mercredi 7 mars 2007
Différences entre sunnites et chiites
Comme nous l’avons exposé dans « l’introduction à l’histoire du chiisme », la différenciation entre sunnites et chiites ne se fera que des années (voir même des siècles) après la naissance du chiisme. Au début il n’y avait qu’un seul point de rupture : les uns étaient pour le Califat de Ali, les autres pour celui de Mouawya.
Petit à petit, chacun des imams successifs des chiites apportera son lot de règles, d’interprétations et de vérités qui finiront par faire du chiisme -ce qu’on pourrait appeler- une véritable religion dans la religion. Certes, comme nous le verrons, les chiites partagent avec les sunnites les principaux Piliers de l’islam. Mais, ils ajoutent d’autres et ils ignorent certains.
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Nous pouvons dire que les principales lignes de discordes entre sunnites et chiites se situent aux plans suivants :
1- Le plan théorique.
2- Le plan pratique.
3- Le plan théologique.
Sur le plan théorique :
Nous pouvons observés ici trois principaux points de discorde :
- d’abord, et alors que les chiites s’accordent avec les sunnites sur les trois premières sources juridiques en islam : le Coran, la Sunna, l’analogie (al kiyas). Ils s’en distinguent au niveau de la quatrième : le consensus (al ijmaa).
Pour les sunnites, le consensus est établi par les oulémas musulmans, alors que les chiites considèrent qu’il ne peut être valable que s’il a été élaboré en compagnie de l’imam.
- Ensuite, au niveau de la chaheda (la déclaration de la foi nécessaire pour tout musulman et toute personne désirant embrasser l’islam), la formule chiite est différente de celle sunnite.
Pour les sunnites, la formule de la chaheda est la suivante : Achhadou ana la illah ila Allah wa ana Mouhamadon rasoulo Allah (je déclare que Dieu est Unique et que Mohamed est son Prophète).
Les chiites ajoutent à cette formule ce qui suit : … wa Ali Walio Allah (…et Ali est l’imam d’Allah).
- Enfin, la majorité des chiites érigent comme principe fondamental du chiisme l’excommunication régulière et renouvelée de tous ceux qui n’ont pas soutenu Ali et à leur tête : Aicha -l’épouse du Prophète-, Abou Bak, Oumar et Othman -les trois califes bien guidés (selon les sunnites)-, et tous les compagnons du Prophète qui n’ont pas eu le courage de soutenir l’imam Ali : c’est le rite du sabb (l’injure) qui est occulté aujourd’hui sur le plan publique et médiatique mais qui reste l’une des plus importante déclaration de foi chiite et l’un des plus importants points de rupture avec les sunnites qui considèrent l’injure de l’épouse du Prophète ou de n’importe lequel de ses compagnons comme une Kabira (une hérésie) qui nécessité la tawba (demande de pardon à Dieu + une volonté de ne plus y revenir à l’acte incriminé)
Sur le plan pratique :
Par pratique nous visons le coté rituel ou nous pouvons relever aussi trois principaux points de discorde :
- D’abord, en ce qui concerne les prières, les sunnites et les chiites sont d’accord pour dire qu’elle sont au nombre de cinq par jour, mais les chiites sont autorisés à ne prier que trois fois par jour.
- Ensuite, les chiites sont universellement connus aujourd’hui par le rite de Achoura : une commémoration annuelle de leur passion envers le petit fils du Prophète et le troisième imam Al Hussein, martyrisé à Karbala (comme nous l’avons exposés dans l’introduction).
Au cours de ce rite, la majorité des chiites s’auto-torturent en se frappant par des chaînes et même par des épées.
- Enfin, le chiisme reconnaît -et impose- à ces partisans la visite des tombes des imams (ziyara) et même à remplacer par ces ‘‘petits pèlerinages’’ le Haj (le grand pèlerinages) à la Mecque qui est l’un des Cinq Piliers de l’Islam.
Une pratique qui est considérée par les sunnites, là aussi, comme une forme d’hérésie.
Sur le plan théologique:
Ici nous pouvons relevés deux points de discorde :
- D’abord, l’adaptation par les chiites et les sunnites de deux théologies différentes si non opposées : la majorité des chiites suivent une forme de mutazilisme (car leur imams ont étés beaucoup influencés par ce courant) alors que les sunnites, eux, sont majoritairement considérés comme des acharites (vous pouvez revenir sur la différence entre mutazilites et acharites ici).
- Ensuite, la théologie chiite reconnaît la pratique de la takiya (la dissimulation légale) qui signifie qu’il est permis à un chiite se trouvant dans un milieu hostile de ne pas déclarer sa foi, d’en déclarer le contraire et même de l’abjurer.
Une pratique qui a été reprise par une partie des sunnites et qui est considéré comme l’un des obstacles majeurs du rapprochement entre les deux frères ennemis : les sunnites ayants peur que si jamais ils entrent en discussion ou en compromis avec les chiites, rien n’empêche ces derniers de recourir à cette pratique pour ne rien céder de leur dogme.
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Avant de conclure, il faudrait signaler que quelques tentatives de rapprochement entre sunnites et chiites en vue de minimiser leur différences ont eux lieu, la plus importante à cet égard fut celle faite en Iran, au XVIIIe siècle, par le dirigeant chiite imami Nader Chah qui essaya, sans succès, de transformer le chiisme imami en une cinquième école légale sunnite appelée al mathhab al jafaari.
Et avec les événements quotidiens qui se déroulent de nos jours en Irak et la haine partagée que les uns ressentent envers les autres, on ne peut s’empêcher
de conclure que le rapprochement entre les deux n’est plus à l’ordre du jour.
samedi 3 mars 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (5)

L’imam Jaafar al Sedik avaient deux garçons : Ismaël et Moussa al Khadim.
A sa mort en 148 de l’Hégire, les chiites connaîtront la plus grande scission de leur histoire.
Pour certains, c’est l’aîné des fils de al Sedik qui doit être désigné Imam alors que pour la majorité, l’Imamat doit revenir au cadet Moussa al Khadim.
Jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas si Ismaël avait était écarté par son père ou s’il est mort avant ce dernier. Les duodécimains penchent pour cette dernière explication pour légitimer l’imamat de al Khadim, alors que les Ismaéliens penchent pour la première hypothèse en l’expliquant ainsi :
L’imam Jaafar al Sedik n’avait pas écarté son fils aîné Ismaël parce qu’il été incompétent pour occuper la fonction de l’imamat mais tout simplement pour crée une confusion au sein du pouvoir abbasside qui ne saurait plus qui est l’imam des chiites. Cette thèse a été inventée par Meimoun al Kaddah, l’un des plus proches compagnons du 6ème imam Jaafar al Sedik. Ce dernier aurait ordonné la création après sa mort d’un mouvement chiite clandestin et secret qui aurait un imam non seulement caché mais aussi ignoré même par les chiites eux-mêmes.
En faisant ainsi, les abbassides ne pourront jamais trouver l’imam et le chiisme sera sauvé.
Une partie des chiites (les Ismaéliens plus tard) adhéreront à cette thèse surtout après que Meimoun al Kaddah déclara l’illégitimité du septième imam Moussa al Khadim.
Seulement, la grande majorité des chiites n’adhérera pas à ce mouvement et considérera qu’étant donné que Ismaël est mort avant son père, c’est au fils cadet d’al Sedik, Moussa al Khadim que revient l’imam.
La aussi il faut relever, comme nous l’avons déjà fait lorsqu’on a parlé du début de la scission des chiites du reste des musulmans, qu’entre ces deux factions du chiisme (Duodécimains et Ismaéliens) il n’y avait pas de divergences doctrinales, ils étaient opposés seulement sur la personne de l’imam. Et tout le travail doctrinal ne se fera –comme d’habitude- que par la suite.
C’est ainsi que les Ismaéliens élèveront, à partir de ces événements, la dissimulation, le culte du secret et même la clandestinité au rang de principes fondamentaux.
Ils seront aussi à l’origine d’une thèse défendue aujourd’hui par tous les chiites selon laquelle il y aurait une différence entre un savoir exotérique accessible à tout le monde et un savoir ésotérique (comme celui des Prophète) qui n’est accessible qu’aux Imams et qui leur est inspiré, non pas par la Révélation comme se fut le cas pour les Prophètes, mais par ‘‘illumination’’.
A part ces grands principes et le fait que l’Ismaélisme fut gouverné par le principe de l’équité et la justice d’une part et l’indignation face au luxe exorbitant des Califes d’autres part, on ne sait pas beaucoup de choses sur son évolution postérieur jusqu'à la fin du troisième siècle de l’Hégire date à laquelle ses partisans institueront en Tunisie l’Etat Fatimide (par référence à Fatima fille du Prophète, épouse de Ali et mère d’al Hassan et al Hussein). Mais une fois au pouvoir, l’Ismaélisme connaîtra à son tour sa plus grande scission…
Quant à la doctrine des Duodécimains, qui représentent aujourd’hui plus de 75% des chiites, elle est basée sur les principes suivants :
1 - l’Imamat est la continuation de la Prophétie. Sans imamat, la mission des Prophètes sur terre serait incomplète. Et de là, les duodécimains n’auront pas du mal à théoriser leur deuxième principe.
2 - ‘‘L’infaillibilité de l’imam’’ : l’imam ne se trompe point.
3 - Les duodécimains croient que leur 12ème imam, l’imam Mohamed, est al Mahdi (le messie). Et ils sont même confortés dans cette idée par les… sunnites.
En effet, dans les livres sunnites de Hadiths ‘‘authentiques’’ du Prophète, il est dit à plusieurs reprises que al Mehdi al montathar est un descendant du prophète et qu’il s’appel Mohammed (ce qui cadre parfaitement avec le 12ème imam chiites).
Ainsi donc, est à partir du moment ou les chiites n’ont savent pas trop ce qu’est advenue Mohamed fils de Hassan al Askari, ils émettent l’hypothèse de son absence, une « grande absence » suite à laquelle Mohammed al Mehdi reviendra pour sauver l’humanité.
4 - Ainsi on arrive à un autre fondement du chiisme : l’absence de l’imam ; l’imam n’est pas mort, il vie parmi nous -depuis des siècles- et il se montrera le jour venu.
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Ainsi nous arrivons à la fin de cette « introduction à l’histoire du chiisme ». J’espère que vous en avez trouvé des éléments de réponses à certaines de vos questions sur les chiites. Il n’y a évidemment pas toutes les réponses à toutes les questions. Ce n’était pas le but de cette introduction. Son but était de vous présenter sommairement les chiites afin de permettre aux musulmans sunnites d’entres vous de faire la connaissance de leur « frères » d’une part et de permettre aux non musulmans de cerner les différences entre les Sunnites et les Chiites d’autre part. (une différence sur laquelle je reviendrai plus longuement le mercredi prochain).
Le tout avait un seul objectif : vous montrez que l’islam est depuis les premiers siècles de l’Hégire multiple, différemment apprécié et différemment interprété. Sa force réside peut être dans sa diversité. Une diversité qui devrait permettre à tous les musulmans de vivre ensemble sans que certains s’arrogent le droit d’en exclure d’autres. Une règle que les musulmans d’Irak devraient mettre en œuvre le plus rapidement possible.
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Enfin, et suite aux demandes de certains fidèles lecteurs de ce blog je vous présente -par ordre d’importance- les sources qui ont étés utilisées pour la réalisation de cette introduction :
1- Une série de 6 articles de Zyed Krichen publiée dans le magazine Réalités entre décembre 2006 et janvier 2007.
2- Le deuxième tome de l’encyclopédie « L’islam et sa civilisation » (quatre tomes) de André Miquel, publiée par les éditions Cérès en 1996.
3- L’encyclopédie libre wikipedia.
4- L’encyclopédie Encarta (édition 2006).
5- L’encyclopédie Britannica.
Fin
mercredi 28 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (4)
Le général Omeyyade Al Hajjaj, gouverneur de l’Irak à partir de 75 de l’Hégire, achèvera l’ensemble des opposants du Calife Omeyyade : il mettra un terme au jeune Califat de Ibn Zoubayr, matera les Chiites et les Kharidjites et ira même jusqu’à détruire la Kaaba.
Et voila que les Chiites se retrouvent encore une fois sans chef.
J’avais évoqué auparavant le fait que l’exclusion de Ibn Hanafya de l’Imamat en tant que quatrième Imam ne se fera pas de son vivant mais seulement après sa mort et pour des raisons politiques et même vitales pour la continuation du mouvement Chiite.
Je reviens maintenant, alors que Ibn Hanafya est mort, sur l’explication :
D’abord, il est possible de penser que si jamais Ibn Hanafya aurait atteint le pouvoir il aurait sans doute était considéré comme le quatrième Imam. Seulement son échec dans cette entreprise et le fait qu’après sa mort les Chiites ont dus revenir à la « lignée pure » de Ali et de Fatima pour choisir leur Imam expliquent son exclusion.
En effet, après sa défaite, les Chiites vont proposer la direction du mouvement à Mohamed Al Baqer le fils de Ali Zine Al Abidine. Or, si jamais les Chiites considèrent Ibn Hanafya comme le quatrième Imam, il n’y aurait pas une explication pour que Mohamed Al Baqer prenne le direction du mouvement.
Partant de ce constat, et du fait qu’une solution diverse portera confusion à l’organisation de l’institution de l’Imamat, les oulémas Chiites opéreront ainsi :
1- Ali Zine al Abidine (surnommé le ‘‘prosterné’’, as sajed) -qui n’avait joué qu’un rôle minime dans l’histoire du Chiisme et qui fut allié des Omeyyades à une certaine époque- sera rebaptisé quatrième Imam.
2- Ibn Al Hanafya ne sera considéré que comme le dépositaire du dépositaire : une sorte de « gardien de la révolution ».
3- Ainsi, d’une part, Mohamed Al Baqer –fils de Ali Zine Al Abidine- devint le cinquième Imam et, d’autre part, on sauva les fondements théoriques du Chiisme.
Avant de voir l’évolution du Chiisme au temps de Mohammed Al Baqer, il est indispensable de s’attarder sur la première importante scission que le schisme connaîtra.
En effet, malgré le fait que Ibn Hanafya fut considéré pendant un laps de temps comme le légitime successeur d’Al Hussein, sa ‘‘disqualification’’ par la suite n’engendrera pas de problèmes pour les chiites car ils se mettront tous d’accords sur le fait que, non pas Ibn Hanafya mais, Ali Zine Al Abidine qui est le véritable quatrième Imam. Seulement, cette unité ne survivra pas à la mort de ce dernier et sa succession posera problème.
Car Ali Zine Al Abidine avait deux fils : Mohammed Al Baqer et Zayed Ibn Ali et le deux se disputèrent l’Imamat.
Les sources historiques nous parlent d’une divergence doctrinale qui les opposa : Zayd considérait que, son frère doit se déclarer publiquement en tant qu’Imam alors que Ali Zine Al Abidine refusa en avançant le fait que leur père fut le quatrième Imam sans avoir à le déclarer publiquement.
La majorité des oulémas chiites de cette époque pencheront vers Ali, n’ont pas pour la justesse de son argumentation, mais parce que lui, contrairement à son frère, accepta d’injurier Abou Baker et Omar.
Cette divergence portera Zayed à la rébellion, qui sera très vite réprimée par le pouvoir Omeyyade. Seulement, malgré sa courte carrière –et pour avoir contesté l’Imamat de son frère- Zayed sera à l’origine de la naissance du mouvement Zaydite. Car ses partisans le considèrent comme le véritable cinquième Imam.
Mais nous n’allons pas nous attarder outre mesure sur les zaydites parce qu’ils n’étaient à cette époque que très minoritaire à l’intérieur du chiisme.
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Cela dit, voyant maintenant la suite de l’histoire avec le cinquième Imam : Mohamed Al Baqer.
En effet, c’est en l’an 101 de l’Hégire que les chefs chiites d’Irak envoyèrent une délégation à Mohammed Al Baqer, installé en Syrie, lui proposant la direction du mouvement chiite. Mais comme nous l’avons dit, il ne se déclara pas et conseilla à ses partisans de garder le silence.
Avec la désignation de Mohamed Al Baqer comme Imam, ce sont les Abbassides, les plus importants avec les Alaouites (partisans de Ali) dans le clan Hachémite, qui prendront pour la première fois la direction du Chiisme.
A cet époque, trois frères abbassides jouaient un rôle très important dans leur communauté : Ibrahim, Abou al Abbas Assafah et Abou Jaafar al Mansour. Et tous ont prêtés allégeance à al Baqer.
Avec toutes ces évolutions, la situation se présenta ainsi :
Les chiites ont réussis à se réorganiser sous l’autorité de Mohamed al Baqer, ce dernier avait comme bras droit l’exceptionnel Abou Muslim al Khorasani (un chef militaire avec des milliers de combattants prêts à se sacrifier pour remettre le Califat au main de l’Imam), et les trois frères abbassides (qui se montrèrent de formidables organisateurs).
Si l’on ajoute à cela le fait qu’à cette époque le Califat Omeyyade connaissait les pires moments de son histoire du fait d’être gouverné par l’incompétent Al himar (littéralement : l’âne), on se dit que tous les ingrédients d’une énième révolte chiite étaient présents.
Et c’est précisément ce qui va se passer :
En l’an 129, le mouvement sorta de sa clandestinité et commença par conquérir la ville de Marw (en Iran) avant de contrôler, en 131, tout Khorasan.
Après la chute de Khorasan, les omeyyades n’opposaient plus de résistance…
Mais, contre toute attente, Mohammed al Baqer ne sera pas proclamé Calife et Imam des musulmans et Assafah, par un ‘‘coup d’Etat’’, sera proclamé nouveau Calife au détriment de Mohamed al Baqer, qui entrera aussitôt en clandestinité.
Les abbassides n’avaient donc prêter allégeance à al Baqer qu’on application de l’adage : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».
Mais une fois l’ennemi (Omeyyade) éliminé, l’ami (Alaouite) redeviendra ennemi !
Car, il faut le signaler, les abbassides ne se sont jamais intéressés à l’aspect doctrinal et théologique du mouvement chiite. Ils étaient intéressés seulement par le pouvoir.
La preuve ?
Dès leur prise du pouvoir ils exerceront une répression sans précèdent contre les chiites. En effet, durant le premier quart du siècle abbasside, une véritable politique ‘‘d’extermination’’ des descendants de Ali aura lieu et le bilan sera très lourd pour les chiites qui ont vu l’assassinat, pendant cette courte période, de 19 descendants de Ali.
Mais, apparemment, les chiites se sont habitués à ce genre de retournement de situation et font désormais avec. C’est ainsi qu’ils choisiront -après la mort de Mohamed al Baqer- l’illustre Jaafar al Sedik comme sixième Imam.
Al Sedik est connu pour sa contribution incommensurable sur le plan doctrinal (chiite et sunnite) mais aussi pour son refus de toute action politico-militaire contre les abbassides.
Sa sagesse et son savoir permettront le maintien de l’unité des Chiites mais avec sa mort en 148 de l’Hégire, le chiisme connaîtra sa plus grande scission (entre Imâmites et Ismaéliens) à laquelle nous consacrerons le dernier volet de cette introduction.
À suivre …
samedi 24 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (3)
Nous avons déjà vu, comment le Chiisme a commencé à se constituer en tant que mouvement politico-religieux dès l’an 61 de l’Hégire (date de l’assassinat d’Al Hussein) et ce en instaurant comme premiers éléments du dogme chiite : la vengeance d’Al Hussein et la revendication du Califat (devenu Imamat) pour Ahl Al Bayet.
Avec Ibn Hanafya et Al Mokhtar, la construction se poursuivra et ces deux personnages auront beaucoup d’influence sur l’évolution postérieure du Chiisme.
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Nous sommes en 67 de l’Hégire lorsque l’armée d’Al Mokhtar livre bataille à celle de Abd Allah Ibn Zoubayr (le Calife du Hijaz qui avait profité de la faiblesse de la dynastie Omeyyade pour proclamer en 60 de l’H. son Califat et qui fut à cette époque militairement plus fort que les Omeyyades) conduite par son frère Mosab.
Ibn Zoubayr avait peur de la nouvelle ‘‘puissance militaire’’ qui était entrain de se constituer entre les mains des Chiites.
Seulement, les armées zoubayrites n’ont pas eu beaucoup de mal à écraser Al Mokhtar et son armée.
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Voila pour les événements politiques de cette époque. Voyant maintenant la situation sur le plan dogmatique.
Ce qui est perceptible dans la constitution du Chiisme -et vous allez le remarquer- et que chaque fois que les Chiites perdent un Imam ou un dirigeant, leur dogme se radicalise de plus en plus…
Cela va se vérifier encore après la défaite de Al Mokhtar :
D’abord, Al Mokhtar qui est considéré par les Sunnites comme un charlatan, est pour les Chiites un saint serviteur du quatrième Imam.
A coté du rôle politico-militaire qu’il joua (en tant que lieutenant de Ibn Hanafya), cet homme prétendait être capable d’illumination divine.
Le grand historien Tabari nous raconte même que plusieurs de ses prédictions se révélèrent justes.
Al Mokhtar sera ainsi derrière la naissance de l’un des principes du Chiisme : le Bida selon lequel Dieu aurait changé le cours des choses initialement prévues parce qu’il il a eu de nouvelles choses qui lui sont apparues.
Pour les Sunnites, ce genre d’analyse est inadmissible : la science de Dieu ne saurait connaître d’altération ou de changement… et toute personne qui croit à la Bida est hérétique.
Pour les Chiites par contre, la Bida (le changement) n’a pas lieu dans les sciences divines mais dans l’ordre des choses…
Ensuite, quelques décennies après la mort d’Al Mokhtar, le Chiisme se radicalisera de plus en plus : les Chiites ne revendiquent plus seulement la vengeance d’Al Hussein et le retour du Califat aux mains de Ahl Al Bayt mais ils élargiront le cercle de leur ennemis : ce ne sont plus les Omeyyades seulement mais aussi et surtout les deux premiers Calife de l’Islam : Abou Bakr et Omar.
Le pourquoi de cette évolution ?
A cette époque, le Chiisme développa l’un de ses plus important principes : l’Imamat n’est pas un simple pouvoir politique, mais c’est aussi et surtout une continuation de la Prophétie.
Sans Imamat, la Prophétie sera incomplète et le dessein de Dieu sur la terre inachevé : L’imamat est une pierre angulaire de l’islam.
Pour son importance, l’Imamat ne peut pas être hérité et l’imam ne peut être choisi par les croyants. Il doit recevoir explicitement la mission de l’ancien Imam et doit être de la descendance de Ali et de Fatima.
Poursuivant leur analyse, les Chiites considèrent que le Prophète aurait donc désigné l’Imam qui lui succéderait : Ali.
Dans ce cas, Abou Bakr et Omar qui n’auraient pas donnés suites aux injonctions du Prophète, auraient commis un péché capital.
Ainsi, nous remarquons que les premières divergences de taille entre les Sunnites et les Chiites remontent à cette époque (fin du premier siècle de l’Hégire - début du deuxième).
À suivre …
mercredi 21 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (2)

Avec la mort d’Al Hussein, fils de Ali et petit-fils du Prophète, en 61 de l’Hégire, le Chiisme en tant que mouvement politico-religieux prendra naissance. Les Chiites ne veulent plus seulement remettre le Califat aux mains de Ahl Al Bayt mais ils incluent dans leur dogme la vengeance d’Al Hussein.
Mais avec cet événement, le Chiisme connaîtra aussi des difficultés (Absence d’un chef charismatique d’une part et divergence sur le quatrième Imam d’autre part) ainsi que des transformations.
En effet, pour ce qui est des difficultés, après la mort d’Al Hussein il n’y avait plus qu’un seul mâle dans la famille de Ali et de Fatima (fille du Prophète) susceptible de prétendre à l’Imamat : Ali Zine Al Abidine, qui fut le seul rescapé mâle de la bataille de Kerbala.
Seulement, à la mort de son père, Ali n’était qu’un petit garçon incapable de conduire la révolte et la vengeance des Chiites. En plus, il n’était pas l’unique mâle dans la (grande) famille du Prophète. Il y avait aussi, Ibn Al Hanfya, qui est le fils de Ali -mais pas de Fatima- et qui prendra la direction spirituelle du mouvement.
Et là réside l’un des premiers problèmes du Chiisme : en effet, alors que la définition de Ahl Al Bayt, devrait englober toute la famille du Prophète (cousins, oncles, tantes…) les Chiites ne considèrent membres de cette famille -et donc prétendants à l’Imamat- que les descendants mâles de Ali et Fatima.
Nous verrons plus loin l’explication politique de l’exclusion du reste des membres de la famille (et notamment de Ibn Hanfya) qui ne verra le jour que suite à l’échec d’Ibn Hanfya à reconquérir l’Imamat.
Car au temps de Ibn Hanafya, les Chiites le considéraient bien comme leur quatrième Imam.
La preuve : après la mort d’Al Hussein, une délégation de Chiites est envoyée à Ibn Hanfya pour l’informer des préparatifs des Chiites et prendre son avis à propos de Al Mokhtar (duquel nous parlerons plus loin).
Autrement dit, à cette époque, les Chiites considéraient que tant que Ibn Hanfya, le troisième fils de Ali était en vie, Ali Zine Al Abidine n’avait aucun droit à l’Imamat… une position qui changera par la suite.
Pour ce qui est des nouveautés dans le Chiisme de cette époque on notera la nouvelle distinction faite entre le chef spirituel et le chef politique -ou guerrier- des Chiites :
Ibn Hanfya et tous les Imams qui lui succéderont seront des chefs spirituels loin de la politique contrairement à Ali, Al Hassan et Al Hussein.
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Très vite -dès 62 de l’Hégire- les Chiites s’organisèrent sous l’égide de Soliman fils de Sourad et commencèrent à recruter de nouveaux partisans pour venger Al Hussein.
En quelques années ils réussirent à rassembler plus de 15.000 combattants.
Profitant de la mort accidentel du Calife Yazid en l’an 65 de l’Hégire, Ibn Sourad entra en guerre contre l’armée Omeyyade conduite par le gouverneur de Koufa, le sanguinaire, Ibn Zied. Mais des 15.000 combattants, il ne pourra compter que sur 3000 cavaliers. La mission de Ibn Zied fut donc facile et il n’aura pas beaucoup de peine à écraser la rébellion Chiite en tuant son chef politique Ibn Sourad.
A ce moment précis, une étoile montante du chiisme, Al Mokhtar, prendra sa place dans la direction politique du mouvement. Il ferra allégeance au troisième fils de Ali, Ibn Al Hanfya, et se chargera de venger Al Hussein.
Les historiens parlent à son propos d’un homme très intelligent ; rusé et opportuniste alors que les chiites l’élèvent au rang d’un saint à partir du moment ou il a réussit ou tous les autres faillirent : il a vengé Al Hussien.
Après la mort de Ibn Sourad, en 65 de l’Hégire, Al Mokhtar réussit à réunir autour de lui plus de 24.000 soldats pour combattre Ibn Zied. Ce dernier sera en effet capturé par l’armée de Al Mokhtar, son armée vaincue et lui torturé puis décapité.
Les narrations de la torture de l’ancien gouverneur de Koufa, Ibn Zied, sont insupportables : on lui enlevait des tranches de chair de sa cuisse qu’on l’obligeait à avaler après les avoir grillait !
On en fit de même pour tous les responsables de la mort d’Al Hussein qui s’étaient réfugiaient dans l’armée de Ibn Zied.
La tête d’Ibn Zied ainsi que les têtes de la majorité de ses soldats furent tranchées et envoyées en trophées de guerres à Koufa pour Al Mokhtar.
Bilan : les sources Chiites parlent de quelques vingt mille têtes !
Ainsi les Chiites vengèrent la mort d'Al Hussein.
A suivre …
samedi 17 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (1)
Le chiisme a vu le jour au cours du premier siècle de l’Hégire et plus exactement suite à « La Grande Discorde » qui opposa les musulmans du Cham (la Syrie aujourd’hui) partisans de Mouaouia aux musulmans de Basra et de Koufa (en Irak) partisans du 4ème Calife ‘‘bien guidé’’ Ali (cousin et gendre du Prophète).
L’origine de ce mouvement fut politique et sa transformation en un mouvement politico-religieux ne s’effectuera que plus tardivement comme nous le verrons dans le cadre de cette introduction à l’histoire du Chiisme et des Chiites.
J’attire votre attention dès maintenant sur le fait que le travail que vous allez lire n’est pas l’œuvre d’un historien et qu’il ne prétend pas dire la Vérité absolue sur ce mouvement d’autant plus que les sources écrites qui existent aujourd’hui et qui on servit à élaborer l’histoire du chiisme n’ont vus le jour qu’au 2ème siècle de l’Hégire, c’est à dire après plus de cent ans de l’existence effective de ce mouvement.
Je ne rentrerai pas dans plus de détails quant aux conditions historiques de l’élaboration de l’histoire des Chiites mais j’ai simplement voulu attiré votre attention sur la relativité de certaines informations que vous pouvez lire dans cette introduction et ce malgré le fait que j’ai essayé de ne prendre en considération que les éléments les plus vraisemblables en érigeant la neutralité comme ma première référence.
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Après la mort de Uthman en 35 de l’Hégire (656), Ali prendra sa place en tend que Calife des musulmans. Seulement, son règne ne durera pas longtemps car il sera très vite contesté par Mouaouia contre lequel il mènera la bataille de Ciffin en 37 de l’Hégire.
En l’an 40 de l’Hégire, Ali est assassiné par un Kharijite du nom d’Ibn Moljem et ce parce que les Kharijites considèrent que les deux parties qui ont provoqués la grande discorde des musulmans (Ali et Mouaouia) ainsi que leur partisans sont tous dans l’erreur, qu’ils étaient de grands pécheurs et qu’ils méritaient la mort et l’enfer.
La constitution du chiisme en tant que mouvement politique réclamant le Califat pour Ali ne s’arrêtera pas pour autant avec la mort de ce dernier. Très vite, les Chiites prêteront allégeance à l’aîné de ses fils, Al Hassan pour succéder à son père. Et de la réclamation du Califat pour Ali, nous passerons à la réclamation du Califat pour Ahl Al Bayt (La famille du Prophète).
Les historiens, relèvent qu’a part ces revendications, il n’y avait, à ce moment, entre les Chiites et le reste des musulmans aucune divergence doctrinal.
Al Hassan qui estimait ne pas avoir les moyens pour combattre Mouaouia préféra lui prêter, en compagnie de ses partisans, allégeance, puis se réfugie, accompagné de son frère Al Hussein et de son demi frère Ibn al Hanafya, à Médine.
Damas, ou le nouveau Calife compte le plus de partisans est devenue la capitale du Califat et les deux villes saintes de l’islam : La Mecque et Médine, céderont leur rôle politique à la nouvelle capitale et ne garderont qu’un rôle religieux.
Suite à la victoire incontestée de Mouaouia -et même auparavant- une très grave pratique a vue le jour dans les mosquées : l’injure de Ali dans les prêches du vendredi. Une pratique qui renforcera davantage la haine que porte désormais les Chiites pour les Omeyyades (partisans de Mouaouia).
En plus, l’allégeance de Al Hassan et de ses partisans ainsi que son ‘‘isolement’’ à
Médine n’ont, semble-il, pas suffit à tranquilliser Mouaouia sur le sort du fils de son rival. Il donnera alors ses ordres pour la mise à mort du petit fils du Prophète.
C’est ainsi que les agents de Mouaouia s’approchèrent de la femme d’Al Hassan et lui demandèrent de l’empoisonner en contre partie d’une très grande somme d’argent et du mariage avec le fils de Mouaouia Yazid.
En homme de parole, et suite à l’empoisonnement d’Al Hassan par sa femme en 49 de l’Hégire, Mouaouia lui donnera ce qu’il lui avait promis en argent mais pas… son fils. Il avait très peur que son fils épouse une empoisonneuse !
Avec la mort d’Al Hassan, c’est au tour d’Al Hussein de réclamer ‘‘l’héritage’’ de son Grand-père (le Prophète) et de son père (Ali).Mais il ne le fera pas aussitôt.
D’abord, parce qu’à Médine ou il ne comptait que peu de partisans, Al Hussein ne pouvait pas déclarer les hostilités à Mouaouia.
Ensuite, parce que, comme sot frère, il a jugé que les chiites n’avaient pas assez de moyens pour renverser les Omeyyades.
Il fallait donc attendre le moment propice…
C’est ce qui adviendra avec la mort de Mouaouia en l’an 60 de l’Hégire. Seulement, ce dernier avait préparé depuis quelques années son fils Yazid pour lui succéder. Mais ce Yazid passe auprès de beaucoup de musulmans pour un buveur de vin… et on lui impute tous les vices de la terre. C’est ce qui expliquera le fait que la majorité des fils des compagnons du Prophète refuseront de lui prêter allégeance.
Seulement, si Yazid ne pouvait craindre l’ensemble des fils des compagnons du Prophète, tel ne pouvait être le cas du fils du rival de son père et qui dispose d’un nombre très important de partisans à Basra et à Koufa. C’est pour cette raison que le gouverneur de Médine, sous l’ordre de Yazid, pressa Al Hussein de prêter allégeance au nouveau Calife.
Sans tempérer, ce dernier qui avait déjà reçu secrètement plusieurs missives lui demandant de rejoindre ses partisans (80.000 hommes armés) à Koufa et réclamer l’héritage de son père, rassura le gouverneur sur ses intentions et lui demanda qu’il le fasse le lendemain publiquement.
Mais avant l’aube, Al Hussein quitta Médine avec ses femmes, ses enfants et certains de ses partisans pour rejoindre Koufa …à 1300 Km de Médine.
Signalons ici que le demi frère d’Al Hussein, Ibn Al Hanafya, ainsi que son entourage à Médine, était opposé au ralliement d’Al Hussein aux opposants Chiites en avançant comme argument le fait que si vraiment insurrection il y avait, pourquoi les Chiites ne s’étaient pas révoltés contre le gouverneur de Koufa ?
Que dire alors d’une révolte contre l’ensemble du royaume Omeyyade !
Cette analyse pertinente ne sera pas entendue par Al Hussein.
Alerté du départ de Al Hussein de Médine, Ibn Zied qui fut entre temps nommé par Yazid gouverneur de Koufa et chargé de mater l’insurrection, se prépara pour recevoir Al Hussein et ses quelques combattants après avoir tué le chef Koufi des Chiites Hani Ibn Arwa (jeté du haut du palais de Ibn Zied).
L’insurrection était matée, les combattants chiites tués ou emprisonnés et la situation avait déjà tournée au profit des Omeyyades avant même l’arrivé de Al Hussein !
Ibn Zied envoya à la rencontre de Al Hussein 4000 hommes afin de lui barrer la route de Koufa. Les informations dont nous disposons sont unanimes pour dire que le but n’était pas de tuer le petit fils du Prophète mais de lui faire prêter allégeance à Yazid. Pour cette raison les hommes de Ibn Zied laisseront Al Hussein et ses combattants se diriger vers Kerbala (50 km de Koufa).
Seulement, après avoir refuser de prêter allégeance, et suite à l’ordre du Calife Yazid, les guerriers de Ibn Zied massacrèrent les combattants d’Al Hussein : tous les mâles, y compris les petits garçons, furent tués et décapités. Quant à Al Hussein, le petit fils du Prophète, en lui trancha la tête et en l’envoya en signe de victoire au Calife Yazid.
Un seul miraculé a échappé à ce carnage : un jeune enfant d’Al Hussein, Ali, sauvé par sa tente.
À suivre …




