mardi 29 septembre 2009
Tariq Ramadan ou… comment cataloguer pour mieux juger ?

Je viens de vivre l’amère expérience d’un débat stérile (parce que non fructueux) avec quelques unes des personnes qui ont visionnés l’intervention de Tariq Ramadan chez Ruquier samedi 26 septembre sur France 2.
Tariq Ramadan (pour ceux qui ne le connaissent pas) est un islamologue suisse d’origine égyptienne... Il est souvent présenté dans les médias (surtout français) comme un homme intelligent et rusé, à double discours, adepte des frères musulmans… Un cliché qu’on a fini par admettre en considérant Ramadan définitivement comme un manipulateur, un démagogue et un « salafiste de charme ».
Chaque fois où on lui donne l’occasion de s’exprimer à la télé (et c’est très rare) l’homme se trouve toujours dans l’obligation de se justifier et de répondre à ce « qu’on pense » qu’il a dit. Ainsi, lorsqu’il déclare que –faute d’une société arabo-islamique prête à renoncer à ce qu’elle considère sacré et en attendant de déconstruire et reconstruire le discours religieux sur les châtiments corporels- il faut un moratoire sur leur application, tout le monde crie au scandale : « Ramadan n’est pas pour l’interdiction des lapidations, il ne propose qu’un moratoire, c’est un double discours ».
J’ai voulu alors profiter de l’occasion de son passage chez Ruquier pour faire le point sur les idées développées par ce « dangereux islamiste ».
Qu’en est-il ?
Je découvre un religieux, qui ne part dans ses analyses que des textes sacrés (qu’il dit prendre très au sérieux) mais qui arrive à des conclusions intéressantes… pour un religieux. Il nous dit qu’il est (à terme) contre les châtiments corporels, contre le mariage forcé, contre l’application de la Chariaa telle qu’elle est…
Certes, il a des positions qu’on ne partage pas, comme une reconnaissance (implicite) du caractère obligatoire du voile en islam…
Malgré cela, je pense que pour un religieux, ce qu’il fait – un travail de déconstruction / reconstruction de l’intérieur de l’islam- est très intéressant et qu’il mérite notre considération.
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Pour avoir dit cela, on m’a qualifié -au cours de cette discussion- « d’islamiste », « d’agressif », « d’adeptes des frères musulmans » …
Evidement, je n’accorde à ces jugements passionnels et passionnés que très peu d’intérêt comme je fais d’ailleurs pour les jugements « d’apostasie » et « d’hérésie ».
Tariq Ramadan n’est certainement pas un saint mais de la à lui faire un procès d’intention (« oui, il a dit ça mais… ») …c’est un pas que je ne franchirai pas.
Maintenant, au delà de Ramadan, si j’en parle aujourd’hui c’est pour dénoncer l’idée que ces personnes ont de « la vie en commun ». Quelle société ils nous proposent ? Une société où les uns exclus les autres ? Une société ou vous êtes « avec ou contre moi » (comme l’a dit un tristement célèbre président) ? Une société où on doit impérativement être catalogué ? …
J’avais signalé dans un précédent post la dangerosité de « l’autre extrémisme », celui de ceux qui ne pensent qu’à condamner, dénoncer, attaquer… le discours religieux, tout discours religieux.
Or, il faut se rendre à l’évidence : nous vivons dans des sociétés imbibées de religion. Même si nous pensons que la religion ne devrait pas dépasser la sphère de la vie privée, il y a des gens qui ne le pensent pas et qui souhaitent (et même militent) pour la voir régir toute notre vie.
Pour arriver à des solutions il faut dialoguer avec ces gens là (du moins ceux d’entre eux qui acceptent l’échange). Il faut les écouter puis exposer ses points de vue et enfin essayer de les convaincre. L’exclusion n’a jamais été une solution.
Si on a le courage de dire cela, on peut être catalogué par les extrémistes de toute part et être condamné par les uns comme par les autres. Ce n’est point le plus important… mais c’est dangereux. Car si ײles élitesײ des deux tendances (les religieux et les non religieux pour faire simple) n’apprennent à leurs disciples que la haine de l’autre et l’art de l’exclure, alors on ne peut s’attendre qu’au pire et… adieu la vie en commun.
dimanche 27 septembre 2009
Bader à Islamiqua : « votre projet n'est pas de rectifier l'Islam…mais de produire un autre Islam »
Suite à l’article de Ikbel Gharbi publié sur Islamiqua, un débat (un peu) houleux à vu le jour entre certains lecteurs et l’administrateur du blog.
L’objet du débat portait sur la position de ce blog sur la réforme en Islam et « le manque de clarté de ses prises de position ».
Nous avons décidé de publier les commentaires les plus pertinents de nos lecteurs sans aucune modification.
Dans le commentaire que nous publions aujourd’hui, Bader reproche à Islamiqua un projet qui ne vise pas à rectifier l’islam… mais à produire un autre islam.
Ci-dessous l’intégralité de son commentaire :
Le projet d’Islamiqua n'est pas de rectifier l'Islam…mais de produire un autre Islam
[Sur Islamiqua] vous n'avez à aucun moment, aucun je dis bien, critiquer l'institution religieuse et la forme que la religion prend actuellement dans la société. Ce que vous critiquez ce sont les croyants. Vous critiquez des personnes et pour vous il n'y a pas de sexisme préalable à la religion, pas d'autoritarisme préalable à la religion, pas de problèmes sociaux hors la religion et des facteurs ethniques. Comme s'il suffisait de tenir un discours non-religieux pour être émancipateur. Comme si les sociétés que vous critiquez ne sont pas patriarcale, autoritaire, dans tous leurs mécanismes y compris ceux échappant à l'Etat et à la religion.
D'ailleurs vous ne vous cachez pas de remettre en cause l'Islam tel qu'il existe, et votre projet n'est pas de rectifier l'Islam, de le remettre sur pieds comme l'ont voulu les réformateurs, mais bien de produire un autre Islam, celui compatible avec vos exigences d'après un Islam abstrait en dehors de toute réalité de la communauté des croyants. Ce nouvel Islam, de toute façon n'est que la projection du désir d'une telle religion.
Vous pourriez vous contenter de critiquer la religion et uniquement elle d'un point de vue musulman si vous employez dans vos propos des concepts islamiques, une réflexion orientée vers l'Islam, vers la soumission exclusive à Dieu, celle qui libère de la soumission des choses de ce monde et qui promet un au-delà. Or ce n'est absolument pas le cas, vous semblez défendre une ligne Humaniste en la renommant "Islam des lumières" parce que vous savez que l'Islam est un fondement de nos sociétés et qu'il n'est pas possible de s'y attaquer frontalement. C'est ce que je comprends avec votre volonté de produire un "islam capable de faire face aux exigences de tout temps". Les exigences en question, à mon sens, vous les fabriquez vous-mêmes en vue de produire un Islam compatible avec elles...
Je pense que la critique de Mohamed Talbi est ici suffisante par elle-même. La condamnation des éradicateurs Charfi, du pantin Meddeb, sont des nécessités si on se situe du côté des croyants et du coté de l'Islam.
Car on peut également s'opposer à l'Islam tout court, et vous devriez à mon sens, ça clarifierait la position. Là où Talbi manque un peu d'indulgence, c'est que peut-être qu'il ne voit pas que vous êtes forcé d'employer un vernis Islam parce qu'autrement votre projet de société et de critique n'aura aucune chance d'être acceptée par elle. Parce qu'il n'y a pas de liberté de culte dans des sociétés qui se définissent normativement comme arabo-islamique, et qu'il n'y a pas de distinction claire entre musulmans culturels et musulmans par la foi. Vous même n'effectuez aucune distinction. Et c'est pourquoi vous êtes offusqué si je remets en cause votre foi.
Dans les pays arabo-musulmans (telle que la Tunisie) il est ainsi très mal venu de demander à un compatriote s'il est musulman ou non mais j'espère qu'un jour les gens puissent répondre non sans crainte de telle façon à ce que la critique des religieux se fassent entre croyants qui n'auront pas honte de proclamer sans cesse et avec ardeur leur foi.
Commentaire adressé par Bader à Islamiqua
dimanche 20 septembre 2009
Gaza sous le règne du Hamas (2)
En lançant une campagne pour traquer les femmes “pas assez voilées” et punir les “comportements immoraux”, le mouvement islamiste supprime les dernières libertés. Une tendance scandaleuse, estime un intellectuel syrien.
Le Hamas donne le coup de grâce à Gaza
Une guerre larvée agite la bande de Gaza. Elle concerne le voile, imposé aux femmes tantôt par la contrainte pure et simple, tantôt plus subtilement par ce que les islamistes appellent l’“exhortation au bien”. Le gouvernement du Hamas se garde bien de passer par la loi, mais il fait le nécessaire pour décourager ceux qui voudraient s’y soustraire. En juin, le ministre des Affaires religieuses du gouvernement du Hamas a lancé une campagne de sensibilisation sous le mot d’ordre “Oui à la vertu”. Alors que Gaza continue d’être assiégée et de souffrir, qu’il n’y a toujours ni eau ni électricité, le Hamas n’a rien trouvé de mieux à faire que de remarquer la “propagation de certains comportements immoraux”. Pour savoir ce que le Hamas considère comme immoral, il suffit de lire le télégramme envoyé par le ministère de l’Intérieur au Premier ministre pour lui demander de tout faire pour assurer un “été propre”. Des fragments de ce télégramme ont été publiés sur le site Islam Online, proche des Frères musulmans. L’immoralité, c’est la “corruption des moeurs qui se répand dans l’espace public”, à savoir “les soirées mixtes, les cafés où l’on peut consulter Internet sans surveillance, la mixité à l’université, des comportements excessifs en pleine rue”.
“GAZA DIRA TOUJOURS OUI À LA VERTU”
Dans le cadre de cette campagne, le ministre des Affaires religieuses a fait imprimer des centaines de milliers d’affiches pour les apposer dans les administrations, les universités et les écoles. Il paraît qu’elles ont été imprimées en Egypte et importées à Gaza en contrebande. Elles comportent des versets coraniques et des paroles du Prophète incitant à la vertu. Elles abordent différents sujets, tels que le tabagisme, les drogues dures, les sites Internet pornographiques et ce qui est présenté comme “les détestables chaînes de télévision qui corrompent la famille et les générations futures”, allant jusqu’à énumérer les “chaînes recommandables”. L’affiche qui en dit le plus long sur la nature de cette campagne est celle qui concerne le voile. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, elle ne vise pas les femmes non voilées, car il n’y en a quasiment plus à Gaza, à la suite d’énormes pressions politiques et sociales ; elle vise plutôt les femmes voilées d’une manière qui ne correspond pas aux normes du Hamas. On y voit des diables rouges face à des femmes dont le péché n’est pas d’avoir laissé échapper une mèche, aussi petite soit-elle, ni d’avoir laissé apparaître leur nuque ou leur cou, mais seulement de porter un pantalon. En dessous, ces mots : “La dernière mode du voile, fabrication 100 % diabolique”. On y voit aussi un dessin avec une femme portant le voile “islamiquement correct”, avec cette phrase : “Le vrai voile, ton chemin vers le paradis”.
Ce qui est amusant et affligeant à la fois, c’est la phobie que certains responsables ont développée à l’égard de mannequins en plastique dans les magasins de vêtements féminins. Des prédicateurs et des barbus ont en effet demandé aux commerçants de les enlever et de ne pas exposer de sous-vêtements. Youssef Farhat, un des directeurs de la prédication et de la bonne guidance au ministère des Affaires religieuses, avait clairement annoncé, selon IslamOnline, que la campagne “Oui à la vertu” comporterait des visites sur le terrain, y compris dans les magasins de vêtements, avec distribution de brochures expliquant comment se mettre en conformité avec les règles. Il voulait ainsi en finir avec le spectacle “indécent de mannequins et de photos de femmes nues”.
Youssef Farhat s’est dit optimiste quant au succès de la campagne, expliquant que Gaza était “une ville conservatrice” qui ne connaissait pas “la nudité et les cheveux au vent”. “Gaza dit toujours oui à la vertu”, a-t-il estimé. “Avec l’aide de Dieu, nous réussirons à éliminer tout ce qui entache sa pureté”, a-t-il conclu. Le comble du ridicule, ce sont toutefois ces mannequins sans tête qui ont fait leur apparition. C’est le représentant du ministère des Affaires religieuses, Abdullah Abou Jarbou, qui a dévoilé leur secret dans une déclaration à l’Agence France- Presse. “Nous faisons appel aux propriétaires pour qu’ils retirent ces figures féminines. Ou au moins pour qu’ils leur ôtent la tête. Ainsi, ce ne sont plus des représentations d’êtres vivants, interdites par notre Prophète”, a-t-il expliqué. La phobie des intégristes à l’égard du corps féminin ne s’arrête donc pas aux personnes en chair et en os et ne se justifie pas par le souci de préserver la dignité humaine. Elle touche également le plastique sans âme ni chair pécheresse, dont le seul “crime” est de leur rappeler la frayeur qu’ils éprouvent face au corps de l’autre sexe.
UN TEST POUR LES LIBERTÉS ET LE PLURALISME DES MODES DE VIE
Pendant que le Hamas passe ainsi son temps et qu’il lutte contre le Fatah de Cisjordanie pour remplir les prisons et violer les droits de l’homme, Israël continue à grignoter du terrain, à construire des colonies [en Cisjordanie], à semer la division parmi les Palestiniens et à creuser le fossé qui sépare Gaza de la Cisjordanie. Usant du même raisonnement sophiste avec lequel il discute de l’âme des mannequins, le Hamas justifie sa décision d’imposer aux avocates le voile et un long manteau de couleur sombre. C’est ce qui ressort de la décision du président du Haut Conseil de la justice, Abderraouf Al-Halabi, le 9 juillet. Il se perd en arguties, expliquant que sa décision n’obéit pas à un objectif idéologique puisque le mot “hidjab” n’apparaît pas dans le Coran. Il prétend qu’il est simplement parti du constat selon lequel 95 % des avocates s’habillent déjà ainsi et qu’il doit donc assurer l’homogénéité de leur tenue. Quant au ministre de la Justice, Mohammed Faraj Al-Ghoul, il a trouvé des arguments encore plus originaux. Il a comparé le voile à la perruque des juges britanniques, qui leur confère “de la dignité et marque leur statut particulier pendant le procès”.
Face à cette situation surréaliste, certaines réactions ne sont pas faites pour arranger les choses. Voilà que l’homme blanc colonisateur, qui n’hésite pas à tuer des femmes et des enfants au cours de “frappes chirurgicales”, se met à pleurer sur le triste sort de la femme musulmane. Ainsi, le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a déclaré devant des généraux du Conseil de la sécurité nationale qu’il y avait “une lutte de civilisation dans la région, entre les fondamentalistes d’un côté, les progressistes de l’autre”. Il a également expliqué que le Hamas était sur le point de tomber. “Ce sont les Palestiniens eux-mêmes qui vont s’en débarrasser, parce qu’ils ne supportent plus sa politique répressive.” La preuve en serait que le Hamas choisit d’“imposer le voile par la force, à la manière des talibans”. Nétanyahou, qui interdit la livraison de produits alimentaires et de matériaux de construction dans les Territoires occupés et qui em - pêche les Palestiniens de circuler librement, n’a pu résister à son penchant crâneur. “L’islam radical va finir par s’incliner devant la libre circulation des idées, la révolution scientifique mondiale et les progrès de la technologie”, a-t-il affirmé. La réponse à ces mesquineries est venue du porte-parole du Hamas, Sami Abou Zuhri. Et, comme il fallait s’y attendre, celui-ci a fait exactement ce que le Premier ministre israélien attendait de lui. Il s’en est pris au Fatah. “Les déclarations de Nétanyahou prouvent une nouvelle fois la complicité entre le Fatah et l’occupant sioniste face au peuple palestinien et à la résistance. Si l’occupant tient à la culture de la nudité, la première chose à faire pour nous est de préserver une culture vestimentaire conforme à nos traditions et à notre histoire”, a-t-il déclaré. Que répondre à cela ? Nos pères et grands-pères n’ont-ils pas combattu le colonialisme ? Ne se sont-ils pas dressés contre le mépris dans lequel était tenue notre culture ? Est-ce que cela les a empêchés pour autant d’adopter les valeurs de la modernité, de s’ouvrir au monde et d’aller de l’avant dans la libération de la femme ? La libération nationale n’est pas incompatible avec les libertés individuelles. Au contraire, ces libertés font partie intégrante de la lutte nationale, voire en constituent la condition indispensable, puisqu’elles permettent à la société de déployer son énergie et d’inventer les moyens de faire face à l’occupation. Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza est un véritable test concernant la manière dont les islamistes gèrent non seulement la mode vestimentaire des femmes, mais plus généralement les libertés, les droits des minorités et le pluralisme des modes de vie. C’est un scandale d’utiliser la cause palestinienne pour restreindre les libertés publiques et individuelles. Le mot Palestine a toujours été assimilé au désir de liberté. Ce serait dommage qu’il en arrive à désigner son tombeau.
Ali Al-Atassi
Source : Courrier International n°983
jeudi 17 septembre 2009
Gaza sous le règne du Hamas (1)

Dans un sondage Islamiqua datant d’octobre 2008, 71 % de nos lecteurs ont répondus que si une catastrophe humaine se produit à Gaza, le Hamas serait le principal responsable.
Heureusement, jusqu’à aujourd’hui, Gaza n’a pas connu de catastrophe humaine malgré les nombreuses difficultés par lesquelles elle continue de passer. Cela n’empêche, le danger persiste toujours surtout que le Hamas ne semble rien faire pour améliorer la situation des habitants de la bande.
Coupé du monde extérieur, en guerre (médiatique) contre le Fatah et face à une dissidence islamiste salafiste qui lui fait peur… le Hamas réplique par une « fanatisation » de plus en plus observable de ses pratiques et de ses politiques. Délaissant les dossiers économiques et renvoyant aux calendes grecques le règlement des différents politiques avec les autres composantes de la société palestinienne, le Hamas ne s’intéresse désormais qu’à la traque des femmes « pas assez voilées » avec une volonté de punir tous les « comportements immoraux ».
Illustration…
Tenues imposées, menaces, interdits, le Hamas accentue les pressions sociales sur Gaza
Sur les plages de Gaza, les femmes ont désormais intérêt à ne pas rire trop fort, sous peine d’une réprimande de la police du Hamas. Asma’ Al-Ghoul, une journaliste palestinienne âgée de 27ans, connue pour ses écrits pro laïcité et son dédain farouche du hijab, le voile islamique, peut en témoigner. A la fin juin, alors qu’elle sortait d’une baignade avec des amis, vêtue d’un jean et d’un tee-shirt comme le veut la norme à Gaza, des hommes en uniforme noir l’ont accostée, lui reprochant de s’esclaffer en public. Circonstance aggravante à leurs yeux, la jeune femme, qui est divorcée, n’était accompagnée d’aucun chaperon. «Les citoyens se plaignent de ton comportement», ont lancé les militants zélés avant de lui confisquer son passeport. Il a fallu que ses amis activent leurs relations au sein du mouvement islamiste pour que ce document lui soit rendu. «Un porte-parole du Hamas m’a appelée pour s’excuser, raconte Mme Ghoul. Il m’a dit que c’était une initiative isolée, pas la politique du gouvernement. C’est l’excuse habituelle. En réalité, ce genre d’incidents se multiplie ces derniers temps. Les islamistes s’attaquent à la société parce que sur le plan politique, ils ont échoué.»
De fait, les rues de Gaza bruissent en permanence d’anecdotes sur l’intrusion des meshayekh (« les barbus») dans le quotidien des habitants. Hassan Tamimi, un jeune fonctionnaire, explique comment des miliciens l’ont sommé de produire son contrat de mariage, un soir où il dînait au restaurant avec sa femme. Abdel Halim Al-Ghoul, le directeur d’un centre culturel, raconte les pressions auxquelles il est soumis pour cesser les cours de dabka, la danse folklorique palestinienne. Rabah Mohanna, un médecin, assure que des marchands de vêtements ont reçu l’ordre de ne plus exposer de mannequin féminin en vitrine. Le conseil du barreau de la bande de Gaza déclare avoir reçu une consigne officielle obligeant les avocates à se vêtir du hijab et du jilbab, une longue tunique qui descend jusqu’au pied. Une mesure similaire serait en préparation pour les lycéennes…
Incontestablement, un climat de répression sociale s’installe à Gaza, sans que l’on puisse dire avec certitude s’il est le produit d’une volonté délibérée du Hamas, le reflet d’un laisser-faire complaisant ou le témoignage de son débordement par des groupuscules fondamentalistes. «Il y a des velléités de mettre en place le programme social, dit un expert étranger implanté à Gaza. Le boycottage international nourrit l’extrémisme. Ce qui se passe est beaucoup plus subtil qu’une “talibanisation”. Mais il est clair que des gens au sein du Hamas se satisfont de moins en moins de la seule dawa [la prédication] et qu’ils réfléchissent à une islamisation par le haut.» Ahmed Youssef, conseiller du premier ministre Ismaïl Haniyeh, l’un des visages modérés du Hamas, conteste cette analyse. «Ce ne sont que des rumeurs propagées par ceux qui veulent faire de notre gouvernement le royaume de l’obscurantisme», dit-il. Il mentionne une déclaration de M.Haniyeh condamnant des abus perpétrés par des policiers. «Mais allez voir au Deira [l’hôtel le plus chic de Gaza] tous ces garçons et ces filles qui se prélassent, en fumant le narguilé. Il y a deux semaines, j’y suis passé avec une délégation d’étrangers venus partager les souffrances du peuple palestinien. C’était comme la Riviera. J’étais rempli de honte.»
«Dur avec les pauvres»
L’endroit reste le refuge de la bourgeoisie libérale de Gaza-ville. En soirée, les représentants de ce micromilieu – ceux qui n’ont pas encore émigré à l’étranger – affluent sur la terrasse ouverte à la brise du large, en tenue d’été. Un privilège dont Asma’ Al-Ghoul profite sans en être dupe. «Le Hamas protège le Deira parce qu’il est respectueux avec les riches, dur avec les pauvres, comme tous les despotes de la région.» Quelques kilomètres plus au nord, sur la plage de Beit Lahiya, le prolétariat des camps de réfugiés oublie dans l’écume des vagues la cruauté du blocus israélien. Mais cette année, la baignade des hommes doit se plier à un code vestimentaire précis : short jusqu’aux genoux et T-shirt obligatoire. Deux policiers barbus patrouillent le long du rivage. Certains apprécient. Mais pas Ziyad, un instituteur : «On a eu droit à la guerre, aux destructions, au bouclage. Voilà maintenant les pressions sociales. Ça suffit, on en a marre!»
Source : Le Monde du 02-08-2009
lundi 14 septembre 2009
L’homme ne vit pas seulement de pain.

« L’homme ne vit pas seulement de pain » est le titre d’un livre que j’ai parcouru au temps du Lycée. C’était un vieux bouquin trouvé par hasard dans la bibliothèque familiale. Son auteur, un dissident de l’ex bloc soviétique, dont j’ai oublié le nom, s’élevait contre le totalitarisme régnant dans les pays de l’Est et faisait l’éloge des libertés individuelles : liberté de penser, d’écrire, de créer, de lire des romans , d’aimer la poésie, de peindre des tableaux etc.…. A cette époque, ces attaques me rebutaient. Je me demandais : comment pouvait-on être si narcissique, si égoïste ? Comment préférer les libertés individuelles, petites bourgeoises donc formelles aux bienfaits du socialisme, à son égalitarisme, à sa justice sociale ? J’étais perplexe et même écœurée !! Pour moi, à cette période, cela ne pouvait –être que de la propagande anticommuniste primaire.
En ce temps des rêves, les idéologies dominantes prônaient la dictature des damnés de la terre, qui en fait n’était qu’une association d’individus, qui avait le droit d’anéantir les libertés individuelles sous couvert de références « transcendantes », lesquelles, souvent, n’avaient d’autres fonctions que de légitimer des intérêts particulièrement triviaux.
Au lieu d’instaurer une démocratie basée sur les citoyens et la délibération publique, ces pouvoirs anéantissaient les individus au nom d’un processus de l'histoire qui les dépasse et de l’édification d’une nation qui les annihilait. La vie des individus ne comptait guères, encore moins ce qu'ils pouvaient sentir, penser, désirer ou rêver. Seule comptait la marche solennelle de l’histoire, du progrès qui les devance, les broies, éliminant les inaptes, les inutiles et les incapables qui freinent sa progression. C’est de ce peu de foi en l’individu et en la liberté, et d’un intérêt pathologique à opprimer l’Autre, que résulte la vanité prométhéenne de toutes les dictatures du monde.
Aujourd’hui, et dans nos contrées arabes, cet hymne à la liberté individuelle apparaît d’une brûlante actualité. Est-ce l’héritage intellectuel des Lumières qui nous rend aussi sensible aux droits fondamentaux et aux principes de liberté de pensée et d’expression.
Certes c’est l'idéal de la Renaissance et des Lumières qui nous a permis de nous défaire des diktats de l'autorité religieuse et politique, de la peur de penser dans laquelle vivait l'homme du Moyen Âge. Il aura fallu quelques siècles de luttes, celle en particulier des philosophes arabes et judéo-chrétiens, pour donner toutes ses lettres de noblesse à la Raison naturelle, à la libre-pensée.
Il suffit de se remémorer les martyrs de la libre pensée et ils sont nombreux .Le philosophe et libre penseur musulman Al Jâad qui fut égorgé publiquement en l’an 737, le jour de la fête de l’Aid el Idha par le despote Khaled el Aksi qui a la fin du prêche intima l’ordre aux fidèles de faire don de leurs sacrifices et déclara que lui-même allait sacrifier et égorger Al Jâad pour sa contestation. Ce qu’il fit séance tenante devant toute l’assistance !
Giordano BRUNO, torturé et brûlé vif, par l’inquisition catholique, à Rome le 16 février 1600, sur le Campo dei Fiori, pour avoir refusé d’abjurer ses idées. On lui refusera l’étranglement avant le bûcher, il brûlera vivant... mais on ne l’entendra répliquer à ses juges du haut du bûcher« Vous avez plus peur que moi ! ».
Nous pouvons aussi citer le martyr de l’idée, Mahmoud Mohamed Taha, le soufi soudanais pendu le 18 janvier 1985 à l’âge de 76 ans, qui dans une démarche qui n’est pas sans analogie avec la théologie chrétienne de la libération, a affirmé que la foi véritable est celle qui reconnaît que « l’être humain a été créé à l’image de Dieu » et que par conséquent, sa dignité et ses droits sont inviolables. Nous rendons hommage à Samir Kasir, Daif Ghazal et…Leur existence atteste la force indestructible de l’Esprit. Leur souvenir obsédant nous rappelle que la fonction première de l’intellectuel est de porter haut l’étendard des libertés ! Sa mission n’est pas de soutenir les projets matérialistes et pragmatiques. Il est le seul qui prétend trouver dans sa propre pensée des raisons de vivre, de ne pas se compromettre et de tenir tête à l’oppression et à la terreur.
C’est pour cette raison que les discours triomphalistes nous laissent de marbre, Quand nous entendons pour la énième fois les statistiques délirantes, les versions officielles célébrant les acquis historiques, les œuvres gigantesques accomplies et les vertiges du succès en plein désastre, lors des réunions, des colloques, des séminaires, des fêtes de fin d’année nous demeurons impassible et apathiques !
Heureusement et grâce à un long entraînement, nous avons développé la capacité de ne rien entendre, de ne rien voir, de ne rien percevoir et de se projeter dans nos pensées personnelles : établir mentalement le menu de la semaine, planifier l’anniversaire du petit, faire l’esquisse d’un prochain article, se mémoriser les dernières vacances. Cela s’appelle la technique de l’imagerie mentale qui nous permet de nous évader et d’échapper au médiocre matraquage ambiant.
En terre arabe, les discours dominants ne suscitent plus aucun intérêt, aucune réaction, aucune interrogation. Tout au plus on les contourne comme un monument sans vie, comme un vestige ennuyeux !
Les pouvoirs arabes, décrits par les experts comme des « trous noirs » réduisent leur environnement à un ensemble statique où rien ne bouge et duquel rien ne peut échapper. Cette atmosphère étouffante où règne l’indifférence généralisée transforme l’intelligentsia en « une diaspora arabe en terre arabe ». L’exécutif au centre de ce « trou noir » empêche les institutions de fonctionner et de protéger les droits des citoyens.
En effet, en terre arabe, des organisations inconnues dotées de dispositifs humains et techniques avancés traquent, découvrent et châtient toute hérésie, c'est-à-dire toute parole et même toute pensée qui dévie de la Vérité Officielle et qui tenterait, ne serait ce que craintivement et timidement de parvenir à une certaine autonomie, à une certaine originalité. C’est que les tenants de la Vérité Officielle supposent, d’ailleurs à juste titre, que toute pensée qui s’éloigne de la norme peut devenir nuisible et se tournera tôt ou tard contre le dogme.
Ces organisations invisible mais agissantes nous hantent et quadrillent notre quotidien. Elles infiltrent les cafés, les salles de classes, les marchés, les administrations. Elles imposent leur censure à la pensée en exerçant un contrôle des sources de la connaissance, de sa production et de sa diffusion. Chaque jour elles nous enseignent ce qu’il sied de savoir, de penser, de croire. Elles aspirent non seulement à anesthésier, à pervertir la pensée mais aussi à obstruer la vision du réel et à tétaniser la faculté de perception elle-même.
Leurs actions sont tatillonnes, bureaucratiques, robotisées, mécaniques et codifiées. Leurs finalités leurs échappent et leurs sont transcendantes. Elles sont imperméables à toute communication humaine à toute production de l’esprit : La raison et la culture ne peuvent cautionner la négation des droits et la répression de la pensée.
Elles s’acharnent sur leurs victimes pour donner l’exemple, pour informer que la force du pouvoir est irrésistible et ainsi exercer leur terreur sur les populations.
Aujourd’hui nos pensées cheminent vers les martyrs du Verbe, vers ceux qui ont péri à cause de leurs idées pendant que d’autres accumulaient les privilèges et bâtissaient des carrières sur leurs souffrances.
Nos cœurs vibrent pour eux.
Nos sens captent leurs appels et leurs plaintes encloses.
Nos prières leur sont dédiées.
Nos recueillements leur sont consacrés.
Notre considération, notre estime leur sont acquis.
Nos écrits commémorent leur noblesse et leur courage …
_______________
* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
jeudi 10 septembre 2009
Un appel pour le retour de la polygamie en Tunisie !

La Tunisie vient de connaître un mini scandale qui a fait beaucoup de bruit … sur internet.
En effet, participant à un colloque organisé à l’occasion de la journée nationale de la femme, le 13 août dernier, Mme Dalanda Sahbi a lancé un appel inattendu en faveur de la polygamie qui saurait le seul recours face à « l’augmentation du nombre de femmes non mariées et en état de dégénérescence morale et de libertinage excessif » :
« Nous devons autoriser la polygamie parce que nous ne nous en sortons pas mieux que les autres pays arabe ». « Plus important encore, selon Mme Dalanda, l'Islam le permet et le Prophète Mahomet nous en fournit un bon exemple. »
La question de la polygamie ne s’était plus posée en Tunisie depuis très longtemps, et la pratique a été interdite en 1957 avec le Code du Statut Personnel tunisien considérait à l’époque « révolutionnaire » par ce qu’il accordait comme droits aux femmes.
D’ailleurs, selon Roda Al Saibi, membre du bureau politique du Parti-social libéral (organisateur du séminaire) « Cet appel isolé n'a reçu aucun soutien des participants à ce colloque ».
Malgré cela, l’appel a fait l’effet d’une bombe dans la blogosphère tunisienne et sur Facebook ou plusieurs groupes « Tous contre Dalanda Sahbi » ou « Tous unis contre la Polygamie en Tunisie » ont été crées et comptent déjà quelques milliers de membres.
Mais au-delà du débat sur la polygamie qui restera sans doute sans lendemain, la véritable question qui se pose est relative aux CSP tunisien. Comment se fait-il que plus de 50 ans après sa promulgation, des questions continuent à se poser sur des avancés considérées irréversibles ?
Ce constat ne cache-il pas une non-intériorisation des acquis du CSP (pour ne pas dire un refus) de la part d’une bonne partie de la population tunisienne ? Surtout que rien n’est fait dans le but de faire connaître, expliquer, diffuser ou promouvoir ses dispositions.
Contrairement au Maroc, la Tunisie ne dispose pas de statistiques sur le degré d’acceptation par les tunisiens des dispositions du CSP mais il semblerait qu’il soit contesté dans certains milieux tunisiens (par ignorance de ses dispositions ou par conviction). Un échantillon de ces cas est rapporté par l’hebdomadaire Jeune Afrique selon lequel « dans les zones rurales, les femmes vivent sous la coupe de leurs maris, qui bien souvent ignorent ou se moquent du code instituant l’égalité des sexes et les droits de l’épouse. Quant celle-ci se plaint au poste de gendarmerie du village, le mari indélicat est certes arrêté. Mais l’épouse rebelle subit aussitôt la pression de ses propres enfants. Elle retire alors la plainte et tout repart comme avant. La loi du male est ici plus forte que celle de l’Etat. Rencontrée dans un village, près de Kassrine, à 250 km au sud-ouest de Tunis, une jeune fille de 17 ans raconte, en pleurant, les malheurs de sa mère et la tyrannie de son père, un commerçant de détail. « Il ne veut plus que j’aille à l’école pour poursuivre mes études. Il exige que je travaille été comme hiver comme ‘‘bonne’’ (femme de ménage) à Tunis et que je lui envoie une partie de mon maigre salaire (200 dinars par mois). Si je ne le fais pas, il fera des misères à ma mère. » Jusqu’à présent, elle ne travaillait que pendant les deux mois d’été pour aider la famille et payer ses fournitures scolaires. Elle n’est par sure de retourner au lycée le 22 septembre prochain, date de la rentrée scolaire. Que son père puisse échapper aux lois du pays est la preuve que beaucoup reste à faire pour que les droits de la femme et de l’enfant deviennent une réalité dans la Tunisie profonde ».
mercredi 9 septembre 2009
Menaces sur la Moudawana (code de famille) au Maroc ?

Les codes de la famille se portent-ils bien au Maghreb ou bien leur existence est toujours menacée ?
Une question qui peut paraître bizarre si l’on considère que les pays du Maghreb sont pionniers dans ce domaine par rapport au reste des pays arabes, et où les droits de la femme ont connu ces dernières décennies des évolutions notoires.
Seulement que ce soit en Tunisie, au Maroc et -d’une moindre mesure- en Algérie, les évolutions constatées ont intéressés le droit et pas la réalité des sociétés maghrébines. Ainsi les codes de la famille restent menacer.
Nous venons d’avoir une confirmation avec deux événements que viennent de vivre le Maroc est la Tunisie.
En effet, selon un sondage LMS-CSA pour Telquel/Le Monde effectué au Maroc du 27 juin au 11 juillet 2009 sur un échantillon représentatif de 1108 personnes âgées de 18 ans et plus, rares sont les marocains qui pensent qu’il faut donner plus de droits au Femmes alors que nombreux sont ceux qui jugent ce qu’elles ont acquis comme suffisant, sinon exagéré.
Comme l’écrit Le Monde « Presque un Marocain sur deux estime que le roi est allé trop loin dans sa volonté de libérer les femmes. Que celles-ci n’aient plus besoin d’un tuteur pour se marier ; qu’elles puissent désormais réclamer le divorce (une prérogative jusque- là réservée aux hommes) ; et que la polygamie soit rendue dans les faits impossible, tous ces acquis sont loin de soulever l’enthousiasme. Seuls 16 % des Marocains pensent que les femmes devraient avoir encore plus de droits. Le principe de l’égalité des sexes est encore fort peu intégré au Maroc, et cela aussi bien par les femmes que par les hommes. Pour l’heure, le trait dominant des Marocains semble être… le machisme, et celui des Marocaines, la soumission au machisme, et ce quels que soient l’âge, la région et la catégorie socio-économique. »
Le graphique ci-dessus est sans appel : il faut faire admettre aux marocains que si les femmes n’ont plus besoin de tuteur pour se marier et qu’elles peuvent réclamer le divorce, cela n’a rien de droits exceptionnels qu’il ne faut pas développés, et que beaucoup reste à faire afin de donner d’avantage de libertés aux marocaines.
Demain : menaces sur le CSP tunisien ?
mardi 8 septembre 2009
Le fisc estime la fortune d’un évêque, fondateur de « l’Eglise universelle du royaume de Dieu» à plus de… 2 milliards de dollars

Présente dans 172 pays, l’ l’Eglise universelle du royaume de Dieu est une véritable multinationale avec ses 24 chaînes de télévisions, ses 42 stations de radio, ses 2 quotidiens, ses 2 maisons d’édition, son agence de tourisme, son agence immobilière, sa compagnie d’assurances, son entreprise de taxi aérien et ses … 600 véhicules de tous genres. Voici un exemple effrayant d’une escroquerie religieuse pratiquée par une Eglise évangéliste … au nom de Dieu ! ▪▪▪ Un diplôme. Un beau diplôme doré portant la signature du «Seigneur Jésus-Christ ». C’est tout ce qui reste à Edson Luiz de Melo, après treize ans d’appartenance à l’Eglise universelle du royaume de Dieu, la plus puissante église évangélique du Brésil. La citation qui orne le parchemin s’ouvre sur un verset biblique, judicieusement choisi, du Livre de Malachie : «Apportez intégralement la dîme au trésor, pour qu’il y ait de la nourriture chez moi. Et mettez-moi à l’épreuve pour voir si je n’ouvrirai pas en votre faveur les écluses du ciel et ne répandrai pas en votre faveur la bénédiction en surabondance.» Béni, Edson l’a été, surabondamment, par les pasteurs de «l’Universelle ». Mais il n’a jamais vu s’ouvrir pour lui les écluses du ciel. Que de dîmes a-t-il pourtant apportées au trésor de Dieu ! Sans cesse, de plus en plus, et sous toutes les formes : l’essentiel de son salaire – et jusqu’au treizième mois, des chèques antidatés, des Ticket Restaurant, des titres de transport, le produit de la vente d’un terrain. Cette folle prodigalité n’a pas suffi pour que l’Eglise, comme elle l’avait promis, le guérisse de la dépression qui le rongeait de longue date. Aujourd’hui jeune retraité–à 45 ans –, Edson se retrouve, dit-il, «avec [son] angoisse et [sa] tristesse » et «beaucoup de dettes». Il a tout de même un motif de satisfaction: un tribunal de Belo Horizonte, la capitale de l’Etat du Minas Gerais, où il vit avec sa mère, a condamné l’Eglise à le dédommager partiellement. La protection divine abandonnerait elle enfin les pasteurs affairistes de «l’Universelle» qui s’enrichissent depuis longtemps sur le dos de millions de fidèles à l’âme crédule, souvent pauvres et peu éduqués, malades ou vulnérables, qui ont la faiblesse de les prendre pour des faiseurs de miracles ? Car, pour la première fois, les foudres de la justice des hommes viennent de frapper les chefs de ce culte trop prospère. Le 11 août, le parquet de l’Etat de Sao Paulo a inculpé le fondateur et patron de l’Eglise, l’«évêque» Edir Macedo, 64 ans, et neuf autres dirigeants, dont trois «évêques». Ils sont accusés d’association de malfaiteurs et de blanchiment d’argent. Dans le sud du pays, Macedo devra répondre de plusieurs autres crimes: tromperie idéologique, usage de faux documents, recours à des hommes de paille, qu’on appelle joliment au Brésil des «oranges ». Les chefs de «l’Universelle» avaient instauré un mécanisme assez simple. Les dons de ses ouailles étaient envoyés vers les comptes de sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux. De là, l’argent revenait, blanchi, au Brésil, sous forme de prêts accordés à des amis d’Edir Macedo. Ce pactole ne quittait pas les mains de l’Eglise tout en échappant au fisc. La Constitution brésilienne, très protectrice de la liberté de religion, exempte les Eglises de tout impôt, à condition que l’argent reçu finance des activités non lucratives: entretien et construction des lieux de culte, dépenses de fonctionnement, propagation des œuvres sociales. «L’Universelle» agit sur une tout autre échelle. Exploitant avec cynisme, et souvent cruauté, la ferveur naïve des fidèles, ses animateurs ont édifié un véritable empire de la foi présent dans 172 pays. Avant de fonder son Eglise, en 1977, puis de s’auto consacrer «évêque», Edir Macedo travaillait à la loterie de l’Etat de Rio. Aujourd’hui, ce statisticien de formation a des allures de banquier: crâne dégarni, lunettes austères et gros boutons de manchette. Entre-temps, son talent de prédicateur, son sens de l’organisation et son génie, douteux mais indéniable, de la finance l’ont aidé à construire sa multinationale du culte. Sur une photo de 1995, on l’aperçoit, visage enjoué, brasser une poignée de dollars, après une cérémonie au Madison Square Garden de New York. Il n’en est plus là. Le fisc estime sa fortune à 2 milliards de dollars. Il possède notamment près de Sao Paulo une immense maison, style chalet alpin – 18 suites sur 4000 m2 – et deux luxueux appartements à Miami. Il détient 90% du capital de la chaîne de télévision Record, bastion des tribuns évangélistes, et sa femme les 10%restants. On n’en finirait pas d’inventorier les biens de son Eglise: 24 chaînes de TV, 42 stations de radio, 2 quotidiens, 2 maisons d’édition, une agence de tourisme, une agence immobilière, une compagnie d’assurances, une entreprise de taxi aérien et plus de 600 véhicules en tous genres. «L’Universelle» dispose de 4748 temples au Brésil, où prient 8 millions de fidèles. Des lieux de culte confortables et modernes, souvent gigantesques, qu’abritent parfois de majestueuses façades néogothiques. Edir Macado rejette les accusations de la justice. Dans un texte distribué à ses ouailles, il les exhorte à «former un front des affligés» pour «prier, jeûner et mériter les promesses de Dieu». Dans l’un des plus grands temples de Sao Paulo, l’autre semaine, l’«évêque»Wagner Negrao appelait les fidèles à riposter au «diable désespéré qui nous persécute et crie parce que nous piétinons sa tête» en exprimant, «avec rage », leur générosité, «au nom de Jésus». A la fin de l’office, ce jour-là, la quête fut particulièrement fructueuse. Source : Le Monde du 3 septembre 2009
lundi 7 septembre 2009
Abdelaziz Rabbah : « la politique doit être séparée de la prédication religieuse »

Pour Abdelaziz Rabbah, maire de Kenitra et étoile montante du Parti de la Justice et du développement (PJD), il doit y avoir une séparation entre « la politique et la prédication religieuse ». Dans une interview qu’il vient d’accorder à Jeune Afrique, le cadre du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à tout épreuve et plaide pour une « démocratie musulmane ».
Extraits…
Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi?
Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...
Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?
D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.
Aucune arrière-pensée politique ?
Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.
Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?
C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.
Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?
Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…
Quel était votre favori en Iran ?
Mir Hossein Moussavi.
Avez-vous un modèle?
Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »
Que pensez-vous de la laïcité ?
Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.
Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?
Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.
Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?
Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.






