mercredi 28 janvier 2009
Ministère égyptien des affaires religieuses : « Le voile est une tradition, non une obligation »
En 2006, Farouk Houssni, ministre égyptien de la culture fut l’objet d’une grande compagne de dénigrassions à l’intérieur des cercles islamistes lorsqu’il s’est indigné de l’explosion du nombre d’égyptiennes portant le voile intégrale (le niqab).
En cette année 2009, son collègue, Mahmoud Hamdi Zaqzouq, ministre des Waqf (affaires religieuses) s’apprête a faire publier par son ministère un ouvrage dont le titre est révélateur : Al-niquab ada wa laysa ibada (« le niqab est une tradition, non une obligation ») dans lequel il y aura la participation des plus hautes autorités de l’islam en Egypte : le fameux recteur d’Al Azhar, Sayyed Tantaoui, le mufti de la République, Ali Jomaa ainsi que le ministre des affaires religieuses lui même.
Cette prise de position officielle est inédite en Egypte et témoigne du malaise du pouvoir égyptien face à l’influence des chaînes satellitaires des pays du golf et surtout les chaînes religieuses où les imams se succèdent aux prédicateurs souvent avec des visions conservatrices si non extrémistes. Ainsi, le célèbre cheikh Al Qaradaoui, présent régulièrement sur la chaîne d’information la plus regardée du Monde arabe, Al Jazerra, soutient que la remise en cause de l’avis des anciens quant à la nécessité du niqab relève de l’ignorance de la charia, ajoutant qu’ « il ne faut pas dénoncer la femme qui se couvre le visage, de même que celle-ci ne doit dénoncer la femme qui le découvre ».
A signaler enfin, que depuis quelques années, l’Egypte, comme la plupart des pays de l’Afrique du nord, connaît un regain de religiosité extrêmement fort qui a profité aux Frères Musulmans (mouvement interdit mais toléré et qui constitue aujourd’hui la principale force d’opposition au régime de Houssni Moubarak) lors des dernières élections législatives.
© Islamiqua avec Jeune Afrique
dimanche 25 janvier 2009
Afghanistan : de l’acide pour défigurer les filles qui vont à l’école

Le 12 novembre dernier, une attaque à l’acide a visée une école de filles dans le village afghan de Mirwais. 6 hommes, sur trois motos, avaient attaqués 11 étudiantes et 4 enseignants. L’attaque a provoqué des blessures pour 6 étudiantes dont une défiguration pour l’étudiante Shamsia Husseini, 17 ans, qui souffre en plus de ses cicatrices de la perte progressive de la vue et de difficultés à la lecture.
L’école de Mirwais pour les filles a été construite depuis 5 ans par le gouvernement japonais. Et depuis elle connaît un véritable succès. Selon le New York Times, elle est même à l’origine d’une véritable « révolution culturelle ». Avec ses 1300 étudiantes, l’école est considérée comme l’un des symboles de la défaite des talibans en Afghanistan. Lorsqu’il était au pouvoir, le mouvement fondamentaliste avait en effet interdit l’instruction des jeunes filles.
C’est donc le symbole qui a été visé le 12 novembre dernier lorsque les agresseurs ont fait subir à leurs victimes d’atroces blessures.
Après cet accident, les parents ont hésités avant de renvoyer leurs filles à l’école de Mirwais.
Mais suite aux promesses du gouverneur de consacrer à l’établissement plus de policiers, une passerelle à travers une route voisine et un autobus, ainsi que la volonté des afghans d’instruire coute que coute leur enfants, la confiance commence à revenir et plusieurs filles retrouvent le chemin de l’école avec d’avantage de persévérance ; beaucoup d'entre elles marchent environ trois kilomètres depuis leurs maisons de briques de boue en haut dans les collines pour parvenir à l’école.
« Mes parents m'ont dit de continuer à aller à l'école même si je suis tué », a dit Shamsia avant de rajouter « Celui qui m’a fait ca, ne veut pas que des femmes soient instruites. Ils veulent que nous soyons des choses stupides. »
© Islamiqua avec le New York Times
mardi 20 janvier 2009
L’abolition de la polygamie

Comme l'a fait remarquer l'écrivain Leila Sabbar, en terre d'islam la mémoire féminine s'est perdue et la transmission se fait à l'envers de fille en mère.
La désinformation systématique est un instrument privilégié du pouvoir en terre d'islam. Elle nécessite la réécriture permanente du passé en fonction des besoins du présent.
Dans cette perspective, il est clair que la liquidation ingénieuse de la mémoire collective féminine n'est pas un but en soi ! C'est un moyen exceptionnel pour prévenir toute revendication. Les femmes sans mémoire ne peuvent pas contester leur présent. Elles n'ont rien à comparer à leur situation actuelle. La discrimination leur est présentée comme naturelle et éternelle. C'est grâce à ces techniques d'ingénierie sociale que règne la satisfaction généralisée.
Un écrivain russe, T. Ajtmatov, rapporte dans son roman « Une journée plus longue qu'un siècle », une terrible et ancienne légende. Il parait que les envahisseurs barbares chouang-couang soumettaient leurs prisonniers à un traitement particulier pour en faire de parfaits esclaves sans mémoire. Ils rasaient la tête des hommes jeunes, puis à l'aide de bandelettes de peau prélevées sur un chameau fraîchement dépouillé, ils enserraient ces têtes juvéniles. Ils laissaient ensuite les malheureux plusieurs jours sous le soleil brûlant de la steppe. Ceux qui survivaient à pareille torture, devenaient des "mankurt" : esclaves sans mémoire. Ils ne savaient plus d'où ils venaient, ni où ils étaient nés, ni qui étaient leurs pères, ni leurs mères. Privés de leur passé, ils n'avaient plus aucun support pour comparer leur misère présente. Ils devenaient des serviteurs modèles. Ces esclaves amnésiques valaient dix fois plus que les esclaves ordinaires !
Dans toute société fermée, le pouvoir non seulement s'arroge le privilège de contrôler les actions des
hommes, de contrôler ce qu'ils font et ce qu'ils disent, mais il aspire aussi à régir leurs fantasmes, leurs rêves, et bien entendu leur mémoire. Dans ce type de société, le passé fait tôt ou tard l'objet d'une manipulation destinée à justifier le présent et à l’éterniser.
Pour les sociétés musulmanes, par exemple, le célèbre açr-at-tadwin -l'époque de la consignation par écrit - fut le départ de l'institutionnalisation, mais aussi de la manipulation, de la mémoire collective reconstruite et administrée à Tous comme Vérité Officielle. C'est à cette époque que les savants musulmans commencèrent à répertorier le hadith, le fikh et le Tafsir à la demande expresse du pouvoir politique…
Organiser la mémoire collective, transformer l'histoire en un instrument de gouvernement destiné à légitimer ceux qui dirigent et à fournir des alibis à leurs actes est une technologie de domination aussi vielle que le monde.
Actuellement le sort des femmes musulmanes devient un enjeu majeur de politiques internationales ! Il sert dorénavant à justifier les guerres et à légitimer les pouvoirs existants. En effet, dans son discours sur l'Etat de l’union, le 29 janvier 2002, G.W. Bush déclara: « Le drapeau américain flotte au-dessus de notre ambassade à Kaboul. Et aujourd'hui les femmes afghanes sont libres ».
Au même moment, les journaux publiaient des photos de femmes souriantes à Kaboul afin d’offrir à la guerre de l'Afghanistan sa raison d’être. Par ailleurs, les dirigeants musulmans se réclament tous, au nom de l'Islam ou au nom de la Laïcité comme les libérateurs enthousiastes de la femme et comme les gardiens jaloux de ses droits. Pour leur propagande officielle, le sort des femmes musulmanes n'a jamais été meilleur que sous leurs cieux !
Pour cette raison, la quête du passé revêt pour toutes les femmes musulmanes un caractère fondamental. Ce compte à rebours évite l'illusion mythologique de l'intégrisme qui croit construire l'avenir en revenant à la pureté originelle du moment inaugurateur. Il évite aussi l'illusion démagogique d'être le réformateur suprême et l'initiateur exclusif de tous les progrès!
Afin de relativiser la situation actuelle, il nous paraît utile de rappeler que durant la période préislamique, nommée à tort Jahilya, un grand nombre de femmes se distinguaient par leur personnalité, leur esprit critique et leur capacité à prendre des initiatives. Elles prenaient activement part à l'économie de la société et étaient les égales des hommes. Les régimes matrimoniaux existants variaient de la polyandrie, à la polygamie, en passant par la monogamie dans cette société transitoire.
Parmi les femmes arabes qui jouissaient d'une grande notoriété, il y avait Khadija, la première femme du prophète. Femme d’affaire, héritière d'une grosse fortune léguée par son précédent mari, elle la faisait fructifier en investissant dans des opérations de commerce international.
Femme de caractère, elle se réservait la liberté de choisir librement son époux. C'est ce qu'elle fit lorsqu'elle décida d'épouser le prophète. Elle envoya auprès de lui une émissaire, Nefissa, pour le demander en mariage. L'historien Ibn Saad a rapporté les paroles de Nefissa : « elle me dépêcha en secret auprès de lui avec une proposition de mariage. Et il accepta ». Le prophète vécut vingt cinq années avec Kadhija sous le régime de la monogamie.
Toujours chez les Quraychites, la petite-fille d'Abu Bakr, compagnon du prophète et premier calife de l’Islam, Aicha bent Talha eut plusieurs maris. Elle est comptée au nombre des mutazawidjat. Dans ses contrats de mariage, elle refusa le principe de Ta’ä, c’est-à-dire de l'obéissance au mari. Sukeina, arrière petite-fille du prophète Mohamed et fille de Hussein le martyr de Karbala et donc membre de ahl el beit, refusa l'institution de la polygamie et stipulait cette condition dans ses multiples contrats de mariage.
La secte musulmane ésotérique des quarmatiens, qui a régné plus d'un siècle en Arabie, a abolit la polygamie et à institué l'égalité entre homme et femme en matière de droit de succession.
En outre, en Tunisie, au 10ème siècle, les documents juridiques ayant trait aux Fatwas –décrets religieux – nous informent sur les victoires des femmes musulmanes qui ont pu détourner la rigueur de l'orthodoxie et imposer leurs droits. En effet à cette époque de grands bouleversements sociaux, les femmes ont pu obtenir le droit au divorce si le mari s'absent pour une durée déterminée, par exemple quatre mois, stipulée dans le contrat de mariage. Le Cadhi -juge musulman- pouvait permettre le remariage de l'épouse et lui octroyer la garde des enfants et la gestion du patrimoine du mari en cas d'absence prolongée. A la même époque, un type de contrat de mariage, appelée le contrat de Kairouan, instituait la monogamie comme régime matrimonial et attribuait à l'épouse le droit de répudier la seconde femme si le mari se hasardait à devenir polygame !
Le plus célèbre contrat de mariage kairouannais est le contrat du fondateur de la dynastie fatimide El Moiz Lidin Allah el Fatimi dont l'épouse tunisienne lui a imposé la monogamie et lui a interdit par conséquent de construire un harem.
En poursuivant cette remontée historique des fragments de la mémoire féminine en terre d'islam on découvre que la condition féminine n'est ni une, ni indivisible. La situation de la musulmane est plurielle, elle varie selon les circonstances historiques et géographiques.
Elle est surtout fonction de la dialectique des luttes féminines et des rapports de forces existants. La femme étant selon Simone de Beauvoir, « de toutes les femelles mammifères celle qui est la plus profondément aliénée, et celle qui refuse le plus violemment cette aliénation ».
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* Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.
ahikbal@yahoo.fr
jeudi 15 janvier 2009
Gaza sous le feu : Israël ne vise que le Hamas

mercredi 14 janvier 2009
Gaza sous le feu : les palestiniens ont le droit à la vie

mardi 13 janvier 2009
Gaza sous le feu : Israël a le droit de se défendre

vendredi 9 janvier 2009
Gaza sous le feu : Les conséquences de l’impuissance arabe

L’impuissance des pays arabe à avoir une politique étrangère commune aura des conséquences. D’une part, la nature ayant horreur du vide, si les pays arabes ne disposent plus de voix audible sur le plan international et ne peuvent par voie de conséquence prétendre au rang de puissance régionale, d’autres pays de la région essayeront de combler ce vide. Tel est le cas de la Turquie et de l’Iran.
D’autre part, face à l’impuissance des régimes arabes devant les crimes de l’armée israélienne, nous aboutiront obligatoirement à la radicalisation de la « rue » arabe :
- Pour ce qui est de la Turquie :
Depuis quelques années, et plus exactement depuis la guerre américaine contre l’Irak, la Turquie a compris qu’en période de discorde et d’effritement arabe, elle avait peut être un rôle important à jouer. Ses prises de positions sur les « affaires » du Proche Orient se sont multipliées et désormais les déclarations de son ministre des affaires étrangères sont aussi –si non plus- importantes pour les journalistes que les déclarations de n’importe quel ministre arabe. Cette position lui permettra de jouer par la suite le rôle d’intermédiaire dans des négociations indirectes entre la Syrie et Israël. Le bombardement de Gaza viendra confirmer et amplifié ce rôle de puissance régionale de la Turquie. Parmi les rares pays à avoir utilisé un langage un peu musclé à l’encontre d’Israël après le bombardement de Gaza, la Turquie a annulé une visite en Israël prévue pour son président, et son premier ministre a commencé une tournée régionale dans les pays arabes de la région dans le but de… concilier les arabes.
- Pour ce qui est de l’Iran :
Cauchemar des pays arabes « modérés » de la région, l’Iran et l’une des causes principales de la discorde arabe. Le pays de la révolution islamique fait peur pour ses ambitions idéologiques (diffusion du shiisme) et ses ambitions militaires (possession de la bombe Atomique).
L’Iran, dans le but d’échapper aux pressions qu’elle subit pour son programme nucléaire, a souhaité elle aussi intervenir dans les « affaires » du Proche Orient. Désormais, elle soutient le Hezbollah au Liban et le Hamas en Palestine et déclare vouloir en finir avec l’Etat hébreu. Ce qui lui vaut la sympathie de la « rue » arabe exacerbée par l’impuissance des gouvernements de la région.
- Pour ce qui est de la radicalisation des populations arabes :
Dans la guerre entre pays arabes « modérés » et pays arabes « extrémistes », il semble que ces derniers ont gagnés la première bataille, celle de l’opinion publique. En effet, depuis les premières frappes sur Gaza, l’Egypte a été la cible de toutes les critiques. Pour la première fois dans l’histoire du monde arabe, ses ambassades dans plus d’une capitale arabe ont été la cible de milliers de manifestants. Certains observateurs ont même étaient surpris par la colère que la « rue » arabe avait à l’encontre du régime égyptien. Pendant les premiers jours du bombardement israélien, l’Egypte a subi autant d’indignations de la part des populations arabes qu’Israël.
Mais au delà de l’Egypte, ces manifestants visaient l’ensemble des pays arabes « modérés » qui ont fait le choix de ne pas soutenir le Hamas. Effrayés par les images de morts diffusées en permanence par Al Jazerra (mobilisée dès les premiers bombardements), endoctrinées par le Hamas et le Hezbollah qui se déclarent être « les seules défenseurs de la Oumma (la communauté des Croyants)», les populations arabes se radicalisent de plus en plus, considèrent que les attaques israéliennes ne visent pas seulement le Hamas ou les palestiniens mais plus généralement l’islam et les musulmans, et jugeant qu’avec des régimes arabes « modérés » dans leurs relations avec l’Occident, l’Islam était en danger, ils n’hésitent plus à se déclarer pro-Hamas (pour les sunnites) ou pro-Hezbollah (pour les shiites).
Ainsi, la guerre israélienne menée contre la bande de Gaza aurait des conséquences diamétralement opposées à celles espérées par les israéliens et leurs alliés américains : le Hamas ne sera pas détruit, il aura le soutien d’une majorité d’arabes, les discours radicaux seront de retour et toute idée « modérée » ou « réformatrice » sera désormais très mal perçue.
mercredi 7 janvier 2009
Gaza sous le feu : Illustrations de la discorde entre les pays arabes

L’impuissance arabe face aux bombardements israéliens puis à l’incursion de Tsahal dans la bande de Gaza était inévitable et même prévisible.
Cette impuissance qui résulte de la division inter-arabe a été illustrée par plusieurs éléments :
1- Les pays arabes étaient dans l’impuissance d’organiser une réunion d’urgence de leurs ministres des affaires étrangères. Alors que les bombardements commençaient le samedi 27, les ministres des affaires étrangères des pays arabes n’ont pu organiser leur première réunion que le mercredi 31 décembre, soit 5 jours après les bombardements et au lendemain de la réunion des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne.
2- La réunion des ministres des affaires étrangères qui devait préparer un sommet d’urgence des chefs d’Etats des pays membres de la Ligue Arabe (prévu initialement pour le vendredi 2 janvier) s’est soldée par un échec retentissant : désormais il n’y aura pas de sommet des chefs d’Etats et la seule décision prise était d’exporter la crise aux Nations Unis.
3- Les ministres des affaires étrangères des pays arabes n’étaient pas d’accord sur le contenu du projet de résolution qu’ils invitaient le Conseil de Sécurité a voté. Le projet, « condamne vigoureusement toutes les attaques militaires et l'usage excessif, disproportionné et aveugle de la force par Israël, puissance occupante, qui a fait de nombreux morts et blessés parmi les civils palestiniens innocents, y compris des femmes et des enfants. » Il demande « un cessez-le-feu immédiat et son plein respect par les deux côtés ».
Il « appelle Israël à respecter scrupuleusement ses obligations aux termes du droit humanitaire international, en particulier de la Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre ». Simplement, il ne fait aucune mention des tirs de roquettes en provenance de Gaza sur les territoires israéliens, qui selon l'Etat hébreu ont déclenché son offensive aérienne contre le Hamas.
Le Conseil de sécurité –conduit par les Etats-Unis- ne votera pas le projet et l’Egypte dira, par le biais de son ministre des affaires étrangères, qu’elle n’était pas d’accord avec cette version présentée par la Libye (le seul membre arabe non permanent du Conseil de Sécurité) par laquelle certains pays arabes ont voulu non pas arrêter le massacre à Gaza mais gagner des points politiques sur Israël.**
Mais, bien avant cette dégradation et l’incapacité des arabes à ce mettre d’accord sur une situation aussi catastrophique que le bombardement de Gaza, plusieurs éléments illustraient depuis quelques temps la stérilité politique arabe sur la scène mondiale.
A titre d’exemple, je citerai les éléments suivants :
1- Avec l’élection de Barack Obama, plusieurs étaient les pays et organisations qui avaient adressés au nouveau président américain non seulement les félicitations mais aussi de véritable documents politiques dans lesquels ces entités exposés leurs points de vue sur certaines questions internationales et conseillaient au nouveau président américain une certaine prise de position. Ainsi, les 27 pays de l’Union Européenne ont fait parvenir à Obama un document dans lequel ils définissaient leurs positions sur un certain nombre de dossiers : la nature des relations euro-américaines, le rôle que souhaite jouer l’U.E dans le conflit israélo-palestinien …
Qu’on est-il du coté arabe ? Rien du tout. Les arabes s’interrogent sur les raisons de la non prise en considération de leurs voix sur le plan international alors même qu’ils ne font rien pour être entendu.
2- Depuis plusieurs semaines, il ne se passe guère un jour sans qu’Israël lance ses menaces contre le Hamas. Pas seulement des menaces d’éliminer le mouvement mais surtout des menaces de bombardement de la bande de Gaza et même d’incursion. Avec tout ce que cela peut causer comme morts et destruction. Quelle était la réaction des pays arabes ? Aucune. Alors que de l’autre coté, le jour où le président iranien Ahmadi Najed s’est permis de menacer Israël, le monde entier s’est indigné de ses déclarations et plusieurs présidents (G. Bush, N. Sarkozy…) n’avaient pas hésités à souligner la dangerosité de ses déclarations.
3- Le 9 décembre dernier, le rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Mr Richard Falk avait déclaré que « La politique de l’Etat d’Israël à l’égard des populations palestiniennes s’assimile à un crime contre l’humanité ». De telles déclarations auraient pu être utilisées par les arabes afin de mener une compagne de sensibilisation et de mobilisation internationale face aux agissements de l’Etat hébreu dans les territoires occupés. Une tentative de porter l’affaire devant la Cour pénale internationale aurait même pu être faite. Seulement, ne disposant d’aucune politique de lobbying sur le plan international, les pays arabes ont encore une fois brillés par leur silence.
** Déclaration faite par Mr Abou Al Gaith, le ministre egyptien des affaires étrangères, à la chaîne Al Arabiya au cours de l’émission Bil Arabie (en arabe) le vendredi 2 janvier.
lundi 5 janvier 2009
Gaza sous le feu : Les mystères de l’impuissance arabe

Une chose est sûre : l’impuissance arabe face aux événements qui se succèdent dans la région est simplement ahurissante. Les bombardements que subit Gaza depuis le 27 décembre 2008 et qui viennent d’être accompagnés depuis le 3 janvier par une incursion israélienne terrestre, sont venus mettre à nu des régimes arabes divisés plus que jamais. Il n’est même pas exagéré de dire que ce 27 décembre 2008 est un jour historique pour l’ensemble du monde arabe, historique dans le sens où cette partie du monde ne sera plus la même après les événements de Gaza : divisé entre régime modéré et régime extrémistes, le monde arabe a commencé une métamorphose aux conséquences dévastatrices : une métamorphose qui se fait dans la division. Et cette division aboutie à une impuissance complète.
Avant d’analyser de près quelques illustrations de l’impuissance arabe qui -contrairement à ce que disent certains- n’a pas commencé avec les événements de Gaza ; ces événements n’ont fait que la sortir au grand jour, essayons de voir de près l’historique de cette discorde.
Je commence par un adage arabe très célèbre selon lequel « les arabes se sont mis d’accord pour ne jamais se mettre d’accord », l’existence de ce genre d’expressions populaires témoigne du fait que les pays arabe souffrent (depuis toujours !) d’un problème de concordance des points de vues et d’unanimité dans les prises de décisions.
Seulement, ce qui est nouveau, c’est que d’une part ces divergences deviennent de plus en plus médiatisées. Et d’autre part, les régimes arabes ne tentent même plus de sauver la face avec les mises en scène habituelles (sommets arabes, réunions d’urgence…) qui avaient pour seule mission de faire croire aux populations de ces pays qu’il y avait encore de l’espoir de voir émerger un jour un monde arabe uni.
L’amplification de cette division arabe commencera avec deux événements de taille :
1- L’effritement du trio : Egypte – Arabie Saoudite – Syrie qui représentait les différentes tendances existantes dans le monde arabe et qui avait un certain poids sur le plan international.
Depuis l’assassinat de Rafik Hariri le 14 février 2005, ce trio a commencé sa descente aux enfers et aujourd’hui la Syrie a préféré à cette union une autre qui est celle avec l’Iran (et le Hamas). Alors que l’Arabie Saoudite a montré sa volonté de devenir une puissance régionale (et partant de prendre la place Egyptienne) ce qui n’a pas fait plaisir aux autorités du Caire.
2- La perte progressive –mais quasi-totale- par l’Egypte de sa place de leader (ou de porte drapeau) des pays arabe. « L’Egypte –tenue par son traité de paix avec Israël, affaiblie par sa dépendance à l’égard de l’aide américaine, terrifiée par l’extrémisme des Frères musulmans, accablée par les difficultés internes et obsédée par le problème de la succession d’un président Hosni Moubarak a bout de souffle – semble totalement incapable du moindre geste qui puisse soulager la misère de Gaza à ses portes. »*
Nous pouvons donc faire remonter à l’assassinat de Rafik Hariri, les premiers signes flagrants de cette division arabe. D’autres événements viendront par la suite amplifier d’avantage la discorde.
Au Liban, après la capture de soldats israéliens par le Hezbollah dans le but de les échanger avec l’Etat hébreu contre des prisonniers libanais, Israël mena en juillet 2006 une guerre contre le Liban causant la mort de plus de 1000 personnes et la destruction de la majorité des infrastructures libanaises.
A l’occasion de cette guerre, les pays arabes avaient encore une fois des postions divergentes : Ce qu’on appelle désormais l’axe des pays « modérés » considère que la responsabilité de ce massacre est a attribué aux « milices terroristes » du Hezbollah (shiite) qui ne feraient qu’exécuter les ordres de leurs parrain Iranien qui souhaite devenir une puissance régionale dominante au détriment des pays arabes.
De l’autre coté, pour ce qui est de l’axe des « extrémistes », le Hezbollah n’avait fait que son rôle de résistance et la responsabilité ne peut être attribué à ses milices mais plutôt à « l’ennemi israélien » qui n’a pas besoin de prétexte pour commettre ces crimes.
Une guerre médiatique et politique intense aura lieu entre les deux axes. Désormais, l’union arabe est aux oubliettes.
Enfin, cela se confirmera avec les événements qui auront lieu dans la bande de Gaza en juin 2007. Le 15 juin 2007, suite à une guerre civile inter-palestinienne, les milices du Hamas finiront par prendre le pouvoir dans la bande de Gaza, évinçant totalement l’autorité palestinienne représentée par le Fath du président Mahmoud Abbas.
Encore une fois, les régimes arabes avaient des positions divergentes sur ce qui venait de se passer : les modérés appuyaient « l’autorité légitime et légale » à savoir l’autorité palestinienne, accusant le Hamas de jouer le jeu de l’Iran. Et les « extrémistes » pour qui leurs adversaires étaient au solde des américains et des israéliens, soutenaient le Hamas.
* Jeune Afrique, n° 2501, p.42
samedi 3 janvier 2009
Maroc : l’islam par les statistiques
Le Maroc est le seul pays arabes pour lequel nous disposons de statistiques sur les pratiques religieuses des marocains.
Trois marocains –Mohamed El Ayadi, historien, Hassan Rachik, anthropologue et Mohamed Tozzy, politologue- nous font découvrir un … autre Maroc.
Ce travail de recherche nous a été présenté par le politologue Mohamed Tozy dans une interview accordée à Hamid Barrada de Jeune Afrique.
Je vous propose ci-dessous les principaux enseignements de cette enquête :
* La prière :
- Les marocains prient massivement. Mais le rapport à la prière est changeant : on prie, on s’arrête, on reprend…
- Pour prier, la mosquée n’est pas le lieu principal des dévotions.
- 15 % des marocains n’ont jamais prié, soit environ 2 millions.
- 16 % seulement des hommes fréquentent les mosquées (2 % pour les femmes).
- Le Maroc compte 41 755 lieux de culte.
- 25 % seulement accomplissent à l’heure dite la prière de l’aube. Seuls 5 % d’entre eux se rendent à la mosquée pour le faire.
- La prière du vendredi ne mobilise régulièrement que la moitié des fidèles, alors que 37 % ne la font jamais.
* Le jeûne du Ramadan :
- 60 % considèrent comme non musulmans ceux qui ne font par le ramadan.
- 82 % sont contrte l’ouverture des cafés et restaurants pendant le ramadan.
* Les sources d’informations sur la religion :
- La télévision est la principale source d’information pour 40 % des marocains.
- 15 % s’informent auprès de leurs parents.
- 12 % s’informent des livres.
- 11 % s’informent des mosquées.
- 2 % s’informent de l’école.
- Pour les ruraux, ils sont plus de 50 % à déclarer que la mosquée est leur 1ère source d’information.
* Les écoles ou rites (madhib) de l’islam :
- 73 % ignorent leur existence.
- Sur les 24 % qui en connaissent l’existence, 16 % sont capables de les citer.
- 60 % ne connaissent pas les quatre Califes qui ont succédé au Prophète.
* Musique, cinéma, mixité et prêts bancaire :
- 3 % estiment que la musique est illicite (haram).
- 1 % considère le cinéma haram.
- Tous les marocains sont favorable à la mixité à l’école mais ils ne sont que 30 % à être favorable pour cette mixité sur les plages.
- 52 % pensent que le prêt bancaire ne pose aucun problème alors que 13 % seulement le considèrent illicite.
Que penser des marocains après ces statistiques. Je laisse la réponse à Mr Mohamed Tozy pour lequel « le Marocain n’agit pas en musulman dans toutes les situations. Il fait scrupuleusement ses cinq prières quotidiennes, il contracte un prêt bancaire, il apprécie le bordeaux, il regarde des films et peut même acceptes que sa fille épouse un chrétien ou un juif pour peu que celui-ci respecte les apparences. »
Vive l’hypocrisie ?!
« Erreur grossière de jugement ! On confond l’incontournable pragmatisme avec une attitude immorale. Ce n’est pas parce qu’on est profondément croyant qu’on doit s’interdire de prendre des libertés avec les règles et les dogmes ».
Parfaitement d’accord avec vous Mr Tozy !
Tous les extraits et citations présents dans cet article sont issus de l’enquête : « Etre musulman au Maghreb » publiée par Jeune Afrique dans son 2498ème numéro.





