mercredi 10 janvier 2007
Magdi Allam et les islamistes (5)
« Grâce seulement à Allah, la prière et la paix au dernier des prophètes. Sache misérable, apostat du nom Sayyid Al-Qimni, que cinq frères monothéistes, lions du Djihad, ont été engagés pour te tuer. Ils ont jurés à Dieu d’acquérir sa grâce en te coupant la tête. Ils sont déterminés à se faire remettre leurs péchés faisant couler ton sang. Et cela conformément à l’ordre du suprême prophète : Qui change sa religion tuez-le. »
Signé : le groupe du Djihad, Egypte.
La condamnation à mort est arrivée par courrier électronique à son adresse e-mail personnelle elqemany@yahoo.com. Lui, Al-Qimni, 58 ans, docteur en philosophie, est un intellectuel laïc engagé dans la réforme modérée de l’islam. Mais la vraie nouvelle est qu’Al-Qimni, l’auteur de dizaines d’articles prestigieux dans l’hebdomadaire gouvernemental Rosa El Youssef, a à peine annoncé sa propre « repentance et dissociation de tous les blasphèmes écrits », ainsi que la décision de « renoncer à l’écriture définitivement ». « J’admet que la mort, en cassant ma plume, sera une longue agonie parce que ma plume est la plus grande aspiration de ma vie –a t-il dit au site libéral www.elaph.com - mais avec cette décision j’aurais encore du temps pour s’occuper de mes enfants. »
Dans leur communiqué, les terroristes du Groupe du Djihad lui avaient donné un ultimatum d’une semaine pour se repentir.
Cela se passe aujourd’hui en Egypte. Dirigée par un régime formellement laïc. La décision d’Al-Qimni n’est pas seulement la reconnaissance de son impuissance à faire face au terrorisme islamiste. C’est aussi une dénonciation d’un Etat qui n’est pas en grade de défendre la vie d’un libre penseur.
Ce fut ainsi le 8 juin 1992 lorsque les terroristes de la Gamaa Al-Islamiya assassinèrent au Caire l’intellectuel Farag Fouda.
A cette occasion, le plus important des théologiens musulmans, Mohammad Al-Ghazali, membre du mouvement des Frères Musulmans, légitimait au tribunal l’attentat terroriste : « L’exécution de Farag Fouda a été en fait l’exécution de la punition, à l’encontre d’un apostat, que l’Etat n’avait pas effectuée .»
Le même Al-Ghazali avait condamné d’apostasie en 1959 le prix Nobel pour la littérature Naguib Mahfouz à cause de l’un de ses romans, une condamnation qui avait inspirée la tentative d’assassinat de Mahfouz en 1994.
Mais cela se passe même en France ou l’intellectuel laïc tunisien Lafif Lakhdar a été condamné à mort par Rached Al-Ghanouchi, leader d’un mouvement hors la loi Al Nahda, qui se trouve être la sigle qui représente les Frères Musulmans en Tunisie. Juriste et éditorialiste, Lakhdar est l’un des initiateurs d’un Appel au secrétaire général de l’ONU pour l’institution d’un Tribunal International contre le terrorisme.
Depuis des années, Lakhdar répète qu’il faut « poursuivre les sources de la culture du martyre, c'est-à-dire du suicide et des décapitations, en vidant les programmes scolaires des concepts de la guerre sainte et du martyre, en enseignant la philosophie, les droits de l’homme, l’histoire comparé des religions, la psychologie. »
Eh bien savez vous d’où est ce que Al-Ghannouchi a émis la condamnation à mort de Lakhdar ?
De Londres, qui lui a concédée l’asile politique à l’instar de dizaines de prédicateurs de la haine qui ont incités des milliers de militants islamistes du monde entier à la guerre sainte contre l’occident et contre les musulmans modérés. Et le résultat tragique nous l’avons vu le 7 juillet (2005) avec les quatre kamikazes, citoyens britanniques, qui se sont fait explosés à Londres.
Une culture de la mort qui a été dénoncée dans le dernier commentaire écrit par Al-Qimni dans le numéro de Rosa El Youssef du 2 juillet passé « Lorsque les israéliens tuent même un seul combattant palestinien, explose la rage et la protestation. Mais personne ne se déplace face au bain de sang de milliers d’innocents en Irak. Nos jeunes n’ont jamais protestés contre la bande d’Al-Zarqawi et qui la soutient, pendant qu’elle décapite des innocents. Nous continuons à répéter qu’il s’agit d’un complot américain et quelques uns parmi nous définissent le tout comme ‘‘résistance’’. Mais ou est passé l’intellectuel arabe ? »
On pourrait dire qu’il finit dans la peur.
Peur du terrorisme islamiste qui massacre aveuglement. Mais aussi peur des gouvernements musulmans et occidentaux qui laissent aux prédicateurs de la haine main libre et ne défendent pas les musulmans laïcs et modérés qui se battent pour le respect de la vie de tous.
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