mercredi 28 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (4)
Le général Omeyyade Al Hajjaj, gouverneur de l’Irak à partir de 75 de l’Hégire, achèvera l’ensemble des opposants du Calife Omeyyade : il mettra un terme au jeune Califat de Ibn Zoubayr, matera les Chiites et les Kharidjites et ira même jusqu’à détruire la Kaaba.
Et voila que les Chiites se retrouvent encore une fois sans chef.
J’avais évoqué auparavant le fait que l’exclusion de Ibn Hanafya de l’Imamat en tant que quatrième Imam ne se fera pas de son vivant mais seulement après sa mort et pour des raisons politiques et même vitales pour la continuation du mouvement Chiite.
Je reviens maintenant, alors que Ibn Hanafya est mort, sur l’explication :
D’abord, il est possible de penser que si jamais Ibn Hanafya aurait atteint le pouvoir il aurait sans doute était considéré comme le quatrième Imam. Seulement son échec dans cette entreprise et le fait qu’après sa mort les Chiites ont dus revenir à la « lignée pure » de Ali et de Fatima pour choisir leur Imam expliquent son exclusion.
En effet, après sa défaite, les Chiites vont proposer la direction du mouvement à Mohamed Al Baqer le fils de Ali Zine Al Abidine. Or, si jamais les Chiites considèrent Ibn Hanafya comme le quatrième Imam, il n’y aurait pas une explication pour que Mohamed Al Baqer prenne le direction du mouvement.
Partant de ce constat, et du fait qu’une solution diverse portera confusion à l’organisation de l’institution de l’Imamat, les oulémas Chiites opéreront ainsi :
1- Ali Zine al Abidine (surnommé le ‘‘prosterné’’, as sajed) -qui n’avait joué qu’un rôle minime dans l’histoire du Chiisme et qui fut allié des Omeyyades à une certaine époque- sera rebaptisé quatrième Imam.
2- Ibn Al Hanafya ne sera considéré que comme le dépositaire du dépositaire : une sorte de « gardien de la révolution ».
3- Ainsi, d’une part, Mohamed Al Baqer –fils de Ali Zine Al Abidine- devint le cinquième Imam et, d’autre part, on sauva les fondements théoriques du Chiisme.
Avant de voir l’évolution du Chiisme au temps de Mohammed Al Baqer, il est indispensable de s’attarder sur la première importante scission que le schisme connaîtra.
En effet, malgré le fait que Ibn Hanafya fut considéré pendant un laps de temps comme le légitime successeur d’Al Hussein, sa ‘‘disqualification’’ par la suite n’engendrera pas de problèmes pour les chiites car ils se mettront tous d’accords sur le fait que, non pas Ibn Hanafya mais, Ali Zine Al Abidine qui est le véritable quatrième Imam. Seulement, cette unité ne survivra pas à la mort de ce dernier et sa succession posera problème.
Car Ali Zine Al Abidine avait deux fils : Mohammed Al Baqer et Zayed Ibn Ali et le deux se disputèrent l’Imamat.
Les sources historiques nous parlent d’une divergence doctrinale qui les opposa : Zayd considérait que, son frère doit se déclarer publiquement en tant qu’Imam alors que Ali Zine Al Abidine refusa en avançant le fait que leur père fut le quatrième Imam sans avoir à le déclarer publiquement.
La majorité des oulémas chiites de cette époque pencheront vers Ali, n’ont pas pour la justesse de son argumentation, mais parce que lui, contrairement à son frère, accepta d’injurier Abou Baker et Omar.
Cette divergence portera Zayed à la rébellion, qui sera très vite réprimée par le pouvoir Omeyyade. Seulement, malgré sa courte carrière –et pour avoir contesté l’Imamat de son frère- Zayed sera à l’origine de la naissance du mouvement Zaydite. Car ses partisans le considèrent comme le véritable cinquième Imam.
Mais nous n’allons pas nous attarder outre mesure sur les zaydites parce qu’ils n’étaient à cette époque que très minoritaire à l’intérieur du chiisme.
***

Cela dit, voyant maintenant la suite de l’histoire avec le cinquième Imam : Mohamed Al Baqer.
En effet, c’est en l’an 101 de l’Hégire que les chefs chiites d’Irak envoyèrent une délégation à Mohammed Al Baqer, installé en Syrie, lui proposant la direction du mouvement chiite. Mais comme nous l’avons dit, il ne se déclara pas et conseilla à ses partisans de garder le silence.
Avec la désignation de Mohamed Al Baqer comme Imam, ce sont les Abbassides, les plus importants avec les Alaouites (partisans de Ali) dans le clan Hachémite, qui prendront pour la première fois la direction du Chiisme.
A cet époque, trois frères abbassides jouaient un rôle très important dans leur communauté : Ibrahim, Abou al Abbas Assafah et Abou Jaafar al Mansour. Et tous ont prêtés allégeance à al Baqer.
Avec toutes ces évolutions, la situation se présenta ainsi :
Les chiites ont réussis à se réorganiser sous l’autorité de Mohamed al Baqer, ce dernier avait comme bras droit l’exceptionnel Abou Muslim al Khorasani (un chef militaire avec des milliers de combattants prêts à se sacrifier pour remettre le Califat au main de l’Imam), et les trois frères abbassides (qui se montrèrent de formidables organisateurs).
Si l’on ajoute à cela le fait qu’à cette époque le Califat Omeyyade connaissait les pires moments de son histoire du fait d’être gouverné par l’incompétent Al himar (littéralement : l’âne), on se dit que tous les ingrédients d’une énième révolte chiite étaient présents.
Et c’est précisément ce qui va se passer :
En l’an 129, le mouvement sorta de sa clandestinité et commença par conquérir la ville de Marw (en Iran) avant de contrôler, en 131, tout Khorasan.
Après la chute de Khorasan, les omeyyades n’opposaient plus de résistance…
Mais, contre toute attente, Mohammed al Baqer ne sera pas proclamé Calife et Imam des musulmans et Assafah, par un ‘‘coup d’Etat’’, sera proclamé nouveau Calife au détriment de Mohamed al Baqer, qui entrera aussitôt en clandestinité.
Les abbassides n’avaient donc prêter allégeance à al Baqer qu’on application de l’adage : « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ».
Mais une fois l’ennemi (Omeyyade) éliminé, l’ami (Alaouite) redeviendra ennemi !
Car, il faut le signaler, les abbassides ne se sont jamais intéressés à l’aspect doctrinal et théologique du mouvement chiite. Ils étaient intéressés seulement par le pouvoir.
La preuve ?
Dès leur prise du pouvoir ils exerceront une répression sans précèdent contre les chiites. En effet, durant le premier quart du siècle abbasside, une véritable politique ‘‘d’extermination’’ des descendants de Ali aura lieu et le bilan sera très lourd pour les chiites qui ont vu l’assassinat, pendant cette courte période, de 19 descendants de Ali.
Mais, apparemment, les chiites se sont habitués à ce genre de retournement de situation et font désormais avec. C’est ainsi qu’ils choisiront -après la mort de Mohamed al Baqer- l’illustre Jaafar al Sedik comme sixième Imam.
Al Sedik est connu pour sa contribution incommensurable sur le plan doctrinal (chiite et sunnite) mais aussi pour son refus de toute action politico-militaire contre les abbassides.
Sa sagesse et son savoir permettront le maintien de l’unité des Chiites mais avec sa mort en 148 de l’Hégire, le chiisme connaîtra sa plus grande scission (entre Imâmites et Ismaéliens) à laquelle nous consacrerons le dernier volet de cette introduction.
À suivre …
samedi 24 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (3)
Nous avons déjà vu, comment le Chiisme a commencé à se constituer en tant que mouvement politico-religieux dès l’an 61 de l’Hégire (date de l’assassinat d’Al Hussein) et ce en instaurant comme premiers éléments du dogme chiite : la vengeance d’Al Hussein et la revendication du Califat (devenu Imamat) pour Ahl Al Bayet.
Avec Ibn Hanafya et Al Mokhtar, la construction se poursuivra et ces deux personnages auront beaucoup d’influence sur l’évolution postérieure du Chiisme.
***
Nous sommes en 67 de l’Hégire lorsque l’armée d’Al Mokhtar livre bataille à celle de Abd Allah Ibn Zoubayr (le Calife du Hijaz qui avait profité de la faiblesse de la dynastie Omeyyade pour proclamer en 60 de l’H. son Califat et qui fut à cette époque militairement plus fort que les Omeyyades) conduite par son frère Mosab.
Ibn Zoubayr avait peur de la nouvelle ‘‘puissance militaire’’ qui était entrain de se constituer entre les mains des Chiites.
Seulement, les armées zoubayrites n’ont pas eu beaucoup de mal à écraser Al Mokhtar et son armée.
***
Voila pour les événements politiques de cette époque. Voyant maintenant la situation sur le plan dogmatique.
Ce qui est perceptible dans la constitution du Chiisme -et vous allez le remarquer- et que chaque fois que les Chiites perdent un Imam ou un dirigeant, leur dogme se radicalise de plus en plus…
Cela va se vérifier encore après la défaite de Al Mokhtar :
D’abord, Al Mokhtar qui est considéré par les Sunnites comme un charlatan, est pour les Chiites un saint serviteur du quatrième Imam.
A coté du rôle politico-militaire qu’il joua (en tant que lieutenant de Ibn Hanafya), cet homme prétendait être capable d’illumination divine.
Le grand historien Tabari nous raconte même que plusieurs de ses prédictions se révélèrent justes.
Al Mokhtar sera ainsi derrière la naissance de l’un des principes du Chiisme : le Bida selon lequel Dieu aurait changé le cours des choses initialement prévues parce qu’il il a eu de nouvelles choses qui lui sont apparues.
Pour les Sunnites, ce genre d’analyse est inadmissible : la science de Dieu ne saurait connaître d’altération ou de changement… et toute personne qui croit à la Bida est hérétique.
Pour les Chiites par contre, la Bida (le changement) n’a pas lieu dans les sciences divines mais dans l’ordre des choses…
Ensuite, quelques décennies après la mort d’Al Mokhtar, le Chiisme se radicalisera de plus en plus : les Chiites ne revendiquent plus seulement la vengeance d’Al Hussein et le retour du Califat aux mains de Ahl Al Bayt mais ils élargiront le cercle de leur ennemis : ce ne sont plus les Omeyyades seulement mais aussi et surtout les deux premiers Calife de l’Islam : Abou Bakr et Omar.
Le pourquoi de cette évolution ?
A cette époque, le Chiisme développa l’un de ses plus important principes : l’Imamat n’est pas un simple pouvoir politique, mais c’est aussi et surtout une continuation de la Prophétie.
Sans Imamat, la Prophétie sera incomplète et le dessein de Dieu sur la terre inachevé : L’imamat est une pierre angulaire de l’islam.
Pour son importance, l’Imamat ne peut pas être hérité et l’imam ne peut être choisi par les croyants. Il doit recevoir explicitement la mission de l’ancien Imam et doit être de la descendance de Ali et de Fatima.
Poursuivant leur analyse, les Chiites considèrent que le Prophète aurait donc désigné l’Imam qui lui succéderait : Ali.
Dans ce cas, Abou Bakr et Omar qui n’auraient pas donnés suites aux injonctions du Prophète, auraient commis un péché capital.
Ainsi, nous remarquons que les premières divergences de taille entre les Sunnites et les Chiites remontent à cette époque (fin du premier siècle de l’Hégire - début du deuxième).
À suivre …
mercredi 21 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (2)

Avec la mort d’Al Hussein, fils de Ali et petit-fils du Prophète, en 61 de l’Hégire, le Chiisme en tant que mouvement politico-religieux prendra naissance. Les Chiites ne veulent plus seulement remettre le Califat aux mains de Ahl Al Bayt mais ils incluent dans leur dogme la vengeance d’Al Hussein.
Mais avec cet événement, le Chiisme connaîtra aussi des difficultés (Absence d’un chef charismatique d’une part et divergence sur le quatrième Imam d’autre part) ainsi que des transformations.
En effet, pour ce qui est des difficultés, après la mort d’Al Hussein il n’y avait plus qu’un seul mâle dans la famille de Ali et de Fatima (fille du Prophète) susceptible de prétendre à l’Imamat : Ali Zine Al Abidine, qui fut le seul rescapé mâle de la bataille de Kerbala.
Seulement, à la mort de son père, Ali n’était qu’un petit garçon incapable de conduire la révolte et la vengeance des Chiites. En plus, il n’était pas l’unique mâle dans la (grande) famille du Prophète. Il y avait aussi, Ibn Al Hanfya, qui est le fils de Ali -mais pas de Fatima- et qui prendra la direction spirituelle du mouvement.
Et là réside l’un des premiers problèmes du Chiisme : en effet, alors que la définition de Ahl Al Bayt, devrait englober toute la famille du Prophète (cousins, oncles, tantes…) les Chiites ne considèrent membres de cette famille -et donc prétendants à l’Imamat- que les descendants mâles de Ali et Fatima.
Nous verrons plus loin l’explication politique de l’exclusion du reste des membres de la famille (et notamment de Ibn Hanfya) qui ne verra le jour que suite à l’échec d’Ibn Hanfya à reconquérir l’Imamat.
Car au temps de Ibn Hanafya, les Chiites le considéraient bien comme leur quatrième Imam.
La preuve : après la mort d’Al Hussein, une délégation de Chiites est envoyée à Ibn Hanfya pour l’informer des préparatifs des Chiites et prendre son avis à propos de Al Mokhtar (duquel nous parlerons plus loin).
Autrement dit, à cette époque, les Chiites considéraient que tant que Ibn Hanfya, le troisième fils de Ali était en vie, Ali Zine Al Abidine n’avait aucun droit à l’Imamat… une position qui changera par la suite.
Pour ce qui est des nouveautés dans le Chiisme de cette époque on notera la nouvelle distinction faite entre le chef spirituel et le chef politique -ou guerrier- des Chiites :
Ibn Hanfya et tous les Imams qui lui succéderont seront des chefs spirituels loin de la politique contrairement à Ali, Al Hassan et Al Hussein.
***
Très vite -dès 62 de l’Hégire- les Chiites s’organisèrent sous l’égide de Soliman fils de Sourad et commencèrent à recruter de nouveaux partisans pour venger Al Hussein.
En quelques années ils réussirent à rassembler plus de 15.000 combattants.
Profitant de la mort accidentel du Calife Yazid en l’an 65 de l’Hégire, Ibn Sourad entra en guerre contre l’armée Omeyyade conduite par le gouverneur de Koufa, le sanguinaire, Ibn Zied. Mais des 15.000 combattants, il ne pourra compter que sur 3000 cavaliers. La mission de Ibn Zied fut donc facile et il n’aura pas beaucoup de peine à écraser la rébellion Chiite en tuant son chef politique Ibn Sourad.
A ce moment précis, une étoile montante du chiisme, Al Mokhtar, prendra sa place dans la direction politique du mouvement. Il ferra allégeance au troisième fils de Ali, Ibn Al Hanfya, et se chargera de venger Al Hussein.
Les historiens parlent à son propos d’un homme très intelligent ; rusé et opportuniste alors que les chiites l’élèvent au rang d’un saint à partir du moment ou il a réussit ou tous les autres faillirent : il a vengé Al Hussien.
Après la mort de Ibn Sourad, en 65 de l’Hégire, Al Mokhtar réussit à réunir autour de lui plus de 24.000 soldats pour combattre Ibn Zied. Ce dernier sera en effet capturé par l’armée de Al Mokhtar, son armée vaincue et lui torturé puis décapité.
Les narrations de la torture de l’ancien gouverneur de Koufa, Ibn Zied, sont insupportables : on lui enlevait des tranches de chair de sa cuisse qu’on l’obligeait à avaler après les avoir grillait !
On en fit de même pour tous les responsables de la mort d’Al Hussein qui s’étaient réfugiaient dans l’armée de Ibn Zied.
La tête d’Ibn Zied ainsi que les têtes de la majorité de ses soldats furent tranchées et envoyées en trophées de guerres à Koufa pour Al Mokhtar.
Bilan : les sources Chiites parlent de quelques vingt mille têtes !
Ainsi les Chiites vengèrent la mort d'Al Hussein.
A suivre …
samedi 17 février 2007
Introduction à l’histoire du Chiisme (1)
Le chiisme a vu le jour au cours du premier siècle de l’Hégire et plus exactement suite à « La Grande Discorde » qui opposa les musulmans du Cham (la Syrie aujourd’hui) partisans de Mouaouia aux musulmans de Basra et de Koufa (en Irak) partisans du 4ème Calife ‘‘bien guidé’’ Ali (cousin et gendre du Prophète).
L’origine de ce mouvement fut politique et sa transformation en un mouvement politico-religieux ne s’effectuera que plus tardivement comme nous le verrons dans le cadre de cette introduction à l’histoire du Chiisme et des Chiites.
J’attire votre attention dès maintenant sur le fait que le travail que vous allez lire n’est pas l’œuvre d’un historien et qu’il ne prétend pas dire la Vérité absolue sur ce mouvement d’autant plus que les sources écrites qui existent aujourd’hui et qui on servit à élaborer l’histoire du chiisme n’ont vus le jour qu’au 2ème siècle de l’Hégire, c’est à dire après plus de cent ans de l’existence effective de ce mouvement.
Je ne rentrerai pas dans plus de détails quant aux conditions historiques de l’élaboration de l’histoire des Chiites mais j’ai simplement voulu attiré votre attention sur la relativité de certaines informations que vous pouvez lire dans cette introduction et ce malgré le fait que j’ai essayé de ne prendre en considération que les éléments les plus vraisemblables en érigeant la neutralité comme ma première référence.
***
Après la mort de Uthman en 35 de l’Hégire (656), Ali prendra sa place en tend que Calife des musulmans. Seulement, son règne ne durera pas longtemps car il sera très vite contesté par Mouaouia contre lequel il mènera la bataille de Ciffin en 37 de l’Hégire.
En l’an 40 de l’Hégire, Ali est assassiné par un Kharijite du nom d’Ibn Moljem et ce parce que les Kharijites considèrent que les deux parties qui ont provoqués la grande discorde des musulmans (Ali et Mouaouia) ainsi que leur partisans sont tous dans l’erreur, qu’ils étaient de grands pécheurs et qu’ils méritaient la mort et l’enfer.
La constitution du chiisme en tant que mouvement politique réclamant le Califat pour Ali ne s’arrêtera pas pour autant avec la mort de ce dernier. Très vite, les Chiites prêteront allégeance à l’aîné de ses fils, Al Hassan pour succéder à son père. Et de la réclamation du Califat pour Ali, nous passerons à la réclamation du Califat pour Ahl Al Bayt (La famille du Prophète).
Les historiens, relèvent qu’a part ces revendications, il n’y avait, à ce moment, entre les Chiites et le reste des musulmans aucune divergence doctrinal.
Al Hassan qui estimait ne pas avoir les moyens pour combattre Mouaouia préféra lui prêter, en compagnie de ses partisans, allégeance, puis se réfugie, accompagné de son frère Al Hussein et de son demi frère Ibn al Hanafya, à Médine.
Damas, ou le nouveau Calife compte le plus de partisans est devenue la capitale du Califat et les deux villes saintes de l’islam : La Mecque et Médine, céderont leur rôle politique à la nouvelle capitale et ne garderont qu’un rôle religieux.
Suite à la victoire incontestée de Mouaouia -et même auparavant- une très grave pratique a vue le jour dans les mosquées : l’injure de Ali dans les prêches du vendredi. Une pratique qui renforcera davantage la haine que porte désormais les Chiites pour les Omeyyades (partisans de Mouaouia).
En plus, l’allégeance de Al Hassan et de ses partisans ainsi que son ‘‘isolement’’ à
Médine n’ont, semble-il, pas suffit à tranquilliser Mouaouia sur le sort du fils de son rival. Il donnera alors ses ordres pour la mise à mort du petit fils du Prophète.
C’est ainsi que les agents de Mouaouia s’approchèrent de la femme d’Al Hassan et lui demandèrent de l’empoisonner en contre partie d’une très grande somme d’argent et du mariage avec le fils de Mouaouia Yazid.
En homme de parole, et suite à l’empoisonnement d’Al Hassan par sa femme en 49 de l’Hégire, Mouaouia lui donnera ce qu’il lui avait promis en argent mais pas… son fils. Il avait très peur que son fils épouse une empoisonneuse !
Avec la mort d’Al Hassan, c’est au tour d’Al Hussein de réclamer ‘‘l’héritage’’ de son Grand-père (le Prophète) et de son père (Ali).Mais il ne le fera pas aussitôt.
D’abord, parce qu’à Médine ou il ne comptait que peu de partisans, Al Hussein ne pouvait pas déclarer les hostilités à Mouaouia.
Ensuite, parce que, comme sot frère, il a jugé que les chiites n’avaient pas assez de moyens pour renverser les Omeyyades.
Il fallait donc attendre le moment propice…
C’est ce qui adviendra avec la mort de Mouaouia en l’an 60 de l’Hégire. Seulement, ce dernier avait préparé depuis quelques années son fils Yazid pour lui succéder. Mais ce Yazid passe auprès de beaucoup de musulmans pour un buveur de vin… et on lui impute tous les vices de la terre. C’est ce qui expliquera le fait que la majorité des fils des compagnons du Prophète refuseront de lui prêter allégeance.
Seulement, si Yazid ne pouvait craindre l’ensemble des fils des compagnons du Prophète, tel ne pouvait être le cas du fils du rival de son père et qui dispose d’un nombre très important de partisans à Basra et à Koufa. C’est pour cette raison que le gouverneur de Médine, sous l’ordre de Yazid, pressa Al Hussein de prêter allégeance au nouveau Calife.
Sans tempérer, ce dernier qui avait déjà reçu secrètement plusieurs missives lui demandant de rejoindre ses partisans (80.000 hommes armés) à Koufa et réclamer l’héritage de son père, rassura le gouverneur sur ses intentions et lui demanda qu’il le fasse le lendemain publiquement.
Mais avant l’aube, Al Hussein quitta Médine avec ses femmes, ses enfants et certains de ses partisans pour rejoindre Koufa …à 1300 Km de Médine.
Signalons ici que le demi frère d’Al Hussein, Ibn Al Hanafya, ainsi que son entourage à Médine, était opposé au ralliement d’Al Hussein aux opposants Chiites en avançant comme argument le fait que si vraiment insurrection il y avait, pourquoi les Chiites ne s’étaient pas révoltés contre le gouverneur de Koufa ?
Que dire alors d’une révolte contre l’ensemble du royaume Omeyyade !
Cette analyse pertinente ne sera pas entendue par Al Hussein.
Alerté du départ de Al Hussein de Médine, Ibn Zied qui fut entre temps nommé par Yazid gouverneur de Koufa et chargé de mater l’insurrection, se prépara pour recevoir Al Hussein et ses quelques combattants après avoir tué le chef Koufi des Chiites Hani Ibn Arwa (jeté du haut du palais de Ibn Zied).
L’insurrection était matée, les combattants chiites tués ou emprisonnés et la situation avait déjà tournée au profit des Omeyyades avant même l’arrivé de Al Hussein !
Ibn Zied envoya à la rencontre de Al Hussein 4000 hommes afin de lui barrer la route de Koufa. Les informations dont nous disposons sont unanimes pour dire que le but n’était pas de tuer le petit fils du Prophète mais de lui faire prêter allégeance à Yazid. Pour cette raison les hommes de Ibn Zied laisseront Al Hussein et ses combattants se diriger vers Kerbala (50 km de Koufa).
Seulement, après avoir refuser de prêter allégeance, et suite à l’ordre du Calife Yazid, les guerriers de Ibn Zied massacrèrent les combattants d’Al Hussein : tous les mâles, y compris les petits garçons, furent tués et décapités. Quant à Al Hussein, le petit fils du Prophète, en lui trancha la tête et en l’envoya en signe de victoire au Calife Yazid.
Un seul miraculé a échappé à ce carnage : un jeune enfant d’Al Hussein, Ali, sauvé par sa tente.
À suivre …
samedi 10 février 2007
Ces chiffres alarmants
Tous ceux qui ont déjà eu l’occasion de visiter ce blog savent bien que son credo étant défendre le réformisme et combattre l’islamisme dans le monde arabe, ce site s’adresse principalement aux arabes dans le monde entier et vise le développement d’un dialogue sérieux et fructueux sur l’islam, l’islamisme, le réformisme et le terrorisme dans le monde arabe, mais aussi, le site s’adresse à toute personne qui chercherait une autre information sur le monde arabe, une autre vision de l’islam et des musulmans, une vision qui est certes toujours minoritaire mais une vision qui continue d’exister malgré toutes les difficultés.
En parlant des difficultés et pour faire le lien avec les derniers posts et surtout la question relative au pourquoi de la régression dans le monde arabo-musulman, j’ai pensé qu’il serait intéressant de vous présenter une vue d’ensemble de la situation arabe. Une situation certes alarmante et qui se trouve être l’explication par excellence de tout ce que nous vivons :
1- le Monde Arabe compte quelques 270 millions d’habitants dont plus de 65 millions d’analphabètes : 60% de l’ensemble des femmes arabes et 44 % des hommes ne savent ni lire ni écrire (ce qui place les arabes en tête du peloton d’analphabètes dans le monde) !
2- Le nombre de ceux qui ont décrochés un diplôme d’étude supérieur s’élevait en 1997 à 10 millions.
3- Les dépenses relatives à l’éducation ne dépasse pas les 1 % du budget de l’ensemble des pays arabes (avec des pays qui dépensent beaucoup plus et d’autres beaucoup moins !)
4- En 1996, plus de 9 millions d’enfants en age de scolarité n’ont jamais connus le chemin de l’école.
***
Une fois ce tableau tracé voyant maintenant le poids et l’influence (du peu) des ‘‘intellectuelles’’ que nous avons :
1- Selon l’institut des informations scientifiques, l’ensemble des publications scientifiques publiées dans le monde entier s’élève, au cours des cinq dernières années, à 3.5 millions de recherches reparties comme suit :
- 37 % publiées par l’Union Européenne.
- 34 % par les Etats-Unis d’Amérique.
- 21 % par les Pays Asiatiques.
- 2,2 % par l’Inde.
- 1,3 % par Israël
- Entre 0 % et 0.03 % par chacun des pays arabes. (Il s’agit des plus mauvais résultats dans le monde) (!)
2- L’ensemble des livres traduits dans le monde arabe depuis 100 ans est moins important que ceux qui sont traduits annuellement par la …Grèce.
3- Israël a vendu en 1997 plus de 12 millions de livres, avec une moyenne de 3 livres par personnes et par an.
4- le nombre des livres traduits la même année a atteint 1,2 livre pour chaque million d’arabes alors qu’en Israël il était de presque …100 livres (!) pour chaque million d’habitant.
5- Selon les chiffres 2005 du bureau arabe de l’Union internationale des télécommunications, le Monde Arabe compterait près de 13 millions d’internautes sur un peu plus de 270 millions d’habitants dans 23 pays.
***
Avec une situation pareille, il est normal que les idées des réformistes ne trouvent pas beaucoup d’écho dans le monde arabe :
La moitié sont analphabètes et l’autre moitié n’accorde que peu d’intérêt aux journaux, livres, théâtre, cinéma, internet … et tout ce qui invite à la réflexion préférant utiliser le peu d’énergie et de moyens dont elle dispose dans la publication et la lecture de livres religieux qu’on ne cessent de rééditer depuis des siècles !
En lisant ces chiffres, n’est ce pas légitime de ce demander pour qui sommes nous entrain d’écrire ?
mercredi 7 février 2007
Stupéfaction !

J’étais persuadé que si nous assistons aujourd’hui à des évolutions dans les pays musulmans, s’était grâce au fait que les musulmans du 21ème siècle étaient assez murs, assez cultivés, et assez intelligents pour comprendre que certaines institutions qui figurent dans notre charia ne sont plus adaptés à notre temps d’une part et sont contraires à l’esprit même du Coran d’autre part.
Tel est le cas par exemple d’institutions comme la polygamie ou l’esclavage.
Et pour cette raison je défendais l’idée qu’il suffirait d’éclairer les 1.3 Milliard de musulmans dans le monde par les idées et la pensée des réformistes pour que ces fidèles adoptent « l’islam des lumières. »
***
Aujourd’hui, et malgré le fait que je continu à penser que la majorité des musulmans ignorent toutes les idées réformistes et qu’il faudra beaucoup de temps, beaucoup d’énergie et beaucoup de moyens pour arriver à contrer le discours obscurantiste et éveiller l’esprit critique de nos jeunes, je doute de plus en plus de la validité de ma première persuasion et ce pour les raisons suivantes :
1- J’ai découvert par exemple que si beaucoup de jeunes hommes sont aujourd’hui contraires à la polygamie, ce n’est point -comme nous l’aurions espérés- en raison du fait qu’ils ont compris que le but ultime visait par le Coran lors de l’organisation de l’institution du mariage était de se satisfaire d’une seule femme. Mais leur choix est tout simplement motivé par des raisons économiques !
En effet, plusieurs de mes interlocuteurs m’ont affirmés que la seule chose qui les empêche d’avoir plus d’une femme (abstraction faite de l’interdiction légale) était le manque d’argent.
2- la même observation est valable pour …l’esclavage :
Théoriquement, selon les conceptions traditionalistes et en respectant certaines conditions, les musulmans peuvent avoir autant de relations sexuelles qu’ils le veuillent avec leurs esclaves (femmes).
Aujourd’hui, plus aucun pays dans le monde ne pratique (officiellement) l’esclavage et tous les pays du monde et parmi eux l’ensemble des pays musulmans réservent de lourdes peines à toutes personnes qui oserait transgresser la loi.
J’ai demandé à certains : si jamais on vous dit que l’esclavage n’est plus interdit et que vous pouvez vous ‘‘offrir’’ une centaine d’esclaves, seriez vous d’accord ?
Tous les interrogés en répondu par …Non, mais devinez l’explication de leur refus ?
Non, l’explication ne ce trouve pas dans le fait qu’ils considèrent cette institution criminelle comme contraire aux droits de l’Homme mais tout simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir des esclaves !!
3- je termine ces démonstrations alarmantes avec une troisième observation encore plus préoccupante que les deux premières. Il s’agit de l’abondant par les femmes de leur propres droits acquis !
Aujourd’hui, plusieurs femmes -voilées ou non- n’hésitent pas à proposer « la solution miracle » pour le problème des femmes célibataires dans les pays arabes : il faut autoriser la polygamie !
Je vous assure, que cette position est défendue aujourd’hui par une bonne partie des femmes musulmanes !
***
No comment !
Je vous laisse la liberté de commenter vous-même ces ‘‘évolutions’’.
samedi 3 février 2007
Orient – Occident (2)
« What went wrong ? » ou « que s’est-il donc passé ? » est le titre d’un des livres de Bernard Lewis, dans lequel l’auteur nous propose une nouvelle approche de ce qui serait à l’origine de la situation ‘‘décadente’’ des musulmans et qui nous est exposé par Gabriel Martinez-Gros dans le 62ème numéro de Qantara.
Selon une idée admise aujourd’hui aussi bien en Occident qu’en Orient : « A l’origine, autrefois, l’islam dominait. Il avait les armées les plus puissantes, les meilleurs savants, les gouvernements les plus sages. Et brusquement tout s’est renversé, et des usurpateurs, les nés de rein –les Occidentaux- ont arrachés au monde musulman sa lumineuse hégémonie. »
Posée comme un postulat, cette ‘‘vérité’’ ne sera plus contestée et les auteurs ne se préoccuperont plus de l’affirmer ou de l’infirmer mais sauteront directement à l’étape suivante à savoir : à partir de quel moment, ou de quel événement historique, la civilisation musulmane a commencée à perdre du terrain face à celle occidentale ?
Il y aura ceux qui placeront cet événement historique avec les invasions mongoles et la chute d’al-Andalus en 1492, d’autres avec la renaissance et les Grandes Découvertes, d’autres encore avec la défaite ottomane devant Vienne en 1683 et jusqu’à ceux qui le placent au moment des colonisations du XIXe siècle…
Mais on pourrait légitimement se demander l’intérêt que pourrait avoir la détermination de ce moment : pourquoi on se donne tant de mal à essayer de trouver la date exacte du déclanchement du processus de décadence ?
Et là, la réponse donnée est la suivante : d’abord nous devons, disent les spécialistes, comprendre les causes de ce ‘‘mystère’’ : comment une civilisation aussi développée que la civilisation musulmane a connue une telle décadence ? Et ensuite, disent les plus optimistes, en localisant le mal, il serait plus facile de lui trouver un remède et par conséquence de relancer le processus de développement propre aux sociétés musulmanes…
Donc la question n’a pas seulement un intérêt théorique mais surtout un intérêt pratique.
Une fois l’intérêt de la question démontré, voyant maintenant la réponse la plus répondue parmi les milieux scientifiques.
Gabriel Martinez Gros nous rappel que l’hypothèse la plus populaire est celle défendue par l’Occident :
« L’histoire universelle que construit l’Occident au XIXe siècle, mais dont les thèmes sont largement diffusés dans le monde arabe, place la catastrophe, et le déclin, au XIIIe siècle, avec la prise de Bagdad par les Mongols (1258) et celle de Cordoue par les Castillans (1236).
L’hypothèse satisfait l’Occident : l’histoire de l’Europe n’a besoin de l’Islam que pour faire jonction avec l’héritage grec, que l’Islam aurait porté, pendant les siècles obscurs du Haut Moyen Age, et qu’il aurait rendu à l’Occident aux XIIe-XIIIe siècles par le biais des traductions philosophiques et scientifique menées à bien en Sicile et en Espagne. Après cette reconquête intellectuelle, liée à la reconquête maritime de la Méditerranée par les flottes italiennes, l’histoire de l’occident s’explique sans qu’il soit nécessaire de faire appel à l’Islam, qui disparaît donc de nos manuels scolaires au-delà du XIIIe siècle. »
Voila donc, toute une partie -extrêmement importante- de l'histoire des musulmans et qui s’étend sur plusieurs siècle qui est construite sur la base d’une supposition, d’un postulat : celui de la décadence de la civilisation islamique.
Certes, les historiens ne se contentent pas d’avancer cette hypothèse mais ils vont la corroborer par un certains nombre d’éléments historique et d’événements qui prouveraient que le déclin de la civilisation musulmane n’est point une fiction mais une Vérité.
C’est à ce stade là qu’interviendra Bernard Lewis avec sa nouvelle –mais contestée- théorie : La civilisation musulmane n’aurait jamais connue la décadence (!)
Ne soyez pas surpris, vous voici les arguments de l’auteur :
« Entre les XIe et XIIIe siècle, l’Islam recule en Méditerranée occidentale (Espagne et Sicile), mais il repousse les croisades, et s’engage sur trois nouveaux fronts de conquête : l’Afrique noire ; l’Inde ; l’Anatolie et les Balkans. Sa surface (et probablement les populations qu’il contrôle) double entre 1100 et 1600. Au XVIe siècle, les Ottomans, les Séfévides d’Iran et les Moghols d’Inde atteignent un apogée aussi remarquable sous beaucoup d’aspects (politique et artistique en particulier) que le califat arabe des IXe – Xe siècles. Il est vrai que ces triomphes sont turcs, iraniens, indiens, et que les Arabes y prennent peu de part. le déclin vient plus tard, nous dit Lewis, avec l’échec ottoman devant Vienne (1683), l’assaut russe, la colonisation anglaise de l’Inde, ou l’expédition d’Egypte de Bonaparte à la fin du XVIIIe siècle. »
Mais ce déclin, nous dira l’auteur ne provient pas de la décadence de la civilisation musulmane mais du triomphe de l’Europe. Et les deux hypothèses ne sont pas du tout la meme chose.
« Le problème ne résidait pas, comme certains l’ont prétendu, dans le déclin du monde musulman. L’Empire Ottoman et ses forces armées étaient toujours aussi efficaces qu’ils l’avaient toujours été, en termes traditionnels. Dans ce domaine comme dans bien d’autres, c’était le dynamisme et l’inventivité déployés par l’Europe qui creusaient l’écart entre les deux camps. »
Autrement dit, « L’Islam n’a commis aucune faute, ni subi aucun accident particulier qui explique qu’il ait perdu la bataille de l’invention de la modernité. Car il n’y avait ni bataille clairement engagée, ni but identifié, ni par conséquence moyens d’y parvenir. »
Mais, comme se demande Gabriel Martinez Gros, une fois cette modernité acquise par l’Occident et une fois donc que la voie a été ouverte par l’adversaire, pourquoi -par la technique de l’imitation- la civilisation musulmane n’a pas réussit à acquérir les bases de cette modernité et même à dépasser la civilisation Occidentale comme l’a fait par exemple le Japon au XIXe siècle ?
« C’est ici que la livre de Bernard Lewis est particulièrement impressionnant. Car contrairement à une opinion reçue en Occident, l’Islam –ou du moins les Etats islamiques, et d’abord l’Empire Ottoman- ont tenté désespérément depuis deux ou trois siècles d’identifier les clefs, ou les raisons du succès de l’Occident et de les transporter à leur profit : l’imprimerie, les mathématiques, la médecine, les sciences au XVIIIe siècle ; les langues occidentales, l’industrie, les fabriques, le gouvernement représentatif au XIXe siècle ; le nationalisme, les luttes de libération, parfois même une forme de laïcité ou un timide féminisme au XXe siècle. Au total, la conclusion de Bernard Lewis, qui justifie le titre de son livre et le désarroi qu’il révèle, c’est que les secrets de l’imitation n’ont pas encore été percés à jour. Leçon d’humilité aussi pour l’historien : l’échec relatif de l’Islam est aussi le sien. Pour l’heure, les ressorts de la modernité ne sont pas identifiés, isolés (au sens ou on isole un gène, ou un phénomène physique en laboratoire) puisqu’on est incapable de les reproduire. Plus étrange encore, après le Japon, la Chine et l’Inde semblent montrer plus de dispositions à entrer dans les voies du développement que l’Islam –alors même que la Chine, comme le Japon, pratique bien moins les langages occidentaux que l’Islam ; alors même que l’Inde fut une province islamique pendant les cinq ou les six siècles qui précédèrent la colonisation britannique. »
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A titre de conclusion, nous pouvons dire que pour Bernard Lewis, l’Islam n’a pas connu de déclin et que tout son malheur résidait (et réside toujours) dans le fait qu’il a été dépassé par la civilisation occidentale. Mais depuis, il n’a cessé d’essayer de l’imiter afin d’acquérir, dans une première étape, les armes du développement avant de la dépasser, dans une deuxième étape.
Le problème est que les musulmans ne sont pas arrivés jusqu’à aujourd’hui à identifier et à isoler « les ressorts de la modernité » occidentale.
Mais, pourquoi avons-nous échoués dans cette identification depuis des siècles ?
C’est la question…




