Islamiqua | Blog-journal du réformisme

Blog-journal du réformisme

mercredi 31 janvier 2007

Orient – Occident (1)

nouvelles_approchesDepuis le 11 septembre 2001, et afin d’apaiser les esprits des musulmans (et autres) choqués par l’assimilation faite entre l’islam et le terrorisme, certains auteurs se sont penchés sur l’étude des relations historiques reliant l’Occident à l’Orient pour arriver en fin de compte à la conclusion, que nous aurions deviner même avant la fin de la lecture du livre ou de l’article, selon laquelle les deux civilisations sont interdépendantes et complémentaires. Seulement, pour dire les choses d’une manière édulcorée, la civilisation Islamique a eu son heure de gloire et celle Occidentale l’a évincée à un certain moment pour prendre une place que la première n’arrivait plus à honorer. Etc.  

Qantara_n_62J’ai tout de suite pensé à ce cliché en voyant la couverture du 62ème numéro de Qantara (le magazine des cultures arabe et méditerranéenne édité par l’Institut du Monde Arabe à Paris).

Et ni le titre de l’introduction du dossier (« loin des clichés »), ni l’avertissement de François Pouillon et François Zabbal (auteurs de l’introduction) selon lesquels, « il ne s’agit pas de remettre en service un discours œcuménique sur l’héritage commun, les emprunts et les dettes qui ont caractérisé au fil du temps les rapports entre les civilisations du pourtour méditerranéen » mais plutôt d’« ouvrir la voie à une lecture renouvelée des rapports entre Occident et Orient » ne m’ont fait changer d’avis.

 

Seulement, une agréable surprise m’attendait dans le dossier de 30 pages intitulé : « Orient – Occident, relectures ».

En effet, Tout au long des huit articles qui composent cet agréable dossier, on apprend beaucoup de choses nouvelles sur cette relation Orient – Occident.

Tout en vous invitant à la lecture intégrale de ce dossier, j’ai choisit de vous présenter les points les plus importants qui ont été évoqués par les divers spécialistes.

Orient et Orientaux :

Commençant par l’article de François Zabbal  L’Orient de l’Orient  dans lequel l’auteur  parle de cet Orient ou il n’y a pas un seul groupe homogène d’Orientaux comme peuvent le croire les Occidentaux, mais plusieurs communautés, plusieurs groupes et plusieurs ethnies. Un Orient qui, avant d’être en conflit avec l’Occident, est en rupture avec lui même.

L’auteur va même jusqu’à considèré qu’aujourd’hui, l’Orient n’est plus en conflit avec l’Occident et que par conséquence, la priorité doit être accordée à l’étude non du rapport conflictuel entre les deux civilisations mais à celui qui existe au sein même de la civilisation orientale.

Cela semble étonnent, mais les explications de l’auteur sont plus que convaincantes.

Zabbal écrit « Le ‘‘choc des civilisations’’ s’est déjà produit, il appartient désormais au passé. Et il n’est pas excessif de dire qu’aujourd’hui, nous vivons tous au sein d’une seule et même civilisation, comme le rappelle le philosophe iranien Daryush Shayegan. Et sous l’aile d’un empire mondial… il n’en reste pas moins que le débat résiduel qui surgit par moments remplit de multiples fonctions, notamment celle d’éviter de dire ce que sont les Orientaux. Car il y a longtemps que ceux-ci ont tourné le dos à l’Orient !… pour s’accrocher à l’image qui a été forgée d’eux. »

Mais quel était le point de départ de cette rupture et quelles sont ses manifestations ?

Pour répondre à la première partie de la question, l’auteur remonte aux premiers ‘‘chocs’’ subis par les sociétés musulmanes. « Ainsi, dit-il, a-t-on placé le premier traumatisme en 1798, année de l’expédition de Bonaparte en Egypte » qui « n’était certes pas la première fois que des puissances chrétiennes annexaient des territoires de l’Empire ottoman, mais jamais depuis les croisades celles-ci n’avaient repris pied dans une province aussi centrale pour l’Islam que l’Egypte. »

Une intrusion qui « a été perçue dans l’ensemble du monde musulman comme un acte de pénétration violente, cela même qui définit cliniquement le viol. » diront Corinne Cauvin Verner et Temmam Abou Jiser dans leur article intitulé  La guerre du sexe.

A partir de cette annexion, de cet intrusion, de ce ‘‘viol’’, les différences et les ruptures surgiront au sein des pays musulmans et entres les musulmans eux même. Ainsi, « Induits par les réformes entreprises par des dirigeants gagnés à la modernité occidentale, les changements introduits dans l’administration, le droit, l’enseignement, etc., provoquèrent une crise essentielle et culturelle sans précédent. Pour les générations qui vécurent ces bouleversements, c’est tout un univers qui sombrait avec ses normes, ses hiérarchies, ses valeurs. La question lancinante qui devait hanter désormais les clercs de toutes tendances fut de trouver les raisons du déclin et à l’inverse, celles du triomphe de l’Occident. (…)

Rattraper le retard pris sur l’Europe fut aussi l’obsession des auteurs arabes du début du XXe siècle à qui l’explication s’imposait d’elle-même au moment ou les Turcs découvraient le touranisme et rompaient avec le principe du pluralisme ethnique et confessionnel qui avait fait l’empire. Empruntant le concept aux penseurs européens, ils accusèrent les Turcs d’avoir instauré le despotisme depuis près de mille ans, provoquant un déclin irréversible de la civilisation arabe. »

Là réside le point de départ de la première rupture au sein du monde musulman : la rupture entre les Turcs et les Arabes qui aura plusieurs manifestations.

« Politiques d’abord avec l’antagonisme violent qui culmine au moment de la Révolte arabe du chérif Hussein de la Mecque secondé par Lawrence d’Arabie ; politiques et culturels ensuite avec les mesures adoptés par Ataturk, notamment l’abolition du califat musulman en 1924, une mesure symbolique qui fit l’effet d’un tremblement de terre dans tout le monde musulman. Le divorce sera consommé avec l’adoption de l’alphabet latin et le ‘‘nettoyage’’ de la langue turque des mots arabes qui le peuplaient depuis plus d’un millénaire. Désormais, un historien turc devait faire l’apprentissage de la graphie arabe pour pouvoir déchiffrer des documents antérieurs à 1920, et les arabes se voyaient interdits d’accès à quatre siècles de leur propre histoire (depuis les années 1850, les chercheurs arabes désireux de consulter les archives ottomanes ses sont constamment heurtés à des obstacles bureaucratiques). »

Et l’auteur remontera encore plus loin pour nous parler d’une plus ancienne rupture, celle entre sunnites et chiites :

« En réalité, une première rupture avait déjà eu lieu au sein de l’Islam au XVIe siècle : les luttes entre l’Empire ottoman sunnite et l’Empire safavide chiite aboutiront à une cristallisation territoriale et politique des deux grands courants théologico-politiques de l’Islam. » Ainsi, « En persécutant les populations chiites arabes du Liban et d’Irak en représailles aux menées des shahs (en Perse), le pouvoir ottoman maintenait celles-ci dans l’orbite de ses ennemis de l’Est. »

C’est ainsi que la plus part des populations composants l’Orient se trouvent depuis en rupture, une « double rupture donc, à la fois avec le monde turc et le monde iranien, qui entraîne une véritable lobotomie de la mémoire arabe et une incapacité foncière à appréhender le passé dans toute son épaisseur. Seul comptera l’age d’or imaginaire de la première communauté. »

***

C’est ainsi donc que l’auteur nous présente une explication originale du recours incessant de la majorité des musulmans à cet « age d’or imaginaire de la première communauté » : nous occultants les espaces temporels pendants lesquels ont gouvernés les Turcs (ottomans) d’une part et les Chiites d’autre part pour nous retrouver au temps des Califes biens guidés et du Prophète de l’islam sous prétexte que ces périodes avaient connues la décadence du monde musulman.

Or, le renouveau arabe ne peut se faire tant que nous occultant ces tranches de notre histoire.

Et la nous trouvons une réponse originale (encore !) de l’auteur à la question :

Pourquoi, depuis la prise de conscience de notre décadence, nous n’avons pas réussit à dépasser cet état des lieux et à rejoindre le monde Occidental ?

En effet, « À l’orée des Temps modernes, la Renaissance européenne s’était appuyées sur une relecture de l’héritage gréco-romain, oublié en partie au Moyen Age. De la même manière, le renouveau arabe de la fin du XIXe siècle semblait engagé dans l’exhumation d’un legs enfoui sous la poussière des siècles. Mais cette redécouverte, qui se réalisait dans le sillage de la science européenne, lui empruntant ses méthodes (la philologie) et ses concepts, se trouva handicapée d’avance par la quête obsessionnelle de l’authentique et de l’originel dans la religion, la langue, la culture…

Alors que la grandeur d’une civilisation se fonde sur sa capacité à fusionner des héritages multiples et à proposer une synthèse originale, on s’est évertué à extraire et à isoler de l’islam l’élément arabe. »

***

Ainsi, grâce à cet article de François Zabbal nous avons eu droit à deux nouvelles thèses relatives à l’explication de la situation actuelle du monde musulman :

1- Si les musulmans sont dans une telle situation se n’est peut être pas à cause de l’Occident, mais en premier lieur en raison des conflits internes qui les opposent entre eux. (Arabes/Turcs ; Arabes/Chiites …)

2- Malgré la prise de conscience qui aura lieu au XIXe siècle, les musulmans ne réussiront jamais à sortir de la décadence et ce en raison de l’occultation d’une partie (très large) de leur histoire au profit de la quête de l’original et de l’authentique.

Occultant des espaces temporels qui s’étalent sur des siècles, les musulmans préféreront se réfugiés dans les premiers siècles de l’Islam, tenus pour être l’age d’or de leur civilisation.

Ainsi, toute la thèse de Zabbal est fondée sur, ce qu’on pourrait appelé, un présupposé ou un cliché : Le monde musulman a connu depuis plusieurs siècles une décadence de laquelle il n’arrive pas à s’en sortir.

Mais, historiquement, peut on dire que le monde musulman a connu une disgrâce ou qu’il est passé par une décadence ?

***

A la réponse évidente sur laquelle je pense que vous allez sauter, je vous opposerai dans la prochaine livraison une énième originalité -de ce remarquable dossier de Qantara- présentée par l’éminent Bernard Lewis.

Une critique, une suggestion, un complément d’information ? … merci de poser vos commentaires

Top Tunisie Blogs

Posté par Hamza Belloumi à 00:12 - Horizons - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=121945&pid=3854017

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :