jeudi 20 août 2009
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lundi 17 août 2009
Le port du niqab doit être interdit

La burqa ou le nikab, cet habit qui couvre l’intégralité du corps de certaines musulmanes ainsi que la majorité de leur visage, fait l’objet depuis quelques semaines d’une vague de commentaires et de prises de positions assez importantes en France et ce suite à la proposition du député communiste André Gerin de créer une commission d’enquête sur le sujet.
Très vite, des dizaines de députés vont rejoindre la proposition de leur collègue et la majorité des hommes (et des femmes) politiques à commencer par le premier d’entre eux, le président Nicolas Sarkozy, se prononcera sur le sujet. Certains sont même allés jusqu’à parler d’une loi qui devrait réglementer (pour ne pas dire interdire) le port de la burqa, cet habit non grata en France. Quant au président, et même s’il n’a pas parlé d’une interdiction formelle de son port, il a affirmé le 22 juin dernier dans son allocation à Versailles que « Le problème de la burqa n’est pas un problème religieux. C’est un problème de liberté et de dignité de la femme. C’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement. Je veux le dire solennellement : la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française. »
Avant d’aller plus loin, nous devons commencer par dire qu’incontestablement le sujet a pris une ampleur beaucoup plus importante que sa taille réelle et cela ne s’est pas fait sans arrières pensées.
Simplement, je suis d’accord pour dire qu’un texte interdisant le port du niqab serait souhaitable. En effet, partant même du point de vue des oulémas, le niqab n’est pas « chariaiquement » obligatoire. Seulement, certaines musulmanes qui veulent (ou sont obligées) de faire toujours plus que les autres, de prendre tout le temps le coté extrémistes des choses … essayent de nous imposer une vision de l’islam ou la femme doit être cloitrée, isolée et doit ressembler à un corbeau. Cette vision, encouragée par la Charia (à travers l’interprétation d’un certain nombre de hadiths du prophète), n’a pas de place dans nos sociétés.
Que celles qui veulent porter le niqab aillent habiter seule dans les montagnes. N’est ce pas ce qu’elles veulent ? Elles souhaitent s’extirper des regards des hommes, elles ne veulent qu’aucun « male » ne les approche, elles s’interdisent de tendre la main ou même de parler à n’importe quel étranger… Quelle vision de la société ces personnes possèdent ? Sans doute aucune. Tout ce qui les intéresse c’est leur propre personne. Et bien, tant que la vie dans la société ne les intéresse pas, elles feraient mieux d’aller vivre hors de cette société et non d’agresser en permanence tout le monde avec un habit qui témoigne d’un refus obstiné de la personne à entrer en contact avec quiconque. Car, par cet habit, ces femmes disent aux autres membres de la société qu’elles ne sont intéressées par aucun signe de vie en société. Et puis elles se demandent pourquoi on ne les intègre pas ? Pourquoi elles se trouvent en marge de la société ? Pourquoi on les regarde avec suspicion ? … Et bien elles ne peuvent faire porter la responsabilité qu’a-elles mêmes.
Ces femmes qui prennent la misère comme idéal ne peuvent prétendre représenter l’islam. Elles
représentent peut être la Charia, mais de l’islam elles n’ont rien retenu. Comme l’a dit Mohammed Talbi « je me demande comment la Charia a-t-elle pu exalter la rudimentarité et la laideur. Des femmes comme des corbeaux, et des ascètes pouilleux, est-ce pour cela qu’Allah s’est donné tant de peine, pour faire de notre Planète terre l’un des plus beaux joyaux de l’Univers ? La Charia me révolte. Elle a fait de nous des miséreux, parce que nous nous sommes donné la misère comme idéal. »
Allah aurait donc créé cette terre pour la voir habitée par des cordeaux ! N’est ce pas ridicule ?
Cette position contre le niqab ne vient pas seulement du fait que nous pensons que cet habit ne représente pas l’islam, mais en plus parce que nous sommes persuadés qu’il est dangereux pour la société. D’abord -et sans avoir à le démontrer- le niqab cache la personne avec laquelle on a à faire. Pour cette raison, il est impensable de le voir dans nos administrations ou nos établissements publics (et privés). Ensuite, il est devenu aujourd’hui une arme entre les mains de criminels. Ainsi, je viens d’apprendre qu’en Jordanie il est désormais utilisé par les fugitifs et les cambrioleurs qui ont trouvé dans le niqab le meilleur moyen pour réaliser leurs crimes en toute tranquillité.
Enfin, je pense qu’un texte devrait interdire son port même chez nous en Tunisie car je ne suis pas d’accord avec la logique de certaines femmes qui -ayant vu que désormais le port du hijab ne pose plus (beaucoup) de problèmes- passent à la phase suivante, à savoir le port du niqab.
Cette provocation permanente et la volonté d’entrer en conflits avec toute la société reste énigmatique. Je n’arrive pas à saisir sa signification mais je ne suis pas du tout d’accord pour dire qu’il s’agit d’un énième signe du « retour du religieux ». C’est pour cela que je ne souhaite pas voir mon pays se transformé en une Egypte où il existe désormais une surenchère dans le port des « habits islamiques », où la mode n’est plus au voile mais au niqab. Comme l’a dit le président français concernant son pays, pour nous aussi, la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République.
Nous avons été sur ce blog parmi ceux qui ont défendu le droit de porter le voile par celles qui en sont convaincues par son caractère religieux (car nous considérons toujours que le voile n’est pas synonyme d’agression de la société). Mais de là à ce que cette même croyance soit utilisée aujourd’hui pour nous faire admettre un droit au port du niqab, il y a un pas que je ne franchirai pas.
vendredi 14 août 2009
Burqa : médiatisation démesurée
Le plus prestigieux des journaux français -Le Monde- a consacré plusieurs articles à la question de la burqa : témoignage, analyse, interviews, opinions… Fait très rare : toute une page a été consacrée dans l’édition du journal du 4 juillet aux avis des lecteurs du Monde sur la question !
La fièvre ne retombera qu’avec la publication –toujours par Le Monde- de chiffres officiels faisant état du nombre des musulmanes portant la burqa en France : 367.
Ci-dessous des fac-similés de certaines pages du Monde consacrées à la question de la burqa entre juin et juillet 2009.

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mardi 11 août 2009
Aucune justification religieuse à la burqa
Le port de la burqa (voile intégral) fait aujourd’hui en France l’objet d’un débat politique et public. Le premier élément de réflexion nécessaire porte sur la définition même de cette burqa. Il s’agit d’un voile intégral, formé d’une ou deux pièces qui recouvrent la totalité du corps, le visage compris, ne laissant voir que les yeux –le regard étant même le plus souvent dissimulé par une grille de tissu ou un voile plus fin. Il faut donc distinguer la burqa du simple voile (hidjab), qui ne couvre que la tête et parfois les épaules de certaines musulmanes, laissant le visage découvert, et qui peut être noué soit derrière la tête, soit devant. Il y a voile et voile.
En Afrique du Nord, et dans de nombreuses sociétés du monde musulman, le port du voile est ainsi limité à ce couvre chef élémentaire, qui s’accompagne d’ailleurs d’une très grande diversité de styles vestimentaires. La burqa, en revanche, semble être une innovation venue d’un vêtement traditionnel des femmes d’Afghanistan, et qui, passant par l’Iran, aurait été adoptée ensuite par les franges les plus conservatrices des différentes sociétés musulmanes du monde. Elle exprime, entant que telle ,ce que l’on pourrait appeler paradoxalement un « traditionalisme contemporain », c’est-à-dire une forme d’attachement à la tradition de dissimulation du corps féminin dans l’espace public, mais qui aurait acquis une virulence tout à fait nouvelle, inquiétante parce que violemment radicalisée, sans commune mesure avec les usages anciens plutôt modérés en la matière. La burqa ne peut donc se prévaloir d’aucune justification historique, ni dans le Coran ni dans les mœurs traditionnelles de la plupart des peuples musulmans. C’est une innovation dont le caractère islamique est plus que discutable et dans laquelle de très nombreux musulmans ne se reconnaissent pas. Ils en souffrent et sont les premiers à se désoler qu’une fois de plus certains musulmans donnent une image caricaturale de leur culture, entretenant les pires stéréotypes à son sujet. Ils estiment ainsi, à juste titre, qu’il ne s’agit là que d’une exagération, voire d’une pathologie religieuse, qui nuit aussi gravement qu’inutilement à l’image de l’islam et ne peut correspondre qu’à une régression pour la condition féminine – une femme totalement voilée par sa burqa ne pouvant apparaître, symboliquement et physiquement, que littéralement enfermée en elle-même, « anonyme » sans visage et en tant que telle retranchée du monde humain.
Frontière entre autrui et soi
De ce point de vue, il ne faudrait pas que ce débat – nécessaire parce qu’il conduit l’islam à affronter ses propres démons, mais dont il faut relativiser la gravité ou l’urgence parce qu’en France il ne s’agit que d’une pratique ultra minoritaire –jette l’opprobre sur tous les types de port du voile, et que l’islam se retrouve stigmatisé comme religion misogyne. Il y a aujourd’hui en France, comme ailleurs, des femmes qui choisissent de porter un hidjab, dont l’interprétation ne peut en aucun cas être confondue avec le port de la burqa. Celui-ci exprime une volonté de retrait total du monde – retrait choisi par une psychologie persuadée par l’ignorance qu’il y a là une obligation coranique ou traditionnelle, ou subi sous l’effet de la domination masculine. Le hidjab en revanche, par sa discrétion, son caractère de choix modéré, laisse le visage découvert, et ne dresse pas la même frontière entre soi et autrui. Il peut alors exprimer autre chose, en l’occurrence la revendication d’une dignité, d’une estime de soi : « Je suis une Femme et je ne veux pas être regardée dans l’espace public comme un objet de désir. »
Cela en fait-il pour autant un élément déterminant de la foi ? Cela le légitime-t-il pour autant d’un point de vue spirituel ? Le problème est en réalité ici celui du rapport difficile de l’islam à ses « signes extérieurs », cette tradition ayant toujours accordé beaucoup – trop ? – d’importance à un certain nombre de formes, d’apparences par lesquelles l’individu se met en règle avec le jugement social. Or ce que disent beaucoup de femmes musulmanes – qui se sentent et se disent profondément et légitimement musulmanes –, c’est que l’essentiel se situe ailleurs, dans l’intériorité. Et elles préfèrent alors un islam du cœur, de la vie privée, refusant un voile – même léger – qui selon elles demeurera toujours comme un instrument de différenciation des femmes, de « marquage », qui laisse sur elles l’empreinte d’un pouvoir subi imposé par les hommes (même quand le port de ce voile apparaît comme un choix autonome). Elles refusent d’entrer dans la logique –à dire vrai éculée– qui voudrait faire du voile un instrument de protection et de valorisation de la sacralité du corps féminin, et ne voient dans cette justification qu’un subterfuge de la domination masculine.
On le voit, l’affaire est en réalité complexe. On ne peut souhaiter que deux choses : qu’elle soit l’opportunité pour les musulmans de manifester leur opposition très majoritaire à cette pathologie de leur culture ;qu’elle permette ensuite à la société française de prendre la mesure de la diversité des façons d’être musulman et de se débarrasser d’une représentation monolithique de l’islam – que la vision des burqas risque en effet d’aggraver.
Source : Le Monde du 30.07.09
samedi 8 août 2009
Burqa : l’habit de la discorde
La burqa, habit de certaines femmes musulmanes proches ou influencées par les salafistes, s’est invité au débat politique français au début de cet été et a fait couler beaucoup d’encre.
Dans ce dossier que nous consacrons à la burqa, je vous invite d’abord à découvrir ci dessous les différentes formes d’habit -nombreux- qui sont supposés protéger la musulmane contre les regards indécents des hommes : du hijab à la burqa en passant par le tchador, le principe est simple : couvrir la plupart –si non la totalité- du corps de la femme.

Ensuite, dans la deuxième partie de ce dossier, je vous invite à lire la contribution du professeur Abdennour Bidar dans laquelle il démontre que « La burqa ne peut se prévaloir d’aucune justification historique, ni dans le Coran ni dans les mœurs traditionnelles de la plupart des peuples musulmans ».
D’ailleurs, cet habit est loin d’être porté par la majorité des femmes voilées qui préfèrent le hijab. Ainsi, en France les renseignements policiers parlent d’un peu moins de 400 musulmanes qui porteraient le voile intégral. Chez nous aussi, en Tunisie, le phénomène est très minoritaire.
Pourtant, malgré la taille microscopique de ce phénomène, les médias et les politiciens en France n’ont pas hésités à hausser la question au rang de débat national. Dans le troisième volet de notre dossier, nous verrons comment le plus sérieux des journaux français, Le Monde, va consacrer plusieurs articles à la question. Une médiatisation qui poussera plusieurs personnalités politiques à réclamer la promulgation d’une loi face à ce phénomène. A cette importance démesurée accordée à la burqa, nous consacrerons le quatrième volet de notre dossier.
Enfin, parce que porter la burqa a plusieurs significations, je vous invite dans le cinquième et dernier volet de ce dossier à participer à un sondage sur ce que signifie pour vous ce couvre chef intégral.
H.B




