differences_entres_sunnites_et_chiitesComme nous l’avons exposé dans « l’introduction à l’histoire du chiisme », la différenciation entre sunnites et chiites ne se fera que des années (voir même des siècles) après la naissance du chiisme. Au début il n’y avait qu’un seul point de rupture : les uns étaient pour le Califat de Ali, les autres pour celui de Mouawya.

Petit à petit, chacun des imams successifs des chiites apportera son lot de règles, d’interprétations et de vérités qui finiront par faire du chiisme -ce qu’on pourrait appeler- une véritable religion dans la religion. Certes, comme nous le verrons, les chiites partagent avec les sunnites les principaux Piliers de l’islam. Mais, ils ajoutent d’autres et ils ignorent certains.   

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Nous pouvons dire que les principales lignes de discordes entre sunnites et chiites se situent aux plans suivants :

1-  Le plan théorique.

2-  Le plan pratique.

3-  Le plan théologique.

Sur le plan théorique :

Nous pouvons observés ici trois principaux points de discorde :

- d’abord, et alors que les chiites s’accordent avec les sunnites sur les trois premières sources juridiques en islam : le Coran, la Sunna, l’analogie (al kiyas). Ils s’en distinguent au niveau de la quatrième : le consensus (al ijmaa).

Pour les sunnites, le consensus est établi par les oulémas musulmans, alors que les chiites considèrent qu’il ne peut être valable que s’il a été élaboré en compagnie de l’imam.

- Ensuite, au niveau de la chaheda (la déclaration de la foi nécessaire pour tout musulman et toute personne désirant embrasser l’islam), la formule chiite est différente de celle sunnite.

Pour les sunnites, la formule de la chaheda est la suivante : Achhadou ana la illah ila Allah wa ana Mouhamadon rasoulo Allah (je déclare que Dieu est Unique et que Mohamed est son Prophète).

Les chiites ajoutent à cette formule ce qui suit : … wa Ali Walio Allah (…et Ali est l’imam d’Allah).

- Enfin, la majorité des chiites érigent comme principe fondamental du chiisme l’excommunication régulière et renouvelée de tous ceux qui n’ont pas soutenu Ali et à leur tête : Aicha -l’épouse du Prophète-, Abou Bak, Oumar et Othman -les trois califes bien guidés (selon les sunnites)-, et tous les compagnons du Prophète qui n’ont pas eu le courage de soutenir l’imam Ali : c’est le rite du sabb (l’injure) qui est occulté aujourd’hui sur le plan publique et médiatique mais qui reste l’une des plus importante déclaration de foi chiite et l’un des plus importants points de rupture avec les sunnites qui considèrent l’injure de l’épouse du Prophète ou de n’importe lequel de ses compagnons comme une Kabira (une hérésie) qui nécessité la tawba (demande de pardon à Dieu + une volonté de ne plus y revenir à l’acte incriminé)

Sur le plan pratique :

Par pratique nous visons le coté rituel ou nous pouvons relever aussi trois principaux points de discorde :

- D’abord, en ce qui concerne les prières, les sunnites et les chiites sont d’accord pour dire qu’elle sont au nombre de cinq par jour, mais les chiites sont autorisés à ne prier que trois fois par jour.

- Ensuite, les chiites sont universellement connus aujourd’hui par le rite de Achoura : une commémoration annuelle de leur passion envers le petit fils du Prophète et le troisième imam Al Hussein, martyrisé à Karbala (comme nous l’avons exposés dans l’introduction).

Au cours de ce rite, la majorité des chiites s’auto-torturent en se frappant par des chaînes et même par des épées.

- Enfin, le chiisme reconnaît -et impose- à ces partisans la visite des tombes des imams (ziyara) et même à remplacer par ces ‘‘petits pèlerinages’’ le Haj (le grand pèlerinages) à la Mecque qui est l’un des Cinq Piliers de l’Islam.

Une pratique qui est considérée par les sunnites, là aussi, comme une forme d’hérésie.

Sur le plan théologique:

Ici nous pouvons relevés deux points de discorde :

- D’abord, l’adaptation par les chiites et les sunnites de deux théologies différentes si non opposées : la majorité des chiites suivent une forme de mutazilisme (car leur imams ont étés beaucoup influencés par ce courant) alors que les sunnites, eux, sont majoritairement considérés comme des acharites (vous pouvez revenir sur la différence entre mutazilites et acharites ici).

- Ensuite, la théologie chiite reconnaît la pratique de la takiya (la dissimulation légale) qui signifie qu’il est permis à un chiite se trouvant dans un milieu hostile de ne pas déclarer sa foi, d’en déclarer le contraire et même de l’abjurer.

Une pratique qui a été reprise par une partie des sunnites et qui est considéré comme l’un des obstacles majeurs du rapprochement entre les deux frères ennemis : les sunnites ayants peur que si jamais ils entrent en discussion ou en compromis avec les chiites, rien n’empêche ces derniers de recourir à cette pratique pour ne rien céder de leur dogme.

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Avant de conclure, il faudrait signaler que quelques tentatives de rapprochement entre sunnites et chiites en vue de minimiser leur différences ont eux lieu, la plus importante à cet égard fut celle faite en Iran, au XVIIIe siècle, par le dirigeant chiite imami Nader Chah qui essaya, sans succès, de transformer le chiisme imami en une cinquième école légale sunnite appelée al mathhab al jafaari.

Et avec les événements quotidiens qui se déroulent de nos jours en Irak et la haine partagée que les uns ressentent envers les autres, on ne peut s’empêcher

de conclure que le rapprochement entre les deux n’est plus à l’ordre du jour.

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