, règles qui régissent les relations de l'homme avec le divin - les Mouamalat, les règles qui se rapportent à la vie courante, à la relation humaine. Dans ce contexte, les Fukaha font la distinction entre les Finalités qui sont éternelles et universelles et entre les lois, les normes, les règles qui elles sont temporelles. Ces règles sont des solutions conjoncturelles qui se sont imposées au prophète à un moment ou à un autre et qui sont de ce fait relatives et historiques. Et c'est ce qui explique le mécanisme de versets abrogeant et des versets abrogés, des versets généraux et des versets spécifiques grâce auquel le caractère absolu du Coran s'accommode avec la relativité de la condition humaine. Afin de clarifier la problématique de la lapidation, il faut mentionner que dans les sociétés anciennes, l'adultère comme manquement à l'appartenance charnelle exclusive qui définit juridiquement le consortium conjugal a toujours été réprimé. Les rapports d'un autre homme avec une femme mariée a toujours été répréhensible parce qu'il apparaissait comme une usurpation sur un droit de propriété du mari sur la femme. C'est aussi une atteinte au capital symbolique de l'homme, à son honneur. C'est enfin une faute contre la famille à laquelle la femme avait été intégrée souvent tenu pour un manquement à une obligation de pureté. Les textes littéraires des anciens égyptiens décrivent les supplices qui frappent les amants coupables. Le code de Hammourabi, qui date du XVIII eme siècle avant notre ère punit de mort par noyade la femme accusée d'adultère. Toutefois, ce code précise que la répression de l'adultère par l'autorité publique dépend de la libre décision du mari qui pouvait pardonner et épargner la coupable. La législation hébraïque ne réprime également que l'adultère de la femme, mais la condamnation de l'adultère est formulée d'une façon générale et elle implique la mise à mort des deux complices par lapidation. Il existe une conscience chez les musulmans, dés les origines, que leur religion n'échappait à aucune des influences de toutes les civilisations qui les côtoyaient. Et c'est pour ces raisons culturelles qu'en islam aussi, l'adultère est considéré comme un péché. Il nécessite un hadd. Le hadd est le terme technique qui sert à désigner la sanction de certains actes interdits ou sanctionnés par le coran donc considérés comme des crimes contre la religion. Le Coran énumère des sanctions pour le zinaa (commerce charnel illicite), sa contre partie, le kadhf, l'accusation fausse du rapport illicite, la consommation d'alcool, le vol et le brigandage. Dans le Coran, première source de législation, on ne trouve aucun verset qui mentionne la lapidation. Les peines encourues par les coupables varient selon les circonstances de l'acte, ainsi que de l'état matrimonial des amants. Par exemple si l'acte sexuel a eu lieu par la coercition physique ou morale, il n'y a pas de délit .En effet le Coran précise ce cas comme suit : « Celui qui est en détresse mais ni rebelle ni transgresseur, pas de péché sur lui. Ou , Dieu est pardonneur et Miséricordieux . » (Sourate La Vache, verset 173). Si les coupables sont mariés, les sanctions coraniques sont les suivantes: 1) La flagellation précisée à 100 coups de fouets: « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les de chacun cent coups de lanière .Et que nulle douceur ne vous prenne à leur égard, en la religion de Dieu, si vous demeurez croyants en Dieu et au Jour dernier .Et qu'un groupe de croyants assiste à la punition des deux. » (Sourate La Lumière, verset 2). 2) L'emprisonnement à vie ou jusqu'à une date indéterminée: « Quant à celles de vos femmes qui commettent une turpitude, faite témoigner contre elles quatre d'entre vous. S'ils sont témoins, alors confinez ces femmes aux maisons jusqu'à ce que la mort les achève, ou que Dieu leur ouvre une voie. » (Sourate Les Femmes, verset 15). 3) La réprimande physique ou morale et la désapprobation sociale : « Et si c'est deux hommes des vôtres qui l'ont commise, alors la torture, s'ils se repentent ensuite, et se réforment, alors passez. Oui, Dieu demeure accueillant au repentir, miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 16) 4) La procédure de la malédiction liaan : si un mari constate l'infidélité de son épouse mais ne peut pas fournir quatre témoins oculaires. Le mari se présente devant le cadi [le juge] et répète quatre fois "Puisse la malédiction d'Allah s'abatte sur moi si je mens en accusant ma femme d'adultère". Le cadi entend par la suite le témoignage de la femme qui doit répéter quatre fois " je jure devant Allah que mon mari ment en m'accusant d'adultère", elle conclue "Puisse la malédiction d'Allah tombe sur moi si mon mari dit la vérité". On retrouve cette procédure dans le Coran: « Et quant à ceux qui lancent une accusation contre leur propre épouses cependant ils n'ont de témoignage que d'eux mêmes. alors le témoignage de l'un de ceux là consistera en quatre attestations qu'il est certes, oui, du nombre des véridiques, et la cinquième: que la malédiction de Dieu soit sur lui s'il est du nombre des menteurs. Et qu'on écarte de la femme la punition, si elle atteste Dieu, par quatre attestations, que l'autre est certes, oui du nombre des menteurs, et la cinquième : que la colère de Dieu soit sur elle, s'il est du nombre des véridiques. » (Sourate La Lumière, versets 6,7,8,9). Le Cadi peut alors prononcer le divorce. La femme n'est l'objet d’aucune poursuite judiciaire. Cette procédure invalide les crimes d'honneurs qui stigmatisent actuellement la culture arabo-musulmane. Ces sanctions peuvent être abrogées par la shubha la ressemblance de l'acte commis avec un autre licite et par conséquent, du point de vue subjectif, la présomption de bonne foi chez les accusés. Il existe une forte tendance, d'ailleurs exprimée dans une tradition attribuée au prophète, à restreindre autant que possible le champ d'application des peines et des sanctions sauf pour le kadhf, l'accusation mensongère d'adultère, afin, précisément, de restreindre et de limiter le hadd du zinaa. En outre, les exigences les plus sévères concernent l'accusation d'adultère. On soumet les témoins à des conditions particulièrement difficiles quant à leur nombre (le mari doit rassembler quatre témoins oculaires digne de foi), à leur qualification (ces témoins doivent voir l'acte charnel avec grande précision), et à la teneur de leurs déclarations (Ils doivent faire leur déclaration verbalement, réunis ensemble, d'une manière claire et sans aucun équivoque et si l'un d'entre eux se rétracte les trois autres seront punis à recevoir 80 coups de fouet). Par ailleurs, pour la majorité des musulmans, il est considéré comme plus méritoire de dissimuler les fautes et l'écart que d'en fournir les preuves et d'en témoigner. Ces directives de libertés et de tolérance que nous retrouvons dans le Coran sont les vecteurs d'interprétation qui permettent d'adapter les droits de l'homme et du citoyen. Car comme l'a écrit le penseur Mohamed IQBAL : « Le Coran est certes la première source du droit musulman, cependant le Coran n'est pas un code légal. Le principal but qu'il propose est d'éveiller chez l'homme une conscience plus haute de ses relations avec Dieu et avec l'univers ». _____ * Pour les sourates du Coran : Le Saint Coran, Traduction et Commentaire de Muhammad HAMIDULLAH, Ed. Amaba Corporation, Maryland 1989 * Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
samedi 13 janvier 2007
Magdi Allam et les islamistes (6)
Avec l’article de Magdi Allam que je vous présente aujourd’hui nous arrivons à la fin de cette série dans laquelle je pense vous avoir présenté les plus importants et les plus pertinents des articles écrits par Allam entre 2004 et 2006 dans le journal italien Corriere della sera.
Je suis d’accord pour dire qu’il s’agit dans l’ensemble d’articles polémistes. Mais cela ne doit pas nous faire oublier la pertinence d’un nombre important d’idées développées par l’auteur dans ces écrits.
Bonne lecture..

Comment ne pas nous préoccuper du fait que 35 % des musulmans en France, 25 % en Espagne, 24 % en Grande-Bretagne et 13 % en Allemagne légitiment les attentats terroristes suicides contre les civils pour défendre l’islam ?
Le récent sondage mené par « Pew global attitudes project » fait émerger l’image d’une Europe toujours à la merci des extrémistes islamistes.
Le pays qui connaît le plus grand risque est indéniablement la Grande-Bretagne.
A un an du massacre perpétré par quatre terroristes suicides britanniques dans le centre de Londres (56 morts), la Grande-Bretagne découvre que « la fabrique de la terreur » sur son propre sol et de plus en plus radicale et dangereuse.
L’MI5 estime qu’environ 8 mille musulmans, le 0,5% du million et demi ayant la citoyenneté britannique, soutiennent Al-Qaida.
Mais dans le sondage du Pew, 14 % des musulmans britanniques affirment avoir beaucoup ou un peu de confiance envers Al-Qaida. Un chiffre qui est de 16% en Espagne, 7% en Allemagne et 5% en France.
Egalement, 12 % des musulmans en Grande-Bretagne, en Espagne, en Allemagne et 9 % des musulmans en France pensent que la majorité des musulmans dans les respectifs pays soutiennent Al-Qaida.
Eh bien, en confrontant ces deux premières données, émerge que l’idéologie de la terreur et du ‘‘martyr’’ islamiste dépasse Al-Qaida et appartient à un domaine beaucoup plus grand, celui de Hamas et des Frères Musulmans qui légitiment les attentats suicides dans les territoires palestiniens, en Irak, Afghanistan et en Tchétchénie.
Cette idéologie de la violence et de la mort se base sur l’anti-américanisme, l’anti-hébraïsme et plus généralement l’anti-occidentalisme qui se manifeste dans le négationnisme et « la théorie du complot » historique.
A la question « les attentats du 11 septembre ont-ils étés réalisés par des arabes ? », disent « non » 56 % des musulmans en Grande-Bretagne, 46% en France, 44% en Allemagne et 35% en Espagne.
Le négationnisme des musulmans britanniques se trouve même à un niveau supérieur à celui des pakistanais (41%) des nigérians (47%) et des jordaniens (53%).
Alors que la majorité des musulmans européens manifeste une opinion favorable vis-à-vis des chrétiens (91% en France, 82% en Espagne, 71% en Grande-Bretagne, 69% en Allemagne), ces pourcentages se réduisent drastiquement vis-à-vis des hébreux (71% en France, 38 % en Allemagne, 32% en Grande-Bretagne et 28 % en Espagne).
Et si nous prenons en considération les pays musulmans couverts par le sondage, nous interpelle le fait que le plus ‘‘anti-hébraique’’ se trouve être la Jordanie (seulement 1% ont une opinion favorable sur les hébreux), suivit par l’Egypte (2%), le Pakistan (6%), la Turquie (15%) et l’Indonésie (17%).
La plupart des musulmans britanniques (62%) sont convaincus que les relations entre l’Occident et l’Islam sont mauvaises et pour 48% d’entre eux, la responsabilité de cette situation revient à l’Occident.
Pourcentages semblables en Allemagne (60% et 46%) et en France (58% et 52%), alors qu’en Espagne 23% des musulmans donnent une évaluation négative et seulement 28 % attribuent la responsabilité à l’Occident.
D’un autre coté, pour ce qui est des caricatures satiriques de Mahomet, les musulmans espagnoles sont en tête (80%) dans la condamnation du manque du respect de la part de l’Occident, par contre 5% attribuent la responsabilité aux islamistes intolérants. Pensent de la même manière 79% des musulmans en France, 73 % en Grande-Bretagne et 71% en Allemagne. (…)
mercredi 10 janvier 2007
Magdi Allam et les islamistes (5)
« Grâce seulement à Allah, la prière et la paix au dernier des prophètes. Sache misérable, apostat du nom Sayyid Al-Qimni, que cinq frères monothéistes, lions du Djihad, ont été engagés pour te tuer. Ils ont jurés à Dieu d’acquérir sa grâce en te coupant la tête. Ils sont déterminés à se faire remettre leurs péchés faisant couler ton sang. Et cela conformément à l’ordre du suprême prophète : Qui change sa religion tuez-le. »
Signé : le groupe du Djihad, Egypte.
La condamnation à mort est arrivée par courrier électronique à son adresse e-mail personnelle elqemany@yahoo.com. Lui, Al-Qimni, 58 ans, docteur en philosophie, est un intellectuel laïc engagé dans la réforme modérée de l’islam. Mais la vraie nouvelle est qu’Al-Qimni, l’auteur de dizaines d’articles prestigieux dans l’hebdomadaire gouvernemental Rosa El Youssef, a à peine annoncé sa propre « repentance et dissociation de tous les blasphèmes écrits », ainsi que la décision de « renoncer à l’écriture définitivement ». « J’admet que la mort, en cassant ma plume, sera une longue agonie parce que ma plume est la plus grande aspiration de ma vie –a t-il dit au site libéral www.elaph.com - mais avec cette décision j’aurais encore du temps pour s’occuper de mes enfants. »
Dans leur communiqué, les terroristes du Groupe du Djihad lui avaient donné un ultimatum d’une semaine pour se repentir.
Cela se passe aujourd’hui en Egypte. Dirigée par un régime formellement laïc. La décision d’Al-Qimni n’est pas seulement la reconnaissance de son impuissance à faire face au terrorisme islamiste. C’est aussi une dénonciation d’un Etat qui n’est pas en grade de défendre la vie d’un libre penseur.
Ce fut ainsi le 8 juin 1992 lorsque les terroristes de la Gamaa Al-Islamiya assassinèrent au Caire l’intellectuel Farag Fouda.
A cette occasion, le plus important des théologiens musulmans, Mohammad Al-Ghazali, membre du mouvement des Frères Musulmans, légitimait au tribunal l’attentat terroriste : « L’exécution de Farag Fouda a été en fait l’exécution de la punition, à l’encontre d’un apostat, que l’Etat n’avait pas effectuée .»
Le même Al-Ghazali avait condamné d’apostasie en 1959 le prix Nobel pour la littérature Naguib Mahfouz à cause de l’un de ses romans, une condamnation qui avait inspirée la tentative d’assassinat de Mahfouz en 1994.
Mais cela se passe même en France ou l’intellectuel laïc tunisien Lafif Lakhdar a été condamné à mort par Rached Al-Ghanouchi, leader d’un mouvement hors la loi Al Nahda, qui se trouve être la sigle qui représente les Frères Musulmans en Tunisie. Juriste et éditorialiste, Lakhdar est l’un des initiateurs d’un Appel au secrétaire général de l’ONU pour l’institution d’un Tribunal International contre le terrorisme.
Depuis des années, Lakhdar répète qu’il faut « poursuivre les sources de la culture du martyre, c'est-à-dire du suicide et des décapitations, en vidant les programmes scolaires des concepts de la guerre sainte et du martyre, en enseignant la philosophie, les droits de l’homme, l’histoire comparé des religions, la psychologie. »
Eh bien savez vous d’où est ce que Al-Ghannouchi a émis la condamnation à mort de Lakhdar ?
De Londres, qui lui a concédée l’asile politique à l’instar de dizaines de prédicateurs de la haine qui ont incités des milliers de militants islamistes du monde entier à la guerre sainte contre l’occident et contre les musulmans modérés. Et le résultat tragique nous l’avons vu le 7 juillet (2005) avec les quatre kamikazes, citoyens britanniques, qui se sont fait explosés à Londres.
Une culture de la mort qui a été dénoncée dans le dernier commentaire écrit par Al-Qimni dans le numéro de Rosa El Youssef du 2 juillet passé « Lorsque les israéliens tuent même un seul combattant palestinien, explose la rage et la protestation. Mais personne ne se déplace face au bain de sang de milliers d’innocents en Irak. Nos jeunes n’ont jamais protestés contre la bande d’Al-Zarqawi et qui la soutient, pendant qu’elle décapite des innocents. Nous continuons à répéter qu’il s’agit d’un complot américain et quelques uns parmi nous définissent le tout comme ‘‘résistance’’. Mais ou est passé l’intellectuel arabe ? »
On pourrait dire qu’il finit dans la peur.
Peur du terrorisme islamiste qui massacre aveuglement. Mais aussi peur des gouvernements musulmans et occidentaux qui laissent aux prédicateurs de la haine main libre et ne défendent pas les musulmans laïcs et modérés qui se battent pour le respect de la vie de tous.
samedi 6 janvier 2007
Magdi Allam et les islamistes (4)
Aux origines des massacres des musulmans en Algérie, Irak, Egypte, Arabie Saoudite et Maroc se trouve la condamnation d’apostasie infligée par les terroristes islamistes. Eh bien cela se passe aujourd’hui même en Italie. Sans nous rendre compte qu’il s’agit du commencement d’une catastrophe pré annoncée.
La dénonciation des musulmans, arbitrairement déclarés apostats est évolué dans une dimension individuelle, parfois dans un mode superflus et fourvoyant, sans cueillir la réalité d’un phénomène qui met ses racines dans notre pays.
Le 7 mai, Souad Sbai, présidente de la Confédération des Associations de la Communauté
Marocaine en Italie, s’est vue déclarée apostate méritant la condamnation à mort par décapitation et ce avec une série d’e-mails envoyés de l’adresse h.akrane@vigili.it, qui résulte être du marocain Hassan Akrane, résident à Bologne.
Dans un italien approximatif mixé à l’arabe, voila ce qu’on pouvait lire : « Tu n’as rien à faire avec l’islam, tu ne sait rien du Fiqh (jurisprudence islamique), tu as des cheveux découverts, devant Allah la femme qui ne couvre pas la tété arrive mouallaka (accrochée) des cheveux (…) Allah te punira pour tout le mal que tu fait aux gens. »
Dans un autre message, envoyé en copie même à certains journalistes, Sbai est accusée d’être chrétienne, donc apostate : « Tu es une très mauvaise femme, de la vie tu n’as encore rien compris, met toi à prier Allah c’est beaucoup mieux, laisse le travail des hommes aux hommes (…) Tu es sorti à découvert toute seule comme une massihia (chrétienne). »
Hier, à Saluzzo un autre marocain, Mostapha Kordoni, gardien de la décharge de Busca et président de l’Association des Marocains, a été directement menacé de mort par un groupe d’extrémistes islamistes qui l’avaient déjà agressés verbalement et physiquement. (…)
Il est accusé d’être un traître de l’islam, d’être un espion de la police italienne et d’avoir permis l’expulsion de l’Italie de son compatriote Roudhouan Serhane, qui en décembre dernier tenait dans son habitation à Turin les matériaux nécessaires pour la construction d’une bombe.
« Ils arriveront directement du Maroc apostat pour te tuer. Tu payeras pour ce que tu as fait ». Kordoni s’est défendu ainsi : « Je ne suis pas un espion. Mais je suis contre le terrorisme. S’il se passait quelque chose en Italie, nous tous, immigrés, payerons les conséquences. Mois je n’est pas peur. S’ils veulent me tuer qu’ils viennent. »
Plus généralement, l’Europe est remplie de tribunaux d’inquisitions islamiques qui prononces des sentences de morts sans qu’il y ait une adéquate perception de la gravite du phénomène.
Pierre Akel, qui gère depuis Paris le site des libéraux arabes Middle East Transparent (www.metransparent.com), après avoir donné sa disponibilité pour se faire interviewer dans l’émission Orient Express International s’est excusé : « Deux de nos collaborateurs ont été condamnés d’apostasie et risquent la mort. C’est mieux de calmer les eaux ».
L’un de ses deux condamnés et même un théologien musulman, le cheikh Nehru Tantawi, qui fut dénoncé comme apostat par un autre théologien, le cheikh Abdel Mohsen Al-Abikan, sur les pages du quotidien Asharq Al Awsat du 4 mai, parce qu’il aurait nié que la Sunna, les dictons et les fiats attribués à Mohammed, doivent être considérés comme une source de la loi islamique en compagnie du Coran.
Pensez que la fatwa, la réponse islamique, qui légitimait le massacre de la population algérienne et qui a débouchée sur le massacre de plus de 150 mille personnes fut émise par Abou Qotada, un prédicateur de la haine réfugié à Londres.
En jugement en Grande Bretagne, ses avocats s’opposent à son expulsion à son pays (Jordanie) parce qu’il risquerait la torture. Quelqu’un qui a sur la conscience 150 mille mort !
C’est évident que nous n’avons pas appris la leçon. Si non nous ne serions pas les mains liées pendant que d’autres prédicateurs de la haine s’apprêtent à faire couler le sang d’autres musulmans, citoyens ou résidents en Europe.




