mercredi 3 janvier 2007
Magdi Allam et les islamistes (3)
« Les oppresseurs », les mutakabirun, de l’islam sont dans l’ordre « les orientalistes, les autorités d’autres religions que l’islam, les journalistes et tous ceux qui participent à la campagne diffamatoire contre l’islam et les musulmans. Ces gens auront un châtiment sévère, et il est possible que Allah dans sa miséricorde infinie pardonne les oppresseurs. »
C’est le commentaires de la surate IV, 98 du Coran dans « l’interprétation et la traduction de Hamza Roberto Piccardo », avec « la révision et le contrôle doctrinal de l’Union des Communautés et Organisations Islamique en Italie » (UCOII).
Dépassant le fait qu’on ne comprend pas comment Piccardo puisse avoir traduit le texte sacré de l’islam sans connaître l’arabe classique antique, la langue originale de la révélation, reste le fait que son Coran est le plus diffuser en Italie. Avec plus de 100 milles copies imprimées, il est distribué dans la majorité des mosquées affilées à l’UCOII en Italie. Et bien, une lecture attentive de cette traduction, met en évidence une forte hostilité idéologique contre la civilisation occidentale, les hébreux, les chrétiens, la femme émancipée. Ce qui annonce une interprétation révolutionnaire et militante de l’islam difficilement compatible avec le respect de l’état du droit. Tout cela signifie que la connaissance de l’islam parmi les italiens et la culture religieuse des musulmans dans notre pays sont très conditionnés par une lecture du Coran qui ne favorise pas une convivialité pacifique basée sur la tolérance réciproque et la partition d’un système de valeurs commun.
Dans son commentaire de la surate XVI (p.230) on explique la condamnation de la civilisation occidentale : « dans la séculaire société contemporaine s’est diffusé la dangereuse tendance de considérer tous les chemins et toutes les hypothèses de réalisations spirituelles égales à conditions qu’elles s’intègrent dans un cadre éthique cohérant et respectueux de la pensée des autres. Tendance malheureuse annonciatrice de la catastrophe morale et spirituelle que nous observons dans les ‘‘civilisations occidentales développées’’ dans laquelle l’homme est devenu une bete assoiffée de pouvoir et de richesse, prêt à piétiner toute chose pour les obtenir ou bien un producteur passif de marchandises et services avec la seule aspiration d’en consommer le plus possible. (…) »
La vision d’une religion militante qui doit mener une dure « guerre de pouvoir » lancée par les
juifs, et les chrétiens contre l’islam, émerge dans le commentaire de la sourate II, 109 (p.39). On lit : « Allah nous préannonce que la lutte sans limite que quelques chrétiens et beaucoup de juifs feront aux musulmans. Il ne s’agit pas –et cela doit être claire- d’une guerre pour des raisons religieuses, mais plutôt pour des raisons de pouvoir. L’islam, avec son intransigeance éthique, traditionnellement appuyée, s’impose jusqu’à nos jours comme l’unique espoir de libération de l’homme de toutes les formes de domination humaine. Quant on se reconnaît serviteur d’Allah, on ne peut pas être serviteur de l’homme et de ses idéologies, de ses marchandises, de ses passions et de ses illusions ».
Le conflit de religion et de civilisation est formulé dans le commentaire de la sourate II, 120 (p.40). il commence ainsi : « L’unique bon musulman est un ex-musulman. Cette phrase pourrait être celle qui résume le comportement de beaucoup de juifs et de chrétiens vis-à-vis des musulmans. Il n’est pas bon le musulman qui prétend être fidèle à sa pratique (…) qui ne s’excite pas pour une diva du cinéma, qui ne crée pas une catastrophe pour une pénalité non accordée, qui se rebelle quant une loi des hommes est contradictoire à celle d’Allah ». A la fin, il nous rédige une liste des « ennemis » de l’islam : « de ce musulman rare seront les satisfaits parmi les chrétiens et les hébreux, les capitalistes et les marxistes, les libéraux et les radicaux, les féministes et les homosexuels. De lui, Inchallah, sera satisfait son seigneur… et ça suffit ».
La dimension messianique, révolutionnaire et belligérante de l’islam est manifeste dans la 3ème partie dédiée à la Zakat (l’aumône légale) : « Parmi les destinataires de la zakat sont prévus ‘‘ceux dont on a besoin de conquérir les cœurs’’ ». Ces derniers « peuvent appartenir à des différentes catégories de personnes : Les néo-convertis, auxquels il est bien de donner un signe tangible de la solidarité à l’intérieur de la communauté islamique ; les non musulmans qui peuvent être utiles à la cause islamique pour leur positions politico-sociales ou professionnelles, les dites ‘‘dépenses secrètes’’ effectuées pour obtenir quelque chose qu’il ne faut divulguer immédiatement, les activités de Dawa (appel à l’islam) adressées aux non musulmans, etc.… (…) Enfin, viennent les dépensent militaires destinées à la consolidation et la défense de l’état, et non seulement à la lutte contre l’incroyance (…) ».
Précisément, dans le commentaire au titre « les incroyants » de la sourate CIX (p.564), on affirme « l’impossibilité absolue de marchander sur les préceptes du Tout Puissant (gloire à lui), l’improbabilité de n’importe quel syncrétisme religieux, de la conciliation doctrinale entre les religions, et les spécificités conséquentes de notre rite qui empêchent toute co-célébration religieuse ».
Ainsi, comme dans le commentaire à la sourate V, 14 (p.111), on parle de la punition divine des chrétiens et on conteste la légitimité de l’église catholique : « Les divisions qui frappent le monde chrétien sont un châtiment voulu de Dieu pour les chrétiens dans cette vie. En ce qui concerne les catholiques, on ne peut pas oublier de signaler la perte de leurs propres droits canoniques traditionnels (qui sont continuellement ‘‘adaptés au temps’’), de leurs rites, de l’autorité de leur ministres, de la légitimité même de l’église qui, prise entre une rénovation -qui n’a que des étiquettes sociales- et un conservatisme stérile et rouillé sur des positions archaïques, chercher à prouver son influence sur les hommes en recourant au prestige médiatique de son chef charismatique ».
Dans ce contexte, le Coran de Piccardo et de l’UCOII invite à la prudence dans les mariages mixtes. Dans le commentaire à la sourate V, 5 (p.109) on lit : « La structure familiale islamique permet aux musulmans d’épouser des femmes des ‘‘gens du Livre’’ (chrétiens et hébreux) à condition qu’elles soient ‘‘muhasanat’’ terme qui signifie ‘‘fortifiées’’, auquel on donne l’interprétation de ‘‘honnêtes, chastes, vertueuses’’. L’épouse du musulman a le droit d’exercer son culte et de consommer des repas que sa religion lui permet. Elle n’a pas le droit de transmettre sa religion à ses enfants et ne peut hériter du mari. On ne peut renoncer à la première interdiction, elle fait partie du pacte matrimoniale auquel la femme a souscrit et son respect ne conduirait pas irrévocablement au divorce (…) ».
Dans le commentaire à la sourate XXVIII, 25 (p. 338) s’éclaircit l’idéal de la femme musulmane : « (…) ainsi se présente dans l’islam la femme idéale, qui dans l’arabe parlé de l’Afrique du Nord est synthétisée par l’expression : ‘‘hashma wa-sabra’’ (pudique et patiente) : consciente de sa fonction inégale dans la société et dans la famille, calme et sereine et si différente de la femme en carrière, agressive et téméraire, sans pudeur et névrotique qui nous est proposée comme ‘‘femme libérée’’.
A ce point, l’apologie de l’institution de la polygamie ne nous surprend pas. Dans le commentaire à la sourate IV, 129 (p. 103) on explique : « Beaucoup d’orientalistes, voir même quelques musulmans occidentalisés ont voulu lire dans ce verset une ‘‘interdiction implicite’’ de la polygamie. Ils argumentent qu’Allah affirme l’impossibilité pour le mari polygame de se comporter équitablement avec ses èpouses, et que, la justice étant une condition à laquelle on ne peut renoncer dans le rapport matrimonial, la polygamie est permise mais impossible.
Il s’agit en réalité d’un pénible effort fait pour être accepté par ceux qui (nous le dit le Seigneur) ‘‘ne seront jamais satisfait de toi’’ (voir II, 120 et la note).
La Sunna de l’envoyé d’Allah, la pratique de ses compagnons, le droit musulman affirment nettement le contraire (…). Le verset nous éclaircit sur le fait que nous devons être équitables et qu’elles doivent être éviter toutes les situations limites comme celles qui consiste à ne pas répudier sa femme, mais au contraire l’ignorer ».
***
En conclusion, s’impose la présente question : comment est-il possible que dans les mosquées et dans la société italienne se diffuse et s’impose une image obscurantiste, intolérante, et agressive du Coran et de l’islam ?
L’interrogation est encore plus pressante puisque, pour quelques uns en Italie, l’UCOII représenterait la majorité des musulmans ;un mouvement de base modérée et légalitaire ; l’interlocuteur le plus important de l’Etat et de l’Eglise.
La leçon que nous devrions tirer est que, dans cette époque historique difficile imprégnée par la guerre globalisée du terrorisme islamiste à l’Occident et à la civilisation commune de l’Homme, nous devons aller au-delà des affirmations génériques et politiques conviviales. L’Italie a le droit et le devoir d’assurer que l’islam qu’on propage sur son propre sol soit respectueux des lois et compatibles avec les valeurs fondamentales de la Constitution partagées par la société.
Le problème de fond est que le commentaire du Coran de Piccardo est de l’UCOII est une paraphrase idéologiquement motivée et basée sur une interprétation littérale et absolue du texte sacré. Par contre d’autres corans, entre autres celui d'Alexandre Bausan, le plus illustre islamologue italien, sont, d’abord, les plus objectifs et les plus fidèles sur le plan de la traduction et, ensuite, essayent d’élaborer un commentaire qui tend à inscrire le texte coranique dans la période historique dans laquelle il a était révélé.
Par exemple, dans la sourate XI, 60 dans le Coran de Piccardo, on affirme que parmi les destinataires de la zakat on prévoit « ceux dont on a besoin de conquérir les cœurs ». Interpréter par lui librement comme diverses « catégories de personnes : Les néo-convertis, auxquels il est bien de donner un signe tangible de la solidarité à l’intérieur de la communauté islamique ; les non musulmans qui peuvent être utiles à la cause islamique ».
Par contre, Bausani traduit « ceux dont nous avons conquit les cœurs » comme « certaines notables d’une certaine influence, afin de les exhorter au dons ».
Cette méthode scientifique est tout à fait similaire à celle enseignée par des intellectuels contemporains comme l’égyptien Naser Hamed Abou Zeid et le soudanais Mohammed Mahmoud Taha qui enseignent ‘‘l’historisation’’ du Texte coranique. Ainsi, ils arrivent à dépasser certaines de ses parties relatives par exemple aux peines corporelles, à la polygamie, au Djihad entendu comme guerre sainte, qui résultent être parfaitement anachroniques à l’an 2000.
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(Je remercie mon ami Moez d’avoir eu la gentillesse de me traduire ce texte de l’italien au français)
Commentaires
Pour la majorité des musulmans, le coran ne peut jamais être anachronique! Donc veuillez préciser que c'est votre avis personnel!
Quant à la polygamie, veuillez lire les 113 commentaires postés par des tunisiens à ce sujet :
http://the-tunisian-star.blogspot.com/2006/06/pourquoi-ne-pas-lgaliser-le-mariage.html
PS : La tunisie est le seul pays musulman interdisant la polygamie!
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