lundi 29 juin 2009
Nejad a gagné mais… la révolution est en danger

En découvrant le taux de participation historique (85 %) aux élections présidentielles du 12 juin, on s’attendait à un vote massif en faveur du candidat (le moins conservateur) Mir Hussein Moussavi, soutenu par les réformateurs et tous ceux qui étaient contre la politique de Ahmedinejad. Soutenant
l’idée que les électeurs ne se déplacent massivement que pour changer un gouvernement, nombreux sont ceux qui ont émis cette idée et ont criés –bien avant la proclamation des résultats- aux fraudes massives, et parmi eux Moussavi en personne qui avait tiré la sonnette d’alarme dès les premières heures de l’ouverture des bureaux de vote.
Malgré cela et en dépit de l’auto-proclamation de sa victoire dans les élections, Moussavi aurait perdu –selon les résultats officiels- avec plus de 11 millions de voix de différence et n’aurait ainsi recueilli que 34 % des voix des électeurs, très loin derrière le président sortant.
Les arguments de fraudes ont été nombreux, plusieurs sont réalistes et d’autres pas du tout mais je pense que le Guide de la révolution n’a pas tort lorsqu’il déclare qu’on ne peut pas frauder 11 millions de voix. Il est donc (presque) sur que Ahmedinejad a remporté les élections, mais comment ?
Car, si on est d’accord pour dire que le président sortant n’a pas pu inventer de toute pièce 11 millions d’électeurs, il est incontestable que ce président populiste n’a pas eu seulement le soutien massif des classes les plus pauvres et des ruraux (33% de la population) mais surtout celui du Guide et des Gardiens de la révolution.
Pour ce qui est du Guide, l’Ayatollah Ali Khamenei, il a déclaré deux semaines avant les élections qu’il soutiendra le candidat qui affronte les grandes puissances, mène un train de vie modeste et n’a peur de rien. Autrement dit, Ahmedinejad.
Cette déclaration, ainsi que plusieurs autres signes de soutien à Nejad seront d’une importance capitale dans l’orientation du vote des iraniens. Car, il ne faut pas l’oublier, que la parole du Guide dans l’Iran de Wilayat al faqih (« le gouvernement des doctes ») est sacrée et que des millions de fidèles la suivent à la lettre. Ainsi, si le Guide soutient un candidat donné, cela veut dire des millions de voix supplémentaires pour ce candidat.
Concernant les Gardes de la révolution, dont le nombre de toutes les fractions confondus serait au alentour d’un million et qui -par le biais de leur contrôle d’un bonne partie de l’économie de l’Etat (un tiers selon certains)- exercent une influence considérable sur des millions d’iraniens, ils ne pouvaient admettre la victoire d’un ‘‘réformiste’’ qui pourra mettre un terme à leur ambitions militaires (le nucléaire) et stratégiques (l’exportation de la révolution et le soutien du Hezbollah et du Hamas) en les privant de la manne financière secrète dont ils bénéficient (selon le rapport 2009 de l’office national chargé des audits, 1 milliard de dollars des revenus du pétrole a disparu. Les principaux bénéficières ne sont autres que les gardiens de la révolution dont le financement n’est connu que par quelques personnalités iraniennes dont le Guide de la révolution).
Ainsi, à travers le soutient de ceux qui se retrouvent dans ce personnage populiste, auquel s’ajoute le soutien du Guide, des gardiens de la révolution et de leurs partisans, Ahmedinejed est certainement parvenu a remporté les élections présidentielle du 12 juin dernier.
Mais qu’en est-il de l’avenir de la république islamique ?
En voulant préserver -à tout prix- l’institution de la présidence sous la tutelle des ultraconservateurs, le régime ne met-il pas en danger l’ensemble des institutions de la république islamique ?
Ramine Kamrane et Fréderic Tellier ont écrit dans un livre intitulé « Iran : les coulisses d’un totalitarisme » une idée « en apparence paradoxale » selon laquelle « Les crises générées par Téhéran protègent plus qu’elles n’exposent le régime islamique tant que la communauté internationale les appréhende au coup par coup, indifférente au dessein qui les relie. Elles détournent de la question du régime. » (p.21) Car, aux yeux des auteurs, tout ce qui se fait en Iran depuis la révolution de 1979 n’est autre qu’une mise en scène qui ne vise que la protection du régime islamique.
Et cela semble bien réussir jusqu’aux élections de 2005 : « Cette faculté de l’événement à occulter la question du régime est illustrée une nouvelle fois avec l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadi Nejad, nouveau président de la république islamique d’Iran depuis juin 2005. tant que le monde croit à un tournant majeur de la vie politique iranienne, tant qu’il voit dans l’avènement de cet ultra dont il prend systématiquement soin de souligner sa fidélité aux idéaux de la révolution – comme si cette fidélité ne concernait que lui et quelques proches, comme si elle était en soi une exception au sein du personnel de la république islamique, la source de tous les problèmes rencontrés par la communauté internationale avec Téhéran-, alors toute la vigilance porte sur un homme plutôt que de porter sur un système, elle se concentre sur ce qu’elle juge être une politique individuelle au détriment de la logique collective de la république islamique. » (p.22)
Cette analyse des auteurs était très pertinente à partir du moment où jusqu’aux élections de 2005 « le sommet de l’Etat iranien n’était menacé par aucune surprise venue des urnes. Les ‘‘surprises’’ iraniennes ne peuvent en théorie concerner que le personnage –secondaire dans l’édifice institutionnel iranien- du président de la République. »(p.33)
Mais avec les événements que connaît l’Iran depuis la proclamation des résultats des élections présidentielles, c’est désormais le régime dans sa totalité qui est menacé.
Car, la division que connaît (pour la première fois de son histoire) la république islamique après ces élections témoigne de l’existence d’une menace réelle pour le régime islamique. En effet, depuis sa naissance en 1979, jamais la révolution iranienne n’a connu une division aussi flagrante : Pour la première fois de son histoire les manifestants défient non seulement le pouvoir exécutif mais aussi le guide de la révolution. Pour la première fois, des religieux iraniens s’opposent ouvertement aux injonctions du guide Ali Khamenei, et pour la première fois on s’interroge sérieusement sur l’avenir de l’institution du Guide suprême.
Ce tremblement qui risque de toucher les fondements même de la république islamique ne provient pas seulement des manifestations face aux résultats des dernières élections, mais d’un certains nombre d’éléments déclenchés par ces manifestations :
1- L’opposition entre le Guide Ali Khamenei et un grand nombre de personnalités influentes du régime islamique :
L’histoire remonte à 1989, date de la mort de l’Ayatollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. A l’époque, sa succession n’avait pas été envisagée surtout que son dauphin présumé l’Ayatollah Ali Montadiri est tombé en disgrâce -quelques mois seulement avant la mort du Guide- pour avoir ouvertement critiqué l’assassinat de milliers d’opposants politiques dans les prisons iraniennes. Une prise de position qui provoquera les foudres du Guide pour lequel Montadiri est un « naïf » qui « n’est pas un homme d’Etat capable de diriger un pays ».
C’est ainsi que le choix du guide après la mort de Khomeiny revenait à l’Assemblée des experts présidée par Hachemi Rafsandjani qui fera tout pour faire élire Khamenei au poste du Guide alors même qu’à l’époque ce dernier n’était pas considéré comme la plus haute personnalité religieuse de l’Etat. Dans une déclaration à Newsweek, un témoin de l’époque jure que « sans le soutien de Rafsandjani, jamais M. Khamenei n’aurait accédé au poste de Guide suprême. J’ai vu comment il a travaillé jour et nuit afin de convaincre les membres de l’Assemblée des experts et les grands Ayatollah de soutenir Khamenei. Et malgré que M. Khamenei n’avait pas les compétences religieuses requises pour le poste, les mollahs ont donnés raison à Rafsandjani parce qu’ils lui faisaient confiance. Il est incontestable donc que M. Khamenei doit son poste à Rafsandjani. »
Or la relation entre les deux hommes va se dégrader très vite et Rafsandjani qui s’attendait à un petit geste de reconnaissance pour ce qu’il a fait, découvre avec stupeur -à l’occasion de sa candidature aux élections présidentielles de 2005-, que le Guide –avec lequel il est désormais en désaccord sur plusieurs sujets- a choisi de soutenir le maire de Téhéran, le populiste Ahmedinejad.
Rafsandjani n’a jamais pardonné au Guide ce soutien et a critiqué durant les 4 dernières années les politiques de Nejad. Il ira même jusqu’à soutenir les réformateurs et leurs candidats. Désormais ce qu’il vise c’est la chute de Nejad et après lui (probablement) celle de … Khamenei. Car, a en croire certains, Rafsandjani aurait pensé durant les premières journées des manifestations à destituer le Guide (à travers l’Assemblée des experts). Mais il aurait renoncé à le faire, sachant qu’une telle décision conduirait à la chute de l’ensemble des institutions de la république islamique.
Rafsandjani est certes le personnage le plus influent qui critique désormais ouvertement les prises de positions du Guide, mais il n’est pas le seul. Plusieurs religieux n’hésitent plus à le faire profitant des erreurs du Guide dans la gestion de la crise et surtout de son manque de charisme.
2- L’absence de charisme du Guide de la révolution :
Comme le souligne Christopher Dicky dans Newsweek, pour ceux qui ont connus le fondateur de la République islamique, l’Ayatollah Khomeiny, le guide actuel de la révolution n’est qu’un faible successeur du formidable orateur que fut Khomeiny. L’homme qui ne possède aucun charisme a été considéré au départ un ‘‘Guide de passage’’ qui n’occupera les fonctions que jusqu'à ce qu’une personne plus compétente le remplace. Mais il a su durant deux décennies garder sa position à travers l’instauration d’un équilibre entre les différentes institutions et en se montrant au-dessus des mêlées. Seulement, avec son soutien explicite à Ahmadinejad, le Guide a transgressé les règles qu’il s’était imposé donnant à ses adversaires les arguments pour le critiquer et contester ses injonctions. Le signe le plus important de cette révolte est sans doute ce qui s’est passé dans la prière du vendredi 19 juin. Ali Khamenei a ‘‘ordonné’’ à tous les candidats (y compris Nejad et Moussavi) d’assister à la prière sous sa conduite et a invité pour l’occasion les médias étrangers afin de montrer l’unité de la classe politico-religieuse iranienne derrière son guide suprême. Peine perdue, car Moussavi et Karoubi n’ont pas donné suite à l’invitation du guide montrant au grand jour non seulement leur opposition à la victoire de Nejad mais aussi leur refus de la prise de position du Guide.
Ainsi, nous voyons comment, alors même que l’institution de la présidence de la République n’est que secondaire dans l’organisation du pouvoir iranien, la volonté des ultraconservateurs de la garder sous leur influence les a conduits à truquer des élections qu’ils auraient de toute façon gagnées. Faisant entré le pays dans une crise de laquelle la République islamique ne sortira pas indemne.
A lire aussi sur ce sujet :
Le dossier Islamiqua sur l’Iran
dimanche 21 juin 2009
Iran : Bain de sang en perspective ?

Dans la crise qui oppose le pouvoir aux contestataires des résultats des dernières élections présidentielles, ‘‘Les gardiens de la Révolution’’ se sont illustrés par leur violence (tuant plusieurs personnes dès les premières heures de protestations) amplifiant ainsi la colère de milliers d’iraniens qui continuent de descendre dans les rues malgré tous les avertissements du pouvoir.
Les Bassidjis, membre des gardes révolutionnaires sont un groupe d’autodéfense progouvernemental composé par une multitude d’entités dont certaines sont officielles comme l’Ansar Hezbollah et d’autres contrôlées par des religieux iraniens.
Personne ne connaît réellement le nombre exact des effectifs des Bassidjis mais certains le chiffre à plus d’un million.
Violence aveugle. Les pratiques des Bassidjis face aux manifestants sont très contestées par l’opposition : absence d’uniformes (ils sont souvent « en civil »), utilisation de tuyaux, de bars de fer, de matraques et parfois même d’armes à feu dans la répression des protestataires sont des pratiques courantes. Dernier exemple en date de cette violence aveugle des gardiens de la Révolution : le 20 juin et alors que les forces de sécurité régulières ont reculés par moments devant les manifestants leur demandant de rentrer chez eux afin d’éviter un carnage, plusieurs témoins affirmaient que les Bassidjis continuaient à repriser les protestataires à coup de matraques et de gaz lacrymogène.
Témoignant des événements du 20 juin, dans un pays ou la presse est interdite de rendre compte des manifestations anti-gouvernementales, une étudiante de l’Université de Téhéran affirme que « les bassidjis empêchaient les gens d'avancer. (...) De temps en temps, quelqu'un provoquait la foule et du coup les bassidjis se ruaient vers les manifestants en donnant des coups de matraque sans se soucier de savoir si c'était une femme ou un enfant qui les recevait... (...) Nous nous sommes avancées vers la place Vali Asr où les bassidjis nous attendaient en nombre. »
Feu vert. Contrairement à sa condamnation vendredi 19 juin des manifestations, le Guide suprême n’a rien dit sur les méthodes utilisées par les Bassidji face aux milliers de manifestants. Certains considèrent même que cette absence de condamnation est un feu vert donné par l’Ayatollah Khamenei pour réprimer les contestataires.
Mais au-delà du fait d’être considéré comme des forces pro-gouvernementales, certains pensent que la réalité du pouvoir et la pérennité de la république islamique en Iran se trouve entre les mains des gardiens de la révolution qui sont devenus –avec leur organisation- des intouchables.
Ainsi, malgré sa très grande considération pour leur rôle et son immense respect de l’organisation, le président iranien Ahmadinajad a échoué en 2005, à cause du refus des gardiens de la révolution, à intégrer leur organisation dans un organe officiel avec un budget officiel.
Avec le pouvoir qu’ils détiennent, leur nombre impressionnant et leur recours massif et aveugle à la violence, les Bassidjis pourraient provoquer un bain de sang si les manifestants continuent de montrer leur opposition aux résultats des élections présidentielles.
© Islamiqua avec The New York Times et Le Monde
mardi 16 juin 2009
Iran : scènes de révolution dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale
Dans la plus grande manifestation anti-gouvernementale depuis la révolution islamique de 1979, aux cris de " Mort au dictateur" plusieurs centaines de milliers de manifestants ont envahis lundi 15 juin les rues de Téhéran afin de contester les résultats de l’élection présidentielle iranienne selon lesquelles le président sortant Ahmadinejad aurait gagné avec plus de 63 % des voix.
Malgré l’interdiction officielle de toute manifestation par le ministère de l’intérieur iranien qui avait signalé qu’il fera porter la responsabilité de tout débordement à Moussavi en personne, ce dernier et ses supporters n’ont pas hésités à descendre, pacifiquement, par dizaines de milliers dans les rues de la capitale Téhéran. Pourtant, le calme ne durera pas longtemps puisque les forces de la milice islamique du Bassidj aurait fait feu contre les manifestants faisant un mort et plusieurs blaisés selon des photographes.
Mir Hossein Moussavi, qui conteste la victoire d'Ahmadinejad, a participé à la manifestation. Juché sur le toit d'une voiture, il a appelé à l’annulation des résultats des dernières élections et s'est dit "prêt à participer de nouveau à une élection présidentielle". L'ancien premier ministre continue d'affirmer que le scrutin était truqué et a déposé un recours devant le Conseil des gardiens de la Constitution dimanche pour obtenir l'annulation des résultats.
La colère des iraniens en images :









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lundi 8 juin 2009
Obama : « Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »
Dans un discours jugé historique par certains, le président américain Barack Obama s’est adressé pour la deuxième fois en l’espace de quelques semaines au monde (arabo) musulman. Après son premier discours prononcé en Turquie est adressé à l’ensemble des musulmans, Obama a choisi l’université du Caire pour un discours dirigé plus spécifiquement aux arabes.
Voici les extraits les plus importants du discours du président américain décrypté par Islamiqua.
« Nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme »
Je suis fier de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : "Salam aleïkoum."
Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les Etats-Unis et les musulmans du monde entier -tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale. (...) Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d'une minorité de musulmans qui, pour être réduite, n'en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l'islam inévitablement hostile non seulement à l'Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l'homme. (...) C'est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.
Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les Etats-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.
Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance et, dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. (...)
Comme le dit le saint Coran : "Crains Dieu et dis toujours la vérité." C'est ce que je vais essayer de faire aujourd'hui -de dire la vérité de mon mieux. (...) Je suis chrétien, mais mon père était issu d'une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j'ai passé plusieurs années en Indonésie où j'ai entendu l'appel à la prière (azan) à l'aube et au crépuscule. Jeune homme, j'ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j'ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.
Féru d'histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l'islam. (...) Je sais aussi que l'islam a de tout temps fait partie de l'histoire de l'Amérique. (...) Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les Etats-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servis le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique.
J'ai donc connu l'islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l'Amérique et l'islam doit se fonder sur ce qu'est l'islam, et non sur ce qu'il n'est pas, et j'estime qu'il est de mon devoir de président des Etats-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent.
Or ce même principe doit s'appliquer à la façon dont l'Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l'Amérique n'est pas le stéréotype grossier d'un empire qui n'a d'autre intérêt que le sien. (...) Qu'un Américain d'origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d'encre. Mais mon parcours n'est pas unique.
(...)
Dans cet esprit, permettez-moi de m'exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble.
La première est celle de l'extrémisme violent sous toutes ses formes. A Ankara, j'ai fait clairement savoir que l'Amérique n'est pas -et ne sera jamais- en guerre contre l'islam. En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Et il m'incombe d'abord, en tant que président, de protéger le peuple américain.
La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l'Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. (...) Nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu'au dernier, si nous avions l'assurance que l'Afghanistan et maintenant le Pakistan n'abritaient pas d'éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d'Américains. Mais ce n'est pas encore le cas. (...) Aucun d'entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. (...) Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème -il constitue une partie importante de la marche vers la paix.
(...)
Je voudrais aussi aborder le dossier de l'Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d'un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. (...) Aujourd'hui, l'Amérique possède une double responsabilité : aider l'Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l'Irak aux Irakiens. (...) C'est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni.
(...)
La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.
Les liens solides qui unissent l'Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. (...) A travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l'antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. (...) Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. (...)
Cela dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. (...) Ils subissent au quotidien les humiliations -grandes et petites -qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un Etat à lui.
(...) La seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux Etats, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C'est dans l'intérêt d'Israël, dans l'intérêt de la Palestine, dans l'intérêt de l'Amérique, dans l'intérêt du monde. C'est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties -et que nous tous- se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.
Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n'aboutira pas. (...) Ce n'est pas de cette manière que l'on revendique l'autorité morale ; c'est ainsi qu'on l'abdique.
Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu'ils peuvent bâtir. L'Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaître ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l'existence d'Israël.
En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l'existence d'Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les Etats-Unis n'acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d'Israël, l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. (...)
Enfin, les Etats arabes doivent reconnaître que l'initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. (...) Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais (...) le moment est venu de prendre une initiative sur ce que tous savent être vrai.
La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l'égard des droits et des responsabilités des Etats concernant les armes nucléaires.
Cette question a constitué une source de tension entre les Etats-Unis et la République islamique d'Iran. (...) Il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n'est pas simplement dans l'intérêt des Etats-Unis, c'est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d'entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse.
Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d'autres ne possèdent pas. Aucun Etat ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C'est pourquoi je réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires. Et chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au cœur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.
Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (...) Je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.
Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. (...) J'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'Etat de droit et l'application équitable de la justice. (...) Les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. (...) Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques -à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations (...) les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.
Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.
L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. (...) Parmi les musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les maronites au Liban ou les coptes en Egypte. Et pour être franc, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.
La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. (...) Il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.
(...)
La sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.
Je sais que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (...) Les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.
(...)
Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un Etat qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.
Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant.
Traduit par le Département d'Etat américain.
lundi 1 juin 2009
Menaces sur des intellectuels tunisiens

On peut tout reprocher à la Tunisie sauf le fait de persécuter la pensée libre et d’imposer, comme vérité d’Etat, des opinions ou des dogmes religieux. Et pourtant depuis quelques années et avec une accélération ces dernières semaines, une campagne de dénigrement et d’appel au meurtre est lancée, surtout via la Toile et quelques journaux arabes, contre des intellectuels tunisiens pour “crime” de “lèse-religion”. La dernière en date est une liste noire de vingt-trois intellectuels tunisiens accusés d’hérésie (“zandaqa”). Le texte, de quelques lignes, appelle explicitement à la liquidation physique de ces “hérétiques” qui combattent Dieu, son Prophète et les gens pieux.
Faut-il accorder de l’importance à ce torchon numérique ? La sagesse voudrait que non, mais le principe de précaution nous ordonne de prendre cette menace au sérieux, d’autant plus qu’on est loin de l’acte isolé et que les antécédents, certes moins dangereux, nous incitent à plus de prudence.
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Si l’on excepte quelques pages sombres de l’extermination des derniers Ismaéliens (Fatimides) en Tunisie au XIème siècle, la Tunisie a été toujours une terre de tolérance en matière religieuse. Notre pays a refusé l’extrémiste wahhabite au début du XVIIIème siècle (voir l’excellent ouvrage, richement documenté, de Hamadi Redissi et Asma Maala, “De la réfutation du Wahhabisme” (en langue arabe).
Le pays a ouvert ses bras au chantre du réformisme musulman au début du XXème siècle, Mohamed Abdoh. Même Tahar Haddad, pourtant rejeté par l’institution religieuse, n’a pas fait l’objet d’une véritable inquisition et n’a pas été inquiété, outre mesure, ni dans sa liberté, ni dans son intégrité physique.
Plusieurs facteurs ont fait que notre pays soit le réceptacle, dans les milieux académiques et intellectuels, d’une pensée critique qui s’est développée dans les études islamiques. Il y a là une véritable Ecole tunisienne qui compte à l’heure actuelle plusieurs dizaines (on peut même dire quelques centaines) d’essayistes et de chercheurs. Notre pays peut s’enorgueillir de compter parmi ses élites des sommités mondiales et arabes dans les études islamiques tels que Hichem Djaït, Abdelwaheb Bouhdiba, Mohamed Talbi (quoi que l’on pense de ses deux dernies ouvrages). On peut citer plus d’une trentaine de noms dont les ouvrages et recherches représentent une véritable avancée dans les études islamiques. Et si le monde de l’édition était plus soutenu en Tunisie, le nombre des ouvrages de référence serait encore plus imposant. Mondialisation oblige, les milieux intégristes et fondamentalistes en Tunisie et dans le Monde arabe ont réagi violemment à cette production intellectuelle, souvent en se basant seulement sur des racontars et des oui-dire comme ce journal du Golfe qui impute à l’intellectuelle et essayiste tunisienne Olfa Youssef des propos, qu’elle n’a jamais tenus, sur le Prophète et ses épouses, allant jusqu’à la comparer à un Salman Rushdie. On ne compte plus les attaques et les diatribes, souvent très basses, qui vilipendent, sur le Web, les intellectuelles tunisiennes à l’instar d’Olfa Youssef (dont le dernier livre Hayratou Muslima (Les inquiétudes d’une musulmane) est à sa cinquième édition (ce qui est un record absolu en Tunisie pour un essai), Amel Grami, Raja Ben Slama, Neïla Sellimi, Saloua Charfi et d’autres. Seulement la black-liste des 23 a une spécificité : elle ne touche que les professeurs Abdelmajid Charfi et les universitaires supposés être ses disciples. Il s’agit de Moncef Abdeljelil, Neïla Sellini, Raja Ben Slama, Wahid Essaafi, Nader Hammami, Mohamed Chakroun, Zahia Jouirou, Abdelbacet Gammoudi, Hela Ouertani, Bassam Jmel, Mongi Lassoued, Sihem Missaoui, Abdellah Khleïfi, Amel Grami, Néjia Ourimi Bouagila, Mohamed Bouhlel, Abderrahim Bouhaha, Belkis Rézigui, Mohamed Bettaïeb, Mohamed Hamza, Jihène Ameur, Touhami Abdouli et bien sûr Abdelmajid Charfi. Il est à remarquer que si quelques-uns de cette liste sont des auteurs confirmés, d’autres sont au tout début de leur carrière académique. Leur seul “crime” est d’avoir été encadrés, ou supposés l’être comme dans le cas de Raja Ben Slama, par le professeur Charfi. Cela touche en clair les modules d’islamologie dans les différents départements d’arabe des Universités tunisiennes. Il est à craindre que cette liste ne s’allonge quand ses macabres auteurs s’intéresseront à d’autres disciplines académiques.
Que faut-il faire pour éviter dans notre pays l’irréparable ?
Premièrement que les forces de police et les autorités judiciaires ne prennent pas à la légère cet appel au meurtre, ce texte dit clairement qu’assassiner ces “hérétiques” est un acte pieux.
Deuxièmement qu’on reconnaisse, enfin, dans notre pays le mérite des gens qui travaillent non pas en les honorant et en les surprotégeant mais en leur offrant les moyens de communiquer avec le reste des citoyens. Est-il normal qu’un pays qui regorge d’autant de talents voie ses médias de masse, et surtout la télévision, bouder des Abdelmajid Charfi, Yadh Ben Achour, Sadok Belaïd, Neïla Sellini, Youssef Seddik, Hamadi Rédissi, Abou Yareb Marzouki, Slim Laghmani, Fethi Ben Slama et la liste est encore longue !
Un pays qui a investi dans les ressources humaines et l’économie du savoir ne peut pas marginaliser, même par inadvertance, autant de matière grise. Cela, malheureusement, ne protégera pas ces personnes contre la folie fanatique, mais cela immunisera certainement notre jeunesse contre l’obscurantisme et les fléaux de l’ignorance. Il n’est nullement besoin, pour cela, d’instituer une immunité intellectuelle pour la pensée libre. Une pensée critique doit pouvoir être critiquée. Seulement ce débat, combien salutaire pour notre pays, doit se faire dans le respect des personnes et de la liberté intellectuelle de chacun.
Le fanatisme et l’ignorance ne se nourrissent que de l’ignorance. Encadrer ce débat, voilà une belle mission pour les grands médias tunisiens
Le temps est grave.
Il ne faut plus perdre de temps.
Quant à nous à Réalités nous assumerons pleinement nos responsabilités dans la lutte contre ce nihilisme destructeur assoiffé de sang et ennemi de la liberté.
Source : Réalités du 21 mai 2009.




