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lundi 14 janvier 2008

Médias et extrémisme (1) : Quel est le rôle des médias face à l’extrémisme ?

media_et_extremismeLes médias et l’extrémisme.

Quelle est la relation qui pourrait exister entre ces deux entités ? 

Les médias peuvent en l’occurrence diffuser ou soutenir un discours extrémiste. Nous l’avons vu avec la chaîne de télévision évangéliste Al Hayet. Mais les exemples sont nombreux pour être cité.

Si on dit alors que certains médias peuvent diffuser un discours extrémiste. Peut on alors dire que le rôle des autres médias est de contrer et de combattre ce discours ?

Autrement dit et plus généralement, face à l’extrémisme, les médias ont ils un rôle à jouer ? Doivent-ils être les portes drapeau des uns contre les autres ?  Ou bien ils doivent se limiter à un simple devoir d’information afin que les gens puissent faire une opinion fondée sur des données objectives et neutres diffusées par les mass- médias ?

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C’est à ces questions ainsi qu’à plusieurs autres qu’une table ronde organisée à Tunis en Juillet 2007 par Défi Médias (société éditrice de l’hebdomadaire tunisien l’Expression et propriété de Raouf Cheikhrouhou, le patron du groupe de presse Dar Assabah, le plus influent des groupes de presse indépendants en Tunisie avec son titre phare Le Temps) en collaboration avec le MEPI (Middle East Partnership Initiative, initiative de partenariat avec le Moyen-Orient) a essayé de trouver réponse.

La rencontre a réuni plusieurs personnalités tunisiennes connus pour leurs positions réformistes et leurs critiques du projet islamiste. A titre d’exemple nous pouvons citer Rafaa Ben Achour (Professeur de Droit Public), Borhane Bsaies (Journaliste chroniqueur au quotidien Assabah et présentateur à la chaîne d’information en langue arabe ANB), Ikbal Gharbi (Professeur d’Anthropologie religieuse à l’institut supérieur de Théologie, Université Al-Zeitouna et chroniqueuse à l’hebdomadaire l’Expression ainsi qu’au site Metransparent), Khémaies Khayati (Journaliste et auteur de l’ouvrage en arabe sur ‘‘le discours fondamentaliste dans les chaînes satellitaires arabes’’) et Hamadi Redissi (Professeur à la Faculté de droit de Tunis et auteur des ouvrages ‘‘L’exception islamique’’ et plus récemment ‘‘Le pacte de Nadjd, ou comment l’Islam sectaire est devenu l’islam’’).

Au regard de la liste des participants, il est claire que de la question Médias et extrémisme, l’angle qui sera étudié est celui de la relation qui existe entre certains médias et l’extrémisme islamiste d’une part ainsi que le rôle que les médias doivent jouer pour limiter la propagation des propos et l’influence des fanatiques et des extrémistes.

Les comptes rendus de cette table ronde (qui ont été publiés par le journal Le Temps sous forme de supplément gratuit) nous semblent d’une importance capitale d’où ce dossier que nous leur consacrons et qui s’étalera sur trois parties :

Première Partie : Quel est le rôle des médias face à l’extrémisme ?

Deuxième Partie : Al-Jazira, une chaîne de fanatiques ?

Troisième Partie : Les nouveaux moyens de prédiction             

medias_et_extremisme_1

C’était la principale question de cette table ronde qui a été ouverte et modéré par Ridha Kéfi qui nous a rappelé qu’en « début du XXIe siècle, marqué par une recrudescence des actes de violence politique, la lutte contre l’extrémisme et son corollaire, le terrorisme, risque donc d’être le fer de lance des décennies à venir et les médias d’en être l’un des relais. » des medias qui « se trouvent, ainsi, face à une contradiction entre le devoir de servir le public, de l’informer par des images, des discours et par le souci  d’authenticité, et les impératifs de sécurité auxquels les journalistes sont mal adaptés (…) Comment, en d’autre termes, faire rimer liberté de penser et d’informer d’un coté, et respect de l’autre et sécurité ? Doit-on accepter les lois qui incriminent la diffusion de messages appelant à la  haine et à la violence ? Ou celles-ci constituent-elles un danger pour la liberté d’expression ? » voilà les questions que se pose Ridha Kéfi avant de nous donner son point de vue en considérant que « les actes terroristes –c'est-à-dire les actes violents qui cherchent, en terrorisant des populations civiles, à obtenir un bébéfice politique- requièrent, de la part des médias, un traitement dépassionné, objectif, pondéré et responsable. »

Mais malgré cette réponse, Kéfi nous fait écho d’un point de vue qui lui est différent et qui a été défendu par Claude Moisy, ancien président de l’AFP et membre de Reporter sans frontières qui considère que « Ce n’est pas le rôle des médias de faire échec au terrorisme. Les médias sont de toute façon manipulés par les forces économiques, les chanteurs millionnaires et les terroristes ! Nous ne travaillons pas pour la paix dans le monde, ou contre le racisme, même si ce sont des causes nobles. Notre rôle est simplement d’informer. »

Un point de vue qui est partagé aussi par Akram Khouzam, ancien correspondant d’Al Jazira à Moscou qui considèrent que « le rôle des médias n’est pas de lutter contre le terrorisme, mais de transmettre l’information et d’assurer la couverture des événements en toute objectivité. »

Pourtant, malgré ces exemples qu’il cite lui même, Ridha Kéfi semble ne pas être d’accord avec ces points de vue car « cette approche qui se veut restrictivement professionnelle, ne susciterait aucune objection si extrémistes et terroristes ne tentaient pas, comme ils le font souvent, de mettre en œuvre une véritable stratégie médiatique visant à faire des médias leur caisse de résonance et si les médias n’étaient pas confrontés quasi-quotidiennement à des messages émanant de groupes de personnes appelant à la violence. »

Cependant, et en raison de sa qualité de médiateur de la table ronde, Kéfi ne tranchera pas définitivement et posera plus de questions que de réponses. Des questions qui malgré une apparence d’objectivité nous informe déjà sur la position de leur auteur pour qui la question centrale à laquelle la table ronde est censée apportée une réponse est « comment les médias peuvent-ils contribuer à lutter contre l’extrémisme et le terrorisme ? »

Larbi Chouikha (Maitre de Conférence à l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information et chroniqueur au mensuel ‘‘Attariq Al-Jadid’’) s’inscrira en faux contre la position de Ridha Kéfi en considérant que « la liberté d’expression et d’opinion, qui sous-tend le droit d’accès à l’information, d’émettre, de recevoir, de diffuser par quelque moyen que ce soit et sans aucune entrave, est un principe consacré par des dispositions juridiques internationales. Ce principe qui fonde toutes nos libertés –collectives et individuelles- ne doit surtout pas être régenté par une autorité extérieure au monde de la presse et des journalistes, en l’occurrence, les gouvernements qui sont d’abord des entités politiques (…) En conséquence, la couverture des événements d’actualité, y compris ceux qui se rapportent aux actes terroristes et aux débats contradictoires qu’ils suscitent, doit être complète, totale, sans complaisance, et ce, au nom des principes qui régissent le droit à l’information pleine et entière. » Pourtant à cette liberté et à ce devoir des journalistes, M Chouikha pose deux contraintes : « La première, c’est qu’en couvrant ces faits tels que les enregistrements sonores qui proviennent de ces milieux ou des déclarations, des reportages, etc., ils doivent impérativement respecter les lois en vigueur qui condamnent toutes l’appel à la violence, au meurtre, à la discrimination raciale et religieuse (…)

La seconde contrainte revet un caractère d’éthique. Elle porte sur la déontologie élaborée par les journalistes eux mêmes et qui régit toute la profession : vérification des sources, rigueur dans l’exposé des faits, recherche de sources contradictoire, etc. »

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Une position et des conditions avec lesquelles nous nous trouvons en parfait accord, car si on admet que les rubriques Opinions et Idées des journaux sont faites pour présenter certains points de vue, nous devons aussi avoir de l’information à l’état brut qui nous permet de se situer avec le minimum d’influence possible.

Par contre si les médias commencent à choisir à notre place ce que nous pouvons lire ou voir et ce que nous ne pouvons pas, et si en plus, des gouvernements se mettent à interdire telle ou telle information sous prétexte de soutien ou de diffusion du discours extrémiste alors du droit à l’information nous n’auront plus qu’un droit à une information choisie.

Une situation qui ne peut être tolérée en démocratie car elle annonce tout simplement et inéluctablement le fléchissement de cette dernière et le retour triomphal des pratiques dictatoriales. 

Une critique, une suggestion, un complément d’information ? … merci de poser vos commentaires

Posté par Hamza Belloumi à 16:10 - Médias et extrémisme - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Ca me rappelle le film Lions and lambs, est ce que le rôle des médias est seulement la retranscription , n'est ce pas donner plus de poids à ce qui facilement montrable ou trouvable, et cacher sous un voile la masse silencieuse. N'est ce pas leur rôle de rechercher et d'interpréter les faits? car s'ils ne le font pas il n'y aura plus pour les spectateurs que des faits sans l'explication derrière sans les circonstances atténuantes.
Mais une fois qu'on entre dans l'inteprétation tout est laissé aux bons soins des médias, à eux de juger s'ils ont bien donné tous les tenants et aboutissants à leur audience . Là on tombe dans la subjectivité et c'est un cercle vide.
Pour échapper à la subjectivité on retombe dans la subjectivité, comme la grenouille qui par peur de la pluie va se cacher dans le puits ou plutôt par peur du puits s'enfuie dehors sous la pluie.
Y'a plus qu'à compter sur leur fameux code de déontologie et à éduquer les jeunes à interpréter ce que disent les médias façon arrêt sur images

Posté par trainspotting, mercredi 16 janvier 2008 à 15:57

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