mercredi 29 novembre 2006
Du discours salafiste dans les chaînes satellitaires arabes (2) : Amr Khaled, la star des prédicateurs musulmans

Nous avons vu dans le dernier blog avec le livre de Khemais Khayati que c’est « à coups de millions de dollars de capitaux privés et de pactoles de la Zakat, (que) les salafistes tissèrent en moins d'une décennie une véritable toile d'araignée autour de toute velléité de libéralisme dans la région. »
C’est ainsi que naîtra une véritable industrie de prédication : Il y aura la création de la première chaîne arabe dédiée à la diffusion de l’islam (Iqrra) et toutes les chaînes privées ou publiques suivront par des émissions phares réservées aux fatwas et autres interrogations des musulmans.
Le succès de ses programmes depuis les années 1990 combiné avec la réislamisation massive des sociétés musulmanes après le 11 septembre 2001 pousseront les hommes d’affaires musulmans à investir massivement dans « l’industrie islamique » : c’est ainsi qu’on aura droit d’abord à un nombre de plus en plus important de chaînes religieuses : Al Risala, Al Fajr, Al Majd, Al Ness … (l’une plus conservatrice que l’autre) suivit du lancement -relativement récent- de sites web encore plus conservateurs et fanatiques que ses chaînes.
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Dans cette foulée, un jeune prédicateur égyptien se distingue. Il s’appel Amr Khaled.
Amro (pour les ‘‘fidèles) est un homme moderne. Il ne porte ni tunique ni turban (comme le reste des prédicateurs classiques) mais un parfait costume-cravate.
Pas de barbe, il lui préfère une moustache impeccablement taillée frapper d’un sourire innocent.
En un mot comme en mille, Amr Khaled incarne aux yeux de ses fidèles « le musulman du 21ème siècle ».
Et pourtant, la star des prédicateurs musulmans (ses émissions battent tous les recours d’audiences) était un parfait inconnu jusqu’aux années 1990.
Après ses études universitaires, il ouvre en 1988 un cabinet de comptabilité. Soudain, on le retrouve prédicateur à la mosquée du Club de la Chasse fréquenté par la bourgeoisie cairote et dont il était membre.
En 1998, il lance le premier talk-show religieux -emprunté aux télévangélistes américains- sur Iqrra, l’une des chaînes du richissime homme d’affaire saoudien, Salah Kamel. Ainsi commença sa success story…
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Et pourtant, Amro Khaled n’échappe pas à la critique.
Depuis ses débuts, il est la cible des attaques des cheikhs d’une part et des politiques d’autre part.
Pour les cheikhs, l’homme est désormais un wanted. Au point que le site sunna.info décrétera l’apostasie de Amro. (!)
Les politiques, par contre, le considère comme un islamiste pur et dur et comme un sympathisant des Frères Musulmans d’Egypte.
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Malgré tout, Amro continu son business sur tout un réseau médiatique (3 chaînes religieuses et un site web), un business qui lui rapporterait plus de 10 mille dollars par mois et des millions de dollars pour les chaînes qui lui offre leurs primes times.
samedi 25 novembre 2006
Du discours salafiste dans les chaînes satellitaires arabes (1) : Naissance d’une industrie
Dans un livre qui vient de paraître à Tunis aux éditions Sahar, l’expert en télévision et en cinéma, le Tunisien Khemais Khayati a choisit -sous un titre provocateur-, de dénoncer le discours religieux des chaînes arabes et de dévoiler le dessous des cartes de « l’industrie » des prêches religieux dans le monde arabe.
L’auteur focalise son intérêt sur le 20ème siècle et nous livre à travers les différents articles qui composent son livre un rappel de l’évolution du discours salafiste, de ses protagonistes ainsi que de leurs moyens.
Jameleddine El Hajji, journaliste au Temps, vient d’écrire une très bonne lecture-synthèse du livre. Une lecture très riche par ses enseignements et très révélatrice quant à l’évolution du discours salafiste.
Je vous propose, dans cette première partie d’une série d’articles que je consacrerai au discours salafiste, la lecture de cette évolution bien détaillée de ce discours avant de revenir ultérieurement (dans une lecture plus approfondie du livre) sur d’autres aspects.
« Si on limite l'analyse au seul 20ème siècle, on peut dire que l'islam politique a vu le jour au début de ce dernier avec la formation des frères musulmans de Hassan El Banna en Egypte. Une confrérie qui n'avait pas tardé à mettre au grand jour ses visées politiques (le pouvoir), allant parfois jusqu'à nouer des alliances qui étaient tout sauf sacrées. L'histoire des ententes entre les frères musulmans, la dynastie des Khédives et les Britanniques contre le mouvement de libération (libéral) en Egypte est devenue, en Egypte comme ailleurs, l'une des lapalissades de l'histoire. Les démêlées que le pouvoir de Jamel Abdennacer a eues avec ce mouvement intégriste ont atteint leur paroxysme avec l'exécution de l'un des plus grands théoriciens des frères musulmans : Sayed Kotb. Avec la mort de celui-ci, les frères musulmans égyptiens ont pris le chemin de l'exil... en terre d'islam, en terre sainte, où ils étaient accueillis à bras ouverts par la caste religieuse de la péninsule arabique.
Aussitôt leur étaient offerts des postes d'enseignants dans les écoles et les universités de la région et un confort de prédication à nul autre pareil ailleurs.
Pendant plus de vingt ans, ces « exilés » des frères musulmans égyptiens faisaient la pluie et le beau temps dans le monde de la théologie islamique, en ne manquant pas par moment « d'excommunier » tel ou tel chef d'Etat arabe au gré des déclarations et des publications qui leur parviennent.
A partir de 1973, date à laquelle le pétrole fut décrété arme de guerre par les pays arabes, ce qui en a porté les cours à des niveaux jusqu'alors inouïs, les pays pétroliers du Golfe sont devenus « La Mecque » de tous les mouvements intégristes acceptant de ne pas froisser la caste religieuse en place. (…)
Ainsi, les frères musulmans d'Egypte, la caste des wahhabites furent rejoints par les frères syriens, une confrérie non moins puissante que sa voisine égyptienne. Les pays arabes du Golfe, alors en plein chantier de construction de leurs Etats modernes avaient besoin d'une main d'œuvre abondante et bon marché. C'est au Pakistan et parmi les communautés musulmanes d'Inde qu'elles recrutent, au détriment d'une main d'œuvre arabe qui a l'avantage de la langue et du voisinage, amis qui présentaient, aux yeux des stratèges de l'époque une menace sécuritaire sur les jeunes Etats pétroliers, d'autant plus que le monde arabe à l'époque était acquis aux thèses « libertaires » prônées par une gauche polarisée en grande partie par les soviétiques.
Les Américains étaient là, témoins de la montée en puissance de courants dits salafistes, se réclamant du « salaf », c'est à dire « Les prédécesseurs », voulant rétablir « sans ambages » le premier khalifat musulman d'il y a quatorze siècles, sous prétexte que les musulmans doivent leur déclin à leur « rupture » avec l'islam de la
Première heure.
L'avènement de la révolution iranienne avec ses slogans panislamiques et les déclarations belliqueuses de ses leaders promettant d'exporter la révolution au voisinage direct de l'Iran, sont venus compliquer davantage la donne. C'est là où émergèrent les premiers signes d'un nouveau tournant dans la gestion du dossier de la région au lendemain du camouflet américain. C'est l'ouverture, en plus du front est-ouest, d'un nouveau front, à l'intérieur, cette fois-ci, du camp des alliés des USA : le clivage sunnite-chiite. Objectivement, les Américains se sont trouvés les protecteurs des sunnites de la région, toutes obédiences comprises. Aussitôt l'Irak se chargea de l'Iran (1980), tandis que s'ouvrit un nouveau front soviétique au flanc est de l'Iran, en Afghanistan. La nature du territoire afghan ne se prêtait pas à la guerre conventionnelle entre armées régulières. Un territoire tellement accidenté que seule une guérilla peut y résister. Si les Soviétiques l'avaient compris et avaient opté pour l'hélicoptère comme arme décisive pouvant réduire le temps de réaction des « Moudjahiddines », ces derniers, terrés dans de sinueux tunnels creusés dans les montagnes, ont trouvé leur salut dans les fameux missiles Stinger...que les Américains leur acheminaient généreusement, avec des centaines de « volontaires arabes » accourus secourir leurs coreligionnaires face à l'invasion impie des Russes.
En 1988, la guerre d'Afghanistan prend fin, l'Union soviétique en sort exsangue, et ne tarde pas à rendre l'âme quelques mois plus tard. C'est en ces termes que le président américain d'alors, Ronald Reagan fêta le moment : « Après être venu à bout du communisme, nous devons nous préparer à combattre l'islam », scellant ainsi le démarrage d'un conflit nouveau et d'une nouvelle ère de prospérité pour les grands industriels de l'armement américain.
La guerre d'Afghanistan apporta beaucoup d'eau aux moulins des mouvements intégristes dont pullulait la région, ayant acquis en Afghanistan, selon leur littérature de l'époque, la légitimité qui devait faire d'eux un partenaire politique incontournable, avec qui devraient compter non seulement les gouvernements nationaux mais aussi et surtout l'administration américaine. Ainsi, plusieurs chefs de ces mouvements prirent le chemin de Londres, de New York et de plusieurs capitales européennes où ils installèrent leurs quartiers généraux. Aussitôt, la scène médiatique fut inondée de discours que les occidentaux entendaient et lisaient, mais n'en mesuraient pas la portée réelle. Plusieurs pays musulmans avaient attiré l'attention des pays d'accueil sur les menaces que ces chefs de guerre mués en théoriciens mobilisateurs de l'islam salafiste faisaient planer sur la sécurité régionale et internationale. Leurs mises en garde sont restées lettres mortes.
Le 30 juillet 1990, l'Irak envahit le Koweït. L'armée américaine débarque dans la région, munie d'un plan de guerre...et d'un plan de communication bien ficelé. Ce dernier n'a pas du tout marché. Les Américains découvrirent à leur dépens à quel point la haine et le mépris que l'opinion publique internationale vouait aux « gens du Golfe » tenait aux stéréotypes ancrés par les machines de la propagande américano- européenne largement marquée encore par les luttes et les classifications fabriquées des décennies auparavant sur fond de guerre froide et de conflit israélo-arabe. Certains pacifistes ne rebutaient pas, à cette époque, à justifier leur refus de la guerre contre l'Irak par l'assimilation de la libération du Koweït, Etat souverain et membre à part entière de l'ONU, à la défense d'une population de sous hommes, assis sur la plus grande richesse pétrolière de la planète, et donc indigne de la justice internationale. A l'issue de la guerre, les Américains conseillèrent à leurs clients du Golfe d'investir désormais dans leur image médiatique. Aussitôt, les premières chaînes satellitaires virent le jour, émettant d'un territoire allié, Londres. Des journaux d'origine libanaise changent aussitôt de main et des chaînes arabes et « moyen-orientales » fusent sur les toits du monde arabe. Des chaînes d'apparence laïque qui, de par l'image nouvelle qu'elle donnent des pays du Golfe en tant que peuples en voie d'émancipation, finit par hérisser la caste des salafistes profondément « scandalisée » par la présence américaine autant que par la corruption des mœurs véhiculée depuis Londres, par des émissions et des matières journalistiques qui échappent à
Leur contrôle.
Sur la base d'arrangements calculés ou par la force des choses, les privés du Golfe décident d'entrer en jeu. Et à coups de millions de dollars de capitaux privés et de pactoles de la Zakat, les salafistes tissèrent en moins d'une décennie une véritable toile d'araignée autour de toute velléité de libéralisme dans la région.
C'est dans ces conditions qu'est né le discours salafiste qui inquiète Khemais Khayati et bien d'autres. Reste à en décortiquer le contenu et les diverses déclinaisons. Le livre nous en offre un bon avant-goût. »

mercredi 22 novembre 2006
Du malheur d’être musulman

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, organisés et perpétrés par des musulmans, le reste des musulmans vivants dans les pays occidentaux ne cesse de subir de plus en plus de discrimination qui s’est transformée en une véritable islamophobie.
Selon wikipedia « Le terme islamophobie est un néologisme. Il est composé de deux racines, islam et phobie dérivant du grec ancien ‘‘phobos’’ (φόβος), qui signifie peur, effroi. Le terme et son équivalent anglais islamophobia apparaissent principalement au début des années 1990. Une généralisation de son utilisation est notée après les attentats du 11 septembre 2001. »
Pourquoi cette généralisation ? Pourquoi parle-t-on d’une islamophobie au lieu de parler d’une discrimination ?
Le propos de cet article n’est pas de s’attarder sur la controverse qui existe déjà entre ceux qui parlent d’une islamophobie, voire même d’une nouvelle islamophobie, et ce qui contestent l’utilisation de ce terme.
Mais au delà de cette controverse, je pense que l’islamophobie existe bel et bien : le fait que tout musulman est présumé d’office terroriste n’a rien d’une discrimination, il s’agit d’une islamophobie. Le fait que tout musulman est considéré comme une ‘‘bombe humaine ambulante’’, n’a rien d’une discrimination, il s’agit plutôt d’une phobie des musulmans.
Je suis d’accord pour dire que se sont des musulmans qui étaient et sont toujours à l’origine de cette islamophobie, mais cela pourrait-il excuser pour autant la discrimination, la haine et les crimes que subissent plusieurs musulmans dans des Etats démocratiques.
Jusqu’à présent, les discriminations se limitaient à l’embouche dans certains pays et à la mauvaise image des musulmans auprès des citoyens occidentaux. Cela était tolérable à partir du moment ou il s’agissait d’abord d’un phénomène marginal et parce qu’ensuite et surtout, les autorités publiques ainsi que les pouvoirs judiciaires condamnait et réprimait ce genre de discriminations.
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Aujourd’hui le phénomène devient beaucoup plus inquiétant : désormais les pouvoirs publiques ne se privent plus de montrer un penchant islamophobe.
Deux cas révélateurs de ce malaise se sont produits récemment. L’un en France et l’autre aux Etat Unis.
Les bagagistes de Roissy Charles-de-Gaulle
70 bagagistes ont étés privés de leur badge d’accès aux zones sensibles de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Ils n’ont rien commis, mais, du jour au lendemain, leur directeur s’est rappelé que ses employés étaient musulmans.
Mis au chômage technique pour le « danger significatif » qu’ils représentent voila qu’ils sont obligés de prouver leur innocence.
« En tant que musulman, vous n’étés plus présumer innocent. Jusqu'à preuve contraire vous représentez un danger public et vous êtes considérés comme terroristes. » Voila en substance, la réponse du très populaire ministre de l’Intérieur et président de l’UMP Nicolas Sarkozy. Lisez ce qu’à dit le prochain président français, c’est aberrant : « Il n’y a aucun délit de sale gueule, mais des éléments précis qui nous appelaient à (…) interdire l’entrée (aux bagagistes). Je ne peux accepter que des gens qui ont une pratique radicale travaillant sur une plate-forme aéroportuaire. Peut-être s’est-on trompé. Qu’ils fassent valoir leurs droits devant les tribunaux. »
Mais que reproche-t-on à nos bagagistes ?
C’est encore plus aberrant :
- Les cinq prières quotidiennes.
- La fréquentation assidue de la mosquée.
- Leur pèlerinage à la Mecque (obligatoire pour tout musulman ayant les
moyens).
- Le port de la barbe
Messieurs les bagagistes, vous êtes tenus de prouver votre innocence !
Les imams et l’avion :
Cette deuxième histoire s’est passée cette semaine dans un aéroport américain
Je vous laisse lire l’information telle que rapportée par les agences de presse :
« Six religieux musulmans ont été débarqués d’un vol de la compagnie US Airways à l’aéroport international de Minneapolis Saint-Paul (centre nord des Etats-Unis) à la demande d’un des passagers et ont été interrogé pendant plusieurs heures par la police avant d’être relâchés, a rapporté un des leaders du groupe.
Un porte-parole de l’aéroport Pat Hogan a précisé que les six imams se trouvaient parmi les passagers qui avaient pris place à bord du vol 300 à destination de Phoenix (Arizona) vers 18h30 lundi soir.
L’un des passagers a fait état de son inquiétude sur la présence de ce groupe de religieux en faisant passer une note à une hôtesses, selon Andrea Rader de la compagnie US Airways. Elle a précisé qu’il avait été fait appel à la police après le refus des six hommes de quitter l’appareil à la demande du commandant de bord et du personnel de sécurité de l’aéroport.
Les autres passagers du vol qui transportait 141 passagers et cinq membres d’équipage ont été à nouveau fouillés et l’avion a décollé près de trois heures après le ‘‘déchargement’’ des six hommes. »
Si cela n’est pas de l’islamophobie, de quoi s’agit-il alors ?
samedi 18 novembre 2006
Les musulmans et la démocratie

En matière de relation entre l’islam et la démocratie, une grande partie des idées reçues est fausse.
D’abord, beaucoup sont ceux qui imaginent que c’est l’islam en tant que religion qui est hostile à la démocratie. Ensuite, il y a ceux qui pensent que se sont les musulmans -à cause de leurs sous-développement- qui sont hostiles à l’idéal démocratique. Et les deux, s’appuyant sur les vérités des sociétés musulmanes actuelles, concluent que les musulmans sont par nature anti-démocratiques.
Pour répondre à ces malentendus, j’ai choisit d’aborder la question sous deux angles différents. D’abord, sur le plan pratique, les pays musulmans sont-ils des démocraties ? Ensuite -et surtout- sur le plan théorique, quel regard porte les musulmans sur la démocratie ?
La démocratie dans les pays musulmans :
Il y a dans le monde aujourd’hui, 47 pays à majorité musulmane dans lesquels vivent entre 1,2 milliard et 1,5 milliard de musulmans constituant ainsi 20 % de la population mondiale.
Les 47 pays musulmans sont repartit sur tous les continents et le plus grand nombre d’entre eux se trouve au Proche-Orient et en Asie.
Contrairement à ce que pensent beaucoup, les pays arabes constituent moins de la moitié des pays musulmans et les arabes ne représentent que le 1/4 des musulmans.
Afin de bien comprendre le phénomène que nous analysant, il faut diviser le monde musulman en plusieurs catégories :
1- L’Islam asiatique –exclusion faite du Moyen-Orient- est parfaitement démocratique. Le plus grand pays musulman qu’est l’Indonésie est démocratique. Et la plus grande démocratie dans le monde qu’est l’Inde est gouverné par un musulman.
2- L’Islam Africain –exclusion faite de l’Afrique du Nord- a fait d’énormes pas vers la démocratie. Le Sénégal et le Mali sont aujourd’hui reconnus comme des démocraties.
3- L’Islam Arabe –comprenant l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient- n’est pas démocratique. Aucun pays des 23 pays arabe n’est incontestablement reconnu comme démocratique. Mais là aussi il y a des nuances à faire :
· Au Maghreb Arabe : 4 des 5 pays du Maghreb (Mauritanie, Maroc, Algérie et Tunisie) sont en transition démocratique.
· Au Machreq Arabe : L’ensemble de ses pays, en raison des régimes monarchique qui gouvernent la majorité d’entre eux, sont encore loin de la démocratie. Exception faite du Liban (qui peut être considéré comme le pays arabe le plus démocratique) et le Kuweit qui se trouve en transition démocratique.
Deux conclusions peuvent être tirées de ce tableau :
1- La majorité des musulmans (950 millions de personnes) vivent dans des régimes démocratique ou en transition vers la démocratie.
2- C’est dans le monde arabe qu’il y a le moins de démocratie. C’est le monde arabe qui donne de l’islam une mauvaise image en matière de démocratie.
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On a ainsi clarifié certaines questions à propos de la démocratie dans le monde musulman en général, il importe maintenant de s’interroger sur le pourquoi de l’absence de la démocratie du monde arabe en particulier. Autrement dit, Cette absence s’explique-t-elle, comme le pense certains, par le refus des populations arabo-musulmane de la démocratie ?
La démocratie dans l’opinion musulmane :
Dans les 10 dernières années, deux vagues de sondages ont étés réalisés par World Values Survey à propos de l’opinion des musulmans sur la démocratie.
Les sondages réalisés en 1995-1996 et en 2002-2003 dans cinq pays arabes (Algérie, Egypte, Jordanie, Arabie saoudite, Maroc) et neuf pays musulmans (Albanie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Bosnie, Indonésie, Iran, Kirghizstan, Pakistan, Turquie) nous fournissent de très importantes indications.
En effet, la démocratie a une image très positive dans tous les pays arabes. Ainsi 61 % des personnes interrogées dans les pays arabes sont d’accords pour dire que « La démocratie peut avoir de nombreux problèmes, mais c’est la meilleure forme de gouvernement » contre 52 % des personnes interrogées dans 16 pays de l’Europe Occidental et … 38 % seulement dans l’ensemble Etats-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande.
Ainsi, non seulement les arabes sont favorables à la démocratie mais ils sont ceux qui ‘‘l’aiment’’ le plus dans le monde entier.
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Nous voyons clairement que l’inexistence de démocratie dans le monde arabe n’est pas en elle même imputable aux musulmans.
Peut–on l’imputer alors à certaines interprétations extrémistes de l’islam qui ont vues le jour dans le monde arabe et ne se sont pas développées dans le reste du monde musulman ?
Le débat est ouvert …
mercredi 15 novembre 2006
Les ''medressas'' pakistanaises

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, et suite aux nombreuses investigations et recherches qui verront le jour afin de déterminer la filiation du régime taliban et ses origines, le Pakistan sera pointer du doigt comme étant celui qui a permit aux talibans, via son puissant service de renseignement, d’exister. Or l’intérêt que portaient de nombreux chercheurs à ce pays ne se limitait pas au rôle qu’avait joué son service de renseignement dans le maintien des talibans au pouvoir.
En effet, on va très tôt découvrir que si les services de sécurité offraient un support politique et logistique aux talibans, les medressas pakistanaises fournissaient en revanche un support idéologique au pouvoir du Mollah Omar par la formation de ses adeptes et la recherche de nouveaux militants prêt a sacrifier leur vie au nom du djihad.
Or suite à l’invasion américaine de l’Afghanistan et à la collaboration étroite qui verra le jour entre Bush et le président pakistanais Musharef au sein de la coalition international pour la lutte contre le terrorisme, les autorités pakistanaises vont interdire aux medressas d’alimenter le réseau des résistants à l’invasion américaine de l’Afghanistan.
Conséquence : les islamistes qui profitent du soutien et de la sympathie d’une large partie des 160 millions de pakistanais vont répliquer à ces décisions par des tentatives d’assassinats contre Musharef.
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Insatisfait des résultats de leur « djihad » au Pakistan contre Musharef, qui est toujours en vie et toujours au pouvoir malgré les nombreuses tentatives d’assassinats dont il fut victime, les élèves des medressas vont exporter leur savoir faire à l’étranger et auront pour première cible…Londres.
Ce fut alors le terrible choque du 7 / 7 / 2005 suite auquel les londoniens et avec eux le reste du monde avaient découvert que ceux qui étaient derrières les attentats terroristes ne sont que des citoyens britanniques d’origine pakistanaise formaient dans ses fameuses medressas.
Un constat qui nous a incité à poser plusieurs questions : Quel est le poids de ces institutions au Pakistan ? Quel danger peuvent-elles faire courir au monde entier ? Et que font les autorités pakistanaises pour empêcher ou du moins limiter l’enseignement du fanatisme au sein de ces établissements ?
En effet, Aujourd’hui, le Pakistan compte quelques 10.000 medressas : ces établissements, comme le souligne Gilles Kepel dans son livre Jihad, ont pour objectif de « former des oulémas capables de produire des fatwas sur tous les aspects de la vie quotidienne, afin d’établir leur caractères conforme ou non aux prescriptions de l’islam, interprétés dans un sens rigoriste, puritain et conservateur assez proche du courant wahhabite d’Arabie. (…)
De nos jours encore, chaque medressa d’importance comporte un ‘‘centre des fatwas’’ (darul ifta) ou des oulémas assis sur le sol, leur bibliothèque islamique à portée de main, rédigent à longueur de journée des fatwas en réponse à des questions sur le caractère licite de tel agissement qui leur ont été posées de vive voix, par lettre ou par téléphone. » (p 100-101)
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Considérant le nombre d’élèves que compte ces medressas (1,5 millions) on imagine le poids qu’ils ont au Pakistan et le fait qu’ils jouissent de nombreux avantages : en effet, ils bénéficient de ressources toujours croissante pour financer leur écoles (dont la prise en charge gratuite des élèves) et veulent que l’Etat garantisse des emplois à leur diplômés, puis de leur conférer des positions de … pouvoir.
Concernant le danger que ces établissements peuvent faire courir au monde, et si l’on considère qu’ils ne produisent qu’ 1% d’extrémistes en une année, alors le nombre de personnes qui seront prêt à tuer au nom de l’Islam sera gigantesque !
Que faut-il faire alors pour diminuer l’influence que possèdent ces institutions non seulement au Pakistan mais également au reste du monde?
Depuis les attentats terroristes de Londres, le président Musharef, considérant que 3 des 4 terroristes avaient passés par ses medressas, a décidé dans un décret présidentiel un certain nombre de mesures dont l’interdiction d’embauche des étrangers, l’expulsion des personnes qui sont déjà inscrites (1400 élèves) et l’arrestation de quelques 600 islamistes.
Depuis, un bras de fer est engagé entre le pouvoir pakistanais d’une part et les chefs religieux d’autre part qui vont saboter toute tentative de réforme des institutions islamiques du pays. Or une réforme radicale des modes d’enseignement religieux dans ces institutions est d’une urgence capitale.
samedi 11 novembre 2006
AL-JAZIRA : Dix ans au service du réformisme ou de l’islamisme ?
Le 1 novembre 2006, Al-Jazira, la chaîne arabe d’information continue a fêtée ses 10 premières années d’existence.
La chaîne, qui se dit la plus regardée dans le monde arabe avec plus de 45 millions de téléspectateurs ne cesse de susciter des analyses et des points de vues contradictoires sur son influence, sa neutralité, son financement, etc.
Pour certains, c’est le porte drapeaux de l’islamisme le plus radical, alors que pour d’autres la chaîne est l’un des plus fervents défenseurs des réformistes et des esprits libres dans le monde arabe.
En illustration de ces deux points de vues j’ai choisit de vous présenter d’une part un article de Magdi Allam pour qui la chaîne a changé d’orientation est s’est alignée sur les islamistes depuis qu’elle a décidée d’appeler les terroristes suicides des chouhadas (martyrs) alors que pour Fouad Laroui, Al-Jazira est la seule chaîne qui peut se permettre de passer non seulement des critiques mais aussi des diatribes contre l’islam sans susciter des contestations dans la rue arabe.
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Je vous laisse découvrir plus loin ces deux points de vues, mais j’aimerai revenir un peu, et au-delà de cette controverse à l’analyse de l’action globale de la chaîne. Globalement, la création d’Al-Jazira, avait-elle était bénéfique ou non pour le monde arabe ?
Je pense que la réponse à cette question ne peut être que positive, oui Al-Jazira a révolutionnée le paysage audiovisuel arabe : C’est grâce à Al-Jazira que les téléspectateurs arabes ont pour la première fois eu droit à autre chose que la traditionnelle longue de bois de leurs chaînes nationales, c’est grâce à Al-Jazira que le monde arabe à découvert, à la source, le point de vue des israéliens sur le conflit israélo-palestinien, c’est grâce à Al-Jazira que le public arabe à eu une information aussi fiable et aussi professionnelle que celle des plus grandes institutions médiatique…
Mais le plus grand mérite de la chaîne reste à mon avis la création d’une dynamique réformatrice qui touchera la plus part des institutions médiatiques arabes : plusieurs gouvernements vont en effets joués le jeu de la transparence avec leur citoyens et sur leur propres médias afin qu’Al-Jazira ne se saisisse pas de leur dossiers et les dénonce en Live. D’autres seront jaloux du succès de la chaîne et lanceront leur propre chaîne d’informations (la plus importante illustration étant la création de Al-Arabiya, la principale concurrente de Al-Jazira actuellement). Et tout cela ne peut être que bénéfique pour la liberté d’expression dans le monde arabe.
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Certes, la chaîne n’est pour autant pas exempte de reproche : il est remarquable qu’elle est trop populiste et qu’elle fait peu ou rien dans le but de promouvoir la pensée de l’élite arabe. La plus part de ses émissions ne sont pas véritablement des émissions de débat mais plus tôt de polémiques… et les audiences suivent : c’est ainsi que Al Itijah al Moakes (à sens opposés) est l’une des émission les plus regardées de la chaîne malgré qu’elle soit basée sur les polémiques et la confrontation agressive entre les invités alors que l’unique émission littéraire Al Kitab Khairo Jalisse (le livre est le meilleur ami) risque de disparaître pour défaut d’audience.
Le reste des critiques et des remarques je le laisse à Magdi Allam et à Fouad Laroui.
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C’est une erreur de donner de l'hospitalité à la propagande
Le BBC arabe a été même une arme au service des Frères musulmans
Par : Magdi Allam
Ça fait six ans, depuis qu’en 2000, Al-Jazeera idéalisa les terroristes suicide des palestiniens en les exaltant comme "martyres", qu'on a déferlé le sentiment d'admiration que je nourrissais pour Al-Jazeera, le premier réseau de news dans le monde arabe à avoir déchiré le monopole télévisé de la part de régimes autocratiques, en introduisant le principe du débat et la logique de la contradiction dans les maisons de 30 million de téléspectateurs arabophone.
En découvrant que ce qu'il semblait être un moyen de libéralisme médiatique, hérité de la BBC en langue arabe à laquelle appartenaient les journalistes et les techniciens qui arrivèrent dans le canal satellitaire voulu et financé de l’émir du Qatar en 1996, était en réalité une mortelle arme propagandiste au service des Frères Musulmans et d'Oussama Ben Laden. C’est par conséquent avec grande consternation que j'accueille la nouvelle que c’est en Italie qu’on célébrera le premier novembre le décennal de Al-Jazeera.
Nous avons déjà oublié que c’est Al-Jazeera qui à déchaîner la campagne contre Benoît XVI pour le discours prononcé à Ratisbonne le 12 septembre passé, en incitant les musulmans à se rebeller et en arrivant au point de transmettre en exclusivité le 18 septembre une caricature animée qui représente le Pape satisfait pendant qu'il tue à des coups de fusil trois colombes symbolisant les trois religions monothéistes révélés.
Probablement nous pensons qu'il ne nous concerne pas le fait que son journaliste, Taysir Allouni, soit condamné le 26 septembre 2005 en Espagne à sept ans pour terrorisme international, comme organisateur d'une rencontre préparatoire des attentats du 11 septembre 2001.
Peut-être nous imaginons que la décision du gouvernement irakien de fermer le bureau de Al-Jazeera en 2004 à Bagdad, après la découverte que son directeur, Hamid Hadeed, entretenait des rapports avec le chef de Al-Qaida était une mise en scène.
Évidemment nous avons déjà archivés le fait que le 27 mai 2003 le directeur de Al-Jazeera, Mohamed Jassem al-Ailes, fut tout à coup destitué après la découverte, qu’avec le directeur de la programmation, il était un collaborateur des services secrets iraquiens de Saddam.
Et vraisemblablement nous évaluons comme excessive la décision du président tunisien Ben Ali le 25 octobre passé de fermer son ambassade au Qatar, à cause de la campagne dénigrante montée par Al-Jazeera sur la question du voile en Tunisie.
Au cour du mois de mai 2004 j’avais publié sur le Courriere della sera une interview avec Munir Mawari, un journaliste yéménite qui a travaillé à Al-Jazeera de 2000 à 2003, dans laquelle il accusa la chaine d'être le mégaphone de l’extrémisme islamique : "Je peux dire avec certitude qu'entre 50% et 70 % des journalistes et des fonctionnaires administratifs de Al-Jazeera sont des membres à plein titre ou sympathisants de groupes fondamentalistes islamiques".
(Son témoignage fut mis en doute par certains parce que Mawari, en craignant pour sa vie, préféra démissionner et se transférer aux Etats-Unis où il collabore avec la "Voice of Amérique" en langue arabe.)
Eh bien, juste hier à Al-Quds Al Arabi, le directeur Abd al-Bari Atwan qui se vante d'être un ami de Ben Laden, a écrit qu’al-Jazeera s'est transformée "en une sorte de site officiel des messages de Ben Laden" et en un "Front télévisé pour la libération de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Palestine et pour la reconquista islamiqua de l’Andalousie". Pouvons-nous ignorer tous ces faits au moment où nous nous apprêtons à accueillir en Italie les fêtes officielles du décennal d'Al-Jazeera ?
(Source : Courriere della sera, 31 octobre 2006)
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Al-Jazira , Ou le syndrome de Guernica
Par : Fouad Laroui*
Al-Jazira et l’islamisme radical. Le problème de la chaîne, en ce qui concerne le radicalisme religieux, ne tient pas à ses collaborateurs mais à ses auditeurs, en particulier lorsqu’ils interviennent par téléphone. Jour après jour, ils appellent, lyriques ou sereins, passionnés ou détachés, furieux ou ravis. Mais ils parlent, ils parlent, ils parlent…
Il arrive aussi qu’ils déclament des poèmes, ce qui ne semble suspendre personne. On est parfois atterré en les écoutant. Les slogans simplistes (‘‘Tout ça, c’est la faute des Juifs, des athées, de l’Amérique’’), les injures, les anathèmes fulminés en direction de ‘‘l’Occident’’ ou parfois en direction des chiites ou des musulmans libéraux remplacent souvent l’analyse. C’est ainsi. Le fanatisme, l’obsession du complot et l’ignorance existent dans le monde arabe. Ils y sont même assez répandus. Le message n’est pas très gai. Faut-il pour autant tuer le messager ?
On pourrait objecter que ce ne sont pas seulement les auditeurs, mais aussi des collaborateurs réguliers qui posent problème, comme Youssouf al-Qaradhaoui. Cet ancien Frère musulman est une figure très populaire dans le monde musulman grâce à ses apparitions dans l’émission « La Charia et la Vie », au cours de laquelle il répond en direct aux téléspectateurs. On ne peut attendre de lui qu’il se convertisse inopinément au christianisme évangélisateur de George W. Bush : musulman il est, musulman il restera. Et il lui arrive d’exprimer des opinions contestables, par exemple lorsqu’il justifia, en 2003, les attentats-suicide en faisant, pour l’occasion, un mauvais jeu de mots : « Israël a la bombe atomique (darria), nous avons la bombe humaine (dourria). » Le très conservateur Qaradhaoui prend parfois à partie le philosophe Mohamed Arkoun, mais la chaîne donne aussi la parole à ce dernier. Il y a deux mois, le très éclairé Arkoun a pu exposer ses idées sur la chaîne pendant plus de deux heures, en prime time. Si Qaradhaoui est un poison, Al-Jazira en fournit aussi l’antidote. La parole est souvent –donnée à des penseurs musulmans qui se situent aux antipodes de l’islamisme radical. Lorsque Ayman al-Zawahiri, le bras droit de Ben Laden, accorda une interview à la chaîne, plusieurs de ses adversaires furent conviés à lui répondre point par point. (…)
Al-Jazira véhicule –t-elle des idées dangereuses ? Certes, puisqu’elle donne la parole à tout le monde, mais ces idées sont en vente dans n’importe quelle librairie islamique en Europe. Et cette chaîne présente aussi les opinions contraires. L’une des plus violentes charges contre l’islam entendue au cours des dernières années n’a pas été diffusée sur Fox News ou par un journal danois mais par… Al-Jazira, le 21 février 2006, lorsqu’elle donna la parole à l’Américaine d’origine syrienne Wafa Sultan. Celle-ci proclama haut et fort que les musulmans, arrogants et ignorants étaient entièrement responsables du fameux « choc des civilisations », que ce dernier avait commencé avec le prophète Mohammed et même à cause de lui. Et que l’islam était par nature violent. Une telle diatribe, qui dura un quart d’heur, ne serait sans doute pas passée sur une chaîne européenne ou bien elle aurait déclenchée un tollé. Elle est passée sur Al-Jazira en prime time… (…)
(Source : LA REVUE, n°4, pp.90-95)
L’événement qu’avait constitué l’apparition de Al-Jazira en 1996 n’a pas fini de susciter débats et controverses. C’est le sort de toutes les révolutions…
* Fouad Laroui. Auteur marocain et collaborateur dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, son dernier livre de l’islamisme (essai) a été publié aux éditions Robert Laffont, en octobre 2006.
Perturbation. Le retard de la publication de cet article s’explique par les problèmes de connexion à internet que j’ai rencontré depuis la semaine dernière.
mercredi 1 novembre 2006
La femme aux yeux des islamistes
Le Mufti de l’Australie, le plus haut dignitaire musulman du pays, le cheikh Taj Aldin Al-Hilali (photo) a soulevé un tollé d’indignations après les propos qu’il a tenu a propos des femmes, "Si vous placez de la viande dans la rue, dans le jardin ou dans un parc sans la couvrir et que les chats viennent la manger... qui doit-on blâmer, les chats ou la viande à l'air ?", avait lancé le mufti, lors d'un prêche prononcé il y a quelques semaines devant cinq cents fidèles. "Si [la femme] était restée dans sa chambre, chez elle, portant son voile, aucun problème ne serait arrivé", avait ajouté le dignitaire, cité par le quotidien The Australian.
Ces propos n’ont pas tardés à être critiquer par l’ensemble de la classe politique australienne qui est allée jusqu’à demander l’expulsion du mufti présent depuis 1982 du territoire australien.
Pour freiner la vague d’indignation, les responsables musulmans d’Australie ont décidés de suspendre le mufti de ses activités : " Nous sommes parvenus à un accord pour qu'il prenne un peu de repos (...) et de temps pour voyager, (...) cela ne ferait que jeter de l'huile sur le feu s'il continuait à prêcher", a déclaré Tom Zreika, le président de l'Association des Libanais d'Australie.
Mais, et en plus du coté discriminatoire de ses propos, le danger des déclarations du mufti vient du fait qu’il s’agit d’ "une incitation au crime" : "De jeunes musulmans qui commettraient des viols pourraient se prévaloir de ces remarques, citer cet homme, leur chef spirituel, devant un tribunal " comme l’a déclaré Pru Goward, La responsable de la Commission gouvernementale de lutte contre la discrimination.
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Il est vrai que ces propos peuvent choqués quelques uns. Mais le choque est certainement moindre lorsqu’on connaît l’origine de ces propos : Il s’agit d’un dignitaire musulman imprégné par une certaine vision de la femme partagée avec la majorité des musulmans et tous les islamistes. Jusqu’à aujourd’hui, et dans plusieurs pays musulmans, la femme est considérée mineure à vie, interdite de voter et même de conduire une voiture. Et cela n’est certainement pas le fruit du hasard mais bel et bien le résultat d’une certaine conception de la femme.
Une illustration de cette image de la femme dans la société musulmane et aux esprits des islamistes nous a été présentée par deux penseurs tunisien : Yadh Ben Achour dans son livre « Politique, Religion et Droit dans le Monde Arabe » et Mohamed Charfi dans son livre « Islam et liberté, le malentendu historique ».
En effet, comme nous l’explique Yadh Ben Achour, dans cette conception « la femme réunit toutes les conditions pour avoir le statut d’un inférieur. Elle est périodiquement tachée de « sang ». Elle est –en général- en dessous, dans l’échelle de superposition hiérarchique ciel-terre que l’homme a imaginée, elle semble passive, alors que son partenaire fait mouvement, atteste son énergie et sa force.
Il ne sert à rien, au moins à l’échelle du court-temps, d’opposer les irréfutables témoignages de la science à ces extravagances. La culture se moque de la science. Le système culturel de qualifications a décidé que l’homme était l’agent et que la femme n’était que matière.
Cet univers culturel, fondé sur ses extravagances qui ne sont, somme toute, que des formes de rationalité, et tel qu’il s’exprime dans la littérature religieuse, juridique, la poésie, les lettres, à fixé la situation sociale et la figure de la femme en société.
Elle est l’être appétissant, la source et l’objet de l’envie. Mais pas là même, elle est l’origine d’un désordre toujours menaçant, d’un désastre cosmique, d’un divorce entre l’homme et son Dieu. L’institution du mariage a précisément pour but, de maîtriser et de canaliser le dérèglement. Le point de départ : la sexualité est une force dérèglante. Elle l’est en particulier pour le male. Point d’arrivée : sacrons jusqu’aux limites maximum l’union sexuelle licite au profit de celui qui risque de brûler. Les limites maximum unions conjugales et aux unions dérivées (Milk al ya min).
La religion ne s’arrête pas aux textes sacrés. Les textes subissent des extensions ou des rétrécissements considérables au contact de l’imaginaire. Ce dernier a vite fait de décrire la femme sous les traits les plus sombres. Si nous considérons par exemple la faute qui valut à l’homme d’être chassé du paradis, le Coran nous enseigne que c’est une faute partagée. Eve et Adam ont tous les deux et solidairement péché. Rien, dans le Coran, n’impute l’acte de rébellion à Eve. Rien n’en fait l’alliée du diable, l’origine du péché. Pourtant, c’est bien sa figure spécifique dans l’imaginaire collectif, aussi bien que dans les compilations juridico-éthiques. Pourquoi le péché commun est-il devenu celui de la seule Eve ? Parce que la société islamique ne pouvait autrement concevoir. C’est Bukhari qui rapporte, d’après Abu Huraira, le Hadith du Prophète : « N’était Eve, aucune femme ne trahirait son mari ». Relent biblique ? Cela est possible, mais surtout besoin d’une société particulière.
Le voile viendra protéger l’homme de cette panique brûlante, de ce trouble violent qu’installe en lui son regard sur la femme. Le Coran a bien prescrit aux femmes de se couvrir et de ne pas relever leurs parures (sauf ce qui est communément révélé). Commentaire de Mujahid : « Lorsque la femme fait face, Iblis est assis sur sa tête et la pare pour celui qui regarde, et quand elle tourne le dos, il s’installe sur son dos et la pare pour celui qui regarde ».
Pierre par pierre, un univers « obsessionnel » allait s’élever, toujours par référence aux hadiths :
- La femme est inférieure en raison (un témoignage d’hommes ne vaut-il pas deux témoignages de femmes ?) et en piété (les menstrues l’empêchant d’accomplir ses prières et son jeune).
- Elle est l’origine des conflits et du péché.
- L’accroissement excessif de la population féminine est un signe de la fin du temps.
- Elle est signe d’impureté
- Les femmes constituent la majeure partie du peuple de l’enfer.
- Au paradis, elles sont la partie essentielle des délices (longues dissertations sur la jouissance paradisiaque : regards, charmes, seins, yeux, mesures fantastiques de la durée et de l’intensité de la jouissance masculine, etc.) promis aux gens du bien.
Premier révélateur de cette réalité : le langage. Les termes arabes qui désignent l’accouplement, e, tant que fait naturel, ou le mariage, en tant qu’institution sociale, sont à cet égard, éloquents. Les termes Nikah, Bina, dukhul évoquent différents aspects du mariage, mais dans lesquels seul l’homme est considéré comme l’agent actif (Bana’alayha, dakhala biha sont des verbes à sens unique, contrairement à Nakaha qui joue les deux sens). Plus significatifs, sont les verbes Wati’a (monter, fouler le sol, piétiner quelque chose) ou Waqa’a (charger, attaquer) ou bachara (entreprendre, engager) ou ‘açaba (cogner, heurter, atteindre, plus rare, mais utilisé dans le Mutta de Malek Ibn Anas), désignant tous les quatre l’acte sexuel mais seulement comme attribut de puissance proprement masculine, la femme y étant simplement soumise.
Deuxième révélateur : le statut juridique de la femme. Il se caractérise par trois idées forces : l’inégalité des droits et partages (héritage, talion, butin, pension alimentaires), l’inégalité des pouvoirs (témoignage, mariage, qada, toutes les catégories d’imamats), et de l’autonomie personnelle (circulation, statut de corps, tutelle sur la personne, l’homme étant considéré comme « le chef de la femme »).
Jusqu’à des temps très récents ce droit était (et il le reste d’ailleurs en grande partie) fondé sur les implicites suivants :
- La femme est l’enjeu, c’est-à-dire l’objet des stratégies matrimoniales. Elle est l’objet des transactions et de l’échange. Elle s’échange pour perpétuer l’espèce mais également pour le plaisir de l’homme. L’homme masculin achète son plaisir. La femme se consomme. Elle est donc objet de destruction. Elle se remplace, se fait répudier, corriger, priver de lit (le contraire est interdit).
- La filiation a pour objectif d’assurer, sans doute possible, la possession de l’enfant. Celle-ci étant un fait irrécusable par rapport à la mère, le droit tend à installer -par un jeu de fictions- la même certitude par rapport au père. D’où l’acceptation de la polygamie et l’interdiction de la polyandrie, le droit du nom patronymique, les règles de l’héritage, etc.…
- La maternité, indépendamment du fait qu’elle est supposée ralentir le développement intellectuel et l’activité physique de la femme, a été l’occasion d’une véritable division du travail. La femme au-dedans, l’homme au dehors (cf, les règles relatives aux droits de garde).
- L’imperium reste masculin. La puissance ultime revient au père et au mari. L’homme reste le souverain dans la cellule familiale comme dans la Cité. La souveraineté est virilité. D’après un hadith considéré comme authentique (Bukhari, Tirmidi, Nasa’i) le Prophète ayant appris que les Perses anciens avaient investi la fille de Kisra du pouvoir suprême affirma : « Ne peut prospérer dans ses affaires, un peuple dirigé par une femme ». (pp.237-241)
Mohamed Charfi, sera plus dur à l’encontre de cette vision que le monde arabe et les musulmans se font de la femme, il écrira dans son livre :
« Le caractère discriminatoire de la charia à l’égard des femmes est bien connu. Sa dénonciation est un lieu commun. Pourtant, il faut aborder la question, car plusieurs de ses aspects restent mal connus.
A l’opposé de la religion chrétienne, l’islam reconnaît la légitimité du désir et du plaisir sexuels. Ce n’est pas en soi, un péché, ni un mal nécessaire justifié seulement par le besoin de la procréation. D’une certaine manière la charia établit une liberté sexuelle très large, presque une licence, avec la seule véritable limite que cette liberté est réservée aux hommes et entièrement et rigoureusement exclue pour les femmes. C’est que, s’il prend la précaution de respecter certaines formes, l’homme peut avoir un nombre illimité de femmes.
Il a d’abord le droit d’épouser quatre femmes en même temps. Ce droit est resté incontesté pendant treize siècles, c’est-à-dire jusqu’à une époque très récente, quand les premières tentatives de nouveaux ijtihads ont commencé. On justifie ce droit par le nécessité d’éviter le péché. Si un homme marié rencontre une femme, jeune fille, veuve ou divorcée, qui lui plait, pour qu’il ne soit pas tenté d’avoir avec elle des rapports illégitimes, autant l’autoriser à l’épouser. S’il n’est pas sur de l’aimer, de la vouloir comme épouse pour la vie, ni même simplement pour longtemps, cela n’a aucune espèce de gravité, car, après la consommation, une fois le désir assouvi, il aura toujours le loisir de la répudier quant il le voudra. Les esprit ‘‘sceptiques’’ répondront alors en posant la question de savoir pourquoi ne pas s’arrêter à deux femmes. Ce à quoi les ulémas répliquent en reprenant exactement les mêmes termes pour justifier la possibilité d’avoir une troisième puis une quatrième épouse.
De plus, durant les treize premiers siècles de l’hégire, donc selon la charia, l’homme pouvait acheter autant d’esclaves que sa capacité financière le permettait et pouvait avoir des rapports sexuels avec toutes ses femmes esclaves. ‘est ainsi que, depuis les tout débuts de l’empire omayade, trente ans après la mort du Prophète, et jusqu’à l’abolition du califat par Ataturk en 1924, à de très rares exceptions, les califes, c’est-à-dire les chefs de l’Etat islamique, ceux qui avaient cette fonction religieuse à laquelle les islamistes sont si attachés avaient leur harem, ‘‘réserve’’ de femmes, qui pouvait en compter des centaines, voire des milliers. C’était la partie essentielle de la cour impériale. Et, pour qu’il n’y ait pas de loup dans la bergerie, ces femmes étaient servies par des eunuques. Si l’exigence de fidélité est l’expression de la jalousie, elle-même conséquence de l’amour, cela ne peut s’appliquer, humainement parlant, à des milliers de femmes en même temps. On reste perplexe devant autant de pratiques inhumaines, qui rappellent le droit de cuissage de la féodalité européenne.
En tout cas, les uléma ne se sont jamais souciés de la vie affective ni des besoins physiologiques de ces centaines de concubines qui attendaient dans leur ‘‘palais-prison’’ avec la peur constante ou l’espoir non moins constant d’être la favorite d’une nuit.
On peut nous rétorquer que cela est certes regrettable. Mais, ces pratiques étant aujourd’hui dépassées, il faut apprécier la charia dans ses autres applications après l’abolition de l’esclavage et la fin des harems. Il faudrait alors faire remarquer que, même en dehors des concubines, si l’homme n’a droit qu’à quatre épouses, il a droit à des mariages en nombre illimité. Car la charia ne contient pour l’homme que la limite de quatre épouses en même temps. Le polygame peut à tout moment répudier une de ses quatre femmes pour dégager un ‘‘poste’’ qu’il fera occuper par une nouvelle épouse… qu’il pourra répudier à son tour plus tard pour recommencer le même manège. L’homme peut même être sur qu’un temps limité, un an, un mois ou une semaine, le temps d’un voyage de vacances par exemple, son mariage sera valable. Pour les sunnites, ce sera tout simplement un mariage suivi d’un divorce. Certains émirs des pays du Golfe pratiquent ce genre de prostitution légale pour égayer leurs voyages d’agrément dans les pays pauvres de l’océan Indien sans que les théologiens ne trouvent à y redire. Quant aux chi’ites, ils sont plus francs. Le rite jaafarite reconnaît explicitement le mariage mutaa ou de jouissance, par définition un mariage provisoire, c’est-à-dire, pour être encore plus clair, une prostitution déguisée et réglementée. (…)
