editorial

Jeune démocratie souvent cité en exemple en Afrique pour le respect par ses dirigeants de la Constitution, le Mali -pays majoritairement musulman (90 % de la population)- connaît depuis plus d’une année une vive polémique autour du nouveau « Code des Personnes et de la famille ». Malgré son adoption par l’Assemblée Nationale depuis aout 2009 et devant le tollé général provoqué par certaines de ses dispositions, le Président Amadou Toumané Touré a renoncé à le promulguer.

 Les articles les plus critiqués sont ceux relatifs aux nouveaux droits des femmes (évidemment) : interdiction de l’excision, fixation de l’âge minimum du mariage à 18 ans (au lieu de 15 actuellement) et surtout établissement de l’égalité successorale entre filles et garçons. A cause de ces dispositions et en particulier de la dernière (révolutionnaire dans un pays musulman) le Haut Conseil Islamique (HCI) a refusé le texte jugeant qu’il ne correspond pas « aux réalités culturelles » du Mali.

Jusque là il était question de débat et d’échanges d’idées indispensables dans ce genre de situation. Il est en effet normal qu’un texte présentant plusieurs aspects inconnus jusque là par les maliens alimente les débats.

Simplement, depuis avril dernier la situation s’est beaucoup dégradée et désormais celui qui est pour le texte risque la mort. Ainsi, nous venons d’apprendre qu’un imam de la ville de Kati, El-Hadj Sékou Ahmadou Diallo a été jugé « ennemi de Dieu » (au cours d’une réunion qui a regroupé tous les imams de la ville) et accusé de « trahison » (par la Ligue malienne des imams et érudits) pour avoir déclaré « Je ne vois pas en quoi ce code, porte atteinte à nos valeurs socioculturelles, encore moins à l’islam ». Depuis, les menaces de mort ont obligé l’imam à quitter Kati pour une destination inconnue.

Face à une telle situation, il est indispensable que les dirigeants politiques (et en premier lieu le président de la République) prennent l’initiative de trancher la question. L’Assemblée Nationale à déjà voté ce texte, il est donc nécessaire de le mettre en application. Le HCI et les autres organisations et associations islamiques ont le droit de le critiquer. Simplement, ces derniers ne gouvernent pas le Mali et les imams et autres religieux membres de ces organismes sont dans l’obligation de mettre en application les textes adoptés par le Parlement.

Ce n’est que le manque de courage politique qui explique que dans plusieurs pays nous continuons à voir des textes « révolutionnaires » mort-nés à cause de l’opposition de certains illuminés qui pensent être les protecteurs de la société et de la religion. Nous avons déjà évoqué cette question à propos du Yémen ou les responsables politiques sont dans l’incapacité d’interdire le mariage des mineures. Dans les deux pays la situation est comparable : à défaut d’une décision politique courageuse qui impose le respect des droits de l’homme, les religieux continueront à décider pour… tout le monde.

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