Islamiqua | Blog-journal du réformisme

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jeudi 22 novembre 2007

Naissance et déclin du mouvement islamiste tunisien (2)

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C’est peut être en ayant connaissance du projet du coup d’Etat islamiste du 8 novembre 1987 que le premier ministre de l’époque, Zine El Abidine Ben Ali, décide de déposer constitutionnellement le 7 novembre 1987 le président Bourguiba et de lui succéder à la tête de l’Etat.

Le nouveau président se donnera comme tache prioritaire, la liquidation du mouvement islamiste par des actions simultanées et sur plusieurs niveaux.

Non seulement le niveau sécuritaire, qui n’a pas réussi à lui seule sous Bourguiba à liquider le mouvement, mais aussi sur les niveaux du symbolique et du politique.

Ainsi et en ce qui concerne le niveau symbolique, Ben Ali va se réapproprié la réislamisation de la société tunisienne :

- Il relancera l’appel à la prière des mosquées et surtout de la Radio-Télévision nationale.

- Il lancera des plans de construction et de restauration de nombreuses mosquées et Zaouias.

- Il assistera personnellement aux célébrations des fêtes musulmanes dans la grande mosquée de la Zitouna.

- Il rétablira le calendrier lunaire  pour la détermination du début et de la fin du mois de Ramadan.

- Il restaurera la faculté de la Zitouna et renforcera l’enseignement religieux au niveau supérieur.

- Il relancera le contact entre les imams et le Palais de Carthage en invitant ces derniers aux cérémonies organisées lors des fêtes religieuses au palais de la présidence de la république…

L’ensemble de ces actions visé en réalité à attaquer les islamistes sur leur propre terrain : voilà, semble dire le pouvoir, l’autorité que vous êtes entrain de combattre accorde beaucoup d’intérêt à l’islam contrairement à vos prétentions.

 

Sur le plan symbolique nous pouvons donc dire que le pouvoir a réussi à prendre le devant de la scène et a délégitimé les islamistes.

Sauf que cela ne suffisait pas car il fallait une action encore plus importante qui laminerait complètement le mouvement. Une telle action ne peut être qu’une action politique.

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Ainsi, Ben Ali invite les islamistes au dialogue et obtient une première réussite : le 7 novembre 1988, l’un des leaders du mouvement Noureddine Bhiri, signe au nom du MTI, Le Pacte National, un document signé par les principales forces politiques et organisations du pays et qui confirme les grandes lois de la République et surtout le Code du statut personnel.

Grande nouveauté,  il stipule que les mosquées doivent être sous le contrôle exclusif de l’Etat et qu’elles ne doivent pas se transformer en des lieux de confrontation politique.

Ben Ali répond par l’apaisement mais exclu catégoriquement la reconnaissance de ce mouvement tant qu’il se réclame de l’islam. Selon le président de la république,  l’islam est la religion de la majorité des tunisiens et aucun parti politique n’a le droit de se l’approprier.

Face à ce refus de reconnaissance, le mouvement tentera une dernière diversion : divisé en fraction modérée et autre radicale après la signature du Pacte national, la fraction modérée conduira un changement du nom du mouvement qui sera rebaptisé Hezb Ennahda (le Parti  de la Renaissance). Portant, sa demande de légalisation est rejetée encore une fois.

En effet, le parti ne change pas d’idéologie, il change de nom : le produit est le même mais avec un nouvel emballage. 

Mais malgré cela, les islamistes se présentent aux élections de 1989 sur des listes indépendantes. Avec un taux d’abstention de 40 %, ils n’arrivent à atteindre que 8 % des suffrages (15 % selon leurs estimations). Dans tous les cas de figure, le résultat est considéré comme un échec cuisant pour les thèses islamistes surtout que leurs candidats ont eu droit à des passages à la radio et à la télévision.

Rached Ghannouchi s’exil volontairement le 28 mai de la même année et Ben Ali -après avoir investi le champs symbolique et gagné sa première bataille politique- lance un vaste champs de réformes culturelles et éducatives :

Ainsi, il nomme le 11 avril 1989, Mohamed Charfi au poste de ministre de l’Eduction nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Le but est claire : il s’agit d’éliminer tout ce que les islamistes ont réussis à introduire dans les manuels des écoliers et des lycéens tunisiens.

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Mohammed Charfi sera l’homme de la situation à partir du moment ou nul n’ignore son opposition farouche au projet de société des islamistes.

Ainsi, Charfi commencera par retirer de la circulation des manuels scolaires inspirés des idées islamistes. Il remet en place une ancienne circulaire interdisant le port du voile par les élèves et les professeurs et lance la rénovation progressive de l’ensemble des programmes scolaires.

Les réformes de Charfi ne tarderont pas à réveiller les islamistes qui profitent de l’occasion pour rappeler aux tunisiens le projet de société qu’ils envisagent  d’établir en Tunisie.

La majorité des tunisiens acquise aux idées du réformisme depuis les années Bourguiba refuse les schémas désignés par les islamistes et se rallie au pouvoir afin de mettre fin au projet apocalyptique des extrémistes.

Deuxième victoire pour Ben Ali : discrédités, les islamistes commencent à perdre la face devant la société tunisienne et l’ensemble des forces politiques se rallient au pouvoir autour d’un seul slogan « Pas de liberté aux ennemi de la liberté ».

Réconforté par ce ralliement, le pouvoir interrompt le dialogue avec les militants islamistes surtout après la découverte d’un certain nombre de plans visant à organiser des actes de terrorisme contre les intérêts de l’Etat et ses représentations. Suite à quoi, le pouvoir arrête en novembre 1990, un groupe d’activistes soupçonnés du vol de plus de 30 Kg d’explosifs dans une carrière de Tunis. Quelques jours plus tard, un deuxième groupe opérant sous les ordres de Habib Lassoued –ex membre d’Ennahda- est arrêté à son tour avant son passage à l’acte.

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Suite à ces démantèlements défensifs des « cellules dormantes » du mouvement, le pouvoir change de stratégie et passe à une action offensive : Fin décembre 1990 il opère une vague d’arrestation qui touche plusieurs membres et dirigeants du mouvement.

Là –fin 1990 et début 1991- le mouvement qui continu de proclamer depuis l’étranger son intention de s’emparer du pouvoir, va commettre deux erreurs stratégiques qui lui seront fatales :

1- Afin de coller aux sentiments des Tunisiens qui soutenaient le régime de Saddam Hussein contre les américains et les forces alliées, les dirigeants d’Ennahda se prononceront publiquement en faveur de Saddam Hussein et donc contre le Koweït et l’Arabie Saoudite, deux pays qui sont considérés parmi leurs plus importants soutien à l’étranger. Ainsi, le mouvement perd un soutien politique et surtout financier énorme.

2- Le 17 février 1991 à 4 heures du matin, le feu se déclare dans les locaux du Comité de coordination du RCD à Bab-Souika. Un groupe d’islamistes vient en effet d’envahir les locaux du RCD en plein Tunis. Ils ligotent les deux gardiens du bâtiment et mettent le feu.

Résultats : le bâtiment est complètement ravagé et les deux gardiens gravement brûlés. L’un d’eux, Ammar Saltani, mourra une quinzaine de jours plus tard suite à ses blessures.

Ce fut un traumatisme pour l’ensemble des tunisiens qui n’arrivaient pas à comprendre comme des gens qui se déclarent de l’Islam peuvent-ils être aussi barbares et aussi cruels en causant la mort d’un simple et innocent gardien ?

Quant au pouvoir, défié dans les locaux de son propre parti, au centre de la capitale tunisienne et dans la circonscription même du ministre de l’intérieur de l’époque, il comprend toute la portée symbolique de cet acte que les islamistes ont voulu lui faire parvenir.                  

Ainsi, avec ces deux séries d’événements : le soutien à l’Irak d’une part et l’assassinat du gardien des locaux du Comité du RCD de Tunis-Ville d’autre part, le mouvement islamiste perdra le peu de poids qu’il lui restait aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Mais… il ne cédera pas et se repliera sur son dernier bastion : la faculté tunisienne.

Seulement, et suite aux événements de Bab-Souika le pouvoir décidera d’aller jusqu’au au bout et de clore définitivement le dossier de ce mouvement islamiste.

Ainsi, et en s’appuyant sur les affrontements violents qui ont eu lieu dans les universités tunisiennes entre forces de l’ordre d’une part et étudiants sympathisants des islamistes d’autre part durant l’hiver 1991, le pouvoir décidera de suspendre l’UGTE, une organisation estudiantine islamiste, et de réglementer l’affichage et les réunions à l’intérieur des universités.

Les islamistes répliquent encore une fois par la force et déclenchent des affrontements avec la police à Tunis, Sousse et Kairouan.

Bilan officiel : deux morts et quatorze blessés.

Le 22 mai 1991, Abdallah Kallel, ministre de l’intérieur dévoile l’existence d’ « un complot diabolique en cinq phases destiné à assurer la prise du pouvoir par les islamistes ».

Ces derniers seraient parvenus à infiltrer l’armée, la garde nationale et la police desquels 34 membres seront condamnés par la justice pour leur participation à ce « complot » et en mars 1992, 279 dirigeants et militants d’Ennahda seront jugés par deux tribunaux militaires.

Ces arrestations et ces jugements mettront une fin définitive à l’action des islamistes à l’intérieur du pays.

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Délesté par les tunisiens. Poursuivi par le pouvoir et la justice. Le reste des leaders islamistes du mouvement et à leur tête Rached Ghannouchi  essayent depuis –et jusqu’à nos jours- de se poser comme des défenseurs des droits de l’homme !

Ayant réussit à tromper des démocraties occidentales qui n’avaient à ce moment là aucune connaissance du danger que représente ses islamistes, ces derniers –malgré leur discours édulcoré- n’ont pas beaucoup changés et continuent à promouvoir des idées violentes et intolérantes.

Mais ceci est une autre histoire…

_____________________________________________   

Source principale de ce dossier : « Comment les islamistes ont été vaincus », Ridha Kéfi, Jeune Afrique, n° 2000-2001, Mai 1999, pp. 34 – 44.

Une critique, une suggestion, un complément d’information ? … merci de poser vos commentaires

Posté par Hamza Belloumi à 16:46 - L'islamisme au Maghreb - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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Posté par annuaire blog, mardi 27 novembre 2007 à 10:51

"Le 17 février 1991 à 4 heures du matin, le feu se déclare dans les locaux du Comité de coordination du RCD à Bab-Souika. Un groupe d’islamistes vient en effet d’envahir les locaux du RCD en plein Tunis. Ils ligotent les deux gardiens du bâtiment et mettent le feu"

Ceci est faux. C'est le pouvoir en place qui a organisé cette horrible mascarade qui, à l'échelle Tunisienne devait entraîner les mêmes conséquences que celles de l'incendie du Reichstag en Allemagne pré Nazi.

D'ailleurs c'est facile à voir à qui profita le crime. Les Tunisiens choqués par des actes barbares injustement attribués aux islamistes, ont facilement renoncé aux peu de libertés d"expression qu'ils commençaient à avoir et le pays est devenu un état totalitaire avec à sa tête un roitelet, autoproclamé à vie, qui n'hésite pas à utiliser la torture et le crime sous prétexte de lutter contre un ennemi que lui même a crée.

Rappeler à vos lecteurs ce que Alexis de Tocqueville a écrit en 1840 à propos des tyrans :

« Il y a un passage très périlleux dans la vie des peuples démocratiques.

Lorsque le goût des jouissances matérielles se développe chez un de ces peuples plus rapidement que les lumières et que les habitudes de la liberté, il vient un moment où les hommes sont emportés et comme hors d’eux-mêmes, à la vue de ces biens nouveaux qu’ils sont prêts à saisir. Préoccupés du seul soin de faire fortune, ils n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous. Il n’est pas besoin d’arracher à de tels citoyens les droits qu’ils possèdent ; ils les laissent volontiers échapper eux-mêmes (…)

Si, à ce moment critique, un ambitieux habile vient à s’emparer du pouvoir, il trouve que la voie à toutes les usurpations est ouverte. Qu’il veille quelque temps à ce que tous les intérêts matériels prospèrent, on le tiendra aisément quitte du reste. Qu’il garantisse surtout le bon ordre. Les hommes qui ont la passion des jouissances matérielles découvrent d’ordinaire comment les agitations de la liberté troublent le bien-être, avant que d’apercevoir comment la liberté sert à se le procurer ; et, au moindre bruit des passions politiques qui pénètrent au milieu des petites jouissances de leur vie privée, ils s’éveillent et s’inquiètent ; pendant longtemps la peur de l’anarchie les tient sans cesse en suspens et toujours prêts à se jeter hors de la liberté au premier désordre. »

Posté par FRENCHY, dimanche 6 janvier 2008 à 15:57

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