samedi 30 mai 2009
Abdelamjid Charfi, Nietzsche du monde musulman !
Abdelmajid Charfi (sa personne comme sa pensée) aura droit de la part de Talbi à tout un chapitre –le moins que l’on puisse dire- pamphlétaire, intitulé « Abdelmajid Charfi et la théorisation systématique de la dé-islamisation voilée », où l’auteur tentera d’une part de déconstruire (ou détruire) l’ensemble des idées du penseur tunisien et d’autre part de le faire sortir de la communauté des croyants.
Ainsi, le chapitre commence par une réfutation de l’auteur de voir le qualificatif de « penseur musulman » accordé à Abdelmajid Charfi, suivra une critique des positions de Charfi sur le Coran et le Prophète et une riposte rigoureuse aux théories du penseur sur les pratiques et obligations religieuses en islam.
Charfi, Nietzsche de l’islam
Ma plus grande surprise à la lecture de l’ouvrage du professeur Talbi fut la découverte du nombre de jugements subjectifs que l’auteur réserve à Abdelmajid Charfi « qu’on ne peut considérer comme penseur musulman… car il n’est pas du tout penseur musulman au sens Coranique du terme…Il sait très bien [A. Charfi] qu’il ne fait pas partie de ceux décrits par Allah comme croyants et musulmans » (p. 43-44)
[ " ... لا مناص لنا من أن نعتبره [ع.م.الشرفي] منظر الفكر الإنسلاخسلامي، لا مفكرا مسلما، كما يقدم نفسه وهما أو توهيما، ويقدمه المغربي رشيد بن زين ... فهو إطلاقا ليس مفكرا مسلما بالمفهوم القرآني للعبارة ... فهو يعلم جيدا أنه لا يدخل ضمن من يصفهم الله بالإيمان والإسلام..."(ص 43- 44 ) ]
Tout au long du chapitre qui lui est réservé, (A) Charfi est traité de tout : dé-islamisé, non-croyant, apostat, et même… ennemi de la religion.
Voici comment Talbi le qualifie dans certains passages de son livre :
●« Celui qui ne prie pas et dénigre la prière et qu’on ne voit pas dans nos rangs sur ‘‘le droit chemin’’ [expression coranique] n’est point des nôtres… Il est libre et respecté dans tout ce qu’il dit, mais il n’a pas à apprendre aux pratiquants leur religion et il ferait mieux au moins de ne pas revendiquer le titre de penseur musulman même s’il occupe la chaire de la pensée islamique [à l’université de Tunis I]. » (p.45)
[ " أما الذي لا يصلي وينكر الصلاة، ولا نشاهده في صفوفنا على "الصراط المستقيم"، ليس منا ولسنا منه ... فهو حر محترم في كل أقواله وأفعاله، غير أنه ليس له أن يعلّم المصلين دينهم، والأفضل على الأقل ألا يدعي أنه مفكّر مسلم، وإن شغل كرسي الفكر الإسلامي. " (ص 45) ]
● « Aucune place n’est réservée dans le livre de (A). Charfi [‘‘L’islam entre le message et l’histoire’’] à l’au-delà : l’islam auquel il appelle est un islam sans au-delà. L’au-delà est absent de son livre … et cela suffit pour faire sortir l’auteur du cercle islamique. » (p.70)
[ " ولا حديث في كتاب ع.م.الشرفي عن الآخرة : الإسلام الدي ينظر إليه، إسلام بدون آخرة. الآخرة غائبة في كتابه، لا لها ولا عليها، وهذا يكفي ليخرجه من الدائرة الإسلامية " (ص 70) ]
● « Nietzsche (1844-1900) a tué le dieu du christianisme est a grand ouvert la porte au détachement de sa pratique. De même (A) Charfi a visé l’assassinat théorique du dieu de l’islam. Il a voulu être en toute conscience le Nietzsche de l’islam… » (p.84)
[ " لقد قتل نيتش (1844-1900) إله المسيحية وفتح واسعا باب الإنسلاخ عنها فتحا منهجيا. وكذلك ع.م.الشرفي استهدف قتل إله الإسلام قتلا تنظيريا حسبه حاسما ومنهجيا, فهو عن قصد أراد أن يكون Nietzsche الإسلام، وما أحسبه إلا أنه بهدا التشبيه مبتهج وفخور، ليصالح، بنفس الأسلوب، من يسميه مسلما تدليسا، مع العصر والحداثة جدريا لا تنميقا، عن طريق التنظير المنهجي للإنسلاخ من الإسلام، وبهذا الإنسلاخ يندمج الإنسلاخسلامي مع أبناء جنسه، في كنف الحرية الذاتية، والمسؤولية الفردية، والتضامن الخلاق بدون تقيد بأيّ دين مهما كان نوعه. " (ص 84) ]
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Après ce dénigrement systématique de Charfi, M. Talbi inflige le même jugement à tous ceux qui « se retrouvent » dans le musulman décrit par Charfi. Ainsi, « ceux qui s’y retrouvent dans le livre ‘‘L’islam entre le Message et l’histoire’’ ne font pas partie des croyants… » (p.93)
[ " إن اللذين يجدون أنفسهم في كتاب "الإسلام بين الرسالة والتاريخ" ليسوا من المؤمنين : فهم لا يؤمنون بيوم الدين، ولا ينتظرونه ولا يخشونه، ولا يؤمنون بملك يوم الدين ولايترقبون لقاءه، وحسابه وجزاءه وعقابه، ولا يولّون وجوههم الى الذي إياه نعبد وإياه نستعين. " (ص 93) ]
Avec Talbi, tout le monde a pour son grade : de Abdelmajid Charfi jusqu’au pauvre musulman lecteur des ouvrages de ce dernier et qui s’y serait retrouvé dans les explications et les arguments du professeur !
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Après tout cela, on est tous tenté de savoir la raison qui se cache derrière toute cette haine ?
Je pèse bien mes mots, ce qui se dégage des innombrables insultes à M. (A) Charfi n’est autre que haine. Et même si je suis très heureux de constater que M. Charfi n’a pas choisi d’intenter un procès en diffamation contre M. Talbi, cela n’empêche de dire que ce que ce dernier a écrit dépasse largement le cadre de l’analyse scientifique et de la confrontation des arguments.
Que reproche au juste M. Talbi à son collègue tunisien ?
Les reproches qui lui sont faites tournent autour de trois axes : ses points de vue sur le Coran et le Prophète, ses ‘‘amitiés’’ avec les orientalistes et son accord avec leurs prises de positions, ainsi que ses positions sur les obligations (pratiques) religieuses comme la prière ou le jeûne.
Talbi nous révèle que « ce qui l’oblige » à écrire ce livre n’est autre que le devoir de « démasquer » les dé-islamisés et à leur tête (A) Charfi qui ne fait que suivre les conclusions de ses maitres orientalistes, pour lequel l’islam n’est pas unique mais multiple, pour lequel le Coran est une simple compilation de principes et de valeurs remplie d’histoires mythiques écrites au temps des compagnons du prophète (et influencées par ces derniers) et qu’il faudrait en fin de compte abandonner parce que l’homme qui est arrivé à l’âge adulte avec ‘‘le sceau de la prophétie’’ n’a plus besoin de préceptes écrits il y a plus de 1400 ans pour le guider dans sa vie et ses actions, pour lequel le Prophète n’est autre qu’une personne influencée par la sorcellerie et les histoires mythiques de son époque et qui est venue annoncer à l’humanité son entrée définitive et irrévocable dans l’âge adulte où elle n’a plus besoin de guide ou de règles célestes et partant l’homme n’est plus dans l’obligation d’observer les pratiques religieuses qui n’auraient plus de sens aujourd’hui.
C’est ainsi que Mohammed Talbi présente l’ensemble des thèses défendues par Abdelmajid Charfi. De manière caricaturale et déformée souvent, de façon juste et équilibrée quelques fois, Talbi –par les insultes et les injures auxquelles il a recourt- n’arrive pas à nous convaincre de l’exactitude des reproches qu’il fait à son homologue tunisien. Il parvient juste à nous faire regretter les dérives qu’un savant comme lui peut commettre malgré toute son érudition.
A suivre ...
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* Traduction personnelle de l’arabe au français.
** C’est nous qui soulignions.
Sur ce même sujet lire aussi sur Islamiqua :
- La définition du musulman et du dé-islamisé selon Mohammed Talbi
- Lecture dans le « testament » de Mohammed Talbi
- Talbi, libre penseur de l’islam
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)
jeudi 21 mai 2009
Élections législatives au Koweït : 4 femmes au Parlement et une défaite historique pour les islamistes

Malgré toutes les critiques formulées contre l’expérience démocratique Koweïtienne (un émir qui règne et gouverne le pays avec les membres de sa famille en présence d’un parlement démocratiquement élu et d’un gouvernement présidé par un membre de la famille royale dans un Etat fortement ethnique), il est incontestable que ce que vient de connaître ce petit (mais riche) émirat du golfe est simplement historique. En effet, deux événements majeurs donnent aux élections législatives koweïtiennes du dimanche 17 mai un aspect exceptionnel :
I- Pour la première fois dans l’histoire de cet émirat (qui s’est doté depuis 1963 d’un parlement mais n’a autorisé les femmes à voter et a être éligibles qu’en 2005), 4 femmes de tendance libérale sont élues dans un pays connu fortement pour son conservatisme.
II- Pour la première fois dans l’histoire, non seulement de l’émirat mais aussi et surtout de tout le monde arabe, les deux tendances islamistes (salafistes et frères musulmans) perdent du terrain avec un recul de plus de 50 % (de 7 sièges elles n’ont gardés que 3).
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Le deuxième événement est à mon sens le plus important mais n’a pas été assez analysé par les différents médias et en particulier ceux arabes (qui pourtant avaient consacrés de larges développements et une couverture spéciale aux élections koweitienne en focalisent leur intérêt sur l’entrée des femmes au Parlement).
Or, au delà de porté symbolique de l’accès de la femme au parlement au Koweït, la défaite inattendue des islamistes mérite qu’on lui accorde un peu plus d’attention surtout qu’il semblerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un recul à imputer à certaines difficultés passagères du camp islamiste mais bien au contraire d’une défaite causée par un dysfonctionnement structurel de la machine islamiste. Plusieurs arguments peuvent être cités à cet égard :
1- les deux tendances islamistes ont connu la défaite :
*Les Frères musulmans passent de 3 députés à un seul.
*Les salafistes passent de quatre députés à deux seulement.
Ce qui pourrait indiquer un mécontentement de la population non envers une entité particulière mais plutôt envers un courant d’idée, à savoir celui islamiste.
2 - Pensant avoir toujours le poids qui été le leur il y a quelques mois -et dans la crainte de voir la femme accéder au Parlement-, les salafistes avaient émis quelques jours seulement avant les élections une fatwa dans laquelle ils interdisaient aux électeurs de voter pour les femmes (car la présence des femmes dans le parlement serait contraire aux préceptes de la sharia). Or les électeurs ont fortement sanctionnés cette prise de position en votant non pour une seule femme mais pour quatre candidates (sur un total de 15).
3- Parmi les quartes gagnantes, certaines ont même remportés les élections faces à des personnalités islamistes très célèbres dans le pays !
4- Craignant la perte des élections, plusieurs candidats islamistes se sont portés comme candidats indépendants (sans étiquette) alors même qu’ils font partie des groupes salafistes ou des Frères musulmans. Cette stratégie inédite n’a pourtant pas réussie à leur garantir la victoire.
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Tout cela, nous pousse à voir dans ce qui vient de se passer au Koweït (malgré la petite taille de son électorat avec ses 400 milles électeurs), les prémices d’un changement en cours qui s’il réussit dans ce pays pourra avoir une influence remarquable sur le reste du monde arabe. D’où la responsabilité qui pèse sur ce nouveau parlement Koweitien et en particulier sur ses membres libéraux, indépendants ainsi que sur les 4 femmes qui doivent tout faire afin de ne pas décevoir et afin de montrer que dans le monde arabe les affaires de l’Etat et des citoyens sont mieux gérées lorsqu’elles sont éloignées des influences religieuses.
lundi 18 mai 2009
La définition du musulman et du dé-islamisé selon Mohammed Talbi
Sous le titre « Le dogme des dé-islamisés : l’islam est la maladie des cœurs, son abondant est leurs médecine et le chemin de la modernité » Mohammed Talbi présente et définit son ennemi sur le plan interne (à l’intérieur de l’islam). Il s’agit du dé-islamisé ainsi que sa doctrine (la dé-islamisation) qui voudrait fonder la modernité sur le détachement de l’islam. A cet ennemi l’auteur reproche plusieurs tares dont la plus importante est celle de ne pas prier, et fait découler deux graves conséquences à ce non respect de la pratique religieuse :
1- Il exclut les non pratiquants de la communauté des musulmans.
2- Il refuse de prendre en considération les idées que ces « dés-islamisés non pratiquants » peuvent formuler. (p. 33)
[ " إن كل من يرفض أن يوجه وجهه نحو القبلة ليس من أمتنا، وليس له أن يملي علينا كيف نضطلع بالحداثة، وكيف نمارسها ونتعامل معها " (ص 33) ]
Cette prise de position peu commune d’un universitaire comme Mohammed Talbi est extrêmement critiquable à partir du moment où l’auteur avoue sans aucune réserve que ce qui détermine l’importance qu’il accorde aux paroles de certains auteurs, penseurs, intellectuels… n’est ni leur objectivité, ni la véracité historique de leurs propos , ni leur force d’argumentation… mais c’est d’abord leur croyance et surtout leur observation de la pratique religieuse ! Ainsi Talbi fait de la pratique religieuse (et en particulier la prière) la première des conditions pour l’acceptation de toute observation sur l’islam.
Avec cette condition et les conséquences que l’auteur fait découler de son observation (ou non observation) nous voyons très clairement que Mohammed Talbi s’oppose farouchement à ce que les auteurs appellent « le musulman culturel » (généralement non pratiquant) qui ne serait aux yeux de notre auteur qu’un non musulman car pour lui tout musulman est par définition pratiquant.
Talbi reproche à ces dé-islamisés le fait de vouloir transformé l’islam en une « identité historique ».
[ " الإنسلاخسلاميون يقلبون الإسلام من دين حر الى هوية تاريخية مفروضة، وهم صنفان: صريح ومقنع. كلا الصنفين لا يعتبران الإسلام دينا (...) كلا الصنفين يعتبران القرآن عملا بشريا، يجب أن ترفع عنه القداسة (...) كلا الصنفين يعتبران الإسلام هوية تاريخية, يعتبرانه إرثا تاريخيا، لا اختيار لهم فيه (...) كلا الصنفين لا يلتزمان الفرائض؛ ولا يتجنبان المحرمات. " (ص 35 ) ]
Mais tout de même, Talbi fait la différence entre 2 types de musulmans culturels, l’un peut être (non accepté mais au moins) respecté pour ses convictions à partir du moment où il est libre de pratiquer sa religion ou pas, mais l’autre n’a même pas le droit au respect à partir du moment où il a usé de son droit à la différence pour diffuser la doctrine dé-islamisée : ainsi l’auteur opère une distinction entre le dé-islamisé militant (qu’il faut combattre) et le dé-obéissant passif -mais toujours croyant- qui éprouve des remords causés par sa observation des pratiques religieuses et qui peut par conséquence se repentir et revenir à Dieu .
[ " العصاة يحتفظون بضمير تأنيبي. أولائك يقسم بهم الله، لأن الإيمان لم يغادر قلوبهم، بل بقي حيا بها، يبقى حظهم متوفرا، كاملا يوم القيامة. يقول الله في شأنهم في سورة القيامة : " لأقسم بيوم القيامة ؛ ولأقسم بالنفس اللوّامة ". العصاة نفوسهم لوامة، يرجون التوبة والرجوع الى الله، وباب التوبة مفتوح، والله تواب غفور رؤوف رحيم حليم. العصاة من الأمة، والشفاعة إنما جعلت إليهم وتشملهم.
الإنسلاخسلاميون نفوسهم ليست لوامة. فهم يرفضون الفرائض وتجنب المحرمات، رفضا مقصودا واعيا، بحكم انسلاخهم عن الإسلام انسلاخ رفض كل اعتقاد مهما كان نوعه. فهم نفاتيون، ينفون الإيمان أصلا وتفصيلا، وكدلك كل أنواع الإعتقادات. فهم لايختلفون عن غيرهم من النفاتيين غير المعتقدين، الا بإرثهم الإسلامي التاريخي، اللاصق بجلدتهم التصاقا خارجا عن ارادتهم، لا يستطيعون التملص منه." (ص 35- 36 ) ]
C’est donc le dé-islamisé militant qui sera l’objet de la croisade de Talbi, qui considère même que sa guerre est un devoir imposé à tout musulman. (p. 37)
Et c’est d’ailleurs pour combattre cet ennemi que Talbi a décidé d’écrire ce livre étant donné que ce dé-islamisé userait des mensonges en essayant de convaincre les gens de sa thèse (selon laquelle l’islam ne serait autre qu’une identité culturelle démunie de toute obligation) et par voie de conséquence de les conduire à l’abime. Ainsi nous relevons Le (premier) reproche que l’auteur fait au dé-islamisé : c’est le fait d’exprimer ses convictions et d’essayer de convaincre les gens de la véracité de ses prises de positions.
Voilà donc comment en l’espace de quelques pages Talbi définit le but principal de son livre : à savoir combattre ceux qui se définissent comme musulmans non pratiquants et qui -en même temps- essayent de rallier le plus grand nombre des musulmans (pratiquants) à leur cause.
Parmi ces dé-islamisés « qui ne méritent pas notre respect » (p. 37), l’auteur cite Salman Rushdie et « ses semblables » qui -sous prétexte de liberté de pensé et de culte- ont porté atteintes à l’islam et irrespect aux musulmans.
Ces dé-islamisés ne peuvent prétendre à être musulmans car ils ne correspondent pas à la définition donnée par Dieu au musulman dans le Coran : « Voici le livre par excellence, sans nul doute, direction pour ceux qui craignent Dieu, qui croient au monde invisible, s’acquittent de la prière et qui dépensent en aumônes une partie des biens que nous leur accordons, qui croient en la Révélation qui t’est faite, comme en celles qui l’on précédée, et sont convaincu de la vie future, Ceux la sont dans la voie de Dieu : eux seuls seront les bienheureux. » (La Vache, 2 : 1-5)
Et l’auteur de nous dire que celui sur lequel ne s’applique pas cette définition divine ne peut être considéré comme un musulman et d’affirmer que ce jugement est celui de Dieu et non le sien (!) avant de se contredire quelques lignes plus loin lorsqu’il soutiendra que nul n’a le droit de faire entrer ou sortir les gens de l’islam et par conséquent, nul n’a le droit de juger leurs ‘‘islamité’’ ou leurs apostasie. (p .39)
[ " آلم. دلك الكتاب لا ريب فيه هدى للمتقين. الدين يؤمنون بالغيب، ويقيمون الصلاة، ومما رزقناهم ينفقون. والدين يؤمنون بما أنزل إليك، وما أنزل من قبلك، وبالآخرة هم يوقنون. أولائك على هدى من ربهم، وأولائك هم المفلحون" (البقرة، 2 : 1 – 5)
إن من لآ ينطبق عليه قول الله هدا، ليس بمسلم، مهما تقنع ودلس، والقول قول الله، لا قولنا، فلا مراء فيه ولا جدال (...) ليس طبعا الحق لأي إنسان أن يٌدخل في الإسلام أو أن يٌخرج منه ؛ ليس له الحق في الحكم بإسلام هدا وتكفير داك. فالله بمفرده له الحق في أن يقول من المسلم. وحيث أن هدا الحق حق الله ، فنحن قد أوردنا قوله، وقوله الفصل لآ معقب عليه." (ص 38 – 39) ]
Mohammed Talbi veut donc nous faire croire que le fait de qualifier certains de dé-islamisés et de non musulmans, n’est point un jugement personnel de sa part mais plutôt un jugement divin qui ne souffre aucune contestation, et ce parce que ces derniers ne correspondraient pas à la définition du musulman donnée par Allah.
Talbi ne serait il pas entrain de nous dire qu’il serait le porte parole de la volonté divine et que –par voie de conséquence- ses jugements ne peuvent être contestés ?
Je n’ose pas affirmer tout de suite cette hypothèse car une telle affirmation vaudrait dire que Mr Talbi a définitivement laissé tomber son statut de libre penseur, d’historien et d’islamologue pour épouser celui de religieux rigoriste pour ne pas dire… autoritaire. Car comment peut on qualifié quelqu’un qui prétend détenir la vérité selon la volonté divine ?
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Ainsi, le Talbi qui se dégage des premières pages de ce livre est tout à fait méconnaissable : Lui, l’historien qui ne juge que par les éléments tangibles et qui connaît ce dont les hommes ont fait à la réalité historique, le voila qu’il refuse d’entendre les arguments non seulement des non musulmans mais aussi des musulmans qu’il qualifie de dé-islamisé, et ce pour l’unique raison de la probable non observation par ces derniers des pratiques religieuses (et en premier lieu de la prière), faisant ainsi de l’accomplissement de la prière l’une des conditions scientifiques de la validité des paroles de toute personne !
Lui, le libre penseur, qui connaît ce dont les réformistes et autres contestataires dans l’espace arabo-musulman souffrent, le voilà qu’il déclare ceux qui veulent se présentés comme des musulmans d’identité ou de culture comme des dé-islamisés, des non musulmans qui ne mériteraient aucun respect. L’auteur sait-il seulement (et je suis persuadé qu’il le sait) ce que de telles propos peuvent engendrer à l’encontre de ces « dé-islamisés » ?
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Une fois ses ennemis définis, voilà que Talbi est prêt à lancer sa croisade contre les tenants de « la doctrine dé-islamisée », et il n’épargnera surtout pas Abdelmajid Charfi, qu’il considère chef de file de ce mouvement, et qui aura droit à tout un chapitre (d’une soixantaine de pages) pamphlétaire.
A suivre…
A lire aussi sur Islamiqua :
- Lecture dans le « testament » de Mohammed Talbi
- Talbi, libre penseur de l’islam
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)
vendredi 15 mai 2009
Réformes dans le Monde Arabe: Anthropologie de la peur
Certains arabes sont contre les réformes imposées de l’extérieur. Ils ont peur !
Paradoxalement, c’est la religion et la culture, dont les finalités sont la solidarité est la fraternité entre tous les hommes, qui se trouvent mobilisées et instrumentalisées au service de ce refus. Ces intellectuels arborent certains particularismes ethniques et culturels pour légitimer leur réticence vis à vis de toute tentative de rénovation et ainsi pour éterniser le statu quo. En réalité ce narcissisme des petites différences traduit leur peur du changement, leur angoisse d’être englouti par l’inconnu, par l’Autre qui risque de mettre en péril notre religion, notre morale, notre famille, notre ordre éternel des choses. La résistance au changement, le refus des réformes proviennent des pulsions archaïques, de l'instinct de survie dans sa forme élémentaire, l'instinct de durer éternellement, de demeurer tel, de ne pas changer, de ne pas vieillir, de ne pas mourir.
La propagande actuelle qui sévit aussi bien en Orient qu’en Occident et qui ‘‘satanise’’ l 'Autre procure une légitimité a ces pulsions inconscientes. Elle renie le réel dans sa totalité et dans son ambiguïté et le réduit à une confrontation Orient / Occident ou Nord /Sud. C’est en brandissant la haine de l’Autre que certains refusent des réformes politiques et sociales qui cristallisent pourtant les vœux les plus chers d’une partie non négligeable de leurs compatriotes. En effet, les thèses islamistes et nationalistes, ainsi que leurs discours mobilisateurs incantatoires, envoûtants de défense de l’identité, de préservation de la culture et de la religion, certes, séduisent, actuellement, les foules mais installent les peuples dans l’illusion de la certitude et non dans la véritable quête du savoir. Objectivement, leur véritable finalité est de raffermir les pouvoirs en places, de neutraliser le doute intérieur et de leur faire bénéficier du consensus. L’Histoire nous enseigne que tous les régimes oligarchiques recourent aux mêmes mythifications qui consistent à propager l’idée que sans l’action de nos ennemis traditionnels, l’impérialisme mondial et le sionisme international et leurs alliés qui complotent sans cesse contre nous, nous connaîtrions depuis longtemps l’âge d’or !
Dans ces conditions accepter des plans de réformes internationaux c’est reconnaître nos égarements passés, nos erreurs historiques, notre impuissance à réaliser des changements politiques et sociaux qui s’imposaient depuis longtemps. C’est admettre que nous sommes seuls responsables de notre léthargie et sans excuses. Cela brisera certainement plusieurs illusions.
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Actuellement, cet occident mécréant est aujourd’hui l’ennemi rêvé. Dans la morosité de notre vie idéologique, il constitue un ferment des plus féconds. Ses thèses nous sont une source intarissable d’inspiration, elles deviennent le moteur de notre vie intellectuelle. En terre arabe, la vie de l’esprit se résume souvent à un vaste parasitisme idéologique qui tire sa nourriture de corps de ses ennemis extérieurs et intérieurs. En effet, excepté ces batailles intellectuelles contre «les ingérences étrangères» qui veulent nous imposer «leurs» réformes, «leurs» démocratie et «leurs»» droits de l’homme, à tous les niveaux règne le meilleur des mondes. Dans chaque pays arabe domine la parole unique. Chaque jour, des voix monotones, à la radio et à la télévision, déferlent, sans trêves, les chiffres de la production, les pourcentages, des statistiques expliquant les performances réalisées. On nous explique systématiquement que la production des pommes de terre progresse, qu’il y a des fruits dans les marchés, qu’on construit des routes, qu’on bâtit des maisons, que les enfants vont à l’école. Comme si dans le monde actuel, à l’aube du troisième millénaire, cela tenait au miracle. Comme s’il fallait pour ce la bénir chaque matin notre bonne étoile qui nous a permis d’être citoyen de ce pays arabe. Comme si on veut nous donner l’impression que ce bien être n’a commencé qu’avec l’avènement des pouvoirs en place ! En outre, en terre arabe, et comme l’a déjà remarqué le penseur Guy Debord, règne le spectaculaire concentré. On rassemble, à l’extrême, sur un seul homme, tout l’admirable étatiquement garanti, indiscutable, qu’il s’agit d’applaudir et de consommer passivement. Là où le sous-développement du marché mondial ne permet pas l’abondance et la réalisation de soi par le consumérisme, on ramène la consommation au pur regard. L’image du pouvoir, dans lequel ce regard doit trouver tout son bonheur, est omniprésente. Elle remplit les aéroports et les salles de classes, les villes et les campagnes! Le leader cristallise toutes les qualités socialement reconnues. Il est penseur, philosophe, athlète, génial conducteur des peuples! Ses discours sont disséqués durant des mois dans la presse locale qui y puise des originalités insoupçonnables. Sa pensé est conceptualisé par des intellectuels dans des livres et des encyclopédies.
Une armée de courtisans, de «fonctionnaires de la Vérité», peine sans répit à consolider cette parole unique. Un arsenal de surveillance, de quadrillage traque toute parole dissidente, autonome, non autorisée. On contrôle les informations, on filtre les journaux étrangers, on masque les sites électroniques. La moindre allusion est suspecte. Cela peut nous étonner et nous paraître excessif. Néanmoins, en terre arabe, nous sommes les seuls à savoir à quel point cela porte à conséquence !
Les plans occidentaux de réforme visent à mettre un terme à cette confiscation de la parole. Leur objectif est l’instauration de la liberté de pensée et d’expression.
Les adversaires de réformes le savent précisément. Peuvent-ils faire le deuil de cette parole unique et autoriser un partage citoyen de la parole ? Rien n’est moins sûr ! Un partage démocratique qui vise à prendre en compte la parole émise par chaque citoyen et qui fera le socle de la justice et de la démocratie sapera leurs privilèges symboliques et matériels. Dans ces conditions, un appui étranger s’avère indispensable pour l’accélération de l’Histoire.
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* Ikbal al Gharbi est professeure de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
lundi 11 mai 2009
Talbi le croyant, Talbi l’intolérant

Si j’avais à présenter l’avant dernier ouvrage du professeur Mohamed Talbi, je dirais qu’il s’agit d’un livre de riposte. Ce que l’auteur lui même considère comme la première partie d’une trilogie-testamentaire (dont la deuxième partie vient juste d’être publiée) est un livre écrit non par l’historien ni encore par le libre penseur Mohammed Talbi comme on avait l’habitude de le qualifier (voir ici), mais plutôt par Talbi le religieux pour ne pas dire l’homme de religion. En effet, tout au long des 294 pages de « Pour que mon cœur s’apaise. Première partie : la question de la foi »* (liyatmaina Kalbi. Kadiat al imen), on découvre un autre Talbi : un homme profondément croyant et qui peut être –par certaines de ses prises de positions- intolérant.
Un homme profondément croyant
Malgré l’avertissement qu’il nous livre dès la première ligne de son ouvrage : « Je ne vise pas à travers ce livre la défense du Coran, le Coran se défend tout seul et il n’a nul besoin de nous pour le faire », on ne peut -après lecture de l’ouvrage- que contester la véracité de cette affirmation : Non seulement le livre est une défense acharnée du Coran (et de l’islam en général) mais il est un réquisitoire contre tous ceux qui peuvent avoir des idées contraires à celles de Mr Talbi (des plus tolérants aux plus fanatiques).
Le livre est donc une riposte, d’une part, à certains musulmans qui critiquent une certaine vision de l’islam, et d’autre part, aux chrétiens qui profiteraient des faiblesses actuelles des musulmans pour attaquer leur religion. Et les propos de Talbi –pour les uns comme pour les autres- seront d’une dureté surprenante dans un ouvrage où il nous explique par ailleurs comment et pourquoi –contrairement à plusieurs autres intellectuels qui ont suivi son chemin, fait des études semblables aux siennes- lui est resté profondément croyant alors qu’eux, sous couvert de critiques et de modernité, ont fini par abandonner l’islam.
Un homme qui peut être intolérant
Dans cette première partie de son testament, Mohamed Talbi aura deux cibles principales : le professeur Abdelmajid Charfi et le Christianisme.
Le premier aura droit à plus de 60 pages de critiques et d’insultes et le second à plus de 90 pages de relecture historique.
L’auteur nous informera que sa démarche est basée sur le respect de l’autre, que son but n’est pas de convaincre cet autre mais de s’auto-convaincre. Mais pour mériter le respect, Talbi exige que cet autre respecte lui aussi un certain nombre de principes et en premier lieu, il doit jouer franc jeu. Ainsi, pour mériter le respect, Talbi exige que ses adversaires enlèvent leurs masques et indiquent clairement leurs idées et leurs engagements. Or considérant que ses deux ennemis (Abdelmajid Charfi et le Christianisme) ne respectent pas les règles du jeu et usent des masques dans leurs attaques contre l’islam, Mohammed Talbi ne les respectera point et sera très dur à leur encontre. D’où la transformation (surprenante) de notre grand essayiste en un intolérant vis-à-vis de ceux qu’ils considèrent comme menteurs et imposteurs.
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J’ai été surpris en lisant ce livre par le nombre d’injures qu’il contient et je dirais même par la haine que son auteur dégage à l’encontre de ceux qui ne sont pas d’accord avec lui et en particulier Abdelmajid Charfi.
Mais, malgré cela, j’ai -encore une fois- appris beaucoup de choses en lisant cette première partie du Testament de Talbi écrite remarquablement en arabe.
Faut-il admirer alors ce que Mr Talbi a écrit dans cet ouvrage ou plutôt lui en vouloir pour les nombreux dérapages qui ont faussés la beauté du texte ?
Il m’est très difficile de juger une institution comme Mohammed Talbi sur la base d’un seul livre alors même que l’œuvre de l’homme est grandiose. Mais à travers la lecture que je vous propose, j’espère que vous aurez quelques éléments de réponses.
A suivre …

A lire aussi sur Mohammed Talbi :
- Talbi, libre penseur de l’islam
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (1)
- « Il faut choisir entre la charia et l’islam » (2)
samedi 9 mai 2009
Mohammed Talbi sur Islamiqua
dimanche 3 mai 2009
La beauté des contrastes

Au cours du mois d’avril j’ai eu la possibilité de participer à deux événements culturels à travers lesquels j’ai encore une fois constaté la beauté de certains contrastes de la liberté. Oui, L’existence en toute harmonie, en même temps et au même lieu, de phénomènes opposés, est sans l’ombre d’un doute le signe d’une cohabitation possible et d’une liberté certaine.
Prière et vin
La première contradiction je l’ai rencontré à Kairouan, la Capitale de la culture islamique pour l’année 2009, où en raison d’un colloque organisé à l’occasion du cinquantenaire des constitutions tunisienne et française, j’ai passé 3 journées dans la ville des Aglabites où j’ai pu admirer la cohabitation qui existe entre les éléments de cultures et de religions différentes. En effet, à Kairouan, les hôtels (ou du moins certains d’entre eux) se caractérisent par l’existence en leur sein de « salles de prières » pour ceux qui désirent accomplir leurs prières quotidiennes, ce qui n’empêche nullement les restaurants des mêmes hôtels de servir du vin ou d’organiser des galas ! Cette image de la salle de prière au premier étage de l’hôtel et du vin aux restaurants du rez-de-chaussée m’a beaucoup impressionnée en me confirmant l’idée selon laquelle la coexistence est possible tant que chacun respecte la liberté de l’autre.
Shari’a et libres penseurs
La deuxième contradiction, je viens de la rencontrer au Salon du livre de Tunis (qui s’est tenu du 24 avril au 2 mai au palais d’exposition du Kram). En effet, la présence de plus en plus massive du livre religieux est désormais l’une des caractéristiques de toutes les foires du livre du monde arabe. Mais malgré cela, j’ai eu le plaisir de constater la beauté d’autres contrastes. En effet, pour ce qui est des visiteurs du Kram, la foire constitue peut être le seul endroit où on rencontre en même temps les barbus religieux, les voilées, les tenants d’un discours rigoristes… et ceux moins barbus, simples croyants, laïcs ou même pas du tout intéressés par la religion et ses histoires. Ici tout le monde trouve son bonheur !
Cet état des lieux découle d’une autre cohabitation qui existe entre les différentes maisons d’éditions : les stands des maisons religieuses se trouvent à coté de ceux des maisons laïques séparés par ceux des maisons d’éditions militantes ! Quelle belle mosaïque !
Je me suis arrêté sur cette image suite à la réception d’une copie du Coran « offerte par le serviteur des lieux saints » (Une tradition renouvelée annuellement par les saoudiens qui diffusent à chaque foire gratuitement des centaines de copies du Coran) et juste avant d’avoir l’immense plaisir de rencontrer le professeur Yadh Ben Achour (qui est venu dédicacer son dernier livre « Aux fondements de l’Orthodoxie Sunnite ») et tout de suite après avoir acheté la deuxième partie du testament de Mohamed Talbi intitulée « L’islam n’est pas voile il est culte, rénovation de la pensée musulmane ». Avoir un livre offert par les émirs du wahhabisme, discuté avec le professeur Yadh Ben Achour et acheté le pamphlet de Mohammed Talbi sur la Shari’a. Tout cela en même temps et au même lieu ! C’est un extraordinaire contraste !
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Avoir la liberté de prier ou de boire du vin. Avoir la liberté de lire les textes religieux ou de consulter leurs critiques… n’est ce pas là la meilleure représentation de la conception tunisienne de l’islam ?





