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jeudi 7 juin 2007

Bourguiba et l'islam (4)

Bourguiba_et_le_CSP

« Ici gît Habib Bourguiba, libérateur de la femme ».

Cette phrase qui se trouve à l’entrée du mausolée des Bourguiba à Monastir résume parfaitement l’œuvre majeure du combattant suprême.

Certes, Bourguiba fut le libérateur de la Tunisie, son premier président, l’un des plus importants Leaders arabes…

Mais, Bourguiba fut surtout celui qui a eux le courage de promulguer un révolutionnaire Code du Statut Personnel (CSP) qui instaura la conception moderne de la famille en Tunisie et -surtout- libera la femme.

A jamais « Bourguiba restera associer à la libération de la femme » comme l’a dit le professeur Lotfi Chadli (dans une contribution faite à l’occasion du cinquantenaire de la promulgation du CSP à la Faculté des Sciences Juridiques, Politiques et Sociales de Tunis).

Le Code du Statut Personnel a été promulgué le 13 août 1956, avant même la promulgation de la Constitution tunisienne, ce qui fera dire à Lotfi Chadli qu’il fut « La véritable constitution de la Tunisie, du moins sa constitution sociale ».

Ce Code est révolutionnaire -comme nous l’avons dit- pour plusieurs raisons :

La plus importante est sans doute le fait de soustraire l’organisation, le règlement et le fonctionnement de plusieurs institutions, traditionnellement réglées par les religieux, des mains des Fouquahas à celles du législateur.

1- C’est ainsi que le pouvoir autoritaire dont disposait l’homme et qui lui donnait arbitrairement le droit de répudier sa femme sera complètement aboli. Désormais, le divorce ne se fait que par et devant le juge.

2- C’est ainsi aussi que « La polygamie est interdite. Quiconque, étant engagé dans les liens du mariage, en aura contracté un autre avant la dissolution du précédent, sera passible d’un emprisonnement d’un an et d’une amende de 240.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement, même si le nouveau mariage n’a pas été contracté conformément à la loi. » (Article 18 du CSP).

3- C’est ainsi aussi qu’on fixa l’age minimum du mariage « …l’homme avant vingt ans révolus et la femme avant dix-sept ans révolus ne peuvent contracter mariage… ».

4- C’est ainsi aussi que le consentement de la femme devient l’une des conditions sine qua non de la validité du mariage : « Le Mariage n’est formé que par le consentement des deux époux… » (Article 3 du CSP).

Alors que jusque là et conformément au rite Malékite, le père pouvait marier l’aînée de ses filles sans sa consultation.

5- C’est ainsi encore que le CSP régla partiellement la question de l’héritage de la femme. Je dis partiellement parce que même si l’égalité successorale entre hommes et femmes n’a pas été établie, la femme, après la promulgation du CSP a gagnée le droit d’hériter son père même si elle n’a pas de frères. Alors qu’auparavant, les règles de l’héritage faisaient que « la fille n’hérite pas tout ce que laisse son père si jamais elle n’avait pas de frères » comme l’avait rappelé Bourguiba en 1981.

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Mais, malgré son caractère révolutionnaire, Bourguiba a toujours tenu à démontrer que le Code n’était en rien contraire aux préceptes de l’islam. Oui, le Code s’oppose aux pratiques archaïques et rétrogrades qu’on avait l’habitude d’imputer à l’islam mais l’islam en est innocent, selon le combattant suprême.

C’est ce que dira Bourguiba en substance lors de la célébration de la fête de la femme tunisienne le 13 août 1965 lorsqu’il fustigera « les cerveaux gelés » qui avaient critiqués la promulgation du CSP et qui croyaient que « les pratiques et les bida [Innovations] faisaient partie de la religion ».

Et c’est aussi ce que confirmera récemment l’un des plus proche collaborateurs de Bourguiba M. Ahmed Mistiri : « Nous avons trouvés des difficultés à convaincre les gens de la conformité du Code du Statut Personnel à l’islam que se soit  les étudiants de la Zitouna, les intellectuels ou la plupart des tunisiens. Nous avons essayés de les convaincre que le Code n’était ni réformateur ni révolutionnaire et qu’il ne s’oppose point à la religion même si nous avons accordés beaucoup de droits aux femmes » (témoignage de Ahmed Mistiri dans le livre de Amel Moussa « Bourguiba et la question religieuse », Cérès édition, Tunis, 2006, p.54).

Et c’est justement pour l’avoir considérer comme « contraire à l’islam » que les religieux vont profiter de la promulgation du CSP pour entamer leurs attaques contre Bourguiba. (Voir Bourguiba et l’islam (3) : Bourguiba et les religieux).

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Heureusement, malgré toutes les critiques et l’acharnement de certains religieux sur les acquis du Code afin de les neutraliser, 50 ans après, non seulement, le Code est toujours là mais aussi les acquis de la famille en générale et de la femme en particulier ont été renforcés malgré que beaucoup de travail reste à faire et notamment l’établissement de la pleine et entière égalité successorale entre hommes et femmes. En plus, le Code est désormais protégé par la constitution qui stipule depuis 1997 dans son article 8 que « … les parties politiques doivent respecter la souveraineté du peuple, les valeurs de la Républiques, les droits de l’Homme et les principes relatifs au statut personnel. »

Seulement, ce n’est pas pour autant que Bourguiba se sentira tranquille dans sa tombe car les dangers sont toujours là et le fait que plusieurs tunisiens et tunisiennes n’ont toujours pas intériorisés les acquis du CSP montre que nous devons rester vigilant.

En effet, par les lacunes que contient le Code encore, par sa non intériorisation par la plupart des tunisiens « qui parlent comme si le CSP n’existe pas » et par le fait que les juges conservent un large pouvoir d’interprétation, auxquels s’ajoute la réislamisation que connaissent plusieurs sociétés arabes et le refus de plusieurs femmes des acquis du code (!), nous ne pouvons que rejoindre le professeur Yadh Ben Achour lorsqu’il dit « Oui le Code est une révolution. Mais … c’est une révolution menacée ! ».

…Et pour prolonger la lecture

Ainsi donc prend fin cette série d’article que nous avons consacrés à la relation de Bourguiba avec l’islam. Pour prolonger vos lectures -pour ceux qui sont intéressés par le sujet- je vous soumets les deux (uniques) livres écrits sur la relation de Bourguiba avec l’islam :

                                                                                                                                                                         

Bourguiba_et_l_islam_de_Lothfi_Hajji

« Bourguiba et l’islam, le commandement et l’imamat », Lotfi Hajji, sud édition, Tunis, 2004

Il s’agit d’un livre très intéressant, passionnant et facile à lire. Ce livre contient en plus des documents rares tels que la fameuse fatwas de Ibn Bez et le discours de Bourguiba de 1974.

                                                                                                         

                                                                                                       

                                                                                                         

Bourguiba_et_la_question_religieuse_de_Amel_Moussa

« Bourguiba et la question religieuse », Amel Moussa, Cérès édition, Tunis, 2006

Je ne partage pas les idées de l’auteur de ce livre pour qui les actions de Bourguiba s’expliqueraient tantôt par sa haine envers ses adversaires (les religieux) et tantôt par son amour a sa mère qui expliquerait à lui seul son engagement en faveur de la femme (!).

Mais le livre reste malgré cela intéressant, non point pour la lucidité des idées de son auteur, mais plutôt pour l’importance des témoignages historiques que l’auteur a réussit à recueillir auprès de plusieurs anciens proches collaborateurs de Bourguiba.

                                                                                                          

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Posté par Hamza Belloumi à 09:14 - Bourguiba et l'Islam - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 30 mai 2007

Bourguiba et l'islam (3)

                                                                                                                              

Bourguiba_et_les_religieux

Nous avons vu précédemment que pour plusieurs religieux Bourguiba fut considéré comme un incroyant. Il faut dire que le leader tunisien n’était pas du tout tendre ni envers les pratiques archaïques imputées à l’islam ni encore moins envers les religieux corrompus et fanatiques.

Ainsi, d’une part, Bourguiba va multiplier les cas de confrontation avec les religieux (et ce en s’aventurant sur des territoires interdits qui étaient réservés jusque là aux seuls Oulémas). Et d’autre part et afin d’ébranler la confiance que les tunisiens ont dans ces religieux, il n’hésitera pas à dévoiler leur secrets et leurs agissements contraires aux vertus de l’islam.

Bourguiba sur le terrain des religieux :

À coté du révolutionnaire Code du Statut Personnel, sur lequel je reviendrai dans un prochain post, Habib Bourguiba avait défié les Oulémas sur plusieurs plans :

1- En instaurant le planning familial.

2- En autorisant les intérêts dans les crédits bancaires (que les religieux considèrent riba).

3- En réformant l’enseignement religieux.

4- En réglementant l’assurance.

5- Il est allé même jusqu'à appelé les tunisiens au non respect du jeûne en Ramadan dans le but de sortir leur pays du sous-développement.

Mais le rêve de Bourguiba était celui d’instaurer l’égalité successorale entre hommes et femmes. Un rêve qui restera inachevé car comme le dit son ancien Premier Ministre Mohammed Mzali « Bourguiba a voulu instaurer l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes mais il n’a pas trouvé un verset coranique qui lui donne cette possibilité, et les religieux lui avaient répondu qu’en matière d’héritage et contrairement à la polygamie où en se basant sur certaines sourates et sur l’ijtihad on pouvait arriver à conclure son interdiction, tel n’était pas le cas pour l’héritage où les versets sont très clairs et ne se prêtent à aucune interprétation. Et Bourguiba m’avait dit à plusieurs reprises que la question de l’égalité successorale est restée dans son cœur, et que malgré ses tentatives, il n’avait pas trouvé un verset coranique qui lui permet de réaliser ce rêve. » (Amel Moussa, « Bourguiba et la question religieuse », Cérès édition, Tunis, 2006, p.123, en arabe).

C’est ainsi donc que Habib Bourguiba s’est aventuré sur le terrain des religieux, en ayant certes recours à certains d’entres eux pour l’aider à convaincre les tunisiens très conservateurs à cette époque. Mais face à l’opposition et au refus de certains de ces fouquahas de suivre ses interprétations, Bourguiba finira par leur livrer une guerre de laquelle il sortira gagnant.

Bourguiba s’attaque aux religieux :           

Dans son dernier livre « Bourguiba et la question religieuse » qui vient de paraître en Tunisie, Amel Moussa semble critiquer la manière avec laquelle Bourguiba avait attaqué les Oulémas. L’auteur considère que Bourguiba est allé très loin dans le dénigrement, la disqualification et même l’insulte des religieux. Et en se basant sur des exemples historiques, elle nous montre comment il n’a pas hésité à révéler au grand public des documents secrets qui prouvaient la corruption des fouquahas.

Ainsi Amel Moussa lui reproche d’avoir cité quelques noms de familles des religieux (Ben Achour, Djait, Nifer, Ben Mrad), elle lui reproche aussi d’avoir utilisé des expressions telles que : les religieux sont « incapables de comprendre le vrai sens de la religion », « la catastrophe réside dans le fait que la plupart de ceux qui ont étés éduqués dans les écoles traditionnelles souffrent d’un complexe qui les rend incapable de faire fonctionner leur cerveaux. » ou encore, « il n’y a plus l’espérance d’une évolution des Fouquahas ».

Moussa lui reproche aussi d’avoir tenu à lire, dans l’un de ses discours, la totalité d’une lettre adressée par Mohammed Saddek Naifer en 1917 au consul général français en Tunisie ainsi que le poème de remerciement qui l’accompagnée.

Dans cette lettre, écrite par un religieux tunisien qui espéré être désigné dans le haut conseil mixte, on pouvait lire : « Je suis fidèle à la France, je vous est rendu plusieurs services… je suis attaché à vous et j’en ait personne en dehors de vous. »

Contrairement à l’auteur, je ne vois rien de critiquable dans cette démarche. Bourguiba -comme toute autre personne- a le droit de dire ce qu’il pense des religieux et de leur enseignement. Et si jamais il a des preuves il peut aller jusqu’à dénoncer des pratiques qui ne se rattachent ni de près ni de loin à l’islam.

Car, j’aimerai rappeler à l’auteur, que les fouquahas, oulémas et autres religieux ne sont pas sacrés. Que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on peut se permettre de déclarer allégeance à la France, que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on va interdire à toute personne de nous critiquer ou de critiquer notre enseignement ou notre formation.

Habib Bourguiba n’a fait que constaté des faits -preuves à l’appuis- afin de lever cette sacralité illégitime dont bénéficiaient les religieux.

Et c’est justement pour cette raison qu’il sera à son tour attaqué par les religieux. Mais eux, contrairement à lui, ils ne s’arrêteront pas au stade de la critique et de la dénonciation mais ils dépasseront cela pour aller jusqu’à le déclarer apostat et même appeler à la révolte !

La riposte des religieux :

Ici, il faut faire la différence entre la riposte des religieux tunisiens et celle de ceux du Machrek :

* Pour les religieux tunisiens :

En riposte aux réformes et interprétations bourguibienne, la Tunisie connaîtra quelques confrontations entre Bourguiba et les religieux.

Parmi les plus importantes, nous pouvons citer le refus du Moufti de l’époque (le plus haut dignitaire religieux tunisien) Mr Mohammed Aziz Djait de publier une fatwa autorisant le non respect du jeûne en Ramadan. Un refus qui lui vaudra la remise en retraite anticipée par Bourguiba (et qui laissera le poste de Moufti de la République vacant pendant deux ans.)

Nous pouvons citer aussi la révolte que connaîtra la ville de Kairouan en janvier 1961 et qui se soldera par la mort de plus de 20 personnes et ce suite à la décision des autorités de transférer l’imam de Kairouan Mr Abd Rahman Kalif à Gabes.

Cette décision fut causée par les pratiques auxquelles se livrer l’imam à l’intérieur de sa mosquée.

En effet, Mr Abd Rahman a utilisé la mosquée comme un espace d’opposition, de contestation et de critique de la politique bourguibienne d’une part et il avait déclaré apostat toute personne qui ne jeûnerait pas en Ramadan d’autre part.

A part ces deux événements, la réaction des religieux tunisiens fut équilibrée.

*Pour les religieux du Machrek :

Ce fut Ben Baz, le premier qui décréta l’apostasie de Bourguiba et ce suite à un discours que ce dernier avait prononcé à l’occasion du « Colloque international des enseignants » qui s’est tenu à Tunis en 1974.

Interprétant le discours de Bourguiba, Ben Baz a dit que le président tunisien avait critiqué le Coran et avait dit qu’il contenait des légendes :

« Il a décrit le Prophète comme un simple homme qui voyageait beaucoup dans le désert et qui se réjouissait des légendes racontées dans son environnement, et qu’il a transmit ces légendes au Coran » (Lotfi Hajji, « Bourguiba et l’islam », Sub éditions, Tunis, 2004, p.16, en arabe).

Par conséquence, Ben Baz a exigé que Bourguiba s’en excuse publiquement, à défaut, que son pays suspende ses relations diplomatiques avec la Tunisie et il est allé même jusqu’à appeler les tunisiens à …la révolte contre « le despote » !

Malheureusement pour lui, rien de ce qu’il a réclamé n’a eu lieu. 

Comme Ben Baz, le Cheikh Karadaoui est allé lui aussi, dans son livre « l’extrémisme laïc à la confrontation de l’islam » (2002)  jusqu’à apostasié Bourguiba et le considérer comme « un ennemis de l’islam »  tout comme Ataturk.

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Posté par Hamza Belloumi à 22:25 - Bourguiba et l'Islam - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 16 mai 2007

Bourguiba et l'islam (2)

Bourguiba_et_la_laicit_

Ceux qui analysent le discours bourguibien relatif à l’islam classe Bourguiba dans l’une des catégories suivante :

1- une première tendance -majoritaire- le considère un laïc.

2- une autre tendance plus rigoureuse composée surtout de religieux le considère apostat.

3- Une troisième tendance ne voit en Bourguiba que le clone d’Atatürk.

Comme nous le voyant, toutes ces classifications tournent autour de la laïcité mais à différents degrés.

Avant d’aller plus loin il convient donc de définir la laïcité et de s’attarder un peu sur ses significations.

La laïcité est définie par Le Robert comme le « Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse ».

Certes il s’agit là d’une définition neutre et superficielle qui ne rend pas compte de l’utilisation idéologique faite du concept car -comme nous allons le voir- d’un pays à un autre et même d’une personne à une autre la signification de la laïcité va changer et ce en fonction de l’appartenance de chacun des intervenants.

C’est ainsi par exemple que Peter Berger définit la laïcité comme un nouveau phénomène qui, pour la première fois dans l’histoire de l’Homme, va provoquer chez de larges tranches de la société et non seulement auprès des intellectuels et philosophes la perte de la crédibilité du religieux.

Par contre, pour Claude Geffré, la laïcité est une invitation à la délivrance de l’homme du poids de l’institution religieuse et de ses lois.

Nous voyons bien comment les conceptions que se font ces auteurs français de la laïcité sont intimement liées non pas à la Laïcité mais plutôt à la laïcité française.

Et c’est pour cette raison que les conceptions qui nous seront proposées par les auteurs d’autres horizons spatio-temporelles seront légèrement -si non radicalement- différents :

Ainsi par exemple, Mohammed Arkoun pense que la laïcité est l’antidote du pouvoir religieux (ou des religieux) qui s’emploi à étouffer la liberté de penser chez l’homme.

Par contre, le célèbre cheikh Kharadaoui considère lui que « la laïcité est une marchandise occidentale qui n’a pas ses origines dans nos terres et qui ne respecte pas notre foi ».           

Avec ces quelques exemples nous voyons comment ce concept a pu être utilisé idéologiquement afin de servir les intérêts des uns et des autres.

Or une définition idéologique ne peut avoir d’intérêt que pour les adeptes de cette idéologie. Et partant ne peut servir de base à une étude sérieuse de n’importe quel phénomène.

Autrement dit, il nous faut dépasser toutes les conceptions manipulées que je viens d’évoquer de la laïcité pour aller se réfugier dans la définition neutre :


st la séparation du religieux et du politiquetre:de la laicités que je vient d'rs d's dans l'La laïcité c’est la séparation entre le religieux et le politique.

La Laïcité n’est pas la laïcité française, celle française n’est qu’une expérience comme celle italienne, belge, anglaise, turque… La laïcité n’est pas un laïcisme qui est une idéologie anti-religieuse, la laïcité ne combat pas les religions, elle instaure une égalité entre toutes les religions, elle permet aux adeptes de toutes les religions de pratiquer leurs foi  librement, mais ne permet à aucune institution (ou personnalité) religieuse d’interférer dans le domaines de l’Etat  et en particulier dans la loi et le fonctionnement des institutions.

La laïcité doit être un juste milieu, elle ne doit pencher ni du coté des religieux ni de celui des anti-religions.

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Une fois la définition dégagée, revenant maintenant aux classifications dans lesquelles Bourguiba a été inséré :

Bourguiba est-il un apostat ?

Je reviendrai dans le prochain article sur les arguments avancés par les Oulémas pour apostasier Bourguiba mais dés maintenant nous pouvons dire que malgré tous les arguments qui peuvent être avancés par ces Oulémas pour affirmer cette hypothèse, Bourguiba ne peut être considéré comme un apostat.

Pourquoi ?

Parce qu’un apostat ne se réfère jamais à la religion. Un apostat combat les religions ou du moins essaye de leur enlever toute sorte de légitimité. Un apostat ne se préoccupe jamais du sort d’une religion ou de son développement.

Or, Bourguiba s’est toujours référé à l’islam, il s’est employé à le défendre et même les critiques qu’il lui a adressés étaient dirigées contre une certaine conception de l’islam et non pas contre l’islam et n’avaient pas pour but de détruire l’islam mais de le développer.

Bourguiba est-il un clone d’Atatürk ?

Il est vrai que Bourguiba fut le premier à proclamer son admiration pour Atatürk et le fait qu’il le considéré comme un exemple à suivre. Mais de là à conclure qu’il fut un clone d’Atatürk qui ne faisait que reproduire ce qu’a fait ce dernier en Turquie, il y a une étape que je ne franchirai pas. Car contrairement aux religieux qui -pour valider leur thèse- se sont référés aux discours, articles et interventions de Bourguiba dans lesquels il invoquait avec admiration Atatürk, moi je vous invite à faire la différence entre deux domaines que le combattant suprême à très bien distinguer. Bourguiba faisait la différence entre Atatürk l’homme courageux, le combattant, le défenseur de la liberté et de l’indépendance de la Turquie d’une part, et Atatürk le réformiste d’autre part. pour le premier il avait admiration et respect mais pour le deuxième il avait des critiques et  peut être même des indignations.

Alors, si nous parlons de l’action du combattant suprême sur le terrain de la libération de la Tunisie et de son combat contre l’occupant français, alors là nous pouvons dire que Bourguiba fut influencé par Atatürk. Mais si nous parlons de l’action d’Atatürk contre l’islam et la laïcisation poussée qu’il a accomplit en Turquie par référence au modèle français, alors là Bourguiba ne l’a pas du tout suivit et il l’a même critiqué à plusieurs reprises.

C’est ce qui résulte par exemple d’un fameux article de Bourguiba dans lequel il avait écrit à propos d’Atatürk ce qui suit : « Atatürk est le symbole du combattant et pas celui du réformiste ».

Inutile donc de dire que Bourguiba fut un clone d’ Atatürk. C’est lui même qui affirme le contraire.

Bourguiba est-il un laïc ?

Venant maintenant à la conception majoritaire qui considère que Bourguiba est un laïc. Malgré que cela puisse choquer plusieurs d’entre vous, je dirais que je ne considère pas Bourguiba comme un laïc mais plutôt comme un réformiste.

J’utiliserai ici presque les mêmes arguments que j’ai utilisé pour répondre à l’apostasie de Bourguiba.

Comme il ressort de la définition neutre de la laïcité, un homme laïc est certes quelqu’un qui respecte les religions mais il n’essayera en aucune manière de développer l’une d’entres elles en adoptant un discours religieux. Il se placera toujours sur le plan du droit, de l’Etat et de ses institutions et son discours sera accès exclusivement sur les principes qui gouvernent l’Etat et ses institutions. Et dans tous les cas de figure, il ne s’improviserait pas Moujtahid pour aller puiser ses arguments dans les textes religieux tout en leur donnant de nouvelles interprétations.

Or, Bourguiba a fait tout cela : il n’a jamais parler d’une question qui a des liens avec l’islam sans se référer aux textes religieux et plus précisément au Coran. Il a certes donné des interprétations originales (dans le sens étranges à celles des Oulémas) à certaines sourates, mais il l’a fait sous l’étiquette de l’Ijtihad (ou le raisonnement individuel) et pas du tout en rupture avec le texte sacré.

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C’est pour toutes ces raisons que je considère que Bourguiba est en premier lieu un réformiste et peu être un réformiste (un peu) laïc. Mais il ne peut être considéré ni comme un clone d’ Atatürk ni encore moins comme un apostat.             

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Posté par Hamza Belloumi à 23:28 - Bourguiba et l'Islam - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mercredi 4 avril 2007

Bourguiba et l'Islam (1)

la_relation_de_Bourguiba_avec_l_islam

Le 6 avril 2007, on commémorera le 7 anniversaire de la mort du premier président de la Tunisie indépendante Habib Bourguiba.

Le Combattant Suprême, qui régna sur son pays à partir de l’indépendance et jusqu’en 1987, fut l’un des plus importants leaders arabes du 20ème siècle et ce parce qu’il fut l’un des rares qui avaient une vision et un projet pour leurs pays.

Pour Bourguiba, tout devait être mis en œuvre pour sortir la Tunisie du sous-développement et bâtir une société moderne. Un objectif qui poussera le leader tunisien à déclencher les hostilités envers tout ce qui est archaïque, décadent ou participant de près ou de loin au sous-développement de son pays. Et l’islam -ou plutôt une certaine vision- ne sera pas épargné des critiques d’abord et puis des réformes de Bourguiba : contrairement à ses paires arabes, en matière de réformes religieuses et culturelles, Bourguiba joignit l’action à la parole et fut par conséquence l’unique qui entrepris la difficile tache de désacraliser plusieurs institutions -que les siècles et les fouquahas ont rendus- sacrés.

Mais l’œuvre de Bourguiba dans ce domaine ne s’arrêtera pas à ce stade mais le dépassera pour réformer mêmes des institutions aussi délicates que la polygamie, la justice, l’enseignement religieux… et il n’hésitera pas à heurter les musulmans avec ses idées sur le jeûne ou le Djihad.

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Mais pourquoi revenir aujourd’hui sur la relation de Bourguiba avec l’islam ?

Une partie de la réponse a été déjà donnée : parce que Bourguiba fut l’unique président arabe qui a osé critiquer et réformer l’institution religieuse.

Mais plusieurs autres raisons expliquent mon choix de revenir -20 ans après la fin du règne de Bourguiba- sur sa relation avec l’islam :

1- Malgré qu’il fût le premier président arabe qui osa critiquer certaines institutions musulmanes archaïques, Bourguiba reste jusqu’à nos jours l’unique à avoir entrepris cette tache.

C’est pour savoir les raisons du non engouement des dirigeants arabes pour la méthode Bourguiba que nous avons entrepris de revenir sur la relation qu’il avait avec l’islam.

2- Tous les problèmes que Bourguiba avait entrepris de résoudre il y a 50 ans sont toujours d’actualités dans toutes les sociétés arabo-musulmanes : de la question de l’émancipation de la femme à celle de la réforme de l’enseignement religieux.

50 ans après, et alors que Bourguiba avait depuis présenté certaines réponses à ces problèmes, les sociétés arabes continuent à se poser les mêmes questions.

C’est pour essayer de comprendre les raisons de la réussite des réformes bourguibiennes en Tunisie et les causes du peu d’échos dont elles bénéficient dans le monde arabes que nous avons entrepris de revenir sur la relation de Bourguiba avec l’islam.

3- Bourguiba est présenté aujourd’hui par la majorité des arabes et beaucoup de ses concitoyens comme étant -au mieux- un laïc et -au pire- un incroyant.

Une vision certes réductrice et simpliste d’un homme qui consacra beaucoup de son temps et de son énergie à vouloir réformer l’islam et non pas l’abolir.

C’est donc pour présenter d’une part le travail effectué par Bourguiba dans la modernisation et la sécularisation de la société tunisienne et d’autre part pour répondre à la question de l’incroyance de Bourguiba que nous avons entrepris de revenir sur la relation de Bourguiba avec l’islam.

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Pour pouvoir répondre à toutes ces questions, nous allons essayer -à partir de la semaine prochaine- d’analyser les propos de Bourguiba sur l’islam, ses actes, ainsi que les points de vues des oulémas à son propos. Et nous allons aussi essayer de vérifier les résultats de ses idées et de ses réformes en comparant entre celles-ci et la situation dans le reste des pays arabes.

Un travail dans lequel nous chercherons l’objectivité ; loin de l’apologie politique d’une part et des clichés islamistes d’autre part.

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Posté par Hamza Belloumi à 23:20 - Bourguiba et l'Islam - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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