lundi 29 mai 2006
L’Islam et la France
En un mot, la relation entre la France et l’Islam est aujourd’hui une relation conflictuelle et ce malgré les déclarations des hommes politiques français et de certains musulmans de France.
Désormais, l’amalgame s’installe et aucune nuance n’est présente aujourd’hui à l’esprit du français « ordinaire » entre Islam, islamisme, fondamentalisme et terrorisme.
Une situation qui a vue le jour à cause de l’image dégagée par certains musulmans de leur religion. Cette image négative bénéficiera d’une médiatisation incroyable et les médias français ne se priveront plus de tirer la sonnette d’alarme face à ce danger « imminent » qui est l’Islam et qui guette la république Française !
Une république qui a peur de perdre sa laïcité et ses spécificités et qui va donc se défendre par tous les moyens … y compris le mensonge.
Nous avons déjà indiqués qu’une certaine lecture de l’Islam peut donner des terroristes. Mais de là à penser que tout les musulmans peuvent être des terroristes, de là à penser que pour se défendre contre cette lecture de l’Islam on doit être des islamophobes… là il y a une grande différence.
Malheureusement, ce qui se passe en France montre que cette islamophobie existe et qu’elle se développe.
Dans l’un des meilleures livres qui traite objectivement de la situation de l’Islam et des musulmans en France, Alain Gresh nous dresse entre autre le sombre tableau de l’islamophobie française.
A partir du vendredi 2 juin, je vous présenterai une série d’extraits du livre « L’ISLAM, LA REPUBLIQUE ET LE MONDE » un livre très intéressant par ses conclusions et très admirable pour l’objectivité de son auteur.
Un livre qui dit OUI au combat de l’islamisme et NON à l’amalgame entre Islam et Islamisme, Islam et terrorisme.
vendredi 26 mai 2006
L’islamisme au Maroc (3) : Islamistes et démocratie
Mr El-Othmani serait donc favorable au partage égalitaire de l’héritage entre mâles et femelles. Il est contraire à l’application des houdoud. Il est contraire à toute obligation en matière de prière et de voile et n’est pas favorable à l’interdiction du vin « pour les touristes ».
Le tourisme ? Non seulement il est pour, mais il envisage de faire mieux que le gouvernement actuel (plus que 10 millions de touristes).
Et la cerise sur le gâteau, il annonce « sans la moindre ambiguïté » que « la loi est la loi votée par le Parlement » par les représentants du Peuple et donc indirectement par le Peuple et non … la loi posée par Dieu !
Voila le résumé des positions du leader des islamistes marocains et probable vainqueur des prochaines législatives de 2007.
A lire l’interview de El-Othmani, on a l’impression qu’il s’agit d’un réformiste et non d’un islamiste ; Il ne garde presque rien de l’islamisme radical auquel nous sommes habitués de la par des tenants du discours religieux.
Les islamistes sont –il entrain de changer ?
Savent-ils désormais que leurs positions archaïques ne peuvent plus être défendu au 21ème siècle ?
Veulent-il vraiment gouverner les pays arabes par la démocratie et croient-ils vraiment aux droits de l’Homme et à la loi « volonté du Peuple » ?
Si on se fier simplement aux réponses très bien formulées d’El-Othmani, « on lui donnerait le bon Dieu sans confession » comme le dit Hamid Barrada.
Mais à lire entre les lignes et à mettre devant soi les ruses auxquelles peuvent recourir les islamistes pour arriver au pouvoir on ne peut s’empêcher de voir dans les propos d’El-Othmani un point de vue idéaliste pour ne pas dire un grossier mensonge sur la réalité des idées islamistes.
S’agit-il d’un procès d’intention que nous tentant contre le leader du PJD ?
Je ne le pense pas. Certes, j’ai été étonné par ces propos originaux d’un islamiste pas comme les autres. Mais on n’est pas dupe pour croire tout ce qu’on nous dit. Et Hamid Barrada sait bien de quoi en parle.
Si vous l’avez remarquez, dans la présentation de l’interview de El-Othmani, le journaliste marocain nous rappel que dans l’idéologie islamiste existe ce qu’on appel taqiya « cette stratégie de la dissimulation qui donne aux fidèles dans l’adversité le droit de recourir à toutes les ruses, de s’octroyer toutes les libertés, y compris celle d’embrasser la religion de l’ennemi pour mieux l’abattre. »
Autrement dit, El-Othmani peut dire ce qu’il veut afin d’arriver au pouvoir : Il peut dire qu’il n’obligera personne à prier, qu’il n’obligera pas les femmes à porter le voile, qu’il développera l’activité touristique… et il peut même dire que la loi est celle du Parlement et non celle de Dieu.
Il peut le dire tant qu’il n’est pas au pouvoir. Mais le jour ou cela se produira, tout ce que vous avez entendu sera démenti, contredit et néantiser.
Sinon pourquoi, les islamistes ne déclarent-ils pas, comme l’a dit Mohammed Talbi dans l’interview que nous lui avons publiée, que certaines sourates sont abrogées.
Talbi, pour qui on ne peut être islamistes et démocrates affirme que
« L’islamisme et la démocratie sont totalement inconciliables. Pour l’islamiste, le législateur, c’est Dieu. Et c’est tout. Pour un démocrate, la souveraineté appartient au peuple. L’un dit : la souveraineté est transcendantale ; l’autre dit : elle est horizontale. Il y aura toujours cette pierre d’achoppement qu’est la charia. Même s’ils mettent une sourdine à l’application des houdoud, les peines mutilantes, ils n’y renoncent pas. Ou alors, qu’ils déclarent solennellement les houdoud obsolètes.
Ils peuvent par taqiya, dissimulation tactique, temporiser. Parce que la solution existe dans la charia. Chiites, sunnites ou kharidjites se sont ménagé un tel refuge. Mais, sur le plan doctrinal, ils ne renoncent pas. A moins qu’ils changent radicalement leur système de pensée et ne déclarent que la charia est faite de la main de l’homme et qu’elle n’oblige pas, qu’il n’y a que le Coran qui oblige le musulman. »
Avant de promettre des choses qui sont en contradiction avec l’idéologie islamiste, le leader du PJD marocain devrait modifier la doctrine islamiste et non seulement déclarer à la presse ce qu’elle veut entendre.
Nous suivrons de près l’action du PJD, les prochaines élections marocaines et la (probable) victoire des islamistes et ce n’est qu’a ce moment que nous saurons la vérité sur ce que cache El-Othmani.
Mais, espérant que les marocains puissent faire le bon choix et… qu’ils ne le regrettent jamais !
lundi 22 mai 2006
L’islamisme au Maroc (2) : El-Othmani, un islamiste « original » !
Saad Eddine el-Othmani, leader du Parti de la justice et du développement (PJD) a accordé récemment une grande interview à Hamid Barrada, journaliste marocain et collaborateur à Jeune Afrique.
Le premier sentiment qui se dégage de la lecture de cette interview est que le docteur el-Othmani est un islamiste original, un islamiste pas comme les autres !
Il est doux, gentil et parfaitement démocrate ; il assure même que le pouvoir est aux mains du peuple non de Dieu !
Je vous laisse découvrir des extraits de cette interview qui seront précédés de la très belle présentation faite par Hamid Barrada et je vous donne rendez-vous vendredi prochain pour une petite analyse des idées du leader des islamistes marocains.
Extraits de la présentation
(..)
« Avec les islamistes au pouvoir, le Maroc ne sera plus le même. Il sera perçu différemment, au dehors et au-dedans. C’est que le PJD n’est pas un parti comme les autres. L’islamisme fut-il édulcoré, véhicule une vision du monde et un projet de société qui ne répondent pas exactement aux exigences de la modernité, grand dessein du règne de Mohammed VI.
S’agissant des mœurs, de l’exercice des libertés quotidiennes ou de la gestion de l’économie touristique, les islamistes cultivent des mentalités et des positions enfouies dans l’archaïsme et la tyrannie. Ils montrent aujourd’hui patte blanche et cherchent sans cesse à rassurer, mais, à la première occasion, tsunami ou sortie du film Marock, leur idéologie refait surface, inchangée, avec une bonne dose de bêtise et de fanatisme.
Faut-il, malgré tout, faire confiance au PJD, comme le font semble-t-il les Marocains –aujourd’hui par le jeu, distraitement, inconsciemment ; et demain, à leur risques et périls ?
Que penser de ce parti caméléon dont les talents d’adaptation et de séduction sont réels, mais qui ne possède visiblement pas les aptitudes et les compétences pour diriger un Etat moderne ?
Et d’abord, est-il vraiment résolu à prendre le pouvoir ? S’est-il vraiment préparé à en assumer les responsabilités ?
A ces questions, le DR Saad Eddine el-Othmani est bien placé pour répondre.
(…)
Il s’efforce de trouver l’expression juste mais aussi d’arrondir les angles, de gommer les aspérités, d’escompter les contradictions. A l’entendre, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil…
Mais il ne rassure pas pour autant. Tout au long de l’entretien, une interrogation a affleuré, surtout lorsque le chef islamiste a tenté d’éluder certaines questions essentielles à coup d’esquives commodes et presque puériles. Qui est au juste le Dr Saad Eddine el-Othmani ? Cache-t-il systématiquement son jeu ou n’a-t-il simplement rien à dire ?
Bien entendu, il faut ici faire la part de la taqiya, cette stratégie de la dissimulation qui donne aux fidèles dans l’adversité le droit de recourir à toutes les ruses, de s’octroyer toutes les libertés, y compris celle d’embrasser la religion de l’ennemi pour mieux l’abattre.
(…)
Avec le DR Saad Eddine el-Othmani à sa tête, le PJD a tout pour plaire. Il rassure, séduit et ratisse large. On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Mais le pouvoir, mais le gouvernement du Maroc ? »
Extraits de l’interview :
(…)
En matière de mœurs, quels changements souhaitez-vous introduire ?
Je voudrais d’abord rappeler un principe : les questions de mœurs ne doivent pas relever du gouvernement, mais de la société elle-même. Même lorsqu’il s’agit de fléaux sociaux comme la toxicomanie ou la prostitution, on peut légiférer, mais les solutions réelles dépendent de la dynamique sociale, de la sensibilisation, de l’information, de l’éducation…
A vous entendre, une police des mœurs du genre de celle qui existe en Arabie Saoudite n’a donc pas sa place au Maroc ?
Notre objectif est l’Etat de droit. Les autorités se doivent de respecter et de faire respecter la loi et rien que la loi.
Mais vous pourriez instituer une police des mœurs chargée de bastonner ceux qui ne s’empressent pas de répondre à l’appel du muezzin…
C’est inconcevable : la prière, comme toutes les obligations, est une affaire de chaque musulman, qui agit en conscience. « Point de contrainte en religion », dit le Coran. « Religion » signifie ici foi, credo. Comme on ne peut contraindre quelqu’un à croire, il est a fortiori impossible de le contraindre à prier.
Et le voile ?
Affaire de liberté individuelle. Nous n’obligerons personne à le porter ou à l’ôter.
(…)
Une loi sur l’héritage qui soit fondée sur l’égalité et tienne compte du fait que désormais beaucoup de femmes travaillent et exercent des responsabilités est-elle envisageable ?
Certes, mais en le faisant, on risque de perturber tout un système qui a sa logique et sa cohérence. Les évolutions sont nécessaires parce que les hommes et les femmes ne vivent plus dans les mêmes conditions, mais il faut veiller à ce que ces évolutions se fassent dans la concertation, de manière à tenir compte de notre culture et de notre religion.
Bref, si je vous comprends bien, le PJD au pouvoir ne provoquera ni fracasses ni rupture. La continuité l’emporte sur le changement. L’un des principaux objectifs de l’actuel gouvernement, c’est 10 millions de touristes en 2010. Maintenez-vous ce cap ?
Mieux, nous améliorons les conditions matérielles de sa future mise en œuvre. Aujourd’hui, celles-ci sont loin d’être satisfaisantes. Nos hôpitaux, par exemple, sont dans un état déplorable. Le touriste n’a pas intérêt à tomber malade chez nous !
De même, la valorisation de notre patrimoine, aussi bien naturel que culturel, laisse à désirer : les infrastructures font défaut et de nombreuses zones touristiques restent enclavées. Nous devrions nous intéresser en priorité au tourisme du troisième age, qui se développe en Europe, de manière à offrir des structures d’accueil et des services adaptés.
Le tourisme est inséparable des plaisirs de la vie que proposent les boites et les bars. Interdisez-vous la consommation d’alcool ?
Aucune restriction pour les touristes, encore qu’il ne me semble pas que ce soit ce qui les attire au Maroc.
Et pour les musulmans ?
La loi interdit la vente d’alcool aux musulmans.
Mais elle n’est pas appliquée…
Je vous ai déjà expliqué que les changements souhaitables dans les mœurs révèlent de la dynamique sociale.
(…)
Quel est le statut exact du quotidien At-Tajdid, que dirige Benkirane ?
Il est l’organe du MUR (le Mouvement pour l’unité et la réforme) et non du PJD, mais il a beaucoup de sympathie pour nous.
Quand il écrit que le tsunami est une punition divine qui ne devrait pas épargner le Maroc en raison de la débauche qui, selon lui, y a cours, il parle au nom de qui ?
C’est l’opinion de l’auteur de l’article. Elle ne nous engage en rien.
Et quand le même journal fustige les festivals de musiques ?
Je vous signale que le PJD dirige ou participe à la gestion de quelques soixante-dix communes qui organisent de multiples festivals. On peut être contre un festival sans être contre tous les festivals.
Que pensez-vous du Festival Gnawas-musiques du monde d’Essaouira, qui attire quelque trois cent milles jeunes venus de tout le pays ?
Nous l’avons condamné en 2003 avec d’autres partis, dont l’Istiqlal. La décision, de plus, a été à l’échelon local.
Et la compagnie contre Marock, le film de Laila Marrakchi ?
Nous avons seulement relayé la position de certains cinéastes, mais ce n’est pas parce qu »on n’aime pas un film que l’on est partisan de la censure.
Avez-vous vu le film ?
Je ne l’ai pas vu et je n’ai exprimé aucune opinion.
Quelle votre position sur certaines dispositions mutilantes de la charia telles que l’amputation des voleurs (houdoud) ?
Elles ne figurent pas dans notre programme. Le mot « charia » prête d’ailleurs à confusion. Etymologiquement, il signifie « chemin », « voie », celle que les musulmans se doivent d’emprunter pour créer une société juste.
Aujourd’hui, il renvoie à un ensemble de lois pénales devenues inapplicables.
Que signifie exactement la loi, pour vous ?
Est-ce celle que vote le Parlement issu du suffrage universel ou celle que prescrit le Coran ?
Celle du peuple ou celle de Dieu ?
La loi est la loi votée par le Parlement, sans la moindre ambiguïté. Quelle qu’en soit l’inspiration, la loi est finalement l’œuvre de l’assemblée des élus.
vendredi 19 mai 2006
L’islamisme au Maroc (1) : Les islamistes au pouvoir ?
Un an seulement sépare le Maroc des élections législatives.
Des élections que les autorités marocaines et a leur tête le roi Mohammed VI se sont jugés d’organiser dans la transparence et la démocratie, d’où le caractère historique des législatives de 2007.
Et malgré que nous sommes encore loin du jour J, tout le monde croit savoir qui sera le gagnant de ces élections : les islamistes.
En effet, suite aux très bons résultats réalisées par les « frères musulmans » en Egypte et la victoire écrasante du Hamas en Palestine, le Maroc semble être le troisième pays arabe qui devrait être gouverné prochainement par les islamistes. C’est ce qui ressort d’un sondage réalisé il y a quelques semaines par un institut américain et qui donne au Parti de la justice et du développement (PJD) une écrasante majorité dans le parlement de 2007.
Selon ces résultats, le PJD remporterait 47% des voix des électeurs contre 17% seulement pour le plus important des partis au pouvoir à savoir l’Union socialiste des forces populaires et 16% au parti de « l’Istqlal » (l’indépendance) d’où est issu le Premier ministre actuel Driss Jettou.
Un résultat qui serait sans précèdent au Maroc mais qui ne fait que confirmer la monté fulgurante du PJD durant les dix dernières années.
En effet, en participant aux législatives de 1997, qui étaient boycottées par le reste des islamistes, le PJD réussira à remporter 9 siége au Parlement.
5 années plus tard, au cours des élections de 2002, il deviendra le principal parti d’opposition avec pas moins de 42 siéges. Et le sondage américain lui donne actuellement quelques 152 siéges pour les élections de 2007.
Mais si certains confirment cette analyse et le fait que désormais aucun des partis politiques marocains ne pourra à lui seul faire fasse au PJD, d’autres affirment au contraire que le roi M 6 n’aime pas beaucoup ces islamistes et qu’il sera le dernier rempart…
Une hypothèse que le Dr Saad Eddine el-Othmani, leader du PJD, dément catégoriquement en affirmant même qu’il a tendance « à croire exactement le contraire » et ce malgré le fait qu’un responsable au ministère marocain de l’intérieur avait déclaré à un journal arabe que le PJD ne remporterait pas plus que 70 à 75 siéges dans tout les cas.
Si l’hypothèse de la victoire du Parti de la justice et du développement se confirme se sera en grande partie grâce à son leader le Dr Saad Eddine el-Othmani qui évite la confrontation avec le Palais et qui porte un certain nombre d’idées « étranges » aux islamistes (que je vous laisse découvrir dans l’interview que nous publions lundi prochain).
La preuve, c’est qu’au Maroc le PJD n’est pas l’unique courant islamiste mais il y a aussi et surtout Al-Adl wal Ihsane (Justice et bienfaisance) du cheikh Abdessalam Yassine qui hésite encore sur sa transformation en parti politique pour les législatives de 2007 mais dont en est sur qu’il ne remportera pas même avec cette transformation.
Ce mouvement s’est illustré non seulement par les thèses provocatrices de son leader spirituel dès les années 70 (lorsque le cheikh Yassine déniera au roi Hassan II sa qualité de Commandeur des croyants) mais aussi par les idées non moins révolutionnaires de Nadia Yassine, la fille du cheikh, et porte parole officieuse du mouvement qui avait affirmée récemment que la monarchie ne convenait pas au Maroc. Nadia dont le credo est « d’islamiser la modernité plutôt que de moderniser l’islam ».
Ce genre de prise de position a fait que malgré le fait que Al-Adl jouit d’une grande popularité chez des dizaines de milliers de marocains, les autorités le regardent d’un œil vigilant d’où la difficulté qu’il trouve à se transformer en parti politique laissant la voie ouverte au PJD pour gouverner le Maroc.
lundi 15 mai 2006
Maroc : que se passe-t-il ?
Nous avons consacrés plusieurs articles de Islamiqua -à plusieurs reprises- à l’islamisme Maghrébin ou plus exactement à l’islamisme algérien. Nous avons abordés la réconciliation difficile dans ce pays, le point de vue de certains de ces intellectuels et le danger que pourrait représenter la libération de milliers d’islamistes.
Notre intérêt pour l’islamisme Maghrébin ne s’arrêtera pas pour autant au cas algérien, mais il s’étendra à l’islamisme dans le reste des pays du Maghreb :
A partir du vendredi 19 mai vous retrouverez un dossier en trois volets consacré à l’islamisme au Maroc.
Le Maroc qui vit actuellement une phase très importante de son histoire semble être destiner à être gouverné par les islamistes. Le premier volet de notre enquête dressera une vue d’ensemble de l’islamisme marocain, avant de s’approcher dans le deuxième volet des idées du leader du courant islamiste marocain qui développe certaines conceptions qui mérite d’être analysées avec beaucoup d’attention. Cette analyse fera le l’objet du troisième volet de cette enquête. Vous tous, marocains, maghrébins ou citoyens du monde vous êtes appelés à participer à ce dossier en nous faisant part de vos pensées et idées, en éclaircissant ce que nous n’avons pas réussit à le faire et ce afin de développer un dialogue qu’on espère fructueux sur le Maroc, l’islamisme et l’avenir du Maghreb en général en présence d’un courant islamiste très influent. Rendez-vous vendredi 19 mai avec le premier volet de notre dossier : « L’islamisme au Maroc : Les islamistes au pouvoir ? »
vendredi 12 mai 2006
Le Moyen Orient change ?
On entend souvent dire dans les médias occidentaux, que les maux du monde musulman sont nombreux et que parmi eux on peut citer le fanatisme religieux et l’islamisme qui trouvent d’échos non seulement chez le musulman ordinaire mais aussi et surtout au plus haut de l’Etat.
A partir de cette observation, certains auteurs vont même jusqu'à dire que l’islamisme religieux est financé par les monarchies du golf et plus exactement par l’Arabie Saoudite.
Cette thèse qui était jusqu’au 11 septembre 2001 parfaitement exacte a commencée, avec les premiers attentats qui vont frapper plusieurs pays musulman dont l’Arabie Saoudite, a être de moins en moins juste.
En effet, on assiste depuis à un changement radical qui commence a touché ces société archaïques :
Juste après ces attentats sanglants plusieurs critiques seront adressées aux institutions religieuses, aux cheiks et à certaines pratiques religieuses.
On parlera pour la première fois dans ces pays d’un courant « libéral » (pour designer tout ceux qui portent des idées réformistes) qui regroupe intellectuels, professeurs et journalistes.
On commencera alors à critiquer la situation de la femme dans les pays musulmans, à dénoncer le fanatisme des manuels scolaires, et à tirer la sonnette d’alarme sur l’intolérance de certains aspects de notre culture.
Certes, les pays musulmans reste dominés par l’islamisme et les islamistes commencent a remportés les élections un peu partout mais cela ne veut pas dire que les choses ne bougent pas au Moyen Orient. On sent qu’il y a un mouvement qui s’organise, certes pas révolutionnaire ni très influent mais qui peu dans les prochaines années conquérir de plus en plus de terrains face aux islamistes. ce n'est toujours pas le cas et la question ne serra pas resolu du jour au lendemain. mais s'il faut attendre encore des années, cela ne veut pas dire que l'evolution n'a pas commencée.
L’étude de cette évolution dans les pays du golf est très importante : Chaque bouleversement qui aura lieu dans ces pays aura des conséquences importantes dans le reste du monde musulman.
C’est pour cette raison que nous allons suivre de très près la situation dans ces pays et nous consacrerons bientôt certains dossiers à cette évolution afin de rendre compte du combat que livre les intellectuels de ces pays à des idées et des institutions qui sont toujours dominants mais qui ne tarderont pas à céder face à la détermination des réformistes.
Sommes nous entrain de rêver ou de dresser un tableau optimiste ?
Je ne le pense pas. Il faut suivre de près les (petites) évolutions dans ces pays pour s’en rendre compte.
lundi 8 mai 2006
« Il faut choisir entre la Charia et l’Islam » (2)
Dans la deuxième partie de l’interview de Mohammed Talbi, le penseur est encore plus virulent : voici comment il combattrait les islamistes, comment ils dévoilerait leurs visages et leurs méthodes et voici comment il voit l’avenir des musulmans.
Extraits…
J.A. : vous dites souvent : « on ne combat pas les idées islamistes par la seule répression. »
M.T : Combattre les islamistes par la coercition, la prison, la torture, c’est inacceptable et surtout totalement inefficace. La liberté est indivisible. J’ai beau ne pas être d’accord avec ses idées, lorsqu’on prive un islamiste de ses droits, je suis de son coté. Comme je pourrais être du coté des communistes athées. La seule chose que je défends avec véhémence, c’est la confrontation des idées et la liberté pour tout le monde. C’est à la société de choisir son devenir en connaissance de cause. Pas de mensonge, de camouflage. Voici mes idées, défendez les vôtres sans dissimulation, expliquons-nous.
Si je dois parler à un islamiste, moi qui suis musulman de foi et de pratique, mais exclusivement coranique, je lui demande : est-ce que, oui ou non, vous pensez que la sunna a force de loi ? Et que le hadith est authentique ? Répondez en toute franchise. Et lorsqu’il commence à louvoyer, je lui mets un hadith sous les yeux : »Quiconque change sa religion, tuez le ! » Est-il authentique ou non ? S’il me dit qu’il est authentique, il est en accord avec lui-même. Mais il ‘n’y a aucun accord entre nous. Nous ne pouvons pas dialoguer si vous demandez ma tête parce que vous me déclarez apostat. Mais tant que vous me dites que le hadith est authentique et oblige, je vous combats. Désignez franchement la société que vous voulez faire, celle ou l’on coupe des mains parce qu’on prétend que le Coran le dit. Ma lecture du Coran me fait penser qu’il ne le dit pas. Et pour l’adultère, vous tuez ou ne tuez pas ? Dites que vous voulez d’une société ou l’on lapidera, uniquement les femmes d’ailleurs, parce qu’il est impossible d’établir l’adultère pour l’homme. Les hommes ont pris leurs précautions !
J.A. : Vous espérez convaincre les islamistes ?
M.T : Il faut les acculer, les obliger à se démasquer, à dire comment ils veulent organiser la société de demain. Permettez-vous à l’homme de châtier corporellement sa femme ? Ou sa sœur ou toutes les « femelles » sous sa coupe ? Il y a un verset coranique à ce sujet. Vous l’appliquer ou vous ne l’appliquez pas ?
J.A. : pensez-vous que l’islamisme a encore un avenir au Maghreb ?
M.T. : Non. Si les choses se passent honnêtement, la société civile l’emportera. Au maximum, les islamistes pourront faire des scores entre 15 % et 20 %. A condition de les démasquer. De dire aux femmes qui vont voter : voulez-vous que les hommes prennent un fouet et vous flagellent ? Sans encourir aucun châtiment ? Les islamistes disent : ah non, nous ne faisons pas ça. Je leur réponds : alors déclarez abrogé ce verset coranique. En public. Ils ne le feront jamais.
Je considère que notre avenir de musulmans dépend de notre aptitude à rénover notre pensée pour vivre notre foi en accord avec la modernité. Et je prétends que c’est possible. A une condition : l’abolition de la charia. Dieu nous met en garde contre les oulémas. Je cite un verset : »Malheur à ceux qui écrivent de leurs mains et disent : ceci vient de Dieu. »
Nous avons vécu deux siècles sans oulémas et sans hadiths. Tout cela a été construit au IIIe siècle de l’Hégire. Le recueil de Boukhari est devenu le Coran des salafistes. Pendant deux siècles, donc, il n’y avait pas de charia. Elle a connu ses premiers balbutiements avec Malik Ibn Anas. Et encore, Al-Muwatta, qu’a écrit Malik, mort en 179, est un opuscule ne contenant que sept cents traditions environs. Et l’on est arrivé par la suit à 50 000 traditions avec Ibn Hanbal. Comment se peut-il que l’homme qui a été en contact avec les compagnons du Prophète n’a retenu que quelques centaines de hadiths, et qu’on en est arrivé par la suite à 50 000 ?
(…)
J.A. : qu’est-ce qui définit, en fin de compte, le musulman ?
M.T. : C’est le Coran qui le dit. Au début de la sourate II, Dieu dit : « Voici le Livre ! Nul doute à son sujet. Guidance pour ceux qui craignent Dieu. Ceux qui croient en l’Invisible. » La foi, justement, commence à oartir du moment ou, du visible, on fait le saut dans l’invisible. C’est un acte libre. Il n’est pas mathématiquement contraignant. Un mathématicien devant une équation n’a pas 36 000 solutions, mais une seule. Il est contraint de suivre un raisonnement et pas un autre. L’homme de foi, non.
Le musulman est celui qui croit dans le Livre, qui croit dans l’invisible, qui s’acquitte de la prière, de la zaket. Laquelle n’est pas un impôt pour faire des routes, mais une imposition pour purifier les biens : je ne peux manger mon pain qu’en donnant une part à celui qui n’en a pas.
]concernant Michel Houllebecq qui avait dit que « l’islam est la religion la plus con du monde », Mohammed Talbi réplique : [
M.T. : mais il peut dire ce qu’il veut et partout. Je peux dire que le Coran, c’est de la connerie : je ne diffame personne en particulier. Si on m’interdit de le dire, il n’y a plus de liberté. Si je ne suis pas libre de dire que c’est de la connerie, je ne suis pas libre non plus de dire que c’est la vérité. Les deux sont liées.
(…)
vendredi 5 mai 2006
« Il faut choisir entre la Charia et l’Islam » (1)
Mohammed Talbi, historien tunisien et spécialiste des questions relatives à l’islam auxquelles il consacre une part très importante de ses recherches, essais et articles. C’est un homme sur de lui lorsqu’il dit pouvoir vivre dans n’importe quelle société, aussi permissive soit-elle. Seul condition : l’abandon pur et simple de la Charia ; la loi islamique qui fut élaborée il y a dix siècles.
Ces livres, qui trouvent beaucoup d’intérêt auprès des spécialistes et intellectuels, présentent des positions fort intéressantes sur toutes les questions, souvent délicates, qu’il aborde.
Nous aurons l’occasion à l’avenir, à plusieurs reprises, de revenir aux positions de M. Talbi et de vous présentez son œuvre.
Mais aujourd’hui nous allons nous intéressé à la grande interview qu’il a accordé il y a quelques mois à Jeune Afrique (qui lui ouvre régulièrement ses colonnes pour s’exprimer).
Dans cette première partie de l’interview M. Talbi parle de la démocratie et des islamistes, de l’Islam coranique, des compagnons du Prophète et du renouveau de la pensée musulmane.
Extraits…
J.A.I : on voit quand même des islamistes participer au jeu démocratique, comme en Algérie ou au Maroc.
M.T : Ne me parlez pas d’islamistes qui jouent le jeu démocratique ! L’islamisme et la démocratie sont totalement inconciliables. Pour l’islamiste, le législateur, c’est Dieu. Et c’est tout. Pour un démocrate, la souveraineté appartient au peuple. L’un dit : la souveraineté est transcendantale ; l’autre dit : elle est horizontale. Il y aura toujours cette pierre d’achoppement qu’est la charia. Même s’ils mettent une sourdine à l’application des houdoud, les peines mutilantes, ils n’y renoncent pas. Ou alors, qu’ils déclarent solennellement les houdoud obsolètes.
Ils peuvent par taqiyya, dissimulation tactique, temporiser. Parce que la solution existe dans la charia. Chiites, sunnites ou kharidjites se sont ménagé un tel refuge. Mais, sur le plan doctrinal, ils ne renoncent pas. A moins qu’ils changent radicalement leur système de pensée et ne déclarent que la charia est faite de la main de l’homme et qu’elle n’oblige pas, qu’il n’y a que le Coran qui oblige le musulman.
J.A.I : C’est votre credo ?
M.T : Oui, moi, je suis musulman coranique. Je n’adore ni Ali, ni Omar, Ni aucun homme. Ce qui ne signifie pas que je ne les admire pas sur un certain plan, mais comme on admire un homme, avec ses qualités et ses défauts. Je pourrais dire par exemple qu’Ali était mollusque, un invertébré, alors qu’Omar était astucieux et assez manipulateur. Il a succédé à Abou Bakr par un coup de force. Sur le plan historique, il a réussi un coup formidable. Après la mort du Prophète, il a évité la dispersion des musulmans, car l’esprit tribal n’était pas mort. Les compagnons du Prophète ont agi comme des hommes politiques et utilisé tous les moyens pour prendre le pouvoir. Ils ont violé, tué des femmes et des enfants…
Comment voulez-vous que je puisse admirer aveuglement le salaf ?
J.A.I : Donc, les musulmans n’étaient pas meilleurs que les autres.
M.T : Ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on devient un saint ! On garde les mêmes instincts.
J.A.I : quelle votre définition de la Oumma ?
M.T : ni une communauté ni une nation, c’est une entité spirituelle. Pourquoi devrait-on en faire une communauté ghettoisée ? La ghettoïsation fait beaucoup de mal. C’est le Liban. On vous catalogue comme musulman, parce que votre arrière arrière-grand-père était musulman. Il faut rénover totalement la pensée musulmane. La première chose à faire est de libérer les musulmans de la charia et de l’emprise des oulémas. Après quoi, les choses bougeront. Tous ces mouvements islamiques qui se disent démocratiques sont seulement cyniques.
(…)
Rendez-vous Lundi prochain pour le reste de l’interview.
lundi 1 mai 2006
Ainsi va l’Algérie réconciliée
Dans un précédent article, nous avons abordé les problèmes et interrogations que pose la réconciliation algérienne, une réconciliation qui verra la libération et le pardon à quelques dix mille islamistes.
Comment sera la réponse de la société algérienne, largement favorable à cette réconciliation lors du referendum, lorsque les islamistes terroristes qui avaient assassinés, violés et torturés des milliers d’innocents seront leur voisins, leurs collègues et … leurs amis ?
Seront-ils jamais capable de pardonner la mort d’un fils, d’un frère, d’une mère, d’un père ou de toute une famille ?
Les réponses sont difficiles à formuler pour l’instant mais une visite en Algérie s’impose pour décrypter quelques éléments au moins.
Se voyage a été effectué par un journaliste de Jeune Afrique qui nous livre ici un reportage fort intéressant sur le quotidien des algériens concernés par la libération des islamistes.
Extraits…
« L’électeur qui, lors du référendum du 29 septembre 2005, a voté oui à la Charte mesure mieux aujourd’hui la signification de son choix : la République réhabilite ceux qui avaient pris les armes contre elle. Non seulement elle leur pardonne, mais elle les réintègre socialement. Cette clémence ne fait pas que des heureux. Journaliste au quotidien francophone El Watan, Fayçal Metaoui s’indigne que des terroristes impliqués dans divers massacres de villageois dans la Mitidja, à sidi el-Kébir par exemple, puissent se pavaner en toute liberté sur les lieux de leurs crimes. La procédure de reddition est en effet d’une extrême simplicité. Un terroriste plus ou moins repenti contact les services de sécurité, décline son identité et sa filiation, remet ses armes et jure qu’il n’a jamais participé à un massacre collectif, à un viol ou à un attentat à l’explosif dans un lieu public, ce qui entraîne ipso facto l’extinction des poursuites judiciaires. Le voilà entièrement libre de ses mouvements (…)
De l’aveu même du Premier ministre Ahmed Ouyahia, Had Chekala détient le triste record du plus grand massacre perpétré par les salafistes : mille morts en une seule nuit. Au lendemain de ce carnage, Hadj Lakhdar a enterré quatre fils, trois belles-filles et onze petits-enfants. « Je connais leurs assassins, certains sont même revenus au village, mais je ne m’en prendrai pas à eux. Le seul moyen de s’en sortir est de pardonner, mais de là à leur serrer la main… » (…)
Une rumeur balaie actuellement le pays : les anciens terroristes se verraient octroyer une pension mensuelle de 16 000 dinars (un peu plus de 170 euros).
« C’est un scandale, s’insurge Wahid, ingénieur électronique dans une entreprise publique de Sidi Bel-Abbés (à 300 km à l’ouest d’Alger). Cette somme équivaut au salaire d’un cadre bac + 5 avec une dizaine d’années d’ancienneté ! »
L’information a depuis été démentie, mais l’anecdote montre bien que la question des salaires préoccupe les Algériens au moins autant que l’amnistie accordée à tel ou tel criminel. »
« Ainsi va l’Algérie réconciliée », ainsi vivent les Algériens la réconciliation. Des Algériens à qui on ne peut souhaiter que bonne chance et que Dieu vous donne la force et le courage d’oublier et …de pardonner.





