editorial

Encore une fois, le Yémen fait parler de lui, mais encore une fois, il s’agit de nouvelles scandaleuses et honteuses. Au pays du « mariage forcé des mineures », les petites filles subissent de plus en plus d’atrocités. Dernière en date, la petite Elhem Mehdi Al Assi, décédée le 2 avril dernier suite à « une hémorragie interne causée par une déchirure vaginale » selon le rapport des médecins de l’hôpital Athoura à Sanaa. La petite fille, âgée de 13 ans, a été mariée à un homme d’une trentaine d’années le 29 mars dernier dans le cadre d’un mariage traditionnel yéménite connu sous le nom du « mariage d’échange ». Le principe est simple : vous mariez votre fille à un garçon d’une autre famille si seulement cette dernière accepte de marier sa fille à votre garçon ! En vertu de cet « échange », le demi-frère de Elhem a pu se marier de la sœur de son beau-frère.

Selon un reportage diffusé par Al Arabiya, le mari, incapable de coucher avec son « épouse » durant plusieurs jours aurait essayé différentes techniques sans succès. Pour remédier à ses difficultés, il aurait utilisé un stimulant sexuel  (dans la nuit du 1 au 2 avril) qui lui a permit de « violer » sa femme.

manif_Yemen_2Avec sa mort, Elhem devient certainement le symbole de la lutte pour l’interdiction du mariage des mineures au Yémen. Mais aussi et surtout elle est le symbole de l’impuissance des politiques face aux religieux extrémistes. Si non, comment expliquer qu’après des centaines de cas de viol et de maltraitances, les autorités yéménites ne bougent pas le petit doigt pour mettre fin a ce cauchemar ? Comment expliquer que la mort en septembre dernier d’une petite fillette de douze ans alors qu’elle mettait au monde son enfant ne pousse pas les autorités yéménites à prendre les mesures nécessaires contre ces pratiques ?  Rien ne l’explique, rien ne l’excuse. Les pseudo-arguments religieux ne peuvent être valables et un manif_Yemendirigeant politique doit savoir prendre ses responsabilités. En mars dernier, il y avait pourtant une partie de la société yéménite qui est descendue dans les rues de la capitale pour dire « oui à une loi interdisant le mariage des filles âgées de moins de 17 ans ». Mais très vite, les extrémistes -des parlementaires aux religieux- se sont organisés et ont fait descendre dans les rues des milliers de femmes et d’hommes contre le projet de loi. Logique dans un pays ou 52 % des femmes mariées l’ont été avant l’âge de 15 ans !

Je ne discuterai point les raisons avancées par « les défenseurs du viol des mineures » (c’est un titre que toute personne favorable aux mariages des mineures mérite de porter) car aucun argument ne peut justifier les atrocités commises au nom d’une vision religieuse rétrograde.

Zendani_yemenD’ailleurs, mon message ne s’adresse point au religieux, incapable de réviser leur position ou d’admettre leurs erreurs. Mon message s’adresse plutôt aux politiques. Les politiques de toute part (et en premier lieu les yéménites et les arabes) qui doivent arrêter le massacre. Ces politiques que j’invite à se rappeler d’un grand politique qui fut capable d’imposer la modernité face à des pratiques archaïques de sa société. J’ai nommé Habib Bourguiba, le seul président arabe à avoir imposé dès 1956 la fin de la polygamie dans son pays et ce malgré les réticences, la résistance et le refus de larges parties de la société tunisienne. Les responsables yéménites, ont-ils ce type de courage ? Peuvent –ils imposer aujourd’hui un âge minimum pour le mariage des filles (et des garçons) ? Je reste très réticent concernant leur volonté et leur courage politique. Car aujourd’hui le Yémen, pays extrêmement pauvre, est un eldorado islamiste. Les extrémistes de toute part y ont trouvé refuge et certains d’entre eux (comme le cheikh Zendani, fondateur et président de l’université Al Iman) sont même des alliés du pouvoir et peuvent donc se permettre de lancer des campagnes contre la détermination de l’âge minimum du mariage des jeunes filles. Que faut-il faire alors ? Je pense que dans l’état actuel des choses : une majorité yéménite conduite par des religieux fondamentalistes lui dictant sa pratique et ses croyances, la première des choses à faire est une vaste campagne de sensibilisation contre le mariage des mineurs, suivi d’une interdiction de « l’apologie du mariage des mineurs ». Ce n’est qu’à ces conditions que nous pouvons espérer une amélioration de la situation des mineurs au Yémen pour finir (certainement pas avant plusieurs années) par une interdiction légale de ces mariages.

Pour y parvenir, les médias et les ONG ont un rôle primordial. Rien ne poussera les autorités yéménites à réviser leur position qu’une pression internationale dans ce sens.  Et malgré ma réticence face à ce type d’action, je pense qu’aujourd’hui la protection des fillettes aux Yémen doit l’emporter sur toute autre considération. Ces petites n’ont aucune protection puisque même leurs familles les utilisent comme de simples monnaies d’ « échange ».  

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