L’islam en Occident ou l’islam Occidental fait désormais de plus en plus parler de lui. Ainsi, edito_islamiquadepuis longtemps déjà, à Londres existe un quartier qui sert de repaire aux islamistes les plus radicaux. Les plus extrémistes des « penseurs » islamistes sont passés par là. Jusqu’à aujourd’hui, ce quartier, malgré les progrès réalisés, reste un bastion de l’islamisme. Malingre Virginie, du Monde l’a visité au début de l’année est elle est revenue avec le constat suivant : les islamistes radicaux n’ont pas disparu de Londres, ils ont simplement changé de tactique.

Les islamistes sont beaucoup moins présent en France mais l’islam fait parler de lui beaucoup plus. Dans une récente enquête, appuyée par un sondage, Jeune Afrique revient sur le mal-être des musulmans en France « blessés » par la stigmatisation dont ils sont l’objet.

Loin de l’Europe et plus exactement aux Etats-Unis, comment serait aujourd’hui la situation des musulmans dans un pays où la communauté musulmane avait souffert des retombées des événements du 11 septembre ? Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, FLANDRIN Antoine de Jeune Afrique nous fait savoir que malgré certaines difficultés, les musulmans d’Amérique réussissent de plus en plus dans… la politique.

Dans ce dossier réservé à l’islam en Occident, je vous propose d’abord de partir à la découverte du Londonistan, avant de poursuivre avec la situation des musulmans en France et de faire ensuite l'état des lieux de la situation des musulmans aux USA. Nous conclurons enfin notre dossier par des extraits exclusifs du livre du professeur Yadh Ben Achour, « Aux fondements de l’orthodoxie Sunnite » où l’auteur analyse d’une manière extrêmement lucide le rôle joué par l’islam d’Occident. Il considère même que l’avenir de l’islam est en Occident !

H.B

 

Londres… bastion de l’islamisme

londonistan

Au Desert Rose Cafe, ce matin la, Anjem Choudary n’a aucun doute. Il est sur de parvenir a ses fins – faire de la Grande-Bretagne un califat – grâce «à un coup d’Etat militaire», s’il le faut. Ce Britannique d’origine pakistanaise de 42 ans, qui animait le site Internet Islam4UK jusqu’a ce qu’il soit interdit le 14 janvier, est venu accompagne de deux jeunes hommes, barbus comme lui. Aubar, « [son] frère» Yazid, un Algérien installe à Londres depuis vingt-trois ans, l’accueille à bras ouverts. Nous sommes dans l’Est londonien, l’East End, au bout de la Victoria Line, à quatre stations de métro de Finsbury Park et de la mosquée du même nom qui a longtemps servi de repaire aux islamistes les plus extrémistes. Le Desert Rose Cafe trône sur l’une des artères du « Londonistan », le sanctuaire des militants de l’islam, par ou sont passes nombre de terroristes. M. Choudary, comme tout ce que le pays compte de musulmans radicaux, est sous haute surveillance. (…) La menace est extérieure, mais pas seulement. Depuis le 7 juillet 2005 –quand différentes bombes placées dans les transports en commun londoniens ont fait 56 morts et 700 blesses –, le Royaume-Uni a du admettre ce qui lui semblait impensable: certains musulmans, qui sont nés sur son sol et y ont grandi, sont prêts, au nom d’Allah, a tuer leurs concitoyens. «Cela a été un choc. Ce ne sont pas des Américains qui ont fait le 11 -Septembre. Ce sont des Britanniques  qui ont fait le 7 juillet », commente Muhammad Abdul Bari, secrétaire général du Muslim Council of Britain.

« Si le terrorisme, c’est vouloir faire régner la charia, alors je suis le plus grand terroriste du coin », lance M. Choudary avant de vanter les vertus d’un Etat islamiste, dont «l’alcool, la fornication, l’homosexualité, le jeu, la promiscuité, la drogue» seraient exclus. Un Etat «où l’eau, l’électricité et le gaz seraient gratuits, conformément aux enseignements du Coran», et ou «tout le monde aurait accès à un logement, à des habits décents et à de la nourriture». 

«Il y a en Angleterre une petite quinzaine d’hommes comme M. Choudary», explique Peter Neumann, a la tête d’un centre de recherche sur le sujet au sein de Kings College: «Londres reste le centre européen des extrémistes musulmans.» Le Londonistan est même plus vivant que jamais. A en croire le contre-espionnage, le MI5, il y a au Royaume-Uni 2000 musulmans identifiés comme terroristes présumés, pour la plupart des Britanniques. Et bon nombre d’entre eux seraient sous le contrôle d’Al-Qaïda au Pakistan. En 2006, ils étaient 1600, avaient juge les services de renseignement intérieur. En2003, on en comptait à peine plus de 400. «La guerre en Irak aux côtés des Etats-Unis, et en dehors des Nations unies, a radicalisé certains musulmans», juge M. Bari. Pourtant, l’arsenal antiterroriste du Royaume-Uni s’est considérablement étoffé. 

Les arrestations se sont multipliées, une centaine d’islamistes ont été mis derrière les barreaux pour crime lie au terrorisme. Des organisations extrémistes, qui avaient pignon sur rue, ont été interdites. Les trois hommes forts des réseaux islamistes britanniques ont été neutralises. Abou Qatada, celui que le MI5 appelait «l’ambassadeur de Ben Laden en Europe», a été emprisonne en 2002, dans la foulée du 11-Septembre, puis une nouvelle fois en aout 2005. Abou Hamza, qui fut l’imam de la mosquée de Finsbury, connait le même sort depuis 2004, quand il a été incarcère sur la base d’une demande d’extradition des Etats-Unis visant des faits de terrorisme. Quant a Omar Bakri Mohammed, qui appelait les terroristes du 11 Septembre les «19 magnifiques», Londres lui interdit de revenir du Liban ou il était parti «en vacances» après les attentats de 2005.

 

Et malgré tout, le Londonistan a continue à s’étendre. Ses anciens leaders n’ont pas disparu. En septembre2009, le think tank Quilliam Foundation a révèle que, du fin fond de sa cellule dans le Worcestershire, Abou Qatada continuait à œuvrer sur Internet, appelant a la guerre sainte, de livrant des fatwas et militant pour le meurtre des musulmans modérés. Quant au prêcheur Omar Bakri Mohammed, il animait encore jusqu’a il y a quinze jours, en direct de Tripoli, des vidéo conférences, pour ses fideles que son ancien associe londonien, M. Choudary, réunissait chaque semaine. Les réseaux ont tenu bon. «Hamza et Bakri recrutaient chez les jeunes défavorisés. Ils avaient chacun près de 2000 fidèles qui participaient à toutes les rencontres qu’ils organisaient. Qatada, le seul à avoir étudié le Coran, était plus intellectuel et ralliait donc moins de monde», explique M. Neumann. Ces gens-la n’ont pas abandonne la lutte. «Vous ne pouvez pas tuer les idées», résume M. Choudary. «La culture djihadiste qui était avant 2005 totalement publique est devenue souterraine. Mais rien n’a disparu », assure M. Neumann. Les organisations radicales, même interdites, continuent leurs activités de manière informelle. Elles ne distribuent plus de tracts dans les rues. Internet et les téléphones portables ont pris la relève. Les réunions qui se tenaient dans les mosquées ont migré vers les centres communautaires, ou les universités.  «Malgré tout, juge M. Neumann, la Grande- Bretagne est aujourd’hui bien plus sûre qu’elle ne l’était en 2005.» Les services de renseignement intérieurs ont plus que doublé leurs effectifs et recrute autant de musulmans que possible. «En 2000, le MI5 savait ce qui se passait dans les milieux djihadistes, mais ils laissaient faire, persuadés qu’il ne se passerait rien sur le sol britannique », poursuit l’universitaire. «Nous ne sommes pas violents, se défend M. Choudary. Je ne voudrais pas tuer quelqu’un, mais je comprends ceux qui ont perpétré les attentats du 11 Septembre ou du 7 juillet.» Effectivement, Islam4UK, pas plus que ses homologues, ne fomente d’acte terroriste au sens propre du terme. «Mais elles préparent les gens idéologiquement. Et quand ils sont mûrs, elles savent leur donner le bon contact », poursuit M. Neumann. Une vingtaine de terroristes incarcérés ces dernières années ont été des fideles d’Omar Bakri Mohammed.

 

Source : MALINGRE Virginie, «  Le ‘‘Londonistan’’ ne dort jamais », Le Monde, 28 janvier 2010