C’est avec cette question que le Doyen Sadek Belaid a commencé son rapport de synthèse du colloque « Droit, pouvoir et religion » organisé du 5 au 7 mars dernier à Gammarth par l’Association Tunisienne de Droit Constitutionnel.

A cette question, notre Doyen donnera la réponse suivante : une religion c’est l’addition d’un ensemble d’éléments : une communauté + un dogme + une transcendance + un rituel + une finalité (l’au-delà). 

Mais selon Mr Belaid, ce qui importe ce n’est pas la religion telle qu’il définit mais la relation de cette dernière avec le droit et le pouvoir. Dans ce sens, en supposant l’existence de liens entre ces trois entités, la religion se transforme en une idéologie de pouvoir.

La religion telle que nous la connaissons aujourd’hui est elle à l’état pure (sans aucune relation avec le pouvoir ou le droit) ou bien s’est elle effectivement transformée en un phénomène politique à partir du moment où elle est entrée en concurrence avec le droit et le pouvoir afin d’asseoir sa notoriété ?

C’est cette question, en d’autres termes, qui fut posée par la professeure Sana Ben Achour lors des débats au cours du colloque. En se limitant à l’exemple de l’islam, Mme Ben Achour avait posé une question sur le moment historique de ce qu’elle a appelé la crispation entre droit, pouvoir et religion : quant est ce que ces trois entités sont elles devenues concurrentes ou même antagoniques ?

Nous trouverons les réponses à toutes ces questions dans la brillante communication du professeur Mohamed Haddad qui nous a présenté -entre autres choses- sous le titre « Pour une critique de la raison juridique dans la pensée islamique » l’évolution du rôle des fouquahas en islam qui se trouverait à l’origine de la création de cette crispation entre religion, pouvoir et droit et qui a fait que l’islam pur a laissé sa place à un islam idéologie de pouvoir.

Selon Mr Haddad, au départ, le travail du Faqih se limitait à l’explication du texte (coranique) et la grammaire du discours. Mais à partir de la constitution des cités dans l’empire islamique, le pouvoir en place avait besoin de personnes pour juger les problèmes sociaux : ce fut alors la création de l’institution de khada (justice) qui sera très vite laissée aux fouquaha qui n’appliqueront dans leurs jugements que ce qu’ils connaissent par cœur : le texte coranique. Se posera très rapidement alors le problème des questions qui ne trouvent pas de réponses dans le Coran. La solution qui sera proposée s’appelle « le raisonnement par analogie » qui n’admet pas la rupture et qui considère qu’il existe toujours un cas auquel il faut se référer. Or, ce raisonnement qui ne permet pas de distinguer le moderne de l’ancien et qui n’accepte aucune évolution est selon Mr Haddad la cause de la crispation entre religion, pouvoir et droit.

Cette crispation sera développé au fur et à mesure du développement et de l’extension du religieux et ce jusqu’à nos jours où les fouquahas continuent à vouloir voir la religion s’appliquer à tous les aspects de la vie du croyant. Un but qu’ils poursuivent depuis les mosquées où ils prêchent hebdomadairement devant des millions de croyants jusqu’aux chaînes de télévisions religieuses inspirées des évangélistes.

Que faut-il faire alors ?

Deux solutions sont proposées ; l’une par le professeur Haddad et l’autre par le professeur Hamadi Redissi. Pour ce qui est de Mr Haddad, il demande aux juristes de réagir face aux imams de toute part et ce en travaillant sur la vulgarisation des termes juridiques et en se réappropriant le Droit confisqué par ces cheikhs (Une entreprise qui s’avère difficile selon les dires même du professeur car si un juriste fait une conférence pour quelques dizaines d’intéressés, des milliers d’imams font des milliers de prêches hebdomadaire pour des millions de croyants…).

La deuxième solution est un peu plus radicale et elle est proposée par le professeur Hamadi Redissi qui ne trouve d’issue que dans la sécularisation de la société, considérant que « la sécularisation est une décontamination de ce qui a été contaminé par le sacré ».

Voir aussi sur ce sujet : droit, pouvoir et religion