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vendredi 28 novembre 2008

Mohammed VI et la réforme de l'islam Marocain (2)

Dans son discours du 27 septembre 2008, prononcé à l’occasion de la session ordinaire du Conseil Supérieur des Oulémas marocains, le Roi Mohammed VI a évoqué le mot réforme plus de 10 fois.

Dans ce discours, M6 s’engage à « rénover les institutions qui ont en charge les affaires religieuses » et annonce à ce propos les grandes lignes de cette réforme…

Discours du 27 septembre 2008 du Roi Mohammed VI

Ci-dessous le texte intégral du discours :

« Louange à Dieu. Prière et Salut sur le Prophète. Sa famille et Ses compagnons. Honorables membres du Conseil supérieur des Oulémas. Mesdames et Messieurs, les oulémas.

Il Nous est agréable de présider l’actuelle session du Conseil supérieur des Oulémas. C’est pour Nous l’occasion de renouveler, en Notre qualité d’Amir Al-Mouminine [Commandeur des croyants], le pacte indéfectible en vertu duquel Nous nous faisons un devoir de veiller à la protection de la religion et de ses adeptes et à la poursuite de la réforme engagée en la matière. A cet égard, Nous entendons rénover les institutions qui ont en charge les affaires religieuses, et assurer de Notre bienveillante sollicitude les personnes qui s’en occupent. Nous tenons également à inscrire cette réforme dans la politique de proximité, qui est à la base de Notre méthode de gestion des affaires de Notre cher peuple.

Notre but ultime est de veiller à ce que nos honorables oulémas apportent une contribution plus efficiente au processus de réforme et de modernisation que Nous conduisons dans tous les domaines. Nous tenons à ce qu’ils s’attachent, en particulier, à apporter leur concours au renforcement de la sécurité spirituelle de la nation, en veillant à la préservation de sa doctrine religieuse qui se réclame d’un islam sunnite tolérant.

Avec l’aide de Dieu, Nous avons engrangé d’importants acquis dans le cadre de la mise en œuvre de la réforme globale du champ religieux, un processus que Nous avons lancé il y a quatre ans à l’occasion de Notre discours qui posait, en la matière, les jalons fondateurs d’une stratégie nouvelle et multidimensionnelle. [voir ci-dessus le discours du 30 avril 2004].

Il y a lieu de citer en premier ce qui a été réalisé au niveau institutionnel central, en l’occurrence une restructuration et une mise à niveau du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, qui ont permis à ce département de s’acquitter au mieux de la noble mission qui lui est dévolue et des lourdes responsabilités qui lui échoient.

Nous avons également assuré la rénovation et la réorganisation du Conseil supérieur des Oulémas et des Conseils locaux des Oulémas. A cet égard, Nous avons opté pour une démarche ambitieuse hissant le discours religieux à la hauteur des réalités de notre époque et des impératifs de protection de nos jeunes contre la perte des repères et des références et les risques de les voir instrumentalisés par les trublions et les extrémistes de tout poil.

Dans le même ordre d’idées, Nous avons mis en place une instance de recours, seule habilitée à émettre des fatwas [avis jurisprudentiels]. Notre but est de mettre cette prérogative interprétative à l’abri des intrus et autres imposteurs qui se placent en marge du cadre religieux institutionnel, incarné par la Commanderie des Croyants, dont Nous sommes dépositaire.

En matière d’éducation, la dynamique réformatrice a touché l’ensemble des institutions en charge de l’enseignement traditionnel et de l’éducation islamique.

Fidèle à Notre démarche et Notre politique en matière de décentralisation et de déconcentration, Nous avons décidé le redéploiement et la généralisation des Conseils locaux des Oulémas, de sorte que chaque province ou préfecture puisse disposer de son propre Conseil. Cette mesure permettra de répondre à la nécessite, impérieuse à Nos yeux, de prendre en considération les spécificités et les coutumes propres aux habitants de chaque région, et d’apporter des réponses aux questions qui les interpellent en matière religieuse.

Soucieux de voir la politique de proximité s’étendre à Nos fidèles sujets expatriés, Nous avons jugé bon de procéder, dans un premier temps, à la création d’un Conseil des Oulémas pour la communauté marocaine en Europe. Cette initiative Nous paraît de nature à favoriser une certaine ouverture sur les spécificités religieuses et culturelles de cette communauté. Elle devrait aider à prémunir la foi et les valeurs authentiques qui font la singularité de leur identité marocaine, contre les velléités intégristes et extrémistes.

Dans la même volonté de réforme et de modernisation, Nous avons créé la Ligue Mohammadia des Oulémas, en remplacement de leur instance antérieure. Ce faisant, Nous comptons fédérer au sein de cette nouvelle structure toutes les potentialités et les compétences religieuses que recèle notre pays. Notre souhait est que cette entité puisse remplir sa mission dans un esprit de complémentarité et en parfaite synergie avec les composantes de l’édifice religieux rénové, dont Nous avons posé les jalons.

Cependant, cette réforme institutionnelle ne saurait être complète que si l’on s’attelle à redynamiser le rôle des mosquées, tant il est vrai qu’elles constituent le cœur vibrant de la sphère spirituelle. Aussi avons-Nous arrêté une série de mesures reflétant Notre constante et bienveillante sollicitude pour les maisons de Dieu, d’autant plus qu’elles constituent l’un des piliers majeurs sur lesquels repose notre plan d’initiation et de sensibilisation aux principes de la pensée religieuse éclairée.

Notre vœu est de conforter les mosquées dans la vocation qui est la leur, en tant que lieux de culte et espaces d’invocation de Dieu, de guidance, d’orientation spirituelle et d’alphabétisation.

Aussi avons-Nous donné Nos Instructions à Notre ministre des Habous et des Affaires Islamiques pour qu’il mette en chantier un programme global d’encadrement et de mise à niveau des imams de mosquée, en mettant à contribution nos honorables Oulémas, et en veillant au respect des constantes et des choix de la Nation. Il importe, à cet égard, de s’ouvrir sur les questions et les préoccupations des temps modernes, et de prendre en compte les exigences de "fiqh attayssir" [doctrine jurisprudentielle qui préconise les modalités d’application les plus souples et les moins contraignantes pour remplir les obligations religieuses].

Nous avons jugé opportun de consolider le dispositif réglementaire régissant les mosquées, en mettant en place une batterie de mesures incitatives concrètes pour les constructions légales de mosquées. Aussi, et pour réaffirmer Notre volonté de rapprocher celles-ci des fidèles qui y affluent, engageons-Nous le gouvernement à prendre les dispositions qui s’imposent, pour l’exonération de la construction des mosquées de 50 % de la TVA, en application des Hautes Instructions que Nous avons données à cet effet.

La dimension sociale constitue, quant à elle, le troisième pilier de Notre plan de réformes. Ainsi, outre la couverture médicale dont bénéficient les personnes chargées de gérer au quotidien les affaires religieuses, Nous avons décidé de consolider cette couverture qui constitue déjà pour eux un acquis, par la mise en place, en leur faveur, d’un organisme chargé des affaires sociales. Il s’agit en l’occurrence de « la Fondation Mohammed VI des oeuvres sociales pour le personnel religieux », que Nous avons créée pour illustrer l’intérêt tout particulier que Nous attachons à leur cas, ainsi que Notre volonté de mettre à la disposition de cette catégorie de travailleurs studieux, appliqués et dévoués, les moyens nécessaires pour améliorer leur situation.

Mesdames et Messieurs les Oulémas.

Nous sommes fier de voir avec quels engagement et sens du devoir nos valeureux Oulémas se sont investis dans les différentes sphères de l’action religieuse. Toutefois, Nous attendons d’eux des efforts accrus et déterminés. Il leur incombe, surtout, de faire ressortir dans tout son éclat, l’image rayonnante de l’Islam qui appelle à honorer l’Homme et à préserver sa dignité. Il leur appartient, en outre, d’en défendre les valeurs sacrées, et au premier chef, la sainteté de son Prophète, Notre Aïeul - prière et salut sur Lui - et tous les autres Prophètes et Envoyés de Dieu, que Notre sainte religion nous enjoint de croire et de vénérer sans discrimination entre eux.

Il y a, évidemment, dans cette injonction, une réaffirmation du devoir de respect mutuel qui doit exister entre les différentes religions célestes, et entre les cultures et les civilisations. Mais nous n’ignorons pas, pour autant, que le monde aujourd’hui traverse une conjoncture où s’agitent les démons de l’égoïsme et de la violence et s’ébranlent les repères et les références.

C’est dire que dans le cadre de votre mission spirituelle, vous avez essentiellement pour devoir d’œuvrer en permanence pour faire régner la paix et la quiétude. Il vous appartient, en effet, d’exhorter les fidèles à l’émulation dans le labeur positif et constructif, et de les inciter à combattre l’extrémisme, l’ostracisme et le terrorisme, par la dissémination des nobles idéaux que prône l’Islam, et qui sont un rempart pour épargner à notre pays les fléaux exécrables du fanatisme et de l’excès poussé à l’extrême.

C’est dans cet esprit que Nous avons décidé d’inaugurer une nouvelle étape dans le processus de réforme du champ religieux. Nous avons, en effet, opté pour un plan d’action novateur, dénommé "Mithaq Al-Oulamae", et qui constitue un programme exemplaire de mobilisation, de sensibilisation et de conscientisation. Il exige que vous vous attachiez à mener sur le terrain, avec sincérité et dévouement, et tout en restant le plus près possible des fidèles, votre mission de clarification et de guidance religieuses. Les Oulémas ont donc le devoir de s’atteler à assurer la mise à niveau des Imams de mosquée et à se déployer dans la ville et la campagne pour guider les gens et éclairer leurs lanternes et pour combattre et infirmer les allégations mystificatrices colportées par les tenants de l’extrémisme.

Nous appelons donc à la mise en œuvre du plan "Mithaq Al-Oulamae", conformément à un programme bien défini, sous l’impulsion du Conseil Supérieur des Oulémas, et en coordination avec le Ministère des Habous et des Affaires Islamiques. Nous engageons donc le gouvernement à mettre à la disposition de ce département tous les moyens nécessaires pour la mise en œuvre d’un programme reposant sur une mobilisation tous azimuts et un discours religieux éclairé, adapté aux capacités d’assimilation et à la réalité vécue de ses destinataires.

Nous sommes résolument déterminé à aller de l’avant dans la mise à niveau et la rénovation du champ religieux. Nous entendons hisser ce processus au niveau de vos attentes et des ambitions qui animent tous Nos fidèles sujets. Ce réajustement s’impose d’autant plus qu’il s’inscrit au cœur des réformes nationales essentielles que Nous conduisons, et qui consistent, au premier chef, à assurer la sécurité spirituelle de la nation et à préserver l’identité (religieuse) islamique du Maroc. Celle-ci se distingue, en effet, par l’obligation de se conformer aux prescriptions de la Sounna (Tradition Prophétique) et aux impératifs inhérents à l’esprit de collégialité et à la quête du juste milieu et des valeurs de modération et d’ouverture. Il est donc impératif, lorsqu’il s’agit de prêcher la bonne parole et d’appeler à la vénération de Dieu, d’user d’un discours empreint de sagesse et des autres préceptes que prône l’Islam généreux et tolérant.

L’ambition qui nous habite tous est de veiller à ce que le sursaut mobilisateur et édifiant de "Mithaq Al-Oulamae", traduise avec éloquence la singularité du renouveau religieux que connaît le Maroc sous l’impulsion de ses Oulémas, et illustre la pertinence et la sagesse du verset coranique qui dit en substance : "Celui qui sait que la Révélation que ton Seigneur a fait descendre sur toi est la Vérité, serait-il semblable à l’aveugle ? Seuls réfléchissent : ceux qui sont doués d’intelligence, ceux qui observent fidèlement le pacte de Dieu et ne violent pas Son alliance". Véridique est la parole de Dieu.

Wassalamou alaïkoum wa rahmatoullahi wa barakatuh ».

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mardi 25 novembre 2008

Mohammed VI et la réforme de l'islam Marocain (1)

M6_et_la_reforme_de_l_islam

Par une série de réformes lancée depuis 2004, Mohammed VI, le Roi du Maroc, s’inscrit comme l’un des rares chefs d’Etats Arabo-musulmans à s’engager –après le 11 septembre- publiquement au « combat pour contrer les courants destructeurs exogènes » qui nuisent à l’image de l’Islam et des musulmans.

En tant que ‘‘Commandeur des Croyants’’, le Roi s’est lancé depuis dans une série de mesures qui vise à réformer radicalement le champ religieux marocain.

Deux des discours de M6 ; celui du 30 avril 2004 et celui du 27 septembre 2008, peuvent être considérés comme le point de départ de sa stratégie réformiste qui « a pour but d’impulser et de renouveler le champ religieux ».

Pour l’importance de ce qui a été dit par Mohammed VI au cours de ces 2 discours, Islamiqua vous les présente intégralement, en deux parties.

Discours du Roi Mohammed VI du 30 avril 2004

Dans ce discours, prononcé par M6 devant un parterre des Oulémas Marocains, le Roi a lancé sa « stratégie intégrée, globale et multidimensionnelle » de la réforme de l’islam marocain. Avec le but de « redresser l’image de l’islam ».

Ci-dessous la version intégrale du discours :

« Louange à Dieu, prière et Salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons

Mesdames et Messieurs,


Depuis que Nous avons assumé les charges d'Amir Al Mouminine
[Commandeur des croyants]
, Nous astreignant au pacte sacré de l'allégeance et aux devoirs qui en découlent d'assurer la protection de la religion et de ses adeptes, Nous avons constamment porté la plus haute attention aux affaires religieuses, veillant à ce que les institutions qui s'en occupent s'acquittent au mieux des missions qui leur sont dévolues et que la situation des personnes qui en ont la charge reçoive toute l'attention voulue. Notre démarche s'inscrit dans le prolongement de la voie que Nos vénérés ancêtres avaient empruntée pour préserver la sécurité spirituelle du Maroc et l'unité du rite Malékite.


S'il est dans l'ordre des choses que la gestion des affaires ici-bas donne lieu à des avis divergents qui traduisent, du reste, un aspect de la démocratie et de la diversité des vues sur les moyens d'assurer l'intérêt général, en revanche, la question de la religion exige que l'on s'attache au référentiel historique unique qui est le nôtre, à savoir le rite Malékite sunnite sur lequel s'est construite l'unanimité de cette nation et dont la protection est un devoir et une mission dont Nous sommes le dépositaire. En effet, Nous considérons que notre attachement à notre unité doctrinale, au plan religieux, s'apparente à notre engagement constitutionnel pour défendre l'intégrité territoriale et l'unité nationale de la patrie. A cet égard, Nous veillons à la poursuite de tout effort jurisprudentiel pertinent qui aide à rester en phase avec les nouvelles exigences de l'époque.


Après les décisions que Nous avions annoncées dans le dernier Discours du Trône, et dans le discours du 29 mai 2003 à Casablanca, et suite aux mesures et dispositions que Nous avons prises pour les concrétiser, Nous entamons aujourd'hui la finalisation et la mise en œuvre d'une stratégie intégrée, globale et multidimensionnelle. Cette stratégie à l'élaboration de laquelle Nous avons veillé et qui repose sur trois fondements, a pour but d'impulser et de renouveler le champ religieux en vue de prémunir le Maroc contre les velléités d'extrémisme et de terrorisme, et de préserver son identité qui porte le sceau de la pondération, la modération et la tolérance.


S'agissant du fondement institutionnel, il repose essentiellement sur la restructuration du Ministère des Habous et des Affaires islamiques. A cet égard, Nous avons promulgué un Dahir
[un decret Royal]
portant création d'une Direction de l'Enseignement originel, et d'une autre chargée des mosquées. Il est également prévu de procéder à une révision de la législation régissant les lieux de culte, en vue de leur adaptation aux exigences architecturales, de sorte que l'exercice du culte puisse s'y faire dans une atmosphère de sérénité, que l'on en maîtrise les sources de financement et que l'on s'assure de leur transparence, leur légalité et leur pérennité.


Nous avons ordonné la nomination de délégués régionaux du ministère, appelés à assurer, sur le terrain, une gestion moderne des affaires islamiques. S'agissant par ailleurs de l'institution du Waqf, Nous insistons sur la nécessité de réactiver et de veiller à la rationalisation de son fonctionnement, pour qu'elle reste fidèle à ses finalités légales et à sa vocation d'instrument de solidarité sociale, et pour qu'elle poursuive son essor grâce aux apports des bienfaiteurs.


Toutefois, ce pilier institutionnel ne peut atteindre sa plénitude, pensons-Nous, qu'avec l'appui d'un autre fondement, celui d'un encadrement efficace. Aussi, avons-Nous apposé Notre sceau sur les Dahirs de nomination des membres des Conseils des Oulémas dans leur nouvelle composition. Nous avons chargé Notre ministre des Habous et des Affaires islamiques de les installer dans leurs fonctions.

Déployés à travers le territoire national, et constitués de théologiens connus et reconnus pour leur loyauté aux constantes et aux institutions sacrées de la nation et pour leur capacité d'allier érudition religieuse et ouverture sur la modernité, ces Conseils ont une mission de gestion de proximité des affaires religieuses. Nous les exhortons à se mettre à l'écoute des citoyens, surtout les jeunes, et à oeuvrer pour protéger leur foi et leur esprit contre les égarés et les mystificateurs.

Nous tenons, en outre, à voir des femmes versées en sciences religieuses siéger dans ces Conseils, et ce par souci d'équité à leur égard et d'égalité entre l'homme et la femme. Pour empêcher que le champ religieux ne soit investi par des intrus agissant en dehors du cadre institutionnel légal, Nous avons confié au Conseil Supérieur des Oulémas le soin de proposer, à l'occasion d'occurrences à implications religieuses, des fatwa à Notre Majesté en Notre qualité d'Amir Al Mouminine et de Président dudit Conseil.

Il s'agit, en effet, de faire barrage aux expédients et autres prétextes fallacieux et de couper court aux fauteurs de discorde et de zizanie. A cet égard, Nous affirmons que Notre volonté d'élargir et de renouveler les Conseils des Oulémas, n'a d'égal que Notre souci d'empêcher que ces structures ne se réduisent à des îlots désertés par les Oulémas non membres. Bien au contraire, Nous tenons à ce qu'elles soient des espaces de rencontre pour tous les Oulémas éclairés.


Nous tenons à ce que la réforme que Nous engageons englobe la Ligue des Oulémas du Maroc qu'il faudra sortir de sa léthargie et qu'il convient de régénérer pour en faire un organe dynamique agissant en synergie avec les Conseils des Oulémas. Nous promulguerons, à cet effet, un Dahir portant organisation et composition de cette structure appelée à opérer dans un cadre portant Notre Prénom Chérifien, à savoir "La Ligue Mohammadia des Oulémas du Maroc". Elle sera composée des vénérables Oulémas que Nous entourons de Notre haute sollicitude et de Notre affection.

Pour autant, Nous savons que la mission d'encadrement assignée à ces structures risque de demeurer purement formelle en l'absence d'un troisième fondement, qui en constitue, du reste, la clé de voûte, à savoir : une éducation islamique saine et une formation scientifique moderne. Aussi, et faisant suite aux efforts précurseurs menés en la matière par Notre Vénéré Père, Sa Majesté le Roi Hassan II, que Dieu sanctifie Son âme, Nous donnons Nos instructions à Notre Gouvernement pour qu'il prenne, après mûre réflexion et en toute connaissance de cause, les mesures qui s'imposent pour assurer la rationalisation, la modernisation et l'unification de l'éducation islamique, et pour dispenser une formation solide dans les sciences islamiques, toutes disciplines confondues, et ce dans le cadre d'une Ecole nationale unifiée. 


Nous avons, dans cette perspective, veillé à la mise à niveau des écoles de l'enseignement originel, à la sauvegarde du système d'apprentissage coranique et à la protection de ces établissements contre toute exploitation ou déviation portant atteinte à l'identité marocaine. Nous avons prévu, en outre, des passerelles et des programmes de formation permettant l'intégration des effectifs issus de ces écoles dans le système éducatif national qui, au lieu de former des esprits obtus et sclérosés, favoriseront, au contraire, l'ouverture sur les autres cultures.


A partir de tout ce qui précède, ce à quoi Nous Nous employons actuellement, ce n'est pas uniquement de doter notre pays d'une stratégie harmonieuse et intégrée, susceptible de l'aider à affronter les défis propres au champ religieux et de les relever sous l'impulsion de la Commanderie des croyants - institution qui fédère la nation et la conduit vers le progrès et la prospérité - mais également de contribuer, de façon rationnelle et ciblée, à redresser l'image de l'Islam, sciemment pervertie et mise à mal par des campagnes enragées, en réaction à l'extrémisme de scélérats désaxés et au terrorisme aveugle perpétré par des agresseurs et qui n'a ni patrie ni religion.

Il s'agit de l'Islam vrai et authentique, tel que nous l'a rapporté le sceau des Prophètes, Sidna Mohammed, prière et salut sur Lui. Cet Islam, les Marocains l'ont fait leur, parce qu'il est en accord avec le bon sens et leurs dispositions naturelles ainsi qu'avec leur identité unifiée par l'obéissance à Dieu, au Prophète et au Commandeur des Croyants, Amir Al Mouminine, auquel ils ont confié, par leur allégeance, le soin de prendre en main leurs affaires. Aussi les a-t-il protégés contre toutes les hérésies et tous les maux causés par les sectaires et les clanistes qui se sont placés en dehors de la Sounna et du consensus de la communauté.


Vous trouverez le Premier Serviteur du Royaume à la pointe du combat pour contrecarrer les courants destructeurs exogènes ayant fait irruption dans notre société qui demeure fermement attachée à l'Islam, dans tout ce qu'il a de pur et de modéré, attachement où se retrouvent tous les Marocains, y compris Nos fidèles sujets résidant à l'étranger.


Nous saluons comme un signe de bon augure que le lancement de ces réformes globales coïncide avec la fête du Mawlid, avec toute la symbolique attachée à la naissance de Notre aïeul le Prophète, paix et salut sur Lui, et au Message dont Il était porteur.

Ce Message, annonciateur de l'éclosion d'une civilisation islamique tolérante, a grandement contribué au renforcement et à l'ancrage des idéaux humains, arrachant l'homme aux ténèbres de l'obscurantisme, prônant la solidarité en l'assimilant à une œuvre de piété et mettant en garde contre le péché et l'agression. 

Puisse Dieu redresser Nos actes et les vôtres, et nous ranger parmi ceux qui "écoutent les paroles [de Dieu], et suivent ce qu'elles ont de plus beau". Véridique est la parole de Dieu.


Wassalamou alaikoum warahmatoullah wabarakatouh ».

Vendredi 28 novembre, découvrez sur Islamiqua le deuxième discours fondateur de la réforme de l’islam marocain de Mohammed VI.

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vendredi 21 novembre 2008

Bourguiba et l'islam

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Le Combattant Suprême, qui régna sur son pays à partir de l'indépendance et jusqu'en 1987, fut l'un des plus importants leaders arabes du 20ème siècle et ce parce qu'il fut l'un des rares ayant une vision et un projet pour leurs pays.

Pour Bourguiba, tout devait être mis en œuvre pour sortir la Tunisie du sous-développement et bâtir une société moderne. Un objectif qui poussera le leader tunisien à déclencher les hostilités envers tout ce qui est archaïque, décadent ou participant de près ou de loin au sous-développement de ses concitoyens. Et l'islam -ou plutôt une certaine vision- ne sera pas épargné des critiques d'abord et puis des réformes de Bourguiba : contrairement à ses paires arabes, en matière de réformes religieuses et culturelles, Bourguiba joignit l'action à la parole et fut par conséquence l'unique qui entrepris la difficile tache de désacraliser plusieurs institutions -que les siècles et les fouquahas ont rendus-sacrés…

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mardi 18 novembre 2008

La lapidation : un crime contre l'islam

A partir d’aujourd’hui, vous trouverez régulièrement sur Islamiqua les articles de la professeure Ikbal AL GHARBI. Avec son accord nous publierons une large sélection de ses articles où elle évoque -sans tabous- les différents maux dont souffrent les sociétés arabo-musulmanes. C’est donc à juste titre que nous intitulerons sa rubrique « Des mots pour nos maux ».

ikbel_al_gharbi                                       

La violence contre les femmes n'est pas, certes, l'apanage des sociétés musulmanes. C'est un phénomène qui touche la grande majorité des sociétés dans le monde. D'ailleurs les nations unis ont décrété la journée du 25 Novembre comme journée mondiale pour l'élimination de la violence contre la femme. Cet intérêt international résulte de l'ampleur  du phénomène.

En effet les statistiques sont terrifiantes : aux USA une femme est battue toutes les 15 secondes.

En Afrique du Sud une femme est violée toutes les 23 secondes. 47 % des canadiennes ont été victimes d'au moins un acte de violence physique. Dans le monde 50% des femmes ont subi des abus physiques de la part de leurs proches.

En terre d'islam à coté de cette violence quotidienne, économique et sexuelle, persiste une injustice barbare à l'égard des femmes: la lapidation.

Après les procès des nigériennes: Safia Huseini et Amina Lawal qui ont  suscité de forts mouvements de protestation dans le monde, les intégristes musulmans ont passé sur Internet une vidéo filmant la lapidation d'une femme !

Comment les intégristes justifient-ils cette fureur et cette brutalité ? Par l'islam.

Cet acte barbare est présenté par les intégristes comme une sanction divine de zinaa, c'est-à-dire l'adultère, dans l'intention de  préserver l'ordre moral.

Dans cette perspective, il faut rappeler que l'islam est une religion mais aussi une culture qui gère la complexité de la vie en commun.

Le Coran utilise un langage spécifique mêlant paraboles, récits, exhortations, injonction et autres figures de style.

Les exégètes l'ont traduit en un langage conceptuel où on trouve les règles auxquelles le musulman doit se conformer. Ces règles ont été classées par les jurisconsultes en deux catégories:

-         les Ibadats, règles qui régissent les relations de l'homme avec le divin

-         les Mouamalat, les règles qui se rapportent à la vie courante, à la relation humaine.

Dans ce contexte, les Fukaha font la distinction entre les Finalités qui sont éternelles et universelles et entre les lois, les normes, les règles qui elles sont temporelles. Ces règles sont des solutions conjoncturelles qui se sont imposées au prophète à un moment ou à un autre et qui sont de ce fait relatives et historiques. Et c'est ce qui explique le mécanisme de versets abrogeant et des versets abrogés, des versets généraux et des versets spécifiques  grâce auquel  le caractère absolu du  Coran s'accommode  avec  la relativité de la condition humaine.   

Afin de clarifier la problématique de la lapidation, il faut mentionner que dans les sociétés anciennes, l'adultère  comme manquement à l'appartenance charnelle exclusive qui définit juridiquement le consortium conjugal a toujours été réprimé.

Les rapports d'un autre homme avec une femme mariée a toujours été répréhensible parce qu'il apparaissait comme une usurpation sur un droit de propriété du mari sur la femme. C'est aussi une atteinte au capital symbolique de l'homme, à son honneur. C'est enfin une faute contre la famille à laquelle la femme avait été intégrée souvent tenu pour un manquement à une obligation de pureté.

Les  textes littéraires des anciens égyptiens décrivent les supplices qui frappent les amants coupables. Le code de Hammourabi, qui date du XVIII eme siècle avant notre ère punit de mort par noyade la femme accusée d'adultère. Toutefois, ce code précise que la répression de l'adultère par l'autorité publique dépend de la libre décision du mari qui pouvait pardonner et épargner la coupable.

La législation hébraïque ne réprime également que l'adultère de la femme, mais la condamnation de l'adultère est formulée d'une façon générale  et elle implique   la mise à mort des deux complices par lapidation.

Il existe une conscience chez les musulmans, dés les origines, que leur religion n'échappait à aucune des influences de toutes les civilisations qui les côtoyaient. Et c'est pour ces raisons culturelles qu'en  islam aussi, l'adultère est considéré comme un péché. Il nécessite un hadd.

Le hadd  est le terme technique  qui sert à désigner la sanction de certains actes interdits ou sanctionnés par le coran donc considérés comme des crimes contre la religion. Le Coran énumère des sanctions pour  le zinaa (commerce charnel illicite), sa contre partie, le kadhf, l'accusation fausse du rapport illicite, la consommation d'alcool, le vol et le brigandage.

Dans le Coran, première source de législation, on ne trouve aucun verset qui mentionne la lapidation. Les peines encourues par les coupables varient selon les circonstances de l'acte, ainsi que de l'état matrimonial des amants. Par exemple si l'acte sexuel a eu lieu par la coercition physique ou morale, il n'y a pas de délit .En effet le Coran précise ce cas comme suit : « Celui qui est en détresse mais ni rebelle ni transgresseur, pas de péché sur lui. Ou , Dieu est pardonneur et Miséricordieux . »  (Sourate La Vache, verset 173).

Si les coupables sont mariés, les sanctions coraniques sont les suivantes:

1) La flagellation précisée à 100 coups de fouets: « La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les de chacun cent coups de lanière .Et que nulle douceur ne vous prenne à leur égard, en la religion de Dieu, si vous demeurez croyants en Dieu et au Jour dernier .Et qu'un groupe de croyants assiste à la punition des deux. » (Sourate La Lumière, verset 2).

2) L'emprisonnement à vie  ou  jusqu'à une date indéterminée: « Quant à celles de vos femmes qui commettent une turpitude, faite témoigner contre elles quatre d'entre vous. S'ils sont témoins, alors confinez  ces femmes aux maisons jusqu'à ce que la mort les achève, ou que Dieu leur ouvre une voie. » (Sourate Les Femmes, verset 15).

3) La réprimande  physique ou morale et la désapprobation sociale : « Et si c'est deux hommes des vôtres qui l'ont commise, alors la torture, s'ils se repentent ensuite, et se réforment, alors passez. Oui, Dieu demeure accueillant au repentir, miséricordieux. » (Sourate La Vache, verset 16)

4) La procédure de la malédiction liaan : si un mari constate l'infidélité de son épouse mais ne peut pas fournir quatre témoins oculaires. Le mari se présente devant le cadi [le juge] et répète quatre fois "Puisse la malédiction d'Allah s'abatte sur moi si je mens en accusant ma femme d'adultère". Le cadi entend par la suite le témoignage de la femme qui doit répéter quatre fois " je jure devant Allah que mon mari ment en m'accusant d'adultère", elle conclue "Puisse la malédiction d'Allah tombe sur moi si mon mari dit la vérité". On retrouve cette procédure dans le Coran: « Et quant à ceux qui lancent une accusation contre leur propre épouses cependant ils n'ont de témoignage que d'eux mêmes. alors le témoignage de l'un de ceux là consistera en quatre attestations qu'il est certes, oui, du nombre des véridiques, et la cinquième:  que la malédiction de Dieu soit sur lui s'il est du nombre des menteurs. Et qu'on écarte de la femme la punition, si elle atteste Dieu, par quatre attestations, que l'autre est certes, oui du nombre des menteurs, et la cinquième : que la colère de Dieu soit sur elle, s'il est du nombre des véridiques. » (Sourate La Lumière, versets 6,7,8,9). 

Le Cadi peut alors prononcer le divorce. La femme n'est l'objet d’aucune poursuite judiciaire.

Cette procédure invalide les crimes d'honneurs qui stigmatisent actuellement la culture arabo-musulmane.

Ces sanctions peuvent être abrogées par la shubha la ressemblance de l'acte commis avec un autre licite et par conséquent, du point de vue subjectif, la présomption de bonne foi chez les accusés.

Il existe une forte tendance, d'ailleurs exprimée dans une tradition attribuée au prophète, à restreindre autant que possible le champ d'application des peines et des sanctions sauf pour le kadhf, l'accusation mensongère d'adultère, afin, précisément, de restreindre et de limiter le hadd du zinaa.

En outre,  les exigences les plus sévères concernent l'accusation d'adultère. On soumet les témoins  à des conditions  particulièrement difficiles quant à leur nombre (le mari doit rassembler quatre témoins oculaires  digne de foi), à leur qualification (ces témoins doivent voir l'acte charnel avec grande précision), et à la teneur de leurs déclarations (Ils doivent faire leur déclaration verbalement, réunis ensemble, d'une manière claire et sans aucun équivoque  et si l'un d'entre eux  se rétracte les trois autres seront punis à recevoir 80 coups de fouet).

Par ailleurs, pour la majorité des musulmans, il est considéré comme plus méritoire de dissimuler les fautes et l'écart que d'en fournir les preuves et d'en témoigner.    

Ces directives de libertés et de tolérance  que nous retrouvons dans le Coran sont les vecteurs d'interprétation qui permettent d'adapter  les droits de l'homme et du citoyen.

Car comme l'a écrit le penseur Mohamed IQBAL : « Le Coran est certes la première source du droit musulman, cependant le Coran n'est pas un code légal. Le principal but qu'il propose est d'éveiller chez l'homme une conscience plus haute de ses relations avec Dieu et avec l'univers ».

_____

* Pour les sourates du Coran : Le Saint Coran, Traduction et Commentaire de Muhammad HAMIDULLAH, Ed. Amaba Corporation, Maryland 1989

* Ikbal al Gharbi est professeur de psychologie et des sciences de l’éducation à L’Institut supérieur des sciences religieuses, ainsi que directrice du Centre de l’innovation pédagogique, à l’université Ezzeytouna en Tunisie. Elle est aussi psychologue, docteur en anthropologie, consultante auprès des Nations Unies et elle s’occupe de la réforme dans le monde arabe.

ahikbal@yahoo.fr

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samedi 15 novembre 2008

Menaces pour l’auteur et les éditeurs d’un livre sur Aicha, l’épouse du Prophète

le_Joyau_de_MedineThe JEWEL Of MEDINA (le Joyau de Médine), le livre que l’Américaine Sherry Jones a consacré à Aicha, la troisième épouse du Prophète est paru aux Etats-Unis milieu octobre et début novembre au Royaume-Uni. Après que Random House, filiale du géant allemand de la communication Bertelsmann, en a annulé la sortie en août (renonçant aux 100 000 dollars d’à valoir versés), une petite maison indépendante, Beaufort Books, a en effet repris le flambeau, faisant fi des menaces proférées ici ou là par des intégristes.

Des menaces à prendre au sérieux. Gibson Square, l’éditeur britannique de l’ouvrage, a été la cible, le 27 septembre, d’un attentat au cocktail Molotov.

Curieusement l’attaque a eu lieu vingt ans presque jour pour jour après la publication, à Londres, des Versets sataniques, qui valurent à Salman Rushdie une fatwa de l’imam Khomeiny le condamnant à mort. Dans les deux cas, c’est la liberté de création qui est la cible de ceux qui ont une vision étriquée de la religion musulmane.

Le livre, qui raconte l’histoire d’Aicha, mariée dès sa petite enfance au Prophète, avec lequel elle eut ses premières relations sexuelles à moins de 10 ans, s’appuie sur des faits reconnus par la tradition islamique. L’auteur a certes imaginé –de façon pudique- la première nuit d’amour entre les tourtereaux, mais sa biographie romancée semble empreinte du plus grand respect pour ces deux figures de l’islam.

Si l’on ne sait pas encore quel éditeur français se lancera dans l’aventure, le roman devrait paraître en Italie, en Allemagne, en Espagne, en Russie et au Brésil. Mais aussi au Danemark, où l’association des éditeurs (Trykkeselskabet) ne craint pas un remake de l’affaire des caricatures de Mohammed.  

Aucun éditeur arabe n’a annoncé encore son intention de traduire et d’éditer le livre qui sera probablement interdit dans la majorité des pays du monde arabo-musulman.

© Islamiqua avec Jeune Afrique.

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mercredi 12 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (4) : Le poids de la religion dans l’élection d’Obama

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               ► Sur le livre-porte : J’ai un rêve… Martin Luther King ... (Caricature Acharq Al Awsat)                                       

                                                                                                                                                                                       

Alors que Barack Obama a recu autant de voix d’électeurs blancs que les 4 derniers candidats démocrates aux élections présidentielles -ce qui témoigne du fait que le racisme n’a pas trop joué dans ces élections- la question de l’influence du sentiment religieux sur ces élections reste poser.

 Pensez-vous que la religion a joué un rôle déterminant dans l’élection d’Obama ?

 Est-ce qu’on peut parler du déclin de l’évangélisme en Amérique après ces élections ?

  L’Amérique d’Obama sera elle aussi religieuse que celle de Bush ?

Je vous invite à donner votre avis sur ces questions en laissant vos commentaires et/ou en répondant au sondage ci-dessous :

   Sondage Islamiqua

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dimanche 9 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (3) : L’évangélisme : une religion de conversion

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Le protestantisme évangélique, désigné parfois sous le terme d’évangélisme, représente aujourd’hui entre 400 et 500 millions de chrétiens dans le monde, dont 70 millions aux Etats-Unis. Le syntagme « évangélique » appelle ici une explication. En principe tous les chrétiens sont évangéliques. C’est historiquement par la référence à la « bonne nouvelle » de l’Evangile que le christianisme s’est distingué du judaïsme dont il est directement issu.

Cependant, depuis plusieurs décennies, le terme « évangélique » à pris graduellement une connotation particulières, renvoyant à une tendance nettement repérable du protestantisme mondial. Cette signification a été précisée par l’historien britannique David Bebbington (1989, pp. 2 à 17). Il a proposé, pour décrire cette identité particulière, quatre critères commodes. A partir des principes qui sont ceux de la Réforme protestante dans son ensemble (Sola Gratia, Sola Fide, Sola Scriptura, Ecclesia Reformata Semper Reformata Est), la composante (dite) évangélique du protestantisme met l’accent sur la conversion soit soudaine ou non. A la conversion s’ajoutent le biblicisme (la Bible lue comme « parole de Dieu », en limitant les médiations critiques), le crucicentrisme (focalisation sur le motif théologique de la croix, d’où l’engouement en 2004 pour The Passion de Mel Gibson) et le militantisme : les protestants évangéliques insistent sur le nécessaire engagement « pour Jésus-Christ », souvent dans le cadre « d’Eglises de professants » (believer’s church) c'est-à-dire d’assemblées locales de convertis acceptés sur profession de foi publique. L’individualisme conversionniste  défendu par les évangéliques n’est pas un individualisme atomisé : il s’articule à un milieu croyant, à une communauté, où le fidèle peut vivre sa militance. Comme le souligne très justement Jean-Paul Willaime, la « validation du croire passe moins par l’inscription dans une lignée croyante (Danièle Hervieu-Léger) que par l’inscription dans un milieu croyant » Willaime, 2001, p.76) où les solidarités horizontales, la commensalité, l’inculcation de modèles de vie exercent une attraction sur les individus. Ces groupes militants ne sont pas comparables à ces « communautés naturelles » des sociétés d’Ancien Régime contre lesquelles la tradition républicaine française s’est élevée. Il s’agit au contraire de communautés électives, où l’on entre par choix personnel.

Les Eglises évangéliques sont depuis longtemps des « familles choisies », bien que les dérives sectaires, ici comme ailleurs, peuvent parfois conduire à des logiques de contrainte ou de conformité imposée. A bien des égards, ces communautés correspondent d’assez près à la définition d’une association,  construite sur modèle contractuel. Elles paraissent –en règle générale- plus Gesellschaft que Gemeinschaft.

Elles s’opposent à l’identité communautaire par tradition que défendait tel curé de compagne français, en 1840 (à Quiévy), face au pasteur Pruvot, lorsqu’il déclarait : « Ceux qui sont nés dans la religion chrétienne n’ont pas besoin de se convertir. »

C’est contre ce modèle traditionnel d’un christianisme héréditaire, « allant de soi », que les communautés électives des protestants évangéliques ses sont construites (Ammerman, 1997).

A ces traits s’ajoute un accent sur la démocratie locale (grassroots democracy), voire l’autogestion : volontiers méfiants à l’égard des structures supralocales, les protestants évangéliques valorisent le principe de subsidiarité : chaque assemblée tend à gérer affaires au plus près des besoins des « frères et sœurs »qui, souvent, élisent eux-mêmes leur pasteur. Bien avant 1901 qui marque en France l’essor associatif, ces fraternités électives ont nourri chez leurs membres le sens de la responsabilité individuelle et collective. Hommes et femmes votent dans les assemblées, suivant des usages en vigueur depuis parfois trois siècles, ce qui a conduit Ernst Troeltsch, au début du XXe siècle, à attribuer au « néoprotestantisme » dissident (proche du type évangélique) un apport plus significatif à la modernité que celui du protestantisme calviniste et luthérien traditionnel (Troeltsch, 1991). Il faut enfin souligner le caractère très interconfessionnel du mouvement (ce qui ne simplifie pas les choses). Il existe des baptistes évangéliques, d’autres qui ne sont pas. On peut en dire autant des luthériens, des presbytériens (tradition calviniste), des méthodistes, voire des anglicans.

Dans la culture religieuse évangélique, l’étiquette confessionnelle, quelle qu’elle soit apparaît secondaire. Les marqueurs identitaires sont ailleurs. Dès lors qu’on rencontre la conversion (avant tout), le biblicisme, le crucicentrisme et l’engagement, le doute n’est (en principe) plus permis : c’est bien à un évangélique qu’on s’adresse.

Ce protestantisme singulier et aujourd’hui florissant plonge ses racines dans le « temps des Réformes », mais il s’est véritablement singularisé et différencié au début du XVIII e siècle. Il est né en Europe à la croisée de différents courants protestants. Il puise une part de son héritage dans la Réforme radicale du XVI e siècle, portée par les mouvements anabaptistes, qui mettent en avant la communauté locale des fidèles et l’approche individuelle de la foi. Les mouvances protestantes non-conformistes anglaises (puritanisme, baptisme, quakers…) des XVIe et XVIIe siècles constituent une autre matrice importante. Une troisième influence majeure peut être repérée dans le courant piétiste, initié à partir de la fin du XVIIe siècle. Le mouvement piétiste, né en milieu luthérien mais transconfessionnel, avait pour but de réformer de l’intérieur le protestantisme établi afin de stimuler le zèle et la piété des croyants, invités à « naitre à nouveau » dans la foi (allusion au chapitre 3 de l’Evangile de Jean). A la croisée de ces influences, le Grand Réveil transatlantique des années 1730  a cristallisé l’identité chrétienne qu’on a pris l’habitude, par la suite, de qualifier d’évangélique.   

Source : Sébastien Fath, « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche », Seuil, 2004, pp. 69-72

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mercredi 5 novembre 2008

La religion de l'Amérique qui vote (2) : Bravo l'Amérique !

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Enfin… on est en mesure de dire Bye Bye  au président George W Bush et d’accueillir le 44ème président des Etats-Unis d’Amérique.

Dans ce jour historique, on se sent tous américains.

On est heureux pour cette Amérique qui ferme ainsi une parenthèse ouverte il y a 8 ans avec le début du règne de Bush junior. Jamais l’image et le prestige de l’Amérique n’ont été autant ternis qu’au cours de ces 8 dernières années durant lesquelles nous avons découvert une Amérique méconnaissable.

Jadis terre des droits de l’homme, l’Amérique adoptera des lois et mettra en place des procédures hautement contestable, elle usera du mensonge pour déclencher des guerres, et affichera une arrogance inacceptable.

Durant 8 longues années, tout le monde s’est mis à douter de cette Amérique qui symbolisait –à une époque- tous nos rêves et toutes nos espérances.

Plus personne n’osa défendre la démocratie américaine et rares étaient ceux qui avaient encore le courage de dire que les institutions de cette démocratie finiront par triompher.

On a cru que le règne de Bush n’était que le début d’un règne interminable des néoconservateurs et autres fondamentalistes. On a cru que l’Amérique de Bush n’osera jamais élire un homme noir à la présidence de la république. On a cru que l’Amérique de Bush n’acceptera jamais d’être gouvernée par un homme dont les ancêtres ne sont pas tous des américains… On a cru que cette Amérique là a définitivement renoncé au « rêve américain ». 

Et on s’est trompé. Heureusement qu’on s’est trompé !

Car ce qui vient de se passer dans ce pays -on ne le dira sans doute jamais assez-  est simplement historique : Barack Obama a réussi !

Une réussite qui redonne du sens au rêve américain : Homme de couleur, de père Kenyan musulman, jeune, sans expérience internationale… avec sa réussite, Obama réussi déjà à redorer l’image tant terni de l’Amérique. Je sais que j’anticipe ses faits et ses actions. Mais de le voir président des Etats-Unis  suffit à lui seul à nous redonner confiance dans cette Amérique. L’Amérique qui refuse de se laisser guider par les néoconservateurs, l’Amérique qui témoigne ainsi de sa volonté de mettre un terme au racisme qui –minoritaire- existe toujours.

Bravo l’Amérique !

Bravo Obama !

… Et bonne chance pour ce qui reste à faire, car ces élections ne sont autre que la fin du début.

Que pensez-vous de l’élection de Barack Obama ? Qu’est ce que vous espérez de sa présidence ? Merci de poser vos commentaires

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dimanche 2 novembre 2008

La religion de l’Amérique qui vote (1)

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L’Amérique qui vote, accordera elle de l’importance aux considérations religieuses dans la détermination de son président ?

La réponse à cette question semble évidemment être positive, le poids de la religion aux Etats-Unis d’Amérique est tel qu’on ne peut ignorer ses conséquences sur le choix du prochain président américain.

Une première confirmation de ce constat nous a été faite avec l’élection et la réélection de George W Bush, l’un des plus religieux des présidents américains.

Les présentes élections feront-elles de ce constat une règle ?

Islamiqua vous propose de découvrir dans ce dossier sur l’Amérique qui vote le paysage religieux américain.

L’Amérique : « une nation avec l’âme d’une Eglise »

Les Etats-Unis des années 2000 restent un pays très fervent, ouvert au surnaturel et aux croyances de toutes sortes, prompt à faire crédit aux paroles « révélées ». Les Jésus prosaïques et sécularisés y font moins recette que la figure mystique, tourmentée et violente du Christ imaginé par Mel Gibson. On ne peut pas comprendre la fréquence des invocations religieuses dans la bouche des plus récents leaders politiques américains si l’on fait abstraction de cet arrière-plan religieux. Exotique aux yeux des européens sécularisés, il apparaît tout naturel pour les citoyens américains, au point que l’écrivain Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) qualifia ses compatriotes de « nation avec l’âme d’une Eglise ».

Espace compétitif est diversifié, l’arène religieuse américaine offre aujourd’hui un spectacle étourdissant. Sa programmation ne cesse de changer, au gré des audaces prophétiques ou des calculs d’opportunité, s’adaptant aux gouts des consommateurs religieux du XXIe siècle.

Défiant toute description exhaustive, elle révèle pourtant quelques constantes, dont le rôle toujours cardinal dévolu à la Bible, livre sur lequel chaque nouveau président continue à prêter serment. Au XXI e siècle, « le »  livre de l’Amérique, « l’icône de l’Amérique », comme le rappelle l’historien Mark Noll, reste la Bible. Proposée en plus de sept mille versions différentes chez des centaines d’éditeurs, elle est présente dans une grande majorité des chambres d’hôtels des Etats-Unis, grâce en particulier à l’association des Gédéons, qui diffuse gratuitement un million de Bibles et de Nouveaux Testaments aux Etats-Unis tous les quarante-six jours.

On peut trouver des Bibles en langue du XVIIe siècle, d’autres dans le langage des rappeurs ou en bandes dessinées. Des Bibles en vélin, d’autres en papier recyclable. Couvertures en cuir noir, en plastique, en tissus de jeans ? Tout est possible. Quant au format, il varie presque à l’infini, navigant entre le modèle d’une grosse encyclopédie et celui d’un jeu de cartes. Les versions CD-ROMs le disputent aux DVDs et autres Bibles Online, sans oublier d’innombrables déclinaisons audio et vidéo.

On estime que les éditeurs, depuis 1945, impriment environ deux Bibles pour chaque Américain. Le catalogue de la Bibliothèque du Congrès consacre 63 000 entrées à la Bible telle qu’elle était présente, en 700 langues, dans les bibliothèques américaines avant 1956… Il ne se passe pas une année sans qu’une nouvelle version biblique stimule les commentateurs, qu’elle soit le fruit d’une traduction, d’une reformulation (dans le langage du jour) ou d’un packaging à la mode.

L’exemple de la diffusion et de la commercialisation de la Bible nous révèle une dimension clef du paysage religieux américain : il s’agit d’un véritable marché, et d’un marché extraordinairement dynamique. Ce terme évoque spontanément le terrain commercial, et il est patent que le religieux, aux Etats-Unis, fait toujours recette : la littérature pieuse, à commencer par la Bible, se vend très bien. C’est aussi le cas de la « musique chrétienne », véritable niche à profits depuis le début des années 1980.

Le christian music entertainment rapporterait aujourd’hui plus de 600 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel.

Mais l’allusion au marché ne se limite pas à une dimension mercantile. Elle renvoie aussi à un espace de compétition symbolique entre différentes offres de sens. Autant l’Européen, et singulièrement le Français, semble peiner de plus en plus à admettre l’idée d’une concurrence religieuse entre Eglises et confessions, par crainte de « prosélytisme », de relents des « guerres de religion », voire de « manipulation mentale », autant le citoyen américain considère cette confrontation d’offres diverses comme parfaitement naturelle et stimulante. Les biens de saluts, les doctrines, les croyances, les rites circulent sans autre limite que celle (tyrannique) du gout des consommateurs (…)

Le dynamisme religieux états-unien se traduit par une pratique régulière qui caractériserait encore 40 % d’Américains -44 % dans le sud- à l’entrée des années 2000.

Tandis qu’en France, moins d’un citoyen sur dix est aujourd’hui considéré comme un pratiquant régulier, près d’un citoyen américain sur deux déclare se rendre chaque semaine à la messe ou au culte protestant.

Les dénominations et Eglises américaines se comptent par milliers, les budgets cumulés dépassent les 100 milliards de dollars. L’exemple des ONG religieuses américaines donne la mesure de ce poids financier. World Vision, ONG humanitaire évangélique généraliste créée en 1950 par le missionnaire Bob Pierce (1914-1976), a vu son budget augmenter de manière presque exponentielle pour représenter en volume, aujourd’hui, jusqu’à 35 fois le budget annuel du Conseil œcuménique des Eglises. (COE).

La croissance de son budget n’a pas pâti de la fin de la guerre froide, puisque l’on passe de 348,357 millions de dollars pour l’exercice 1997 à 358,4 millions en 1998, 407,4 en 1999, 469,1 en 2000, 525,3 en 2001 et 553 en 2002.

Le dernier rapport publié indique une poursuite de la tendance : on atteint en 2003 un budget sans précèdent de 686 millions de dollars, soit une augmentation de 24 % en un an, et ce en dépit d’une conjoncture économique américaine alors ralentie. On comprend le triomphalisme de son président : dans son dernier rapport, Richard Stearns se réjouit du fait qu’on se souviendra de « l’impact extraordinaire » de cette année, qui marque un doublement du budget en sept ans.

Source : Sébastien Fath, « Dieu bénisse l’Amérique, la religion de la Maison Blanche », Seuil, 2004, pp. 32-36

Posté par Hamza Belloumi à 21:01 - La religion en Amerique - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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