mohammed_talbi Mohammed Talbi, historien tunisien et spécialiste des questions relatives à l’islam auxquelles il consacre une part très importante de ses recherches, essais et articles. C’est un homme sur de lui lorsqu’il dit pouvoir vivre dans n’importe quelle société, aussi permissive soit-elle. Seul condition : l’abandon pur et simple de la Charia ; la loi islamique qui fut élaborée il y a dix siècles.     

Ces livres, qui trouvent beaucoup d’intérêt auprès des spécialistes et intellectuels, présentent des positions fort intéressantes sur toutes les questions, souvent délicates, qu’il aborde.

Nous aurons l’occasion à l’avenir, à plusieurs reprises, de revenir aux positions de M. Talbi et de vous présentez son œuvre.

Mais aujourd’hui nous allons nous intéressé à la grande interview qu’il a accordé il y a quelques mois à Jeune Afrique (qui lui ouvre régulièrement ses colonnes pour s’exprimer).

Dans cette première partie de l’interview M. Talbi parle de la démocratie et des islamistes, de l’Islam coranique, des compagnons du Prophète et du renouveau de la pensée musulmane.

Extraits…

J.A.I : on voit quand même des islamistes participer au jeu démocratique, comme en Algérie ou au Maroc.

M.T : Ne me parlez pas d’islamistes qui jouent le jeu démocratique ! L’islamisme et la démocratie sont totalement inconciliables. Pour l’islamiste, le législateur, c’est Dieu. Et c’est tout. Pour un démocrate, la souveraineté appartient au peuple. L’un dit : la souveraineté est transcendantale ; l’autre dit : elle est horizontale. Il y aura toujours cette pierre d’achoppement qu’est la charia. Même s’ils mettent une sourdine à l’application des houdoud, les peines mutilantes, ils n’y renoncent pas. Ou alors, qu’ils déclarent solennellement les houdoud obsolètes.

Ils peuvent par taqiyya, dissimulation tactique, temporiser. Parce que la solution existe dans la charia. Chiites, sunnites ou kharidjites se sont ménagé un tel refuge. Mais, sur le plan doctrinal, ils ne renoncent pas. A moins qu’ils changent radicalement leur système de pensée et ne déclarent que la charia est faite de la main de l’homme et qu’elle n’oblige pas, qu’il n’y a que le Coran qui oblige le musulman.

J.A.I : C’est votre credo ?

M.T : Oui, moi, je suis musulman coranique. Je n’adore ni Ali, ni Omar, Ni aucun homme. Ce qui ne signifie pas que je ne les admire pas sur un certain plan, mais comme on admire un homme, avec ses qualités et ses défauts. Je pourrais dire par exemple qu’Ali était mollusque, un invertébré, alors qu’Omar était astucieux et assez manipulateur. Il a succédé à Abou Bakr par un coup de force. Sur le plan historique, il a réussi un coup formidable. Après la mort du Prophète, il a évité la dispersion des musulmans, car l’esprit tribal n’était pas mort. Les compagnons du Prophète ont agi comme des hommes politiques et utilisé tous les moyens pour prendre le pouvoir. Ils ont violé, tué des femmes et des enfants…

Comment voulez-vous que je puisse admirer aveuglement le salaf ?

J.A.I : Donc, les musulmans n’étaient pas meilleurs que les autres.

M.T : Ce n’est pas parce qu’on est musulman qu’on devient un saint ! On garde les mêmes instincts.

J.A.I : quelle votre définition de la Oumma ?

M.T : ni une communauté ni une nation, c’est une entité spirituelle. Pourquoi devrait-on en faire une communauté ghettoisée ? La ghettoïsation fait beaucoup de mal. C’est le Liban. On vous catalogue comme musulman, parce que votre arrière arrière-grand-père était musulman. Il faut rénover totalement la pensée musulmane. La première chose à faire est de libérer les musulmans de la charia et de l’emprise des oulémas. Après quoi, les choses bougeront. Tous ces mouvements islamiques qui se disent démocratiques sont seulement cyniques.

(…)

Rendez-vous Lundi prochain pour le reste de l’interview.