mercredi 30 mai 2007
Bourguiba et l'islam (3)

Nous avons vu précédemment que pour plusieurs religieux Bourguiba fut considéré comme un incroyant. Il faut dire que le leader tunisien n’était pas du tout tendre ni envers les pratiques archaïques imputées à l’islam ni encore moins envers les religieux corrompus et fanatiques.
Ainsi, d’une part, Bourguiba va multiplier les cas de confrontation avec les religieux (et ce en s’aventurant sur des territoires interdits qui étaient réservés jusque là aux seuls Oulémas). Et d’autre part et afin d’ébranler la confiance que les tunisiens ont dans ces religieux, il n’hésitera pas à dévoiler leur secrets et leurs agissements contraires aux vertus de l’islam.
Bourguiba sur le terrain des religieux :
À coté du révolutionnaire Code du Statut Personnel, sur lequel je reviendrai dans un prochain post, Habib Bourguiba avait défié les Oulémas sur plusieurs plans :
1- En instaurant le planning familial.
2- En autorisant les intérêts dans les crédits bancaires (que les religieux considèrent riba).
3- En réformant l’enseignement religieux.
4- En réglementant l’assurance.
5- Il est allé même jusqu'à appelé les tunisiens au non respect du jeûne en Ramadan dans le but de sortir leur pays du sous-développement.
Mais le rêve de Bourguiba était celui d’instaurer l’égalité successorale entre hommes et femmes. Un rêve qui restera inachevé car comme le dit son ancien Premier Ministre Mohammed Mzali « Bourguiba a voulu instaurer l’égalité dans l’héritage entre hommes et femmes mais il n’a pas trouvé un verset coranique qui lui donne cette possibilité, et les religieux lui avaient répondu qu’en matière d’héritage et contrairement à la polygamie où en se basant sur certaines sourates et sur l’ijtihad on pouvait arriver à conclure son interdiction, tel n’était pas le cas pour l’héritage où les versets sont très clairs et ne se prêtent à aucune interprétation. Et Bourguiba m’avait dit à plusieurs reprises que la question de l’égalité successorale est restée dans son cœur, et que malgré ses tentatives, il n’avait pas trouvé un verset coranique qui lui permet de réaliser ce rêve. » (Amel Moussa, « Bourguiba et la question religieuse », Cérès édition, Tunis, 2006, p.123, en arabe).
C’est ainsi donc que Habib Bourguiba s’est aventuré sur le terrain des religieux, en ayant certes recours à certains d’entres eux pour l’aider à convaincre les tunisiens très conservateurs à cette époque. Mais face à l’opposition et au refus de certains de ces fouquahas de suivre ses interprétations, Bourguiba finira par leur livrer une guerre de laquelle il sortira gagnant.
Bourguiba s’attaque aux religieux :
Dans son dernier livre « Bourguiba et la question religieuse » qui vient de paraître en Tunisie, Amel Moussa semble critiquer la manière avec laquelle Bourguiba avait attaqué les Oulémas. L’auteur considère que Bourguiba est allé très loin dans le dénigrement, la disqualification et même l’insulte des religieux. Et en se basant sur des exemples historiques, elle nous montre comment il n’a pas hésité à révéler au grand public des documents secrets qui prouvaient la corruption des fouquahas.
Ainsi Amel Moussa lui reproche d’avoir cité quelques noms de familles des religieux (Ben Achour, Djait, Nifer, Ben Mrad), elle lui reproche aussi d’avoir utilisé des expressions telles que : les religieux sont « incapables de comprendre le vrai sens de la religion », « la catastrophe réside dans le fait que la plupart de ceux qui ont étés éduqués dans les écoles traditionnelles souffrent d’un complexe qui les rend incapable de faire fonctionner leur cerveaux. » ou encore, « il n’y a plus l’espérance d’une évolution des Fouquahas ».
Moussa lui reproche aussi d’avoir tenu à lire, dans l’un de ses discours, la totalité d’une lettre adressée par Mohammed Saddek Naifer en 1917 au consul général français en Tunisie ainsi que le poème de remerciement qui l’accompagnée.
Dans cette lettre, écrite par un religieux tunisien qui espéré être désigné dans le haut conseil mixte, on pouvait lire : « Je suis fidèle à la France, je vous est rendu plusieurs services… je suis attaché à vous et j’en ait personne en dehors de vous. »
Contrairement à l’auteur, je ne vois rien de critiquable dans cette démarche. Bourguiba -comme toute autre personne- a le droit de dire ce qu’il pense des religieux et de leur enseignement. Et si jamais il a des preuves il peut aller jusqu’à dénoncer des pratiques qui ne se rattachent ni de près ni de loin à l’islam.
Car, j’aimerai rappeler à l’auteur, que les fouquahas, oulémas et autres religieux ne sont pas sacrés. Que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on peut se permettre de déclarer allégeance à la France, que ce n’est pas parce qu’on est religieux qu’on va interdire à toute personne de nous critiquer ou de critiquer notre enseignement ou notre formation.
Habib Bourguiba n’a fait que constaté des faits -preuves à l’appuis- afin de lever cette sacralité illégitime dont bénéficiaient les religieux.
Et c’est justement pour cette raison qu’il sera à son tour attaqué par les religieux. Mais eux, contrairement à lui, ils ne s’arrêteront pas au stade de la critique et de la dénonciation mais ils dépasseront cela pour aller jusqu’à le déclarer apostat et même appeler à la révolte !
La riposte des religieux :
Ici, il faut faire la différence entre la riposte des religieux tunisiens et celle de ceux du Machrek :
* Pour les religieux tunisiens :
En riposte aux réformes et interprétations bourguibienne, la Tunisie connaîtra quelques confrontations entre Bourguiba et les religieux.
Parmi les plus importantes, nous pouvons citer le refus du Moufti de l’époque (le plus haut dignitaire religieux tunisien) Mr Mohammed Aziz Djait de publier une fatwa autorisant le non respect du jeûne en Ramadan. Un refus qui lui vaudra la remise en retraite anticipée par Bourguiba (et qui laissera le poste de Moufti de la République vacant pendant deux ans.)
Nous pouvons citer aussi la révolte que connaîtra la ville de Kairouan en janvier 1961 et qui se soldera par la mort de plus de 20 personnes et ce suite à la décision des autorités de transférer l’imam de Kairouan Mr Abd Rahman Kalif à Gabes.
Cette décision fut causée par les pratiques auxquelles se livrer l’imam à l’intérieur de sa mosquée.
En effet, Mr Abd Rahman a utilisé la mosquée comme un espace d’opposition, de contestation et de critique de la politique bourguibienne d’une part et il avait déclaré apostat toute personne qui ne jeûnerait pas en Ramadan d’autre part.
A part ces deux événements, la réaction des religieux tunisiens fut équilibrée.
*Pour les religieux du Machrek :
Ce fut Ben Baz, le premier qui décréta l’apostasie de Bourguiba et ce suite à un discours que ce dernier avait prononcé à l’occasion du « Colloque international des enseignants » qui s’est tenu à Tunis en 1974.
Interprétant le discours de Bourguiba, Ben Baz a dit que le président tunisien avait critiqué le Coran et avait dit qu’il contenait des légendes :
« Il a décrit le Prophète comme un simple homme qui voyageait beaucoup dans le désert et qui se réjouissait des légendes racontées dans son environnement, et qu’il a transmit ces légendes au Coran » (Lotfi Hajji, « Bourguiba et l’islam », Sub éditions, Tunis, 2004, p.16, en arabe).
Par conséquence, Ben Baz a exigé que Bourguiba s’en excuse publiquement, à défaut, que son pays suspende ses relations diplomatiques avec la Tunisie et il est allé même jusqu’à appeler les tunisiens à …la révolte contre « le despote » !
Malheureusement pour lui, rien de ce qu’il a réclamé n’a eu lieu.
Comme Ben Baz, le Cheikh Karadaoui est allé lui aussi, dans son livre « l’extrémisme laïc à la confrontation de l’islam » (2002) jusqu’à apostasié Bourguiba et le considérer comme « un ennemis de l’islam » tout comme Ataturk.
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Pour_un_islam_meilleur_Hamza_Belloumi
mercredi 23 mai 2007
Du Liban au Pakistan en passant par la Palestine, les extrémistes nous contrôlent !

Voici trois cas de figures à propos desquels j’aimerais vous entretenir : le premier est celui palestinien, avec les derniers développements de la situation inter-palestinienne. Le second est celui libanais avec les derniers développements de la situation interne au Liban et le troisième est celui pakistanais avec la guerre que livre le pouvoir de Musharraf aux extrémistes musulmans.
Quel(s) lien(s) entre toutes ces situations ?
Les voici : dans ces trois cas de figure, une guerre oppose l’Etat à de véritables milices paramilitaires. Dans ces trois cas, il s’agit de groupes islamistes extrémistes qui livrent une bataille à l’armée de leur propre Etat. Dans ces trois cas, il semble que l’armée étatique n’est plus en mesure de contrôler la situation. Dans ces trois cas, ce sont ces groupes extrémistes qui dictent la loi à suivre aux autorités étatique. Et enfin, dans ces trois cas de figure, les pays qui connaissent ces événements sont tous des pays musulmans.

1- La situation en Palestine :
Voici près de 2 ans (depuis le 22 août 2005) que les israéliens ont évacués Gaza, (un territoire de 40 Kilomètres abritant près de 1,5 million de palestiniens) et ont confiés ce territoire autonome -après 28 ans d’occupation- aux palestiniens.
Seulement voila, malgré qu’ils n’ont qu’une autonomie réduite sur un territoire extrêmement petit (pour ne pas dire invisible), les palestiniens ne cessent plus depuis quelques mois de se livrer à une bataille interne dignes d’un groupe d’imbéciles heureux qui ne comprennent que l’usage d’armes et pour qui la vie d’un frère n’a plus aucune valeur devant l’envie du pouvoir.
Commentaire d’un journaliste : «Le Fatah et le Hamas s’entretuent pour le contrôle d’une grande prison qu’on appelle Gaza alors qu’Israël en possède les clés ».
Voici un territoire ou les mots Etat, autorité, lois, institutions… n’ont plus aucun sens. Des groupes d’hommes armés sans scrupules se permettent de tuer en toute impunité des dizaines d’hommes et de femmes pour la simple raison de leur appartenance à l’une ou à l’autre des deux organisations.
De véritables milices qui se donnent le droit de bloquer les routes, d’instaurer des couvre-feux et de tuer toute personne qui oserait défier leur autorité.
En un mot, Gaza est devenue une zone de non droit.
Voici le résultat de la politique de l’armement massif des membres des deux organisations : ces membres font désormais ce qui leur plais ; ils n’écoutent plus les ordres de leurs supérieurs et foutent le bordel par où ils passent. Ils sont devenus de véritables criminels dont les mains sont entachées du sang de palestiniens innocents.
Et dire qu’on comptait sur ces hommes là pour libérer les territoires occupés !
Désormais, tous les membres des deux organisations qui ont participés aux honteux affrontements qui ont eu lieu à Gaza doivent être considérés comme des criminels assassins et doivent être poursuivis par la justice.
L’autorité palestrinienne (qui n’est plus une) doit redonner du sens à son autorité, traduire les criminels devant les tribunaux, frapper fort toute personne incitant à la violence, désarmer les deux groupes, dissoudre leur branches armées, et rétablir l’ordre.
Dans un Etat (si jamais les palestiniens veulent toujours en avoir un) le pouvoir armé, tout le pouvoir armé, doit être détenu exclusivement par les institutions étatiques. Si non ? Si non -et je suis désolé de le dire- un Peuple qui n’arrive pas à s’autogérer ne mérite pas d’avoir son propre Etat. Un Peuple qui n’arrive pas à s’autogérer est un Peuple mineur qui n’aura droit à son Etat que le jour ou il franchira le seuil de la majorité.
Et ce n’est qu’amèrement que je constate que, plus d’un demi siècle après l’occupation israélienne, les palestiniens n’arrivent toujours pas à s’autogérer.
2- La situation au Liban :
Un autre groupe palestinien, Le Fatah Al-Islam, établit au Liban et qui est l’émanation du groupuscule prosyrien Fatah-Intifadha, lui aussi une émanation du Fatah palestinien, a déclenché le 20 mai 2007 les hostilités contre l’armée … libanaise !
Voici un groupe armé, qui se trouve à l’intérieur de l’Etat libanais et qui se permet de mener la guerre à un Etat qui lui a ouvert ses portes.
Un groupe qui -comme tous les autres groupes armés qui se trouvent dans ce pauvre pays- est un véritable Etat dans l’Etat : il a ses propres institutions (Chefs, milice…), son propre peuple (les palestriniens des camps des réfugiés) et son propre territoire (les camps des réfugiés) où l’armée libanaise n’a même pas le droit d’y pénétrer !
Et des témoins racontent même que quelques membres de cette armée enlevée par Fath Al-Islam auraient été égorgés par le groupe !
Là aussi c’est le résultat de la politique de l’armement massif des prétendus groupes de résistance. Des groupes vis-à-vis desquels l’armée libanaise n’a aucune autorité et qui possèdent des hommes, des munitions, des techniques de guerre et des armes supérieurs à ceux de l’armée étatique.
Là aussi, il n’y a pas 36 milles solutions mais bien une seule : combattre ces organisations afin de les désarmais d’abord, les dissoudre ensuite. Traduire leurs chefs devant la justice et instaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble de son territoire.
Aucune zone ne doit plus être laissé à aucun groupe et sous aucun prétexte.
Défendre le Liban c’est le travail de l’armée libanaise et non pas de pseudo-groupes de résistants qui n’hésitent pas le cas échéant à prendre les armes contre ceux qu’ils prétendent défendre.
3- La situation au Pakistan :
Dans ce pays, l’un des brasier de l’intégrisme islamiste, le 6 avril dernier, dans la capitale Islamabad, des étudiants radicaux de la Mosquée rouge, l’une des plus extrémiste du pays, ont brûlés des milliers de CD et de DVD contenant des œuvres musicales et cinématographiques qu’ils ont jugés « immorales ». Poursuivant la compagne de moralisation de la société, le chef de milliers de filles et de garçons étudiants à l’école coranique dépendante de cette mosquée fondamentaliste et qui depuis des mois poussent sous la menace les magasins de musique à fermer leurs portes, a annoncé l’instauration de tribunaux islamiques pour faire appliquer la charia.
L’imam de la Mosquée rouge et même allé jusqu’à menacé de déclencher le djihad, la guerre sainte, si le gouvernement recours à la force contre ses étudiants qui ont instaurés des barrages et coupés toutes les routes menant à leur mosquée.
Tout cela se passe en présence d’un Etat et d’une armée qu’on décrit comme l’une des plus répressive au monde.
Pourtant, devant l’extrémisme islamiste même cette armée trouve beaucoup de mal à rétablir le calme et n’arrive même pas à libérer deux de ses membres pris en otages par les… étudiants !
Voici des étudiants qui se sont transformés en une milice armée et qui veulent dicter leurs lois aux pakistanais.
Et cela n’est que le résultat de la souplesse avec laquelle les autorités pakistanaises traitent avec des extrémistes criminels qui se croient les prophètes de Dieu sur terre.
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Nous avons donc trois cas de figure où l’Etat a perdu son autorité, où de groupes islamistes armés contrôlent de larges territoires qu’ils ont occupés faisant de leurs habitants des otages.
Voici des groupes qui promettent à leur pays paix, stabilité et développement alors qu’ils ne diffusent que la haine et la mort.
Ce que je dis peut choquer plus d’un d’entre vous mais je le dit comme je le pense si nous sommes arrivés aujourd’hui à ce genre de situation c’est à cause de notre discours politiquement correcte qui nous oblige à nous cacher les vérités, qui nous conduit à considérer des criminels comme des martyres et à trouver des excuses à toutes les imbécillités qu’ils commettent.
Ayant le courage de dire la vérité : ces organisations islamistes, leurs membres et leur idéologie sont le pire cauchemar que le monde musulman connais.
Et nous continuerons à subir leurs stupidités tant que nous n’aurons pas mis un terme à leur existence.
mercredi 16 mai 2007
Bourguiba et l'islam (2)

Ceux qui analysent le discours bourguibien relatif à l’islam classe Bourguiba dans l’une des catégories suivante :
1- une première tendance -majoritaire- le considère un laïc.
2- une autre tendance plus rigoureuse composée surtout de religieux le considère apostat.
3- Une troisième tendance ne voit en Bourguiba que le clone d’Atatürk.
Comme nous le voyant, toutes ces classifications tournent autour de la laïcité mais à différents degrés.
Avant d’aller plus loin il convient donc de définir la laïcité et de s’attarder un peu sur ses significations.
La laïcité est définie par Le Robert comme le « Principe de séparation de la société civile et de la société religieuse ».
Certes il s’agit là d’une définition neutre et superficielle qui ne rend pas compte de l’utilisation idéologique faite du concept car -comme nous allons le voir- d’un pays à un autre et même d’une personne à une autre la signification de la laïcité va changer et ce en fonction de l’appartenance de chacun des intervenants.
C’est ainsi par exemple que Peter Berger définit la laïcité comme un nouveau phénomène qui, pour la première fois dans l’histoire de l’Homme, va provoquer chez de larges tranches de la société et non seulement auprès des intellectuels et philosophes la perte de la crédibilité du religieux.
Par contre, pour Claude Geffré, la laïcité est une invitation à la délivrance de l’homme du poids de l’institution religieuse et de ses lois.
Nous voyons bien comment les conceptions que se font ces auteurs français de la laïcité sont intimement liées non pas à la Laïcité mais plutôt à la laïcité française.
Et c’est pour cette raison que les conceptions qui nous seront proposées par les auteurs d’autres horizons spatio-temporelles seront légèrement -si non radicalement- différents :
Ainsi par exemple, Mohammed Arkoun pense que la laïcité est l’antidote du pouvoir religieux (ou des religieux) qui s’emploi à étouffer la liberté de penser chez l’homme.
Par contre, le célèbre cheikh Kharadaoui considère lui que « la laïcité est une marchandise occidentale qui n’a pas ses origines dans nos terres et qui ne respecte pas notre foi ».
Avec ces quelques exemples nous voyons comment ce concept a pu être utilisé idéologiquement afin de servir les intérêts des uns et des autres.
Or une définition idéologique ne peut avoir d’intérêt que pour les adeptes de cette idéologie. Et partant ne peut servir de base à une étude sérieuse de n’importe quel phénomène.
Autrement dit, il nous faut dépasser toutes les conceptions manipulées que je viens d’évoquer de la laïcité pour aller se réfugier dans la définition neutre :
st la séparation du religieux et du politiquetre:de la laicités que je vient d'rs d's dans l'La laïcité c’est la séparation entre le religieux et le politique.
La Laïcité n’est pas la laïcité française, celle française n’est qu’une expérience comme celle italienne, belge, anglaise, turque… La laïcité n’est pas un laïcisme qui est une idéologie anti-religieuse, la laïcité ne combat pas les religions, elle instaure une égalité entre toutes les religions, elle permet aux adeptes de toutes les religions de pratiquer leurs foi librement, mais ne permet à aucune institution (ou personnalité) religieuse d’interférer dans le domaines de l’Etat et en particulier dans la loi et le fonctionnement des institutions.
La laïcité doit être un juste milieu, elle ne doit pencher ni du coté des religieux ni de celui des anti-religions.
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Une fois la définition dégagée, revenant maintenant aux classifications dans lesquelles Bourguiba a été inséré :
Bourguiba est-il un apostat ?
Je reviendrai dans le prochain article sur les arguments avancés par les Oulémas pour apostasier Bourguiba mais dés maintenant nous pouvons dire que malgré tous les arguments qui peuvent être avancés par ces Oulémas pour affirmer cette hypothèse, Bourguiba ne peut être considéré comme un apostat.
Pourquoi ?
Parce qu’un apostat ne se réfère jamais à la religion. Un apostat combat les religions ou du moins essaye de leur enlever toute sorte de légitimité. Un apostat ne se préoccupe jamais du sort d’une religion ou de son développement.
Or, Bourguiba s’est toujours référé à l’islam, il s’est employé à le défendre et même les critiques qu’il lui a adressés étaient dirigées contre une certaine conception de l’islam et non pas contre l’islam et n’avaient pas pour but de détruire l’islam mais de le développer.
Bourguiba est-il un clone d’Atatürk ?
Il est vrai que Bourguiba fut le premier à proclamer son admiration pour Atatürk et le fait qu’il le considéré comme un exemple à suivre. Mais de là à conclure qu’il fut un clone d’Atatürk qui ne faisait que reproduire ce qu’a fait ce dernier en Turquie, il y a une étape que je ne franchirai pas. Car contrairement aux religieux qui -pour valider leur thèse- se sont référés aux discours, articles et interventions de Bourguiba dans lesquels il invoquait avec admiration Atatürk, moi je vous invite à faire la différence entre deux domaines que le combattant suprême à très bien distinguer. Bourguiba faisait la différence entre Atatürk l’homme courageux, le combattant, le défenseur de la liberté et de l’indépendance de la Turquie d’une part, et Atatürk le réformiste d’autre part. pour le premier il avait admiration et respect mais pour le deuxième il avait des critiques et peut être même des indignations.
Alors, si nous parlons de l’action du combattant suprême sur le terrain de la libération de la Tunisie et de son combat contre l’occupant français, alors là nous pouvons dire que Bourguiba fut influencé par Atatürk. Mais si nous parlons de l’action d’Atatürk contre l’islam et la laïcisation poussée qu’il a accomplit en Turquie par référence au modèle français, alors là Bourguiba ne l’a pas du tout suivit et il l’a même critiqué à plusieurs reprises.
C’est ce qui résulte par exemple d’un fameux article de Bourguiba dans lequel il avait écrit à propos d’Atatürk ce qui suit : « Atatürk est le symbole du combattant et pas celui du réformiste ».
Inutile donc de dire que Bourguiba fut un clone d’ Atatürk. C’est lui même qui affirme le contraire.
Bourguiba est-il un laïc ?
Venant maintenant à la conception majoritaire qui considère que Bourguiba est un laïc. Malgré que cela puisse choquer plusieurs d’entre vous, je dirais que je ne considère pas Bourguiba comme un laïc mais plutôt comme un réformiste.
J’utiliserai ici presque les mêmes arguments que j’ai utilisé pour répondre à l’apostasie de Bourguiba.
Comme il ressort de la définition neutre de la laïcité, un homme laïc est certes quelqu’un qui respecte les religions mais il n’essayera en aucune manière de développer l’une d’entres elles en adoptant un discours religieux. Il se placera toujours sur le plan du droit, de l’Etat et de ses institutions et son discours sera accès exclusivement sur les principes qui gouvernent l’Etat et ses institutions. Et dans tous les cas de figure, il ne s’improviserait pas Moujtahid pour aller puiser ses arguments dans les textes religieux tout en leur donnant de nouvelles interprétations.
Or, Bourguiba a fait tout cela : il n’a jamais parler d’une question qui a des liens avec l’islam sans se référer aux textes religieux et plus précisément au Coran. Il a certes donné des interprétations originales (dans le sens étranges à celles des Oulémas) à certaines sourates, mais il l’a fait sous l’étiquette de l’Ijtihad (ou le raisonnement individuel) et pas du tout en rupture avec le texte sacré.
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C’est pour toutes ces raisons que je considère que Bourguiba est en premier lieu un réformiste et peu être un réformiste (un peu) laïc. Mais il ne peut être considéré ni comme un clone d’ Atatürk ni encore moins comme un apostat.





