Les_Kuweit_entre_2_assemblees

Malgré toutes les critiques formulées contre l’expérience démocratique Koweïtienne (un émir qui règne et gouverne le pays avec les membres de sa famille en présence d’un parlement démocratiquement élu et d’un gouvernement présidé par un membre de la famille royale dans un Etat fortement ethnique), il est incontestable que ce que vient de connaître ce petit (mais riche) émirat du golfe est simplement historique. En effet, deux événements majeurs donnent aux élections législatives koweïtiennes du dimanche 17 mai un aspect exceptionnel :

I- Pour la première fois dans l’histoire de cet émirat (qui s’est doté depuis 1963 d’un parlement mais n’a autorisé les femmes à voter et a être éligibles qu’en 2005), 4 femmes de tendance libérale sont élues dans un pays connu fortement pour son conservatisme.

II- Pour la première fois dans l’histoire, non seulement de l’émirat mais aussi et surtout de tout le monde arabe, les deux tendances islamistes (salafistes et frères musulmans) perdent du terrain avec un recul de plus de 50 % (de 7 sièges elles n’ont gardés que 3). 

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Le deuxième événement est à mon sens le plus important mais n’a pas été assez analysé par les différents médias et en particulier ceux arabes (qui pourtant avaient consacrés de larges développements et une couverture spéciale aux élections koweitienne en focalisent leur intérêt sur l’entrée des femmes au Parlement).

Or, au delà de porté symbolique de l’accès de la femme au parlement au Koweït, la défaite inattendue des islamistes mérite qu’on lui accorde un peu plus d’attention surtout qu’il semblerait qu’il ne s’agit pas seulement d’un recul à imputer à certaines difficultés passagères du camp islamiste mais bien au contraire d’une défaite causée par un dysfonctionnement structurel de la machine islamiste. Plusieurs arguments peuvent être cités à cet égard :

1- les deux tendances islamistes ont connu la défaite :

*Les Frères musulmans passent de 3 députés à un seul.

*Les salafistes passent de quatre députés à deux seulement.

Ce qui pourrait indiquer un mécontentement de la population non envers une entité particulière mais plutôt envers un courant d’idée, à savoir celui islamiste.

2 - Pensant avoir toujours le poids qui été le leur il y a quelques mois -et dans la crainte de voir la femme accéder au Parlement-, les salafistes avaient émis quelques jours seulement avant les élections une fatwa dans laquelle ils interdisaient aux électeurs de voter pour les femmes (car la présence des femmes dans le parlement serait contraire aux préceptes de la sharia). Or les électeurs ont fortement sanctionnés cette prise de position en votant non pour une seule femme mais pour quatre candidates (sur un total de 15).

3- Parmi les quartes gagnantes, certaines ont même remportés les élections faces à des personnalités islamistes très célèbres dans le pays !   

4- Craignant la perte des élections, plusieurs candidats islamistes se sont portés comme candidats indépendants (sans étiquette) alors même qu’ils font partie des groupes salafistes ou des Frères musulmans. Cette stratégie inédite n’a pourtant pas réussie à leur garantir la victoire.

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Tout cela, nous pousse à voir dans ce qui vient de se passer au Koweït (malgré la petite taille de son électorat avec ses 400 milles électeurs), les prémices d’un changement en cours qui s’il réussit dans ce pays pourra avoir une influence remarquable sur le reste du monde arabe. D’où la responsabilité qui pèse sur ce nouveau parlement Koweitien et en particulier sur ses membres libéraux, indépendants ainsi que sur les 4 femmes qui doivent tout faire afin de ne pas décevoir et afin de montrer que dans le monde arabe les affaires de l’Etat et des citoyens sont mieux gérées lorsqu’elles sont éloignées des influences religieuses.

   

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