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mercredi 13 décembre 2006

Islam, Le pensable est-il possible ? (4) : Les écoles du fiqh sunnite

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Malgré le fait que la majorité des occidentaux pensent que les musulmans sont divisés en Sunnites et Chiites seulement, l’islam sunnite, a coté de celui Chiite, connaît des divisions internes. Mais alors que les divisions chiites sont très compliquées et fort nombreuses, celles sunnites se résument à quatre écoles.

Slim Laghmani nous les présente :

« Chacune de ces écoles (fondées par les quatre fuqahas) a des particularités. C’est ainsi que le hanafisme est caractérisé par le recours de son fondateur à la libre opinion (ra’y) et à l’istihsan alors que le malékisme est marqué par la place prépondérante qu’il accorde aux Traditions du Prophète, à la coutume de Médine, ville du Prophète, ainsi qu’au consensus (ijma‘) des docteurs de Médine. Le shafi’isme est généralement présenté comme une voie médiane entre les deux premières doctrines. Le hanbalisme est marqué par la place essentielle qu’il accorde aux traditions du Prophète, par sa méfiance à l’égard de l’analogie et sa conception restrictive de l’Ijma réduit à l’accord des seuls compagnons du Prophète. (…)

Au total, si l’on avait à classer les courants de pensée au égard à Slim_laghmani

l’importance qu’ils accordaient aux Traditions du Prophète on

aboutirait à deux grandes tendances : le hanbalisme d’une part et les trois autres écoles d’autre part.

De Abu Hanifa, rien, ou presque, ne nous est parvenu directement. Sa doctrine en matière de fiqh a été systématisée et rapportée par deux de ses disciples : Abu Yusuf (m. 183 H/ 798) et Abu al Hassan al-Sheybani (m.189 H/805). Or, il est établi que tous deux ont été relativement influencés par Malik Ibn Anas. Il s’en est suivi que le hanafisme officiel est un hanafisme édulcoré notamment par la transmutation du ra’y en qiyas. Or c’est en ce lieu très précis que s’est jouée l’histoire du fiqh. Car à partir du moment ou il est posé en dogme que le ra’y des hanafites est un quiyas, c'est-à-dire la mise en œuvre du raisonnement analogique, l’âme même du ra’y entendu comme libre opinion (opinio prudentium) disparaît et l’affirmation d’une orthodoxie devient possible concrétisée par l’accord, le consensus (ijma’) des fondateurs (a’imma pl. de imam) à propos des fondements du fiqh : Coran, Sunna, ijma’ et qiyas.

Or il semble bien que telle n’était pas la position de Abu Hanifa. Il admettait évidemment le Coran comme source, s’agissant des Traditions du Prophète, il était extrêmement exigeant et n’hésitait pas à rejeter les Traditions rapportées par des individus isolés. Quand sur une question, la tradition rapportait plusieurs opinions des Compagnons du Prophète, il choisissait en raison celle qui lui semblait convenir le mieux et n’hésitait pas le cas échéant à ne pas tenir compte. En dehors de cela, il recourait à son jugement. Il recourait évidemment au qiyas, mais n’hésitait pas à en corriger le résultat par le recours à l’istihsan qui lui permettait de tenir compte des circonstances et de l’intérêt général.

L’ensemble de ces éléments permet de présenter Abu Hanifa comme un cas à part radicalement distinct des trois autres fondateurs. » (48-50)

Peut-on conclure alors que Abu Hanifa fut un mu’tazilite ?

Slim« Le fait est que dans une lettre adressée à Uthman al-Batti, il défendait des convictions murji’ites, et que dans son al-fiqh al-akbar il s’est attaqué aux kharidjites, aux quadarites, aux chiites et aux djahmites sans jamais s’attaquer aux murji’a ou aux mu’tazilites. A notre sens même si Abu Hanifa n’était pas proprement mu’tazilite, il figure parmi les précurseurs de ce mouvement de pensée qui trouvera dans le traditionnisme son antagoniste principal. » (p.51)

Si l’on veut résumer le tableau que nous dresse l’auteur, nous pouvons dire qu’au cours de ce deuxième siècle de l’Hégire, il y avait deux courants de pensée : un rationaliste (les mu’tazilites) et l’autre volontariste (les ash’arites) et qu’a l’intérieur même de ce dernier il y avait une influence très importante du rationalisme (le cas de Abu Hanifa).

Donc, non seulement le mu’tazilisme était présent mais il était le courant dominant : son influence avait dépassée ses adeptes pour épouser certains ash’arites.

Alors, si ce courant rationaliste était aussi fortement installé, comme le rappel Laghmani, pourquoi alors il finira par disparaître un siècle après ? 

 

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Posté par Hamza Belloumi à 21:00 - Idées réformistes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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