vendredi 25 août 2006
Islamisme : pourquoi il triomphe ? (4) : Ces sociétés qui refusent de voir la modernité
Dans nos pays arabes, la majorité de nos concitoyens s’accorde à dire que la monter de l’islamisme ainsi que la décadence et le sous-développement de nos pays sont imputables à l’occupation israélienne des territoires palestiniens !
Explication simpliste qui ne peut satisfaire que ceux qui ont pris l’habitude de crier au complot israélien chaque fois qu’une catastrophe à lieu dans un pays arabe.
Certes Israël n’est pas, et n’a jamais été, l’ange gardien du Moyen-Orient, mais lui imputer la responsabilité de tous nos maux reviendrait à lui donner un poids supérieur au sien.
Dans cette quatrième et dernière partie de notre dossier sur la montée de l’islamisme, je vous propose un article publié par le journal londonien Al-Hayet, dans lequel Hazem Saghieh considère qu’imputer la montée de l’islamisme aux israéliens est réducteur et ou il revient sur les raisons de la monté de « l’islam politique » en Palestine.
Ces sociétés qui refusent de voir la modernité
Si les pays musulmans qui n’ont jamais subi l’occupation israélienne ne présentaient pas le même tableau navrant, on pourrait faire porter la responsabilité de l’essor de l’islamisme chez les Palestiniens à la betise de l’occupation. Mais nous venons de voir comment l’Egypte, elle aussi, vient de voter massivement pour les Frères musulmans et comment l’Iran a abjuré l’islamisme modéré que représentait Khatami pour cette version dure qu’incarne Ahmadinejad. Quant à l’Irak, depuis la chute de Saddam Hussein, il voit s’imposer deux radicalismes islamiques, l’un sunnite et l’autre chiite, tandis que l’on chuchote que les islamistes hériteraient du pouvoir actuellement entre les mains du Baas syrien si le régime de Damas venait à tomber.
Et lorsque cette radicalisation islamique ne se reflète pas toujours au niveau des régimes ou des institutions politiques, nous la voyons transpirer dans la rue, dans le costume féminin et masculin, dans les comportements, dans l’apparence générale, et cela aussi bien dans les pays musulmans que dans les nations d’immigration. Sur la scène palestinienne, la montée du Hamas face au délitement d’un Fatah s’effritant en factions est une transformation dont l’importance n’est pas moindre que celle qui a eu lieu il y a trente cinq ans, lorsque l’OLP s’était affranchie de la poigne d’acier du nassérisme et des régimes arabes, et qu’elle devint la propriété des mouvement liés à Yasser Arafat. Mais cette mutation s’était déroulée en concomitance avec la montée d’un nationalisme palestinien rétif aux tentatives d’un nationalisme palestinien rétif aux tentatives de mainmise des régimes arabes défaits en 1967. Il trouva son apogée, après divers avatars, dans l’exigence d’un Etat indépendant. La voie vers la création de cet Etat était tracée par des forces variées, certaines laïques, voire athées, d’autres sincèrement croyantes mais distinguant toujours entre le religieux et le politique.
S’il est vrai que ces groupes ‘‘non laïcs’’ n’hésitèrent pas à faire usage de symboles et de slogans religieux, néanmoins la cause nationale demeurait le but stratégique ultime. C’est en cela que le nationalisme palestinien ressemblait comme deux gouttes d’eau à son adversaire, le nationalisme israélien, tous deux instrumentalisant la religion, dans des mesures diverses, au service de l’Etat. L’ère du nationalisme palestinien semble proche de la fin. Elle laisse le champ libre à une ère islamiste, concomitante elle aussi avec l’atmosphère dominante au Moyen-Orient. S’il est possible de comparer le mouvement nationalistes palestinien actuel et le mouvement sioniste, le destin de chacun d’entre eux est devenu fort différent : contrairement à ce qui se passe chez les Israéliens, la dimension politique et temporelle s’est considérablement affaiblie au profit du religieux dans le cas palestiniens.
Il n’est plus possible de considérer comme seule cause de la montée de l’islamisme le conflit avec Israël et de fermer les yeux sur la face dogmatique et sur les égoïsmes structurels que reflètent les mouvements religieux. La montée de l’islamisme et sa longue marche auront suivi des voies tortueuses, qui les ont menés parfois à collaborer avec les autorités israéliennes pour contrer l’Olp et son projet national : il suffit de voir les services rendus par les forces d’occupation israéliennes au Hamas, les autorisations et les facilitations qui leur ont été accordées, tout comme elles avaient été accordées par les Américains aux Frères musulmans égyptiens et aux branches qui étaient sous leur influence dans le monde musulman, pour contrer Nasser et le communisme soviétique. L’islam politique aura trouvé son égide protectrice dans une multiplicité de causes quelquefois contradictoires : l’occupation, le pouvoir inique des régimes arabes, la dépendance vis-à-vis de l’Occident, la pauvreté ; mais aussi dans la richesse rentière (des pétromonarchies), dans l’incapacité à s’intégrer dans des sociétés étrangères, dans la mondialisation et les transformations qu’elle induit, tout comme dans l’isolement, la répression ou alors l’explosion des libertés.
La croissance de l’islam politique se sera paradoxalement nourrie des frustrations de la défaite face à Israël, comme elle se sera confirmée avec des victoires comme l’Afghanistan, à la fin des années 1980, incitant les islamistes à rever d’autres victoires du même type. Cela n’est pas imputable à une quelconque ‘‘essence’’ de l’islam qui condamnerait par avance toutes les expériences politiques dans cette partie du monde ; cela est du au fait que nos sociétés manquent cruellement de cette légitimité constitutionnelle à travers laquelle se traitent d’habitude les questions qui se posent au présent.
Mais ce qui est particulièrement frappant, dans le cas palestinien, c’est le recul de l’idée d’Etat-nation avant même la fondation de l’Etat.
C’est le couronnement même d’une idéologie de rupture avec le politique. Les événements qui se déroulent actuellement devraient inciter les Américains à cesser de pousser des cris de victoire devant les ‘‘progrès de la démocratie’’ et la tenue d’ ‘‘élections libres’’, et à réfléchir quelque peu aux sociétés et à leurs cultures. Peut-on oublier que les millions de citoyens iraniens ont voté pour le dénommé Ahmadinejad, de la bouche duquel s’échappe, chaque fois qu’il l’ouvre, un flot d’ignorance, tandis que d’indicibles désastres pointent à l’horizon ?
Hazem Saghieh
lundi 21 août 2006
Islamisme : Pourquoi il triomphe ? (3) : De l’Irak à la Syrie, le monde à l’envers
La transformation de certains régimes arabes de la laïcité à l’intégrisme religieux est révélatrice de la situation que nous vivons aujourd’hui dans le monde arabe. L’islamisation ne concerne plus la population uniquement mais touche de plus en plus les Etats.
L’exemple irakien est révélateur de cette transformation et les images d’un Saddam Hussein dirigeant du Parti baas (laïque) se présentant comme un pieux musulman qui accomplit la prière au sein même du tribunal lors de son procès ainsi que les discours dont ils usent pour montrer sa ‘‘reconversion’’ sont autant d’éléments qui illustrent ces transformations.
La Syrie aussi connaît des transformations révélatrices du malaise que nous vivons. Le pays qui fut l’un des prôneurs du marxisme se retrouve mur pour l’intégrisme. Du moins c’est l’analyse qui a été faite par Ibrahim Hamidi dans les colonnes de Al-Hayet et dont je vous propose des extraits.
SYRIE : Un pays mur pour l’intégrisme
(…) Une simple observation suffit pour se rendre compte que l’identité islamique gagne du terrain en Syrie. Ainsi, le port du voile a augmenté et les librairies ont reduit leur offre de littérature non religieuse au profit de la littérature islamique.
Même la grande librairie située face au centre culturel russe, dans le centre de Damas, s’est reconvertie dans la vente de livres religieux alors que cette même rue était autrefois réputée pour ses librairies de tendance marxiste.
On s’habitue aussi à la vue de ces jeunes portant la barbe et la djellaba courte.
De même, la plupart des restaurants installés sur les rives de la Barada dans la banlieue de Damas, ont cessé de servir de l’alcool et aménagé des espaces ‘‘famille’’ (une manière d’empêcher la mixité des sexes en dehors des couples mariés.)
Dans le village Djebel Al-Zaouia Al-Oua’ra, qui avait été le théâtre d’affrontements armés avec les Frères musulmans dans les années 1980, nous rencontrons Mohamed Nouri. Dans sa jeunesse, il avait des convictions socialistes, aimait défier les traditions et transgresser les coutumes vestimentaires. Il avait étudié à Moscou du temps de l’URSS, ou il avait envisagé de se marier avec une Soviétique, à l’instar de milliers d’autres Syriens qui avaient fait leur études dans l’ancien bloc de l’Est. En rentrant dans son village, il voulait y répondre la bonne parole laïque et rêvait de construire un centre culturel ou un dispensaire. Mais, au bout de vingt ans, les contraintes sociales et la force des traditions l’ont emporté. Mohammed est désormais attaché au rigorisme religieux. Il proclame que ‘‘l’islam est la solution’’ ; ses quatre enfants –dont deux filles, qui portent le voile depuis l’age de 10 ans – étudient à la mosquée. Ahmed, son ami d’enfance, a quant à lui passé dix ans en Arabie Saoudite, d’où il est revenu imprégné d’un islam salafiste, et de coutumes saoudiennes.
Le parcours de ces deux amis est emblématique de l’évolution d’une génération.
Pour comprendre l’échec des efforts qu’avait déployés l’Etat syrien afin de développer une société laïque moderne, il faut remonter au début des années 1980. Après la répression contre les Frères musulmans, le régime devait se prémunir contre le risque d’être accusé par la majorité de la population d’être hostile à l’islam. Il avait alors adopté une politique d’encouragement d’un islam ‘‘modéré et apolitique’’. Ainsi, il avait lancé la construction de mosquées, dont le nombre atteint aujourd’hui les 8000 à travers le pays (pour 18 millions d’habitants), créé des ‘‘écoles Assad pour l’apprentissage du Coran’’, actuellement au nombre de 120, et fondé des instituts supérieurs de sciences religieuses, au nombre de 22.
Par ailleurs, parmi les 584 associations du pays, 290 sont des associations de bienfaisance de tendance islamique. Un jeune Syrien a donc le choix entre deux choses : les 8000 mosquées, qui dispensent environ 416 000 cours par semaine et sont fréquentées chaque vendredi par des millions de fidèles, ou les 70 centres culturels et les 4 théâtres publics qui ont présenté 27 pièces en 2003 et sont fréquentés, au mieux, par quelques milliers de personnes par an. La plupart choisissent la mosquée afin d’échapper au monolithique discours officiel bassiste, aux frustrations engendrées par la corruption, et aux soucis matériels du quotidien.
Car, selon les chiffres des Nations unies, la Syrie compte près de 5,3 millions de pauvres, c’est-à-dire environ 30ù de la population, dont 2 millions qui n’arrivent pas à satisfaire leurs besoins essentiels.
Avec tout cela, il n’est pas certain qu’un jeune Syrien moyen considère que ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 a été un acte terroriste. Il y verra probablement plutôt la preuve que ‘‘l’islam est la solution’’, puisqu’une petite organisation a été capable, ‘‘grâce à l’islam’’, de tenir tête à la superpuissance américaine, alors que les régimes arabes se sont tous révélés incapables d’obtenir les victoires qu’ils avaient promises à longueur de discours.
Ibrahim Hamidi
Courrier International n° 795
En Plus …
* Depuis 2004 la Syrie connaît un certain activisme d’organisations islamistes :
- En avril 2004, pour la première fois, le gouvernement syrien a annoncé avoir déjoué un attentat planifié par un groupe subversif contre les bureaux des Nations Unis à Damas.
- Au milieu de l’année 2005, après une intervention des forces de sécurités dans un quartier de Damas, les autorités parlent pour la première fois d’une cellule terroriste de groupe Jund Al-Cham Lil Djihad (Soldats du Levant pour la guerre sainte) qui a pour objectif l’instauration d’un émirat islamique ou un califat sur l’ensemble de la Syrie, de la Jordanie, du Liban, de l’Irak et de la Palestine.
- La dernière intervention policière, dans la province d’Edlib, a fait huit mort, dont trois qui se sont fait sauter avec leurs ceintures d’explosifs.
* Selon les communiqués du ministère des affaires étrangère :
- Les services de sécurité syriens ont arrêté plus de 8 000 extrémistes qui avaient tenté de s’infiltrer en Irak, dont près de 4 000 Syriens, 2 500 Irakiens et 1 600 ressortissants d’autres pays arabes, qui ont tous été extradés vers leur pays d’origine.
- Les autorités ont pris des mesures restreignant sévèrement l’entrée en Syrie de ressortissants des pays arabes âgés de 18 à 30 ans, considérés comme des terroristes potentiels.
lundi 14 août 2006
Islamisme : pourquoi il triomphe ? (2) Irak, de la dictature à la théocratie !
Nous avons cru que l’Irak s’est libéré définitivement de la dictature avec la chute du régime de Saddam Hussein. Hélas, plusieurs reportages effectués en Irak par plusieurs journalistes montrent que le pays n’est sorti d’une dictature que pour épouser une … théocratie.
Des mains du baas, les irakiens sont passés aux mains des chiites.
Je vous propose dans ce deuxième volet de notre enquête sur le triomphe de l’islamisme de rendre visite à l’Irak ou les religieux gagnent de plus en plus de places dans le parlement et de popularité dans la rue.
Ali Ajjam, journaliste au quotidien arabe publié à Londres AL-Hayat, n’hésite pas à considérer que l’imam a remplacé Saddam :
L’imam a remplacé Saddam
Quand Amira, jeune ingénieur, arrive au bureau ce jour-là, elle est surprise de n’y trouver aucun de ses collègues. Elle se rend compte que tout le monde est descendu sur le parking de l’immeuble, sur ordre du directeur, pour une « réunion de soutien à la liste chiite ». La réunion est en fait une procession, ou l’on scande des slogans religieux en invoquant la figure fondatrice du chiisme : « Ali, o Ali… ».
La plupart des hommes ont délaissé leur cravate et se sont laissé pousser les barbes. Quant aux femmes, on leur a conseillé avec insistance d’adopter le voile. Pour Amira, cette réunion évoque un passé proche, le temps de Saddam Hussein, quand son ancien supérieur ordonnait, lui aussi, l’interruption du travail pour organiser des réunions ou les employés se mettaient en kaki militaire et exhibaient leurs armes en prévision de la guerre.
Cette mésaventure d’Amira est survenue dans la ville de Kout, à 180 kilomètres au sud de Bagdad. Elle illustre la mainmise des partis chiites sur les provinces du sud et du centre de l’Irak de l’après-Saddam Hussein. Ceux-ci n’ont pas seulement investi les processions religieuses ou l’on célèbre les martyrs du chiisme, mais ils sont allés jusqu’à mettre sur pied des tribunaux religieux qui passent outre aux lois de l’Etat central et se permettent de juger les citoyens, voire de confisquer des biens publics.
Et, dans l’Ouest sunnite, notamment à Ramadi et à Tikrit, la situation n’est pas meilleure. Là aussi, le fondamentalisme a enserré la vie sociale dans son étau.
Selon l’universitaire Amer Fayad, « la soumission aux hommes de religion a pris la relève de la soumission au militaires de Saddam ».
Il s’inquiète de voir la culture religieuse aboutir à une forme de répression organisée et explique que, d’ores et déjà, l’élite progressiste s’abstient d’exprimer publiquement ses opinions - de peur de représailles des ‘‘enturbannés’’, qui pourraient bien profiter de l’anarchie ambiante pour liquider leur opposants.
A l’université de Bassorah, la deuxième ville d’Irak, située dans le Sud chiite, sur un mur qui auparavant portait le slogan de l’ancien régime : « Bassorah doit fidélité à Saddam notre guide ! », on lit désormais : « Bassorah restera la ville de Moqtada ! ».
Un incident y a récemment révélé l’impuissance des intellectuels. Des adeptes d’Al Sadr ont attaqué des étudiants partis en excursion en les accusant de « pratiques illicites contraires à l’islam ».
Rares ont été les intellectuels qui se sont exprimés sur le sujet, et ceux qui l’ont fait ont pris soin de nr prendre parti ni pour les étudiants ni pour leurs agresseurs.
Face à l’activisme grandissant des groupes armés, l’autorité de l’Etat ne cesse de diminuer. Selon Kadhem Habib, un universitaire irakien, « ces forces contrôlent totalement la ville. Elles disposent à leur guise du budget de l’Etat, imposent leur volonté à la société grâce à leurs milices et menacent leurs adversaires des pires châtiments. Tout cela a anéantis la vie culturelle, et les habitants n’ont plus rien d’autre à faire que se morfondre dans une longue et triste suite de regrets – à l’image des processions de deuil de la fête d’Achoura, qui donnent lieu à d’impressionnantes scènes d’auto flagellation et de lamentation ». Et d’ajouter que « La véritable autorité spirituelle de la ville n’est pas Ali Sistani, mais Ali Khamenei ».
Quant aux forces britanniques stationnées dans la zone, elles ont favorisé l’effacement quasi-total du gouvernement central et ont permis l’infiltration de la police par les milices chiites.
Ces milices ont également établi leur mainmise sur les autres instances de l’Etat, telles que les organismes chargés de l’exploitation pétrolière, de la distribution d’électricité ou encore des ports.
Quant au Parti de la vertu (islamiste), fondé après la chute de l’ancien régime, il a, depuis sa victoire aux élections municipales, abandonné ses positions modérées et a étendu son influence à tous les rouages institutionnels et sécuritaires.
Une kyrielle d’organisations jusque-là inconnues ont ouvert des bureaux et recruté des combattants à Bassorah, telles que la Vengeance de Dieu, le Parti de Dieu (Hezbollah), les Martyrs de Dieu et dernière en date, la Piété de Dieu – Lions d’Irak.
Selon le défunt journaliste américain Steven Vincent, dont on a retrouvé le cadavre quelques jours après son enlèvement à Bassorah, en août dernier, « rien ne distingue ces organisations entre elles si ce n’est leur degré de cruauté. Elles n’ont pas de programme politique et leurs membres se soucient comme d’une guigne des affaires politiques ou des questions théologiques. Leur point commun est qu’ils terrorisent la population civile et s’adonnent aux assassinats. »
Cette emprise grandissante des islamistes va de pair avec le recul des idées laïques et progressistes. Selon Mona Al-Ainejeh, professeur de sciences sociales, « l’élite laïque irakienne ne peut agir alors que sont braqués sur elle des fusils prêts à faire feu sous n’importe quel prétexte. La pensée des Lumières a besoin d’un environnement de liberté pour s’épanouir. »
Ali Ajjam
Courrier international dans son n° 795
Carte:
Wikimedia commons
En plus…
Les chiites sont depuis les dernières élections législatives du 15 décembre 2005 la plus importante force politique du pays. Ce scrutin se déroule sans fraude massive et enregistre un taux de participation de près de 80 %.
Il se solde par la large victoire de la liste chiite conservatrice de l’Alliance irakienne unifiée, qui recueille 41 % des suffrages, soit 128 des 275 sièges du Conseil des représentants de l’Irak. Le Bloc kurde en obtient 53 (21,6 % des voix), et le Front irakien de la concorde (sunnite), 44 (15 % des voix).
lundi 7 août 2006
Islamisme : Pourquoi il triomphe ? (1)
Comme nous l’avons vu dans le dernier article, l’islamisme est entrain de gagner de plus en plus de places dans les divers Parlements en usant d’un discours moderne mais sans renoncer aux points les plus radicaux de son idéologie.
Or comme nous l’avons déjà vu avec le PJD marocain, le discours est une chose, la pratique est une autre.
A partir de ce numéro, nous effectuerons un voyage dans tous les pays ou il y a une forte présence islamiste et nous essayerons de dévoiler la réalité de ce discours.
Pour ce premier volet de cette enquête nous allons voyager en Egypte ou il y a la plus importante confrérie islamiste et la mieux organisée de tout le monde arabe.
Magdi Khalil qui décrypte le discours des « Frères musulmans » en Egypte depuis longtemps, nous présente ici la réalité du projet islamiste de la confrérie.
Double langage des Frères musulmans
Depuis la percée des Frères musulmans aux dernières législatives, ou ils ont raflé 88 sièges, les Coptes, mais aussi les femmes, les militants de la société civile, les progressistes, les milieux associatifs…, tous s’inquiètent et se posent des questions sur les buts de la confrérie. Ces derniers affirment qu’ils ne cherchent pas à établir un Etat religieux, mais simplement un Etat civil conforme aux normes islamiques ou encore une démocratie musulmane, mais j’invite à analyser leurs propres écrits. Il en ressort qu’ils souhaitent bel et bien l’instauration d’un Etat religieux.
Déjà, l’ancien guide des Frères Moustafa Mashhour présente son mouvement comme ayant le monopole de l’islam lorsqu’il explique que « ceux qui s’en prennent aux Frères s’en prennent à Dieu et à son Prophète ». Ensuite, Issam Al-Ariyan (membre de la jeune garde) écrit que « les Frères oeuvrent pour l’établissement d’une civilisation islamique régie par la foi en Dieu et qui permet à l’homme de rétablir son équilibre intérieur ».
Mais qu’est-ce qui lui permet d’affirmer que nous sommes déséquilibrés ?
Quant au guide actuel des Frères, Mohamed Mehdi Akef, il estime que la revendication d’une Constitution laïques « est absurde ». Elle pourra « provoquer la guerre civile en Egypte », ajoute son adjoint. Et Mashhour conclut : « Nous acceptons le multipartisme en l’état actuel des choses, mais, dans le cadre d’un régime islamique, nous le refuserons. »
Le principal slogan des Frères musulmans est « L’islam est la solution ». Définissant leur objectif, Mashhour affirme dans la presse « la restauration du califat ». Quant à la séparation des pouvoirs, elle doit se faire en conformité avec le Coran. Avec de telles déclarations, peut-on vraiment considérer qu’ils souhaitent instaurer un Etat ‘‘civil’’ ?
Sur le site du syndicat des journalistes égyptien qui leur est affilé, on peut lire ceci : « L’objectif de notre prédication est une réforme globale afin d’établir la loi divine, ce qui convient à ce bas monde comme à l’autre monde. » Pour conclure que « la tache consiste à former l’individu musulman, le foyer musulman et l’Etat musulman qui dirigera les autres pays musulmans ». Ce même site appelle aussi à « épurer les médias de tout ce qui s’oppose à l’islam » et à instaurer une « économie musulmane » qui bannirait la pratique des intérêts, une éducation qui « se concentre sur l’apprentissage du Coran », un rôle des femmes « qui préserve leur chasteté », une vie culturelle conforme aux « sources islamiques » et à un « système politique dans le cadre musulman ». Voilà ce qui explique les peurs que les Frères musulmans font naître dans la société.
Chaque fois que j’ai interviewé leurs dirigeants, j’ai ressenti que nous ne vivions pas dans le même monde et ne parlions pas la même langue. Or ils s’appliquent à nous rassurer à grand renfort de mots verbeux. Manipulant les termes, cachant leur jeu, jouant sur les ambiguïtés, ils sont comme un poisson qui vous glisse entre les mains. On trouve de tout dans leur discours, qu’ils adaptent à la tête du client selon qu’ils ont affaire aux Américains, aux Coptes, aux femmes ou à Oussama Ben Laden. Mais ils ont toujours refusé de condamner les écrits de l’Egyptien Sayyid Qotb, le théoricien de la violence islamiste.
Quant aux peurs spécifiques des Coptes, il faut rappeler qu’à travers l’histoire ils n’ont jamais été traités par les pouvoirs musulmans comme des citoyens égaux. Les frères ont même émis une fatwa demandant que l’on interdise la construction de toute nouvelle église en Egypte (Al-Daawa, décembre 1980).
Ils n’ont jamais renié cette fatwa, et son auteur, Mohammed Khatib, est toujours membre dirigeant de la confrérie. Et Moustapha Mashhour avait ajouté une fatwa selon laquelle « les Coptes doivent payer une capitation plutôt qu’être enroulés dans l’armée, ou ils risquent de se solidariser avec l’ennemi en cas de guerre avec un pays chrétiens » (Al-Ahram Weekly du 13 avril 1997). Par la suite, il était revenu sur cette fatwa mais sans pour autant l’annuler en bonne et due forme. Dans la même logique, Mehdi Akef, après avoir contesté la réalité de l’Holocauste, était revenu sur ses déclarations, sans les retirer formellement. On se rappelle également les déclarations de Habib selon lesquelles les frères souhaiteraient instaurer une Constitution islamique qui interdirait aux Coptes de « se regrouper politiquement » et à tous les non musulmans d’accéder à un quelconque poste, que ce soit dans l’administration de l’Etat ou dans l’armée » (Azzaman du 17 mai 2005).
Après le tollé suscité par ces prises de position, Habib avait présenté des faux-semblants de concessions. « Nous considérons les Coptes comme des concitoyens jouissant de tous les droits que leur confère leur citoyenneté, y compris celui d’accéder à tous les emplois publics, à l’exception de la présidence de l’Etat » (Asharq Al-Awsat du 27 novembre 2005).
Or le problème ne réside pas dans le fait de constater qu’un Copte aurait du mal à se faire accepter en tant que président par les Egyptiens. Cela est une réalité sociologique. Le problème, c’est de fournir à cette réalité une justification théologique, puisque cela revient à vider l’idée d’égalité citoyenne de son contenu. Hassan Al-Banna (fondateur de la confrérie) écrivait qu’il y avait une « obligation de tuer les gens du Livre », c’est-à-dire les chrétiens et les juifs.
Magdi Khalil
vendredi 4 août 2006
Les islamistes aux Parlements
D’une année à une autre le poids des islamistes dans les Parlements ou ils sont présent ne cesse de croître.
Voici le tableau de bord des parlements islamistes
Liban :
Sur 128 députés, 12 ont été élus sous l’étiquette du Hezbollah. Le « Parti de Dieu » a fait son entrée au Parlement au début des années 1990, après la fin de la guerre civile libanaise.
Palestine :
Le Djihad islamique a refusé de participer aux élections de 2005. Seul le Hamas à présenté des listes. Aux élections municipales, le Hamas a raflé la victoire dans les plus grandes localités.
Egypte :
La nouvelle Assemblée nationale égyptienne compte 88 représentants des Frères musulmans sur 444 députés, et cela en dépit d’une forte campagne policière pour empêcher les électeurs de voter pour les islamistes.
Les Frères musulmans sont la seule force d’opposition au sein du Parlement.
Jordanie :
Le Parlement jordanien compte 17 députés du Front d’action islamique sur 110 députés. Les députés islamistes ont souvent réussi à annuler des projets de loi en faveur des femmes et du progrès social.
Irak :
Sur les 275 sièges du Parlement, on dénombre 203 députés islamistes :
Les islamistes chiites en ont 130, dont seulement 2 élus proches du radical Moqtada Al-Sadr. Les sunnites arabes détiennent 58 sièges. On note aussi 5 islamistes kurdes.
Iran :
Au Parlement iranien (Majlis), 190 des 290 sièges sont occupés par des députés conservateurs, contre 50 pour les réformateurs.
Les 50 restants sont des indépendants. Les Majlis ne compte que 9 femmes.
Turquie :
Le Parti islamique AKP occupe 357 des 546 sièges que compte l’Assemblée nationale turque.
Il existe un autre parti islamique, le Parti du bonheur (Saadet), qui n’a pas de députés mais qui contrôle une soixantaine de mairies.
Et aussi...
D’autres pays ont une présence islamistes dans leurs Parlements : le Koweït, l’Algérie, le Maroc et même … Israël qui compte 10 députés arabe (sur les 120) dont 2 islamistes.





