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lundi 1 juin 2009

Menaces sur des intellectuels tunisiens

Zyed_Krichen

On peut tout reprocher à la Tunisie sauf le fait de persécuter la pensée libre et d’imposer, comme vérité d’Etat, des opinions ou des dogmes religieux. Et pourtant depuis quelques années et avec une accélération ces dernières semaines, une campagne de dénigrement et d’appel au meurtre est lancée, surtout via la Toile et quelques journaux arabes, contre des intellectuels tunisiens pour “crime” de “lèse-religion”. La dernière en date est une liste noire de vingt-trois intellectuels tunisiens accusés d’hérésie (“zandaqa”). Le texte, de quelques lignes, appelle explicitement à la liquidation physique de ces “hérétiques” qui combattent Dieu, son Prophète et les gens pieux.


Faut-il accorder de l’importance à ce torchon numérique ? La sagesse voudrait que non, mais le principe de précaution nous ordonne de prendre cette menace au sérieux, d’autant plus qu’on est loin de l’acte isolé et que les antécédents, certes moins dangereux, nous incitent à plus de prudence.


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Si l’on excepte quelques pages sombres de l’extermination des derniers Ismaéliens (Fatimides) en Tunisie au XIème siècle, la Tunisie a été toujours une terre de tolérance en matière religieuse. Notre pays a refusé l’extrémiste wahhabite au début du XVIIIème siècle (voir l’excellent ouvrage, richement documenté, de Hamadi Redissi et Asma Maala, “De la réfutation du Wahhabisme” (en langue arabe).
Le pays a ouvert ses bras au chantre du réformisme musulman au début du XXème siècle, Mohamed Abdoh. Même Tahar Haddad, pourtant rejeté par l’institution religieuse, n’a pas fait l’objet d’une véritable inquisition et n’a pas été inquiété, outre mesure, ni dans sa liberté, ni dans son intégrité physique.


Plusieurs facteurs ont fait que notre pays soit le réceptacle, dans les milieux académiques et intellectuels, d’une pensée critique qui s’est développée dans les études islamiques. Il y a là une véritable Ecole tunisienne qui compte à l’heure actuelle plusieurs dizaines (on peut même dire quelques centaines) d’essayistes et de chercheurs. Notre pays peut s’enorgueillir de compter parmi ses élites des sommités mondiales et arabes dans les études islamiques tels que Hichem Djaït, Abdelwaheb Bouhdiba, Mohamed Talbi (quoi que l’on pense de ses deux dernies ouvrages). On peut citer plus d’une trentaine de noms dont les ouvrages et recherches représentent une véritable avancée dans les études islamiques. Et si le monde de l’édition était plus soutenu en Tunisie, le nombre des ouvrages de référence serait encore plus imposant. Mondialisation oblige, les milieux intégristes et fondamentalistes en Tunisie et dans le Monde arabe ont réagi violemment à cette production intellectuelle, souvent en se basant seulement sur des racontars et des oui-dire comme ce journal du Golfe qui impute à l’intellectuelle et essayiste tunisienne Olfa Youssef des propos, qu’elle n’a jamais tenus, sur le Prophète et ses épouses, allant jusqu’à la comparer à un Salman Rushdie. On ne compte plus les attaques et les diatribes, souvent très basses, qui vilipendent, sur le Web, les intellectuelles tunisiennes à l’instar d’Olfa Youssef (dont le dernier livre Hayratou Muslima (Les inquiétudes d’une musulmane) est à sa cinquième édition (ce qui est un record absolu en Tunisie pour un essai), Amel Grami, Raja Ben Slama, Neïla Sellimi, Saloua Charfi et d’autres. Seulement la black-liste des 23 a une spécificité : elle ne touche que les professeurs Abdelmajid Charfi et les universitaires supposés être ses disciples. Il s’agit de Moncef Abdeljelil, Neïla Sellini, Raja Ben Slama, Wahid Essaafi, Nader Hammami, Mohamed Chakroun, Zahia Jouirou, Abdelbacet Gammoudi, Hela Ouertani, Bassam Jmel, Mongi Lassoued, Sihem Missaoui, Abdellah Khleïfi, Amel Grami, Néjia Ourimi Bouagila, Mohamed Bouhlel, Abderrahim Bouhaha, Belkis Rézigui, Mohamed Bettaïeb, Mohamed Hamza, Jihène Ameur, Touhami Abdouli et bien sûr Abdelmajid Charfi. Il est à remarquer que si quelques-uns de cette liste sont des auteurs confirmés, d’autres sont au tout début de leur carrière académique. Leur seul “crime” est d’avoir été encadrés, ou supposés l’être comme dans le cas de Raja Ben Slama, par le professeur Charfi. Cela touche en clair les modules d’islamologie dans les différents départements d’arabe des Universités tunisiennes. Il est à craindre que cette liste ne s’allonge quand ses macabres auteurs s’intéresseront à d’autres disciplines académiques.

Que faut-il faire pour éviter dans notre pays l’irréparable ?


Premièrement que les forces de police et les autorités judiciaires ne prennent pas à la légère cet appel au meurtre, ce texte dit clairement qu’assassiner ces “hérétiques” est un acte pieux.


Deuxièmement qu’on reconnaisse, enfin, dans notre pays le mérite des gens qui travaillent non pas en les honorant et en les surprotégeant mais en leur offrant les moyens de communiquer avec le reste des citoyens. Est-il normal qu’un pays qui regorge d’autant de talents voie ses médias de masse, et surtout la télévision, bouder des Abdelmajid Charfi, Yadh Ben Achour, Sadok Belaïd, Neïla Sellini, Youssef Seddik, Hamadi Rédissi, Abou Yareb Marzouki, Slim Laghmani, Fethi Ben Slama et la liste est encore longue !


Un pays qui a investi dans les ressources humaines et l’économie du savoir ne peut pas marginaliser, même par inadvertance, autant de matière grise. Cela, malheureusement, ne protégera pas ces personnes contre la folie fanatique, mais cela immunisera certainement notre jeunesse contre l’obscurantisme et les fléaux de l’ignorance. Il n’est nullement besoin, pour cela, d’instituer une immunité intellectuelle pour la pensée libre. Une pensée critique doit pouvoir être critiquée. Seulement ce débat, combien salutaire pour notre pays, doit se faire dans le respect des personnes et de la liberté intellectuelle de chacun.


Le fanatisme et l’ignorance ne se nourrissent que de l’ignorance. Encadrer ce débat, voilà une belle mission pour les grands médias tunisiens
Le temps est grave.

Il ne faut plus perdre de temps.

Quant à nous à Réalités nous assumerons pleinement nos responsabilités dans la lutte contre ce nihilisme destructeur assoiffé de sang et ennemi de la liberté.

Source : Réalités du 21 mai 2009.

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Posté par Hamza Belloumi à 21:37 - Fatwas - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 10 janvier 2008

Une fatwa contre le patron d’Orascom Telecom

Naguib_Sawiriw_PDG_d_Orascom_TelecomLe milliardaire et homme d’affaire égyptien Naguib Sawiris, l’un des 100 hommes les plus riche du monde et PDG d’Orascom Telecom, société phare de téléphonie mobile  présente dans plusieurs pays arabes et africains et même en Europe (avec le rachat dernièrement de l’italien Wind et du grecque Tim Hellaset).

Connu dans le Maghreb arabe comme l’actionnaire majoritaire de la société de téléphonie mobile Tunisianna (en Tunisie) et le patron d’Orascom télécom Algérie (en Algérie). Cet homme vient d’être ciblé par une fatwa suite à des propos qu’il a tenu sur le voile et qui ont dérangés les islamistes égyptiens.

En effet, interrogé par certains journalistes sur son avis à propos du voile, M. Sawiris avait répondu : « Je n’ai rien contre le voile parce que cela serait contre la liberté individuelle, mais en marchant dans la rue, je me sens comme en Iran… comme si j’étais un étranger. »

Ces déclarations qui ne sont ni injurieuses ni grotesques, ont suffit pour qu’un imminent islamiste égyptien lance une fatwa appelant au boycotte des sociétés de ce « chrétien copte » qui -selon les dits du cheikh- s’est exprimé sur un mode « léger, sarcastique et offensant sur le voile islamique ».

Deux considérations méritent d’être signalé dans cette histoire :

1- Le cheikh Badri qui a émis cette fatwa, n’est pas un inconnu, loin de là. Puisqu’il avait déjà lancé des fatwas contre certains réformistes pour « atteinte à l’islam ». Ce fut le cas du poète Helmy Salem et surtout de Nasr Hamed Abou-Zeid qui avait été condamné en 1995 par un tribunal égyptien -suite à une plainte du cheikh Badri- à se séparer de sa femme pour « apostasie ».

Jugement qui avait obligé le couple à s’exiler au Pays-Bas pour échapper à son exécution !

2- Malgré les bêtises répétées du cheikh Badri qui semble s’être autoproclamé gardien de l’islam alors qu’il n’en a même pas la légitimité de lancer des fatwas (comme l’a rappelé le penseur égyptien Gamel al-Banna), ce dernier et jusqu’à aujourd’hui membre du Conseil suprême islamique en Egypte. Une fonction officielle qui permettrait aux autorités égyptiennes de rappeler leur fonctionnaire à l’ordre. Chose qui n’a jamais été faite et qui permet au cheikh Badri de continuer ses compagnes acharnées contre tout ceux qui critiquent la poussée islamiste en Egypte.

Dans l’absence d’une décision administrative prise contre le cheikh Basri qui pourrait par sa fatwa faire perdre à l’Égypte des million de dollars en s’attaquant à Naguib Sawirs. La meilleure réponse appropriée de la part de ceux qui sont victimes de sa machine à fatwas pourrait parvenir de poursuites judiciaires diligenter contre lui auprès des tribunaux Egyptien. 

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Posté par Hamza Belloumi à 14:54 - Fatwas - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 6 octobre 2007

Fatwas politique

Al_AzharLe phénomène des fatwas se développe jour après jour et les cheikhs ne cessent « d’explorer » des sujets sur lesquels les religieux n’avaient pas leur mot à dire auparavant et où ils excellent aujourd’hui : c’est le cas du domaine politique où même s’il y avait auparavant des avis de jurisconsultes musulmans à caractère politique, ils n’étaient pas aussi imprégnés de politique que les fatwas des savants de nos jour.

Pour vous illustrer ce que je viens de dire, j’ai choisi de vous entretenir à propos de trois fatwas émise par ce que l’on considère -en tant que musulmans- être les plus hautes autorités compétentes dans ce domaine : il s’agit d’une fatwas émise par le mufti de l’Arabie Saoudite et de deux autres émises par Al Azhar, l’une des plus grandes institution sunnites dans ce domaine.

Interdiction du Djihad

Dans une fatwa rendue public par l’agence de presse saoudienne le 1 octobre dernier, le mufti de l’Arabie Saoudite et président du conseil des savants saoudiens et de l’administration des recherches et des fatwas, le cheikh Abd Al Aziz Al Cheikh (photo) s’est emporté contre les islamistes saoudiens qui quittent leur pays sous prétexte du djihad considérant que leurs actes nuisent à l’islam et qu’il réalisent de « sales opérations » suite à leur manipulation.

Mufti_de_l_Arabie_SaouditeCritiquant le manque de connaissances religieuses de la part de ses concitoyens, le mufti a considéré que ceci était la cause de leur « manipulation par des organisations étrangères qui les utilisent au nom du djihad… au point que nos jeunes sont devenus une marchandise qui s’achète et se vend par des orientaux et des occidentaux. »

Cette critique du cheikh est considérée comme la plus violente jamais adresser aux adeptes du djihad en Arabie Saoudite par une autorité aussi importante que le mufti du royaume.

Une position qui aurait pu être intéressante si elle n’était pas d’une part politique et d’autre part obéissant à la fameuse « règle » des deux poids deux mesures.

En effet, comme l’indique Abd Bari Otwane, le rédacteur en chef du journal Al Quds Al Arabi, « il faudrait peut être rappeler au cheikh que lui et plusieurs membres du conseil des grands savants avaient émis des fatwas qui soutenaient le djihad en Afghanistan pour le libérer des forces communistes impies, et qu’ils ont ordonnés aux imams des mosquées au long et au large du royaume d’inciter les jeunes à aller combattre à coté des moudjahiddines… et plus encore, les mosquées étaient devenus de véritable centre d’impôt où on ramassait les dons… il faudrait peut être rappeler aussi que les fatwas incitant au djihad en Bosnie, en Tchétchénie, au sud des Philippines et a Thaïlande ne se sont jamais arrêter et nous n’avons jamais entendu qu’un érudit saoudien ait émis une fatwas qui condamnait ces opérations ou qui a dit que le djihad dans ces pays était une ‘‘sale opération’’. » avant de conclure « s’il y a des gens qui profitent de la jeunesse saoudienne et qui la transforme en un outil aux mains d’organisations étrangères qui l’utilise au nom du djihad, ce sont sans doute quelques uns des plus haut savants qui mettent leur fatwas au profit des régimes au pouvoir et pour la satisfaction d’objectifs qui ne sont ni arabe ni islamique dans la plupart des cas. Car lorsque le djihad est dirigé contre l’Union Soviétique en Afghanistan et au Tchétchène et les Serbes en Bosnie et au Kosovo il est considéré comme un acte légitime, comme une obligation récompensée par la Paradis. Mais lorsque ce djihad est dirigé contre les Etats-Unis d’Amérique et leurs forces en Irak ça devient « sale » et suspicieux et dans l’intérêt d’organisations étrangères… ».

Nous aurions souhaité qu’au lieu de prendre ce genre de fatwas à deux poids deux mesures, le mufti de l’Arabie Saoudite soit à la hauteur de ses responsabilités envers tous ceux des musulmans qui croient encore dans ses fatwas et prenne une position de principe interdisant tout type de violence adressée contre les civils et ceux quelques soit les prétextes et les excuses.

Au lieu de cela, nous n’avons qu’une fatwas politique de plus émise conformément aux ordres du prince Naïef Ibn Abdelaziz, ministre de l’intérieur, qui avait exhorté au début de l’année ses cheikhs à adopter des positions plus sévères contre le ralliement des jeunes saoudiens aux combattants irakiens.

Interdiction d’aborder l’état de santé du président de la République

Passant maintenant aux fatwas émises par Cheikh Al Azhar, autrement dit, la plus haute autorité musulmane en Egypte. Dernièrement, cette institution a émis deux fatwas polémiques  qui furent très critiqués à l’intérieur même de l’Egypte.

En effet, avant le dernier référendum auquel les égyptiens ont étés invités à participer, et craignant un fort taux d’abstention, les autorités égyptiennes ont donnés l’ordre  aux responsables d’Al Azhar d’émettre une fatwa qui condamne l’abstention !

Et c’est vraiment ce qui c’est passé  avec une fatwa qui condamnait la non participation au référendum considérant que cela relève « du refus de témoignage » puni par Dieu !

Malgré tous ces efforts, le taux de participation des égyptiens à ce référendum n’a pas dépassé les 30 % selon les autorités (moins de 10 % selon l’opposition).

Autre fatwa non moins polémique et politique émise par la même institution, celle qui condamne des journalistes pour s’être interrogé sur l’état de santé du Président Moubarak !

Cette fatwas émise après l’arrestation de ces journalistes condamne ces derniers pour diffusion de fausses informations conduisant à la « Fitna » (la scission).

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Posté par Hamza Belloumi à 14:52 - Fatwas - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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